Chapitre dix : Un peu de patience
Harry se prit Edward de plein fouet. Sa chute ne fut évitée que grâce à la poigne de fer que le blond exerça sur son bras.
Edward ouvrit la porte du bureau de la directrice d'un geste ample, libérant ainsi la cape d'invisibilité et permettant à Harry de sortir en trébuchant. La porte claqua dans leur dos.
– Toi, grogna Edward entre ses lèvres serrées.
Il raffermit sa prise sur Harry — si bien qu'il sut qu'il en aurait un bleu pour les prochains jours — et le traîna dans les escaliers en colimaçon. Pas une seule fois ne prit-il en compte la difficulté que rencontrait Harry à suivre la cadence à cause de sa cape, ce qui amena l'espion en herbe à trébucher à plusieurs reprises. Lorsqu'ils dépassèrent la gargouille, Edward les attira jusqu'à un embranchement désert à une distance raisonnable du bureau de la directrice.
Il plaqua Harry contre le mur. Sa cape d'invisibilité glissa à leurs pieds. Le Gryffondor se sentit suffoquer alors qu'une main incroyablement puissante le tenait debout par le col. D'un mouvement de baguette, Edward lança un charme d'insonorisation autour d'eux.
– Espèce de — Tu es le pire — Je vais te poser une question et tu as intérêt à y répondre franchement ou je te traîne chez McGonagall. Compris ?
Harry n'aurait jamais cru pouvoir avoir si peur de son ami un jour. Pourtant le voilà, tremblant comme une feuille et les jambes flageolantes.
– Est-ce que tu as espionné d'autres conversations de ce genre ? grogna Edward.
– N — Non. Je le jure. C'est la première fois. Ed, je suis désolé. Crois-moi — Aïe ! Tu me fais mal !
Tremblant de la tête aux pieds, Edward expira bruyamment en fermant les yeux. Sa main tomba mollement sur l'épaule de Harry dont les voies respiratoires se libérèrent avec soulagement.
– J'arrive pas à y croire, soupira Edward en passant une main lasse sur son visage. Comment as-tu pu faire une chose aussi idiote ? Est-ce que tu te rends compte du désastre que tu aurais pu causer ?
– Je ne suis pas idiot ! Je n'aurais parlé de ce que j'ai entendu à personne !
– Tu réalises que Voldemort est lié à ton esprit ?
Le corps d'Harry se pétrifia.
– Nous ignorons si Voldemort est conscient de cette connexion. S'il l'est et que nous avions convenu d'un plan avec Envy comme appât, tu saisis ce qu'il serait arrivé ?
Harry vacilla alors que l'évidence le frappait de plein fouet.
– Dis-le.
Apeuré par le regard tranchant du blond, Harry vacilla.
– E — Envy serait... Il aurait pu... mourir.
– Exactement. Envy aurait pu se faire tuer. Par ta faute. Tu comprends ?
– Je suis désolé ! Je voulais — Je voulais seulement... ne plus être tenu à l'écart.
Edward ne parut pas accepter cette excuse.
– Je croyais que tu avais appris la leçon, la dernière fois. Putain. C'est impossible de te faire confiance. Faut toujours que tu fourres ton nez là où il ne faut pas même quand on te dit que c'est dangereux. Surtout quand c'est dangereux. Grandis un peu, bon sang ! Il faut que quelqu'un meure à cause de toi pour que tu comprennes enfin ?
La colère aveugla Harry. Ses doigts crochetèrent la robe d'Edward pour le pousser brutalement en arrière.
– Ne me fais pas la morale ! Tu n'as pas le droit ! Toi non plus on ne peut pas te faire confiance ! Combien de fois tu es allé répéter les confidences que je t'avais faites en tant qu'ami ? Combien ! J'en ai assez que tout le monde parle de ma vie dans mon dos sans me dire quoi que ce soit ! C'est ma vie ! La mienne ! J'ai le droit de savoir ce qu'il se passe ! Si vous répondiez à mes questions au lieu de me traiter comme un enfant, je ne vous espionnerais pas !
– Tu plaisantes ? Tu veux qu'on te traite comme un adulte alors qu'à la première occasion tu fais une connerie pareille ?
– C'est injuste ! s'écria Harry en serrant les poings contre les épaules d'Edward. C'est injuste de dire ça parce que c'est faux ! Qu'est-ce que j'ai fait de mal depuis le début d'année ? Rien ! J'ai suivi tes conseils, j'ai pris mon mal en patience pendant des mois. J'ai arrêté de vous harceler pour recevoir des réponses. J'ai attendu patiemment, mais vous n'êtes jamais venus. Vous vous en fichez bien de ce que je ressens ! Pour vous, je ne suis que le Garçon-Qui-A-Survécu ! Rien d'autre ! Vous voulez faire de moi un symbole de la résistance, mais vous refusez que j'y participe. Mettez-vous d'accord une bonne fois pour toutes. Je n'en peux plus de tout ça... Des gens meurent ! Tout autour de moi ! Personne n'en a rien à faire ! Est-ce que quelqu'un s'est demandé, rien qu'un instant, comment j'allais cet été ? J'ai vu Fleur mourir ! Pettigrow l'a tué sous mes yeux ! Et pourtant vous continuez à me traiter comme un enfant. Je n'en suis plus un !
Hors d'haleine et le cœur battant à tout rompre, Harry lâcha Edward pour s'adosser au mur derrière lui. Il grimaça en tenant sa cicatrice, devenue de plus en plus douloureuse tandis que sa colère montait en flèche. Mais il n'en avait pas terminé. Il fallait qu'il vide son sac avant d'exploser.
– Toi et Envy, vous êtes exactement comme les autres. Vous cachez des secrets et vous mentez. Vous mentez tout le temps. Tout le temps. Depuis qu'on s'est rencontré, vous n'avez pas arrêté d'enchaîner les mensonges. Je ne peux plus supporter ça. Ne pas pouvoir accorder ma confiance à mes amis, c'est... C'est si difficile. Personne ne comprend. Plus j'en apprends sur Envy, plus j'ai peur. Je n'arrive même plus à savoir si vous êtes vraiment des alliés. Hermione et Ron ont peut-être accepté tout ce que vous nous avez dit, mais je n'y arrive pas. Ça fait des mois que j'attends que vous me donniez l'explication que vous m'aviez promise... J'ai vu Envy mourir et revenir à la vie. J'ai vu Envy changer d'apparence. J'ai vu Envy devenir comme Voldemort. Ça me terrifie. Je n'en peux plus de ne pas savoir.
Les yeux embués de larmes d'impuissance, Harry se recroquevilla en se tenant le ventre. Il ne pouvait pas supporter ces émotions plus longtemps. La peur ne le quittait plus depuis des mois. Des mois ! Ce n'était pas une vie.
Soudain, un poids tomba sur ses épaules. Edward venait de les recouvrir de la cape d'invisibilité et le prit par le coude pour le tirer vers le couloir principal.
– Ed ?
– Si tu veux des réponses, tais-toi et suis-moi, le coupa Edward en observant les alentours.
Harry obtempéra. Ils marchèrent en silence dans les couloirs déserts sans croiser âme qui vive. Bientôt, Harry reconnut le chemin qu'ils empruntaient et son ventre se noua.
– Ed, où est-ce que tu m'emmènes ?
Edward ne répondit pas et continua à avancer sans fléchir.
– Edward, non !
– Je ne lui rapporterai pas ce que tu as dit sur lui. On va seulement discuter.
Il s'arrêta net en plantant fermement ses talons dans le sol. Edward tourna la tête dans l'espace réduit de la cape pour le regarder en face en haussant un sourcil.
– C'est quoi ton problème ?
– Tu n'as rien écouté de ce que j'ai dit ? Envy est vraiment la dernière personne à qui j'ai envie de parler !
– Fait chier. Décide-toi. Tu préfères rester dans l'ignorance ou enfin connaître la vérité ? Réfléchis bien, parce que c'est l'unique chance que tu auras. Personne d'autre que moi n'acceptera de te mettre dans la confidence. Si tu refuses maintenant, tu gâches ton unique opportunité. Ne compte pas sur quelqu'un de l'Ordre pour te révéler quoi que ce soit.
Harry pesa le pour et le contre rapidement. Il n'avait pas vraiment le choix, même si c'était à contrecœur.
– D'accord.
La main d'Edward sur son coude se détendit et le guida moins brusquement vers leur destination. Après à peine quelques minutes de trajet, le duo s'arrêta devant l'entrée des appartements d'Envy. Edward sortit de sous la cape et frappa trois coups.
La porte s'entrouvrit sur le visage lugubre de Gladpy.
– Déjà de retour ?
Elle se décala d'un pas de côté pour laisser entrer le blond. Harry ne savait pas s'il devait faire connaître sa présence. Edward ne lui laissa pas le temps de se décider qu'il choisit pour lui en tirant sur sa cape d'invisibilité. Les yeux de Gladpy se plissèrent en se posant sur Harry tandis qu'elle refermait la porte.
– Je l'ai rencontré en chemin, expliqua Edward dans un haussement d'épaules. Comment va Envy ?
– Son état n'a pas changé... Potter devrait être au lit.
– Je le ramènerai à son dortoir tout à l'heure. On a besoin de parler. Touflam.
Le follet apparut immédiatement.
– Pourrais-tu préparer du thé et l'apporter dans la chambre d'Envy, s'il te plaît ?
– Bien sûr, maître Edward.
La créature disparut et Edward invita Harry à le suivre jusqu'à la chambre d'Envy. Derrière eux, l'expression de Gladpy s'assombrit.
– Elric, Potter ne devrait pas être hors des dortoirs si tard après le couvre-feu.
Son avertissement tomba dans l'oreille d'un sourd. Edward toqua sur la porte close et un gémissement lui répondit.
– Il lui arrive quoi, à Envy ? demanda Harry.
Avant de recevoir une réponse, Envy apparut dans l'entrebâillement de la porte, l'air souffrant. Son visage émacié et ses cernes noirs lui donnaient l'apparence d'un cadavre. Harry pinça les lèvres en croisant le regard inhumain de l'Homonculus. À la vue de ces yeux fendus, le garçon se tendit aussitôt. Malgré son appréhension et sa détestation, Harry ne put s'empêcher de remarquer que ce regard terrifiant paraissait embué.
– T'as vraiment une tronche pas possible, commenta Edward avant de poser sans douceur sa paume contre le front humide d'Envy. Ta fièvre a monté. Tu veux voir Pomfresh ?
Envy geignit misérablement.
– Plus loin je suis de ce dragon, mieux je me porte.
Tout à coup, Envy remarqua Harry et cligna plusieurs fois des yeux.
– Salut.
Le Gryffondor voulut répondre, mais ses mots se coincèrent dans sa gorge. Envy le fixa plus attentivement en fronçant des sourcils.
– Tu-
– Pousse-toi, le coupa abruptement Edward en entrant dans la chambre. Faut qu'on cause tous les trois. Toi, va te coucher. Toi, assois-toi.
Envy et Harry échangèrent une faible grimace avant d'obéir. Tout en marmonnant à propos de « nabots trop autoritaires », le premier se coucha dans un cocon de couettes alors que le second prenait timidement place dans un fauteuil à côté du lit. Pendant ce temps, Edward insonorisa la pièce avant de s'asseoir en tailleur sur un morceau inutilisé du lit spacieux.
– Voici le topo, annonça Edward en croisant les bras. Harry a des questions. On a des réponses. Bref. Quelques règles à respecter : primo, personne ne doit savoir que cette conversation a eu lieu, deuxio, si une réponse peut mettre quelqu'un en danger on se réserve le droit de ne pas répondre, tertio, on fait ça dans la bonne humeur.
Un ricanement sortit du tas que formait Envy.
– C'est bien parti. Je comprends pas tout ce qui se passe là. Il fait quoi ici, Harry ?
– Figure-toi qu'il m'a suivi chez McGonagall.
Le visage d'Envy émergea d'un trou nouvellement formé dans sa carapace.
– C'est censé me surprendre ?
Harry rougit d'embarras.
– Vous pensez tous que je suis un fouineur ?
– Wow, nous pète pas un câble. Je disais pas ça dans ce sens.
– Dans quel sens, alors ? rétorqua Harry impatiemment en le fusillant du regard.
– À ta place, j'aurais aussi pris les choses en main, admit Envy avant de bâiller largement. Même si je l'aurais fait plus tôt que ça. Et que je me serais pas fait prendre.
Le soupir à fendre l'âme d'Edward transmit si bien sa lassitude que le rictus d'Envy perdit drastiquement en arrogance.
– Le thé du maître, annonça une petite voix fluette.
Ils sursautèrent tous les trois à la brusque apparition de Touflam. Le follet les dévisagea interrogativement avant de partir en laissant son plateau sur la table.
– Faudrait que je lui mette une clochette un de ces jours, bougonna Envy en se hissant hors de son nid douillet.
Il s'affala à plat ventre pour atteindre le plateau au pied de son lit. Quand tout le monde fut servi, Harry reconnut l'idée d'Edward à sa juste valeur. Après avoir tant crié et avoir été soumis à tant d'émotions, Harry accueillit bien volontiers la boisson chaude. Il savoura le délicieux liquide en profitant du silence pour remettre de l'ordre dans ses idées. La situation présente lui paraissait irréelle, et maintenant que sa colère s'était dissipée, une autre émotion bien plus agréable vint la remplacer : l'excitation. Edward lui avait promis des réponses. Harry sentait que cette fois le Serdaigle ne mentait pas. Il comptait réellement lui révéler des informations.
– Bon. Il se passe quoi maintenant ? intervint Envy tout en observant avec curiosité Greta boire le fond de sa coupe.
– À Harry de décider, répondit sobrement Edward en penchant la tête pour voir ce qui fascinait tellement son ami.
– Je ne sais pas par où commencer, avoua Harry sans oser regarder autre chose que son thé.
– On a tout le temps du monde.
– J'voudrais quand même pioncer un jour.
– Te gêne pas.
Envy marmonna une obscénité dans sa barbe en enfouissant son visage entre ses bras.
– Euh... Eh bien tout à l'heure, tu as parlé du professeur Dumbledore... et Rogue a dit quelque chose... à propos d'une maladie ?
– Ouais. Il est malade. C'est pour ça qu'il a démissionné. Il n'était plus capable de protéger Poudlard.
Harry se redressa comme un ressort, incrédule.
– Comment ? Il est le plus grand mage de tous les temps ! S'il ne peut plus protéger Poudlard, ça signifie qu'il ne peut plus battre Voldemort non plus ! Si Voldemort l'apprend, il n'hésitera pas à attaquer l'école !
– La sécurité de Poudlard ne repose pas uniquement sur Dumbledore. Tant que McGonagall sera directrice, le château ne tombera pas. Et si un malheur venait à arriver, ne t'inquiète pas. Nous avons un plan de secours pour permettre aux personnes en lien avec l'Ordre de fuir.
Harry s'humecta les lèvres en pensant avec inquiétude à ce qu'Edward sous-entendait. Ils n'étaient pas à l'abri de la destitution de McGonagall, bien qu'il ne sache pas par quel moyen une telle chose pourrait se produire.
– Il y a un risque important que ça arrive ? osa-t-il demander.
– Tu veux mon avis personnel ou celui de l'Ordre ?
– Les deux.
– Selon moi, ça arrivera dans le prochain mois maximum. Selon l'Ordre, ça pourrait ne jamais arriver.
– Au moins c'est honnête, souffla Harry, incertain.
– Ne te prends pas trop la tête avec ça, s'immisça Envy en remontant sa couette sur ses épaules alors qu'il s'assoyait près d'Edward. Ta sécurité est la top priorité des profs. Même ceux qui ne sont pas membres de l'Ordre. Dans le pire des cas, si aucun prof ne peut te faire sortir du château, il y aura toujours Ed pour s'en occuper.
Harry leva la tête pour vérifier la véracité de ces propos auprès du concerné. Edward acquiesça. Une boule se logea dans la gorge du garçon alors qu'il repensait à ce que Rogue avait dit plus tôt dans la soirée. Si tout le monde cherchait à le protéger, ce n'était que parce qu'il était Harry Potter, Celui-Qui-A-Survécu. Cette certitude de ne représenter qu'un symbole pour tous ces gens le blessa. Il détestait ce titre. Il détestait qu'on le prenne pour un héros. Il détestait que personne ne voie « Harry ».
Tout à coup, il souhaita plus que tout que Ron et Hermione soient présents. Il se sentait seul, perdu et minuscule face à toutes ces attentes. Son envie de changer de sujet lui rendit la parole.
– Pourquoi tu en veux tellement au professeur Dumbledore ? Vous aviez pourtant l'air proches depuis la fin de l'an dernier.
Il se souvenait encore de la jalousie qu'il avait ressentie à plusieurs occasions en voyant à quel point Edward et le directeur s'entendaient. Cette relation ne semblait décidément plus d'actualité.
– C'est une histoire compliquée.
– Tu devrais quand même la lui raconter, dit Envy avec sérieux.
– Je comptais le faire ! C'était juste un avertissement, rétorqua Edward avec agacement. Bref, Harry, je sais que tu voues pratiquement un culte à Dumbledore et que tu lui accordes ta confiance, et je ne veux pas que tu perdes encore plus tes repères que c'est déjà le cas, mais... En vérité, Dumbledore n'est pas aussi parfait que tout le monde veut bien croire. Et c'est normal, d'accord ? Il est humain, j'en ai bien conscience. Le problème, c'est qu'il fait des erreurs qu'il n'assume pas et qu'il prend seul des décisions importantes qui mettent des personnes en danger.
– Tu devrais vraiment en venir aux faits, commenta Envy en frissonnant.
– OK. Tu te souviens de l'attaque du calmar ?
Harry hocha la tête sans comprendre où Edward voulait en venir.
– Eh ! s'exclama-t-il en se souvenant de ce jour-là plus précisément. C'est aussi le jour où tu as été attaqué !
– C'était Dumbledore.
Les yeux de Harry s'écarquillèrent.
– Quoi ?
– Il m'a jeté un sortilège d'amnésie.
– Non ! Il n'aurait jamais — Pourquoi aurait-il fait une chose pareille ?
Harry se leva d'un bond. Dumbledore était un grand homme, puissant et bienveillant ! S'il avait agi de la sorte, c'était forcément pour une bonne raison.
– Pourquoi ? Que s'est-il passé ?
En proie à une profonde réflexion, Edward entortillait machinalement ses doigts dans les draps en regardant au plafond.
– En fait, ça a commencé au bal d'Halloween. Dumbledore est venu me voir pour me parler de quelque chose. Je ne me souviens plus précisément de ce qu'on s'est dit, mais il voulait me dévoiler un plan secret sur lequel il travaillait depuis la rentrée parce qu'il culpabilisait d'avoir caché la vérité si longtemps. Il m'a dit que ce plan mettait la vie d'Envy en danger et qu'il l'utilisait en temps d'appât.
« Il y a une différence entre prendre Envy comme un appât sans le lui dire comme Dumbledore l'a fait et le faire en mettant Envy dans la confidence ! » La remarque d'Edward de tout à l'heure prenait tout son sens avec cette explication.
– Et voilà à quoi se résume ce que je sais de ce « plan », conclut Edward en se mordillant le bout du pouce. Tout ce dont je me souviens, c'est d'être allé confronter Dumbledore quelques jours plus tard pour obtenir plus de détails sur le danger que court Envy. Quand je me suis réveillé, j'étais à l'infirmerie et mes souvenirs de la nuit avaient disparu. Tout ce que je sais, c'est que Dumbledore m'a avoué la vérité et que j'ai si mal réagi qu'il m'a effacé la mémoire pour que je n'intervienne pas.
– On ne sait toujours pas ce qu'il a fait, d'ailleurs, ajouta Envy, bien plus détaché qu'Edward. Du coup je me retrouve avec cette bombe mystère qui me pend au nez sans savoir de qui ou de quoi me méfier.
Toute cette histoire, Harry ne voulait pas y croire.
– Il doit savoir ce qu'il fait, affirma-t-il avec conviction.
Edward lâcha un rire sans joie en rejetant la tête en arrière.
– Ouais. C'est ça le plus inquiétant. Il est prêt à sacrifier des alliés, des vies, en toute connaissance de cause. Tant qu'on ne saura pas ce qu'il a préparé, Envy peut mourir à tout instant. Au lieu de surveiller ses arrières en se méfiant de Malefoy, Goyle, Ombrage ou d'autres partisans de Voldemort connus, on doit se méfier de tout le monde. On ne sait même pas si ce plan vaut le coup, par-dessus le marché !
– Et si vous demandiez à Sirius ? Il sait peut-être quelque chose à propos de ce plan, non ?
– Personne ne sait quoi que ce soit de ce que je viens de te raconter. Dumbledore a trop honte d'avouer qu'il m'a attaqué et pour quelle raison.
– Si vous en parliez aux autres membres de l'Ordre, ils pourraient vous aider à convaincre Dumbledore de tout vous dire !
– Tu imagines un peu le désastre ? riposta Edward calmement. D'après toi, comment réagirait Sirius ? Mrs Weasley ?
– J'aimerais pas être à la place du vioc, commenta Envy en se frottant le front dans un soupir.
– Crois-moi, l'Ordre a déjà plein de problèmes depuis la démission de Dumbledore. S'ils apprenaient la vérité, l'organisation imploserait. On ne peut pas se permettre de perdre l'Ordre. Pas alors que Voldemort gagne du terrain.
– Qu'est-ce que vous comptez faire alors ? interrogea Harry, inquiet.
– Se méfier de tout le monde. Comme d'habitude. Et tu ferais bien d'en faire autant, fit remarquer Edward en le regardant droit dans les yeux. Comme tu l'as entendu tout à l'heure, dans quatre jours Envy sera parti.
Le concerné, ne sachant pas ce fait, ouvrit la bouche pour protester.
– Ce qui signifie que tous les partisans de Voldemort qui sont à Poudlard penseront que les défenses de l'école sont au plus bas. Ils pourraient essayer de s'approcher de toi pour avoir l'honneur de te livrer à leur maître... Je n'essaie pas de t'effrayer, Harry. Je veux seulement te dire la réalité telle qu'elle est.
Harry hocha courageusement la tête. Il l'avait bien cherché. N'était-ce pas mieux qu'il sache tout cela pour mieux se protéger ?
– Qu'est-ce que je devrais faire ? Fuir Poudlard avec Envy ?
Cette solution l'effrayait presque autant que de rester à portée de main des Mangemorts à Poudlard. À la grimace discrète d'Edward, il sut que le blond avait compris l'origine de sa crainte. Harry sentit ses joues rougir de honte.
– On a envisagé cette possibilité, admit Edward. Mais ça serait trop dangereux pour tellement de raisons qu'on a laissé tomber l'idée. Ce qui m'amène à ce que tu peux faire pour éviter plus d'ennuis que nécessaire. Premièrement : arrête une bonne fois pour toutes de te promener seul. Deuxièmement : garde toujours ta baguette avec toi, même quand tu vas dormir. Troisièmement : vigilance constante, comme dirait Fol Oeil. Et le dernier point, le plus important : ne te fie à personne. Méfie-toi de tout le monde.
– Je ne veux pas devenir comme vous.
Edward parut si choqué que Harry regretta de ne pas avoir retenu sa langue. Quelques secondes de pur silence passèrent avant qu'Envy éclate de rire. Loin de s'offusquer, Edward offrit un sourire compréhensif à Harry, lui permettant de relâcher son souffle. Depuis que le Serdaigle l'avait débusqué dans le bureau de McGonagall, c'était bien la première fois qu'il semblait ressentir de l'indulgence envers lui.
– C'était particulièrement spontané, nota Edward. Je peux comprendre. Tu n'as pas à t'inquiéter, tu ne risques pas de devenir comme nous. Il y a des gens autour de toi à qui tu peux accorder ta confiance totale, et d'autres à qui tu peux te fier, ça, j'en suis sûr. Ce que je voulais dire, c'est qu'en dehors de ces personnes, tu devrais rester sur tes gardes.
– Selon vous, à qui je peux faire confiance entièrement ?
Harry se demandait s'ils allaient se compter dans le lot.
– Hermione, Ron, Sirius et Molly, énuméra Edward sans hésiter.
– Hagrid, ajouta Envy. Enfin... Sauf pour garder un secret.
– C'est tout ? demanda Harry.
– C'est beaucoup.
– Vous n'êtes pas dans la liste.
– Après notre conversation de tout à l'heure, je pense que l'on a perdu ce privilège depuis longtemps, remarqua Edward, presque tristement. Si tu veux ajouter qui que ce soit à cette liste, le choix te revient entièrement. De même qu'accepter cette liste en premier lieu. C'est notre avis personnel.
– Je suis d'accord avec votre liste... Même si j'y ajouterai le professeur Lupin.
Edward huma son approbation.
– Évite de te faire laver le cerveau par Dumbledore et tout se passera comme sur des roulettes, conseilla Envy d'une voix ensommeillée.
Avec un froncement de sourcils prononcé, Edward posa avec précaution sa main sur le front du malade.
– On t'a gardé éveillé plus que nécessaire. Si Harry n'a plus de questions, on ferait mieux de te laisser te reposer.
– Juste un peu chaud. Vais bien. T'as vu sa tête ? Il a encore des milliers de questions à poser.
– On peut continuer demain, si vous voulez, proposa Harry, se sentant un peu coupable.
– Terminez ça maintenant, grommela Envy. Demain, c'est samedi, et apparemment l'un des derniers jours que je passerai à Poudlard de toute ma vie. Je veux en profiter sans discuter de trucs lourds. Donc, vas-y, envoie la suite. Qu'est-ce que tu veux savoir ?
– Pourquoi j'ai des visions de Voldemort ?
– On ne peut pas répondre à ça.
Harry soupira silencieusement. Les questions qui importaient le plus resteraient sans réponse. Il aurait dû s'en douter.
– Je peux en savoir plus sur la prophétie ? Rita Skeeter n'arrête pas d'en parler dans la Gazette.
L'atmosphère changea du tout au tout, plus pesante. Le corps d'Envy se tendit brusquement et il baissa la tête jusqu'à cacher son visage derrière ses cheveux. Edward, quant à lui, se mordit la lèvre en observant le phénomène.
– Pour être tout à fait honnête avec toi, on ne sait pas encore exactement ce que son contenu signifie, avoua Edward avec un pli soucieux au milieu du front. Dumbledore travaille à la décoder depuis qu'on l'a.
– Tu mens.
– Il se ment à lui-même, corrigea Envy amèrement. Il est doué pour ça.
– Je... Ah, Envy, s'il te plaît. Ne recommence pas. On ne sait pas ce que la prophétie signifie.
– Elle est pourtant très claire.
– Non, elle ne l'est pas.
Les épaules basses, mais le regard déterminé, Envy reprit une position assise pour mieux faire face à son ami.
– Ed, ça n'en vaut pas la peine.
Se sentant soudain complètement écarté de la discussion, Harry observa la confrontation en essayant de comprendre, sans y parvenir. Finalement, Edward détourna le regard le premier. La victoire d'Envy ne lui apporta aucun sourire triomphant. Si possible, il eut l'air plus abattu que s'il avait perdu.
Edward se tourna vers Harry à nouveau et sembla peser le pour et le contre avant de prendre une décision et de se racler la gorge.
– Il y a une deuxième prophétie.
– Ah ?
– Une prophétie sur Voldemort et toi. Si quelqu'un de l'Ordre apprenait que je t'en ai parlé...
– Je ne dirai rien. Dis-moi ce que c'est.
– J'imagine que tu t'es déjà demandé pour quelle raison Voldemort a essayé de te tuer, quand tu étais un bébé ? Eh bien voilà la raison. Peu avant ta naissance, une voyante a fait cette prédiction : « Celui qui a le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres approche. Il naîtra de ceux qui l'ont par trois fois défié, il sera né lorsque mourra le septième mois et le Seigneur des Ténèbres le marquera comme son égal, mais il aura un pouvoir que le Seigneur des Ténèbres ignore. » À l'époque, un espion a entendu cette partie de la prophétie et l'a rapportée à Voldemort.
– Mais ça aurait pu être n'importe quel autre enfant !
– Non. Vous n'étiez que deux à correspondre, et Voldemort t'a choisi « comme son égal ». Sûrement parce qu'il est un Sang-mêlé, comme toi.
– Voldemort est un Sang-mêlé ? s'exclama Harry, décontenancé. Mais il déteste les Né-moldus !
– Ne cherche pas à comprendre la logique du type, commenta Envy, d'une voix pâteuse et ensommeillée.
– Quoi qu'il en soit, Voldemort a pris cette prophétie très au sérieux et en essayant de te tuer, il croyait écarter la menace. Le problème — pour lui, évidemment —, c'est qu'il ne connaissait qu'une partie de la prophétie. Alors le sort s'est retourné contre lui. Quand il a retrouvé son corps à Little Hangleton, il a décidé d'entendre cette prophétie en entier pour comprendre son erreur et la rectifier, en apprenant comment te détruire.
Harry sentait qu'il ne s'agissait que d'une partie infime de la vérité.
– Tu as dit que ce n'est qu'une partie de la prophétie... Qu'est-ce que l'autre moitié dit ?
– Normalement, je ne devrais pas te la dire, puisque Voldemort pourrait l'apprendre par votre lien, mais la prophétie est très vague. Elle ne révèle rien sur la manière de procéder et la révéler ne gâchera aucun effet de surprise. Je pense honnêtement que ça ne changerait rien qu'il la connaisse en entier ou pas puisqu'il se doute déjà que la prophétie annonce que tu pourrais le tuer. En plus, je pense que toi aussi, tu as parfaitement conscience que quoi qu'il arrive, Voldemort te prendra pour cible pour te tuer.
Un silence absolu régna dans la chambre tandis que Harry avalait la révélation. Ce récit n'était pas tant un choc. Il savait depuis son arrivée dans le monde de la magie que Voldemort désirait le tuer, ce n'était pas une grande nouvelle. Alors, Harry acquiesça et son sang froid à l'entente d'une telle affirmation ne le surprit que peu. Edward avait raison. Harry savait.
– Voici la deuxième partie de la prophétie, celle que Voldemort ignore : « et l'un devra mourir de la main de l'autre, car aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit. Celui qui détient le pouvoir de vaincre le Seigneur des Ténèbres sera né lorsque mourra le septième mois. »
– Ça... Est-ce que ça veut dire... ? Qu'est-ce que ça signifie ? Ça veut dire que... moi... je... ?
– Harry, les choses ont changé. Depuis que nous savons, Envy et moi, nous avons tout fait pour t'éviter ce destin. Nous avons peut-être réussi. Sache que nous continuerons à tout faire pour que tu n'aies pas à porter un tel fardeau. Je sais que tu as entendu ce que Rogue a dit tout à l'heure, à propos de toi comme un symbole de la résistance, etc. Beaucoup de personnes à l'Ordre comptent sur toi pour sauver le monde, à cause de cette prophétie.
– Qui est au courant ? questionna Harry aussitôt en se redressant brusquement.
– L'Ordre entier sait que cette prophétie existe. Des membres la surveillent depuis que Voldemort est de retour. Voldemort est capable de tout pour obtenir cette prophétie. Mais tu es le seul qui puisse la faire sortir du ministère. Toi ou Voldemort. C'est pour cette raison que l'Ordre ne peut pas simplement prendre la prophétie et la mettre à l'abri. C'est comme ça que le père de Ron a été tué, Harry. Il protégeait cette prophétie. Un autre membre, Sturgis Podmore, a fini à Azkaban à cause de cette prophétie.
– Mais... Mais pourquoi ? Je ne comprends pas. La prophétie ne dit vraiment rien de nouveau. Voldemort a toujours voulu me tuer, et il connaît la partie la plus importante, qui dit que j'ai le pouvoir de le détruire. Pourquoi sacrifier M. Weasley et Podmore pour si peu ?
– Dumbledore.
Harry entendit le croassement d'Envy et un poids tomba sur son estomac.
– Personne à l'Ordre ne connaît la prophétie entière, indiqua Edward. Ils vouent une confiance aveugle à Dumbledore et ont obéi quand il leur a demandé de la surveiller et de la protéger au péril de leur vie.
– Pourquoi ?
Impuissant, Edward secoua la tête.
– Je n'en ai pas la moindre idée. Il devait vouloir éviter que la prophétie se sache et que tout le monde s'appuie sur toi comme les membres de l'Ordre le font. Dumbledore te considère comme un enfant, en fait, il considère tout le monde comme des enfants. Il voulait t'épargner la vérité le plus longtemps possible, parce que tu serais trop jeune pour comprendre.
– Trop jeune ? s'indigna Harry en se levant brusquement. J'ai affronté Voldemort trois fois et j'ai survécu ! J'ai vu des gens mourir ! D'après ce que tu dis, des gens sont morts pour « m'épargner la vérité » et c'est la chose la plus... idiote que j'ai jamais entendue ! C'est de ma faute ! M. Weasley est mort à cause de moi ! Comment je vais pouvoir regarder Ron dans les yeux maintenant ?
– Sa mort n'est pas de ta faute, Harry. Tu as même essayé de le sauver. C'est une tragédie, c'est sûr, et elle aurait pu être évitée sur bien des plans. Mais tu n'es pas coupable de ce qu'il s'est passé. Ne pense jamais ça.
– Alors c'est la faute à qui ? Dumbledore ?
– Ne cherche pas de coupable ou tu n'en finiras jamais.
Fatigué et las, Harry se rassit en fixant ses mains enfouies dans sa cape d'invisibilité. Il avait besoin d'un coupable. La mort de M. Weasley n'était pas arrivée par un accident inévitable et imprévisible. Il n'aurait pas dû être occupé à surveiller la prophétie. Il n'aurait pas dû obéir à Dumbledore. Il n'aurait pas dû lui faire confiance sans poser de questions sur la prophétie. Le père de Ron était mort pour rien. La famille Weasley était malheureuse parce qu'un homme avait décidé que Harry n'était qu'un enfant immature. Quoi qu'Edward puisse lui assurer, Harry se sentait coupable.
– Harry. Arrête ça.
– Des personnes risquent leur vie pour moi, pour rien, comment je pourrais ne rien ressentir pour eux ? Je n'ai pas le pouvoir de vaincre Voldemort. À chaque fois que je lui ai fait face, j'avais toujours de l'aide, toujours un coup de chance. Mais je n'ai pas de pouvoir spécial ! Je ne suis que moi, Harry, je ne suis pas un « élu » ou un « sauveur ». Juste Harry. Je serais incapable de me battre comme il l'a fait à Little Hangleton. Je ne serais pas capable d'utiliser les Impardonnables comme Maugrey, euh, Croupton l'a fait. Je ne peux pas posséder d'autres êtres ou... ou les tuer...
– Tu n'auras pas à le faire, promit Edward en le forçant à soutenir son regard. Je te l'ai dit. Envy et moi faisons tout pour ça. Tu n'auras à tuer personne. N'écoute pas ceux qui veulent te refourguer la sale besogne. Tu as le droit de te battre pour ceux que tu aimes et pour protéger ton monde, mais ne crois jamais que tu doives tuer Voldemort. Encore moins que tu doives le faire seul. Tu ne seras jamais seul.
– Mais la prophétie... elle dit « aucun d'eux ne peut vivre tant que l'autre survit. » Alors, ça signifie que... à la fin... l'un de nous deux devra tuer l'autre ?
– Pas obligatoirement. En fait, cette prophétie n'est plus entièrement d'actualité. Tu possèdes effectivement quelque chose qui pourrait aider à détruire Voldemort, mais ce n'est pas quelque chose que tu peux utiliser comme une « arme » à proprement parler.
– Qu'est-ce que c'est ?
– Je ne peux pas te le dire. Pas encore. Mais je le ferai quand tu maîtriseras l'Occlumancie.
– Alors je ne risque pas d'en savoir plus avant des années, soupira Harry en pensant à ses leçons catastrophiques.
– Tu le sauras bien assez tôt. Crois-moi.
Il avait eu son compte pour ce soir. Maintenant, il avait besoin de réfléchir à tout ce qu'il avait appris.
– Je n'ai plus de questions, conclut Harry. Merci.
– Y a pas de quoi, répondit Envy, morne.
Puis il se laissa retomber sur le dos et se recroquevilla sous la couette, les enjoignant très clairement à quitter les lieux. Harry aperçut du coin de l'œil le mouvement avorté d'Edward pour réconforter son ami avant qu'il ne se lève et fasse signe à Harry de le suivre.
La nouvelle prophétie l'intriguait autant qu'il redoutait d'entendre son contenu. Harry avait compris ce qu'Edward n'avait que sous-entendu. Ce pouvoir que Harry possédait pour vaincre Voldemort, désormais Envy possédait le même, et la nouvelle prophétie l'annonçait.
