Joyeuses fêtes !


Chapitre seize : Répartition des rôles


Édition spéciale 26 janvier 1996 : Sorcier du soir

« Le ministère de la Magie remanié ! » par Rita Skeeter.

Ce matin, le ministre de la Magie, Pius Thickness, a annoncé un massif remaniement des services du ministère. Entre autres, la direction des Départements les plus influents a été confiée à des remplaçants jugés « plus compétents et plus fidèles aux idéaux du nouvel ordre mondial ». Parmi eux se trouve Hector Gurdjieff, ancien chef du Bureau des Aurors, nommé directeur de Département de la justice magique. Son ancien poste a été confié à Béatrix Savage, Auror réputée. À eux deux, ces Aurors de longue date et à la carrière impeccable comptent remettre de l'ordre suite à la panique provoquée par la désinformation de divers journaux antigouvernementaux.

Arnold Bondupois, ancien Oubliator, a été nommé directeur du Département des accidents et catastrophes magiques. Le nouveau responsable de la liaison avec le Premier ministre moldu a annoncé son intention de s'impliquer davantage dans les recherches du dangereux fugitif Edward Elric en intensifiant l'implication des autorités moldues dans la chasse à l'homme (plus de détails sur E. Elric en page 3).

Dolorès Ombrage, ancienne directrice de l'école de sorcellerie Poudlard, a été nommée directrice du Département de contrôle et de régulation des créatures magiques (pour en apprendre davantage sur le successeur au poste de directeur de Poudlard, voire article page 6, troisième colonne). Mme Ombrage a d'ores et déjà annoncé plusieurs mesures concernant l'usage de la magie et la vente de baguettes magiques aux nés-moldus (plus de détails sur les mesures en page 3).

Lucius Malefoy, représentant du Conseil de la Sorcellerie Européen, a accepté d'assurer la direction du Département de la coopération magique internationale. Son rôle au Conseil de la Sorcellerie Européen et ses relations avec le Maintien International de l'Association Magique ouvrent d'excellentes perspectives pour le ministère de la Magie. Ryan Dee, le Serviteur Suprême de la Sorcellerie actuel, a déjà annoncé son soutien à son collègue.

« Grâce aux choix avisés de M. Thickness, la situation précaire laissée par le précédent ministre de la Magie Cornélius Fudge sera redressée et le désordre survenu ces derniers mois réordonné » a déclaré le porte-parole du ministère, Mr. V. Parlphor. »

– « McGonagall a été envoyée à Ste Mangouste, soi-disant pour une crise cardiaque, mais en réalité Neville dit qu'elle a été attaquée par plusieurs Aurors », expliqua Luna, l'expression grave. « Elle voulait protéger des premières années sur qui Ombrage a utilisé des Plumes de sang. C'est tellement injuste ! »

– Est-ce qu'elle va s'en sortir ? s'enquit Edward, soucieux.

– « Mrs Weasley est passée à Ste Mangouste pour prendre de ses nouvelles cet après-midi, mais... À son âge, recevoir trois Stupéfix... Les guérisseurs craignent que son cœur lâche. Et ce n'est pas tout ! Hagrid a essayé de la défendre. Mais les Aurors étaient trop nombreux. Ils l'ont envoyé à Azkaban. Il y est enfermé depuis la nuit dernière. »

Edward sentit son cœur se serrer. Le garde-chasse ne méritait pas un tel sort. Il faudrait trouver un moyen de le libérer de prison.

Pour l'instant, il fallait se concentrer sur le reste.

– J'ai vu que Rogue est devenu directeur. Au moins un point positif.

– « Neville n'est pas si sûr que ça. Il dit que le professeur Rogue a engagé de nouveaux professeurs pour remplacer ceux qui manquent... Il a mentionné un certain Slughorn, et des frères et sœurs. Carrow, si je me souviens bien. »

– Tiens-moi au courant pour ces Carrow et ce Slughorn. Je veux savoir vers qui va leur allégeance. Bien qu'on s'en doute déjà. Et dis à Neville de rester prudent dans ses messages. On ne sait pas qui pourrait les intercepter.

– De quel côté est Gurdjieff ? demanda Keith en relisant l'article de la Gazette pour la seconde fois. Si on se fie aux autres nominés, il devrait logiquement être un partisan de Vous-Savez-Qui, mais il me semble que vous m'aviez dit que l'Ordre désirait l'enrôler.

– Luna, tu as entendu quelque chose au sujet de Gurdjieff ?

– « Non. Rien. La dernière réunion a eu lieu ce matin avant l'annonce de la Gazette. »

– Je vais m'occuper de récolter des informations sur les nouveaux directeurs de Départements moi-même dès demain, proposa Keith en jouant distraitement avec le journal entre ses mains. Le ministre m'a déjà assuré que Moroz ne me remplace que par intérim et que je reprendrais mon poste dès la fin de ma convalescence. Il est grand temps que j'arrête de me tourner les pouces. Qui est notre cible principale ? Ombrage et les nés-moldus ? Malefoy et la mondialisation des idéaux Mangemorts ? Bondupois et la chasse à l'homme visant Elric ? Ou Gurdjieff et la destruction du Chicaneur ?

– Le Chicaneur ne sera pas détruit quoi qu'il tente, répondit Xenophilius. Je suis en sécurité ici et Luna est en sécurité avec l'Ordre. Aucun Auror ni policier ni Mangemort ne me trouvera tant que je serai à Goldrop.

– Laissons de côté Gurdjieff et Bondupois alors, proposa Edward. Nous resterons prudents lors de nos expéditions en extérieur.

– Qu'est-ce que vous comptez faire, maintenant ? interrogea Keith. Vous ne pouvez pas rester à vous terrer ici. Il faut agir.

Edward y réfléchissait intensément depuis qu'il savait Envy relativement en sécurité et qu'il avait réduit au minimum sa recherche de son ami disparu. Il ne voyait qu'une possibilité envisageable : reprendre la chasse aux Horcruxes.

– Elric.

Edward releva la tête d'un coup. Ses deux complices le dévisageaient, dans l'attente d'une réponse.

– Avant de vous répondre, il va falloir que vous acceptiez de vous soumettre au sortilège de Langue de plomb.

Keith se leva immédiatement, furieux.

– Je pensais que nous nous faisions confiance !

– Ce n'est pas qu'un problème de confiance. Si l'un de nous venait à être pris par l'ennemi, ce secret ne devrait jamais être ébruité ou la guerre serait perdue à jamais, sans plus aucun espoir. Ce que je compte vous révéler va nous permettre de mettre un terme définitif au règne de Voldemort en le tuant. Sans qu'il ne puisse jamais revenir.

– Vous m'avez l'air bien sûr de vous.

– Je le suis, et j'ai de bonnes raisons de l'être. Sachez que ce secret mérite que l'on meure pour lui et que n'importe lequel d'entre nous pourrait être amené à effectivement mourir pour lui. Si vous n'êtes pas prêts à prendre ce risque, je ne forcerais pas ce fardeau sur vous. Xenophilius, je sais que vous avez une famille, et je comprendrais que vous ne vouliez pas risquer de laisser Luna, en cas de malheur. Keith, ça compte pour vous aussi. Vous avez la nuit pour y réfléchir. Je ne veux pas précipiter les choses. Cette quête est la plus cruciale qui ait jamais existé. Et je suis parfaitement sérieux.


« Le plan a fonctionné. Ombrage ne se souvient pas de l'agression. Les médicomages m'ont diagnostiqué une amnésie modérée. Les autorités pensent que vous êtes morte. KM »

« Êtes-vous en sécurité ? J'attends de vos nouvelles. KM »

« Albus Dumbledore est en vie. Ombrage a pris le contrôle de Poudlard. J'attends de vos nouvelles. KM »

« Où êtes-vous ? J'attends de vos nouvelles. KM »

« La tombe d'Elric a été ouverte. Avez-vous davantage d'informations sur ce sujet ? J'attends de vos nouvelles. KM »

« Le Serviteur a ouvert une enquête sur l'exécution d'Alighieri. Elric est activement recherché par le ministère, le CSE et le MIAM. Le cachez-vous ? S'il est retrouvé et torturé, Alighieri pourrait se retrouver en danger. J'attends de vos nouvelles. KM »

« Elric est en vie. Il recherche Alighieri. Il est passé à Ste Mangouste pour interroger votre père. J'attends de vos nouvelles. KM »

« La situation au ministère se détériore. Les Mangemorts ont le contrôle total de la Grande-Bretagne. Savez-vous quels sont les plans suivants de l'Ordre noir ? J'attends de vos nouvelles. KM. »

« Nous avons besoin de vous. KM »

« Répondez-moi. »

Onze jours de fuite, dix messages, zéro réponse. Jolene lisait, chaque jour, les messages de plus en plus impatients et exaspérés de son complice temporaire, sans toutefois prendre la peine d'y répondre. Si McKollughan n'avait pas encore saisi qu'elle n'avait fait que l'utiliser pour atteindre son but, il se montrait plus naïf qu'il n'y paraissait. Comme s'ils pouvaient être de réels alliés ! Personne n'était digne de confiance, et encore moins un lâche qui avait accepté le pot de vin de Pius Thickness sous la forme du poste de directeur d'un Département du ministère, uniquement par peur, avant de retourner sa veste pour se donner bonne conscience.

Il avait servi le plan, et ne lui était désormais plus d'aucune utilité. Bien qu'elle doive avouer que les informations contenues dans ses messages soient des plus intéressantes. Évidemment, elle recevait la Gazette du Sorcier et connaissait déjà la plupart des grosses révélations qu'il lui partageait, mais d'autres, plus secrètes, attiraient son attention.

Elric. Pire qu'un cafard. Lorsqu'il s'agissait de faire ce que le monde attendait de lui, il fallait toujours qu'il vienne tout gâcher. Ne pouvait-il donc pas laisser tomber l'affaire et mourir comme il était censé le faire ? Non, il fallait qu'il survive, par elle ne savait quel miracle, et qu'il fourre son nez où il ne fallait pas.

Elle sentit la colère monter lorsqu'elle relut le message concernant son père. Si Elric avait causé le moindre mal à son père, elle n'hésiterait pas à le traquer avec le reste des partisans du Seigneur des Ténèbres et à l'abattre à vue. D'ailleurs, cette perspective alléchante l'attirait de plus en plus chaque jour. Si elle ne se débarrassait pas très vite de ce moucheron, il finirait inévitablement par retrouver leur trace et par mettre Envy en danger. Comme il savait si bien le faire.

Malgré tout ce qu'elle pouvait bien reprocher à Elric — plus ou moins injustement —, sa discussion avec Envy la travaillait plus qu'elle ne l'admettait. Elle se montrait bien trop dure avec Elric. Il méritait une seconde chance. Surtout qu'Envy commençait sérieusement à lui courir sur le chaudron à force de la tanner pour entrer en contact avec le fugitif.

Un jour, il faudrait bien qu'elle cède.

La porte grinça en s'entrebâillant. Jolene ferma son livre d'un claquement sec, cachant les pages couvertes des messages de McKollughan.

– Jolene ? Envy est avec vous ?

L'Auror fixa le visage soucieux d'Edwina avant de sentir son cœur rater un battement.

– Non. Il n'est plus dans sa chambre ?

Edwina secoua la tête. Tout à coup, la panique prit les deux sorcières et elles se précipitèrent hors de la chambre, dévalant les escaliers et les couloirs en appelant leur protégé disparu.

Envy plissa les yeux en sortant de sa cachette, derrière la lampe sur le bureau que Gladpy utilisait quelques secondes plus tôt. Depuis son réveil une semaine auparavant, Envy ne cessait de harceler ses hôtes pour retrouver Edward, sans qu'elles ne lui accordent la moindre réponse positive, même après qu'elles aient appris qu'Edward était en vie. Autant dire qu'il avait perdu patience il y a bien longtemps !

Par malchance, il n'avait trouvé aucun moyen de communiquer avec l'extérieur dans son état actuel. Les hiboux, chouettes et autres volatiles étaient hors de question, puisqu'ils risquaient de le dévorer goulûment si jamais il s'approchait à portée de bec. Envoyer un message grâce à son Patronus se révélait tout aussi impossible, puisqu'il ne pouvait plus pratiquer la magie. Appeler par cheminette ne s'avérait pas mieux. Il ne savait ni où passer son appel ni comment procéder pour ne pas tout simplement tomber dans les flammes. Cette situation ne pouvait plus durer ainsi. Il voyait bien que Jolene et Edwina n'avaient pas la moindre intention de quitter ce trou à rat de sitôt.

Toutefois, à force d'espionner Gladpy en profitant de sa petite taille pour passer inaperçu, Envy avait découvert un étrange manège de sa « sœur ». Lorsqu'elle pensait que personne ne la voyait, elle consultait sans arrêt une certaine page du même roman à l'eau de rose, à chaque fois avec une réaction différente. Ce comportement suspect lui avait mis la puce à l'oreille.

Envy trottina vers l'exemplaire racorni de « Pétrifie-moi, mon beau Basilik » à la couverture vert pétant et prit fermement appui sur ses quatre pattes arrière tandis qu'il poussait les pages avec toute la force de ses pattes avant. Le livre s'ouvrit à la moitié dans un claquement mat qui résonna comme un boulet de canon à l'oreille sensible d'Envy. L'Homonculus se figea et tendit le cou, attendant le moindre bruit indiquant que les sorcières l'avaient entendu. Quand rien ne vint, il reprit son activité et feuilleta le livre jusqu'à tomber sur une double page complètement différente des autres.

Les messages du mystérieux « KM » s'affichèrent sous ses pattes. Il les lut attentivement et se réjouit d'apprendre qu'Edward le cherchait. Maintenant, il espérait qu'il suffisait d'écrire sur cette page pour que ce mystérieux KM puisse lire sa réponse et la transmette à Edward.

Envy lança un regard circulaire autour de lui et repéra une plume et un encrier. Il trotta jusqu'au coin du bureau, prit la plume sous deux pattes et la tira comme il put vers le livre. Là, il se démena pendant plusieurs longues minutes pour écrire un texte compréhensible, sans réussir à éviter quelques grosses taches d'encre et quelques ratures.

« Suis sécurté. Obstacl cake ss contrle. »

Bien. Son message n'était peut-être pas le plus passe-partout qu'il ait pu rédiger, mais il ne voyait aucun autre moyen pour transmettre de ses nouvelles à Edward sans que leur intermédiaire comprenne ce qu'il disait. Il ignorait si KM était un allié ou s'il ne faisait que surveiller Edward de loin sur l'ordre de Gladpy.

Soudain, une ligne apparut sous la sienne.

« Content d'entendre de tes nouvelles. Le cake a la bague. Je cherche les autres. L'auteur du "coup de foudre ministériel" et KM vont m'aider à les chercher. »

Le cœur d'Envy battait la chamade. Edward ! Son ami lui répondait pour de vrai, en direct !

Donc, « KM » et Lovegood avaient rejoint Edward. Bonne nouvelle. Par contre, Envy s'interrogeait très sérieusement sur l'identité de KM et la manière dont ils s'étaient alliés. Edward semblait réellement compter lui faire confiance pour la chasse aux Horcruxes.

« Confince KM ? »

La réponse vint rapidement.

« Oui. Il a aidé JG à te sauver. Où es-tu ? Es-tu en sécurité ? »

Avec un roulement d'yeux, Envy sut définitivement que son interlocuteur était effectivement Edward, aka sa maman-poule préférée. Clairement, Edward savait pour le rôle de Gladpy dans toute l'affaire. Envy se demandait bien ce qu'il se passait de son côté.

« Sais pas où. Sécurté. JG. Alliée. Longu hist. Où es-tu ? »

La plume tomba des pattes d'Envy qui la rattrapa in extremis avec sa queue. Il poussa un soupir de soulagement et se coucha sur la page vierge en scrutant celle couverte de messages. L'effort physique exigé pour écrire lisiblement l'avait lessivé. Il craignait que Gladpy revienne avant qu'il ait pu trouver un moyen de localiser Edward, ou l'inverse.

« Je sais qui est JG. Si tu dis qu'elle est une alliée, je te crois. Convaincs-la de nous aider. Nous pourrons décider d'un point de rendez-vous. J'ai besoin de toi pour chercher les autres. Si tu lui fais confiance, tu me retrouveras chez mon maître. »

Ben voyons. « Je te crois », dit-il avant d'annoncer vouloir prendre un rendez-vous au lieu de directement inviter Gladpy au quartier général. Enfin, Envy pouvait le comprendre. Lui non plus ne savait pas exactement s'il parviendrait à accorder sa pleine confiance à Gladpy tout de suite, même s'il avait beaucoup progressé ces derniers jours. Par ailleurs, bien qu'Edward lui ait fait part de sa réserve concernant Gladpy, il avait laissé le choix final à Envy, en toute confiance quant à son jugement, en lui indiquant où il se cachait si jamais Envy décidait de venir directement avec la sorcière.

Cette marque de confiance réchauffa le cœur d'Envy qui sourit au message en le relisant plusieurs fois. Il termina de reprendre son souffle et ses forces pour pouvoir répondre. Avant d'avoir pu relever la plume pour la tremper dans l'encrier, un « pop » le fit sursauter violemment. Deux mains frêles et poilues l'attrapèrent et une voix criarde lui brisa les tympans une seconde plus tard.

– Maîtresse ! Maîtresse ! Gridy a trouvé !

La porte de la chambre s'ouvrit en claquant sur Gladpy, qui n'avait visiblement pas la patience d'attendre Edwina.

– Qu'est-ce que tu as fait ! s'écria-t-elle en voyant le roman grand ouvert et la plume tenue par Envy.

Elle réduisit la distance jusqu'au bureau en trois grandes enjambées et s'empara du roman dont elle lut les quelques lignes de dialogue avec une perplexité croissante.

– Pourquoi as-tu fait ça ? Quel inconscient ! Ça pourrait être un piège !

– Ne sois pas stupide. J'ai pris des précautions. C'est Ed, y a pas de doute là-dessus.

Edwina arriva dans la chambre, essoufflée et échevelée.

– Il est hors de question que je te laisse le rejoindre ! Tu vas finir par te faire tuer, à force de le fréquenter !

– C'est ma vie ! Je fais ce que je veux et je veux rejoindre Ed. Si vous ne voulez pas lutter contre Voldemort, tant mieux pour vous, mais c'est pas mon cas. Je vais me battre, que vous le vouliez ou non. Et je me battrai avec Ed à mes côtés. Si vous tenez à moi comme vous le prétendez, alors vous vous joindrez à moi, quels que soient les alliés que je choisis.

Interdite, Edwina fixa Envy, puis Jolene sans tout saisir.

– Que se passe-t-il ici ?

– Il a contacté Elric. D'ailleurs, je me demande bien comment Elric peut avoir récupéré le carnet de McKollughan.

Oh, donc le mystère de KM venait de se résoudre.

– Ils travaillent ensemble, répondit Envy. Bon, vous voulez bien dire à votre vieux truc de me poser quelque part. Je n'apprécie pas vraiment d'être ballotté à droite et gauche comme un vulgaire bibelot.

Edwina ordonna à son elfe de déposer Envy sur le bureau. L'Homonculus lui en fut reconnaissant, car l'hygiène de la créature était des plus incertaines. Rien qu'après quelques minutes dans les mains de Gridy et son odeur nauséabonde collait déjà à sa peau. Dégoûtant.

– Qui est McKollughan ? demanda Edwina.

– C'est un employé du ministère de la Magie qui m'a aidé à simuler la mort d'Envy. J'ai rompu toute communication avec lui dès qu'Envy a été en sécurité ici. Bien sûr, Envy a trouvé intelligent de le contacter. Je croyais qu'Elric et toi vous méfiez de lui. Pourquoi ce brusque changement ?

– Les alliances évoluent. On se méfiait de lui quand il avait son dossier sur nous, mais les choses ont changé. Les confidences qu'Ed m'a dit lui avoir faites, il ne les aurait jamais faites à quelqu'un dont il douterait des motivations. Vous lui avez fait confiance une fois, pourquoi pas deux ? Laissez une chance à Ed et McKollughan.

Si Edwina paraissait prête à accepter ce qu'il disait comme la parole sainte — comme à chaque fois depuis leur première rencontre —, Gladpy était encore loin d'accepter rien que d'envisager une possible alliance. Si Envy comptait rejoindre Edward, il lui faudrait obligatoirement le consentement de ses deux sauveuses. Rien que parce qu'il ne pouvait se déplacer seul. Mais aussi parce qu'il les voulait à ses côtés.

Envy se racla la gorge en s'asseyant sur ses pattes arrière, réfléchissant à vive allure. Son regard tomba sur sa queue et une idée le traversa. Peut-être avait-il trouvé l'argument qu'il fallait.

– Écoutez. Vous voulez ce qu'il y a de mieux pour moi, n'est-ce pas ?

Il attendit qu'elles acquiescent avant de continuer.

– Vous savez à quel point je suis vulnérable et malheureux, coincé sous cette apparence. Voir ce corps, chaque jour, ça me tue à petit feu. Et quel avenir ai-je dans cet état ? Personne ne m'acceptera tel que je suis, je ne pourrais plus jamais pratiquer de magie ni faire ma vie sans être dépendant de vous. Depuis que je suis ici, je suis impuissant, faible, malade et assisté. Est-ce que vous vous imaginez me nourrir à la petite cuillère jusqu'à ma mort ? Être obligée de me porter où que j'aille ? Honnêtement, vous pensez que c'est une vie ?

Bien malgré lui, Envy sentit sa gorge se serrer et ses yeux s'humidifier tandis qu'il réalisait la réalité en même temps qu'il l'expliquait pour se défendre.

– Vous comprenez ? Cette situation, ici, ça ne peut pas continuer pour toujours. Si je me terre ici, je vais juste finir par crever. Me sauver de Voldemort n'aura servi à rien, parce que je ne survivrai pas longtemps sous cette forme. Il faut que je retrouve un corps humain. C'est vital. Et vous pouvez détester Edward tant que vous le voudrez, mais le fait est que j'ai besoin de lui. Il est mon unique espoir pour retrouver mon corps d'origine.

Son discours terminé, Envy sut qu'il avait remporté la victoire. Pour persuader Jolene, il suffisait d'appuyer sur sa corde sensible : le bien-être d'Envy. Rien de plus simple, une fois que l'on comprenait son mode de fonctionnement.

Sous ses yeux pleins d'espoir, Gladpy ramassa la plume et la trempa dans l'encrier avant d'écrire un message sur son roman.

« Elric, si je sens la moindre menace, la moindre entourloupe, je vous traquerai et je vous tuerai moi-même. »

– Ça va la testostérone ? commenta Envy en lisant son texte. Lâchez-lui du lest. Dites-lui qu'on le retrouvera chez son maître. Est-ce qu'on est loin de Londres ?

– Nous sommes des sorciers, rétorqua Gladpy. Londres est aussi proche que n'importe quelle ville.

– Dites-lui qu'on arrivera dans une heure.


La devanture déplaisante de la boucherie « Chez Zigi et Sumi » provoqua une telle nostalgie et un tel sentiment d'attachement qu'Envy faillit bondir hors de la poche de la cape d'Edwina. Au dernier moment, il se retint d'agir et se mit à vibrer sur place, le ventre noué par l'anticipation. Son désir s'accrut lorsque la porte s'ouvrit magiquement et que leur passage fit tinter la clochette d'entrée.

Gladpy sortit brusquement sa baguette de son holster. Il fallut ce mouvement pour qu'Envy remarque la silhouette perchée sur le comptoir, entre la vieille caisse enregistreuse et les boîtes de conserve. Pendant un long silence chargé d'électricité, personne ne prononça un mot. Envy se hissa un peu mieux hors de la poche pour voir le visage de leur comité d'accueil.

– Ed !

Le blond pencha la tête sur le côté, un sourire étirant finalement ses joues jusqu'à barrer son visage en deux. Il sauta de son perchoir et ferma la porte d'un geste de baguette avant d'ouvrir en grand la porte menant à l'étage.

– Venez donc au lieu de me fixer comme si j'étais Voldemort en personne ! Xeno a préparé du thé pour votre arrivée.

Envy sentit la réticence d'Edwina à bouger avant que Jolene donne son accord. En définitive, elles se décidèrent à rejoindre Edward derrière le comptoir, bien que Gladpy refusa de le laisser fermer la marche. Son comportement fit soupirer Edward, mais il obtempéra et prit les devants, montant les marches quatre par quatre jusqu'à débouler dans le salon. Là, ils tombèrent nez à nez avec une scène à laquelle Envy aurait dû s'attendre. Soit la transformation de leur salon en véritable quartier général. Visiblement, Edward avait déménagé tout leur matériel du grenier.

– Bienvenue, souhaita sobrement Edward, d'un air encore pincé causé par l'attitude de Gladpy. Maintenant, est-ce que vous me donnez l'autorisation de verrouiller les protections avant qu'un autre Mangemort puisse entrer ? Merci.

Edward n'attendit pas de réponse et repartit en sens inverse, disparaissant dans les escaliers et laissant les cinq autres se fixer en chien de faïence. Xenophilius fut le premier à se lever pour les accueillir avec une expression avenante et une poignée de main chaleureuse. Et un peu étrange.

– Bienvenue à vous trois. Mon nom est Xenophilius Lovegood, éditeur du Chicaneur. J'espère que nous saurons mettre nos différends de côté pour atteindre notre objectif commun.

– Gladpy, se présenta froidement Jolene en coupant court à toute tentative de fraternisation.

– Je suis la comtesse Edwina Cerchi, se présenta la porteuse d'Envy pompeusement en acceptant un baise-main bizarre de Xenophilius. Auriez-vous l'amabilité de me débarrasser ?

Un peu étourdi, Xenophilius manqua de perdre l'équilibre lorsqu'une épaisse cape de voyage de luxe tomba dans ses bras. Edward revint et fronça les sourcils en voyant le concours de regards assassins entre Keith et Jolene. Ce n'était pas gagné, si leur collaboration débutait si mal. Il espérait que les esprits s'apaiseraient rapidement, pour qu'ils puissent travailler efficacement.

– Bon. Keith, Jolene, Jolene, Keith. On se serre la main et on se souvient qu'on est du même côté. Madame Cerchi, voici Keith McKollughan, j'imagine que vous avez été mise au courant de son rôle dans l'évasion d'Envy ? Et Keith, voici Edwina Cerchi, une lointaine tante d'Envy. Asseyez-vous et buvez un coup avant que l'on parle affaires.

– Ed ! T'as pas un peu oublié quelqu'un là ? s'écria Envy en remuant.

Le sourire d'Edward revint, plus malicieux, et il tendit la main vers Edwina.

– Vous permettez ?

La sorcière sortit précautionneusement son fardeau de sa poche et le déposa dans la paume ouverte. Xenophilius émit un bruit de gorge intéressé. De son côté, Keith s'étrangla de surprise en voyant enfin la source de la voix familière d'Envy apparaître sous une telle forme. Les yeux grands ouverts, ils fixèrent l'échange sans commenter à voix haute. Keith oublia tout combat de regard, fasciné par l'étrange créature d'une espèce inconnue.

Malgré son besoin presque maladif de tendre la main pour prendre le sujet d'expérience fascinant, il se retint lorsqu'il vit les expressions de pur bonheur des deux amis lors de leurs retrouvailles.

Envy s'assit dans les mains d'Edward en y prenant appui et leva les yeux vers le visage gigantesque penché sur lui.

– T'as vraiment une chance de cocu, remarqua Edward de but en blanc. Quand Ombrage t'a pris, j'ai vraiment cru que c'était la fin.

– Si vous aviez mieux —

Envy grogna contre Gladpy par réflexe. Pour empêcher de futures interruptions, Edward proposa que ses deux complices mettent leurs nouvelles recrues au courant de l'actualité et de leurs plans avenirs pendant que lui et Envy avaient une discussion privée, à l'écart de la foule. Pour rassurer Gladpy, Edward ne quitta pas la pièce principale, s'asseyant simplement sur le rebord de fenêtre tout en gardant Envy dans ses mains en coupe. Bientôt, l'Auror fut absorbée par le récit de Keith et cessa de les fixer par-dessus l'épaule de Xenophilius.

Alors, comment tu vas depuis que tu as perdu tes âmes ?

Je n'arrive plus à me transformer, déclara Envy à regret.

Est-ce que tu as eu des crises ? Tu as mal quelque part ?

Envy haussa les épaules sans répondre.

Ça veut dire quoi ça ?

Sans y faire attention, Envy se mit à frotter ses petits doigts sur la paume. Edward observa son manège sans commenter, amusé et un peu attendri malgré lui. Il n'y avait pas à dire, Envy était bien plus mignon comme ça. Mais il voyait bien à quel point l'Homonculus était malheureux de ne plus avoir apparence humaine.

On va trouver un moyen.

Envy parut le croire.

Dis, tu as dit que tu savais qui est Gladpy. Qu'est-ce que tu as appris ? chuchota l'Homonculus.

Edward lança un rapide regard vers l'Auror, plongée dans les rapports de Luna venant de l'Ordre du Phénix, avant de rapporter à voix basse ce qu'il avait découvert et extrapolé. Ils en conclurent qu'il fallait absolument éviter que Gladpy découvre qu'Envy n'était pas son véritable frère, sinon elle finirait par les quitter et surtout, ils ignoraient dans quel état émotionnel une telle révélation pourrait la mettre.

Ensuite, leur conciliabule dériva sur McKollughan, à qui Edward souhaitait accorder sa chance, que ce soit pour la chasse aux Horcruxes comme pour un rôle d'espion au ministère. Envy hésita, mais finit par accepter l'intérêt de l'idée. À eux deux, ils ne parviendraient jamais à retrouver et détruire tous les Horcruxes avant dix ans, surtout vu l'état actuel d'Envy. Que ce soit Xenophilius ou Keith, ils seraient des atouts s'ils acceptaient la proposition qu'Edward leur avait faite plus tôt dans la soirée.

En ce qui concernait Gladpy et Cerchi, le duo débattit longtemps avant de tomber d'accord sur leur participation à la chasse. À partir de cet accord, Edward rejoignit l'assemblée regroupée autour de la grande table ronde. Envy sauta des mains d'Edward et slaloma entre les journaux dont il lut les gros titres.

– Comme nous sommes peu, nous avons besoin de placer nos espions aux endroits les plus stratégiques, commenta Keith. C'est-à-dire au ministère, au Conseil de la Sorcellerie Européen, à l'Ordre noir et à l'Ordre du Phénix.

– Et Poudlard, ajouta Xenophilius. La situation se détériore là-bas et les enfants sont en danger.

– La répartition des rôles paraît évidente, commenta Jolene. Edwina est la seule à pouvoir participer aux réunions du CSE. Même si McKollughan est vu comme un partisan du Seigneur des Ténèbres, il ne deviendra pas un Mangemort à part entière digne de connaître les plans les plus importants. Il ne pourra donc que surveiller le ministère.

– L'Ordre du Phénix compte contacter Mme Cerchi pour lui proposer de les rejoindre, ajouta Xenophilius.

– Quant à moi, reprit Jolene. Je peux m'occuper du ministère, de l'Ordre noir et éventuellement de Poudlard si mes supérieurs décidaient de m'y envoyer pour surveiller l'école.

– Nous avons un contact permanent à Poudlard qui pourra remplir les vides que Gladpy pourrait laisser quand elle n'y est pas, souligna Xenophilius.

– Qui ça ? demanda Envy.

–Neville. Et je compte contacter Pomfresh si j'en ai l'occasion, précisa Edward. Elle m'a aidé à fuir le gouvernement et je pense qu'elle n'accepte pas les méthodes de Dumbledore. Apprendre que Gladpy était une Mangemort et que Dumbledore savait ne lui a pas plu.

– Vous avez grillé ma couverture, reprocha Jolene froidement.

– Ça n'a plus grande importance désormais, le défendit Edwina en tapotant du doigt sur l'édition spéciale de la Gazette du Sorcier. Ce n'est pas comme si le ministère de la Magie allait ouvrir une enquête sur vous. Le gouvernement ne se cache plus d'être sous influence Mangemort. Qu'une Auror soit publiquement partisane de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ne gâchera aucun effet de surprise.

– En effet, approuva Keith. Le problème avec Gladpy ne vient pas qu'elle soit démasquée, mais de sa disparition. Comment comptez-vous justifier votre disparition pendant presque deux semaines ?

Jolene plissa les yeux vers Keith, ses doigts froissant le parchemin sur lequel elle s'appuyait.

– Pourquoi ne pas imiter Keith ? suggéra Xenophilius. Prétendre avoir subi un Oubliet et avoir erré jusqu'à être retrouvée ?

– Un peu facile comme excuse, rétorqua Edward.

– Eh bien, que proposes-tu ?

– Tout dépend si Jolene est prête à prendre le risque de subir une punition.

– Bah voyons !

– Vous pensez sérieusement que je prends plaisir à vous imaginer être torturée par Voldemort ? C'est bien mal me connaître. Si mon plan nécessite une telle épreuve, c'est parce qu'il sera plus sûr pour vous sur le long terme. Je n'imposerais pas de souffrances inutiles à une alliée. Ni à personne, en réalité. Ce que je propose, c'est de vous donner une meilleure excuse qui risque moins d'être découverte, puisqu'elle sera appuyée non seulement par un espion auquel Voldemort se fie, mais aussi par l'Ordre du Phénix.

– Dites-nous tout, au lieu de tourner autour du chaudron.

– Le meilleur moyen de faire gober un mensonge, c'est de dire la vérité. Avouez à Voldemort que vous étiez avec Envy pendant tout ce temps, que vous avez pris la fuite avec lui.

– Folie !

– Non, écoutez un peu. Gladpy, êtes-vous une Occlumens accomplie ?

– Non. Je n'ai que des bases.

– Seriez-vous capable de conduire, rien qu'un peu, la route que Voldemort pourrait prendre dans votre esprit ?

– Je l'ai fait jusque là, pour éviter qu'il découvre mes... origines.

– Bien. Parce que Voldemort va fouiller vos souvenirs, vous le savez aussi bien que moi. Il va forcément voir que vous étiez avec Envy, en sécurité et pas amnésique pour une mornille. Mais vous pouvez le manipuler. Cachez-lui vos plans avec Keith et Edwina, mais laissez lui voir tout ce que vous voulez sur votre relation avec Envy pendant tout ce temps. Vous pouvez même lui montrer qu'Envy vous fait confiance. Ce qu'il faut, et c'est là que l'exercice va devenir compliqué, c'est de modifier l'évasion en elle-même. Vous allez devoir faire croire à Voldemort que quelqu'un d'autre comptait enlever Envy et que vous avez pris les devants en l'enlevant vous-même.

– Qui comptez-vous utiliser comme bouc émissaire ?

– G.O.D.

– Oh. Dumbledore continue de soutenir qu'il vous a sauvé tous les deux après l'attaque de Poudlard. La réapparition surprise d'Edward ainsi que sa disparition du radar de l'Ordre du Phénix comme de celui du ministère semble pour tous confirmer sa théorie. Rogue a dû révéler à Vous-Savez-Qui qu'Edward n'a pas rejoint l'Ordre après son retour et qu'il faut forcément qu'il ait un complice quelque part qui l'a aidé à simuler sa mort et celle d'Envy.

– Vous voulez lui mettre ça sur le dos ? lâcha Envy, d'un air légèrement amusé malgré les circonstances. En gros, Gladpy revient comme une fleur, dit que G.O.D a attaqué McKollughan et Ombrage et essayé de m'emmener, mais que Gladpy a réussi à s'enfuir. Et après ? G.O.D nous a retrouvés, m'a pris avec lui, et Gladpy revient la queue entre les jambes et se fait punir à coup de Doloris parce qu'elle m'a perdu ?

– Vous-Savez-Qui se mettra à la poursuite de cet homme pour retrouver Alighieri, participa Keith, qui n'avait pas l'air très convaincu. Vous êtes prêts à risquer la vie de cet homme, qui n'est même pas au courant de ce qui l'attend ? Je croyais que ce n'étaient pas dans vos méthodes.

– Il ne court pas le moindre risque, puisqu'il est mort, mentit Edward, qui ne pouvait décemment pas avouer qu'il s'agissait de dieu en personne et que par conséquent, Voldemort ne le trouverait pas où il se cachait. Mais ça, nous sommes les seuls à le savoir. Imaginez un peu si Gladpy joue bien son rôle et que la rumeur se répand. Tous ceux cherchant Envy vont poursuivre une chimère.

– Et si l'information sur la mort de cet homme se répand et qu'elle arrive jusqu'au Seigneur des Ténèbres ? interrogea Jolene. Il saura que j'ai menti.

– Personne ne trouvera la moindre preuve sur sa mort ! Tous les indices que l'Ordre possèdent pointent même dans la direction inverse.

– Il a raison, le défendit Envy. Il n'y a pas de témoins, pas de documents, pas de tombe et pas de corps. Par contre, le plan craint quand même à la base. Tout dépend des capacités de Gladpy en Occlumancie. McKollughan, vous en êtes où en Occlumancie de votre côté ? Vous pourriez supporter la version de Gladpy.

– Je n'ai jamais suivi le moindre cours... Mais j'ai une autre proposition plus intéressante. Mon remplaçant, Broderick Moroz. Il a travaillé pendant plusieurs années sur un projet concernant les souvenirs. J'ai... emprunté quelques unes de ses idées pour mon propre retour. Je ne peux pas vous en révéler davantage, mais si je réussis à récupérer davantage de ses travaux les plus poussés demain en reprenant mon poste, je pourrais sûrement implanter de faux-souvenirs dans l'esprit de Gladpy. Il me faudra au moins deux jours pour étudier le sujet et maîtriser les charmes supplémentaires.

– Si vous êtes prêt à utiliser ces charmes sur vous-même... Dans ces conditions, ce plan me convient, admit Jolene à contrecœur. Nous devrons créer un scénario convaincant et ne rien laisser au hasard.

– Vous vous rendez compte que vous oublierez vos véritables souvenirs ? Ceux que je modifierai, en tout cas.

– Nous pouvons toujours conserver les vrais souvenirs ici, fit remarquer Edwina. Jolene pourra les récupérer lorsque l'affaire se sera tassée et que Vous-Savez-Qui ne s'intéressera plus à son implication.

Le plan voté, l'assemblée se dispersa pour s'installer dans la base. Les chambres d'Edward et d'Envy furent débarrassées des affaires de Keith et Xenophilius pour y ranger celles des sorcières. Tous les sorciers s'installèrent au grenier, dans un dortoir improvisé plutôt confortable malgré les circonstances. Puis la soirée se termina sur un repas à l'ambiance inconfortable, bien que le ragoût aux prunes dirigeables de Xenophilius soit exquis, selon Edwina. Une fois leurs ventres bien remplis et la table débarrassée, Keith, Xenophilius et Edwina montèrent se coucher.

Une longue journée les attendait. Le premier retournait au ministère de la Magie, le deuxième leur préparerait un moyen de communication plus discret que les pages enchantées de Keith et la troisième retournait à Rome, pour faciliter la prise de contact de l'Ordre du Phénix. Quant aux trois derniers, ils étaient obligés de rester cachés au quartier général. La frustration de Jolene ne faisait pas le moindre doute.

– Il a l'air plus détendu.

Surpris dans son intense réflexion pendant qu'il faisait la vaisselle, Edward jeta un regard à Jolene par-dessus son épaule. La sorcière n'avait pas quitté la table de la cuisine et observait la silhouette endormie d'Envy, roulé en boule sur l'un de ses pulls posés sur la table. Le petit lézard dormait à poings fermés, son flanc se soulevant à peine à chaque inspiration.

– Envy n'est pas vraiment du genre à montrer sa nervosité, répondit simplement Edward en reprenant son activité. Il préfère paraître je-m'en-foutiste pour se donner de l'allure.

– Quelque chose a changé chez lui depuis son arrestation. Il paraît différent.

– Le contraire aurait été surprenant.

– Comment ça ?

– Le monde entier a découvert sa vraie apparence, il s'est fait brûlé vif, a failli y rester, et s'est réveillé en croyant avoir été enlevé par une personne à qui il faisait confiance et qui était en fait un partisan de son pire ennemi. Enfin façon de parler. Il croyait que cette personne l'avait trahi. Ça paraît logique qu'il subisse une certaine... remise en question. Il vous aime bien, vous savez ?

Pendant un moment, sa remarque ne provoqua aucune répartie et Edward ne chercha pas à en obtenir.

– Penses-tu qu'il me considérera comme sa famille un jour ?

On passait au tutoiement, apparemment. Edward voulut se retourner en notant une touche de vulnérabilité dans la voix étrangement sincère de la sorcière, mais il se ravisa au dernier moment, préférant ne pas risquer qu'elle se ferme.

– Pourquoi douter ?

– Je ne te détrônerai jamais.

– Une famille ne se résume pas à deux personnes.

– Je ne veux pas former une famille avec toi, Edward. Ma famille se résume à Envy et à mon père et j'aimerais qu'il en soit ainsi pour Envy aussi.

– Pourquoi est-ce que tu me considères comme un adversaire ? Je pensais que l'on avait dépassé le stade de la méfiance. Depuis votre évasion, j'ai l'impression que l'on est retourné des mois en arrière. Est-ce que c'est parce que je suis intervenu et que j'ai causé ce chaos ? Si c'est le cas, je ne m'excuserai pas, sache-le. J'ai fait ce qui était juste.

– Envy m'a dit la même chose, soupira Jolene. J'en ai conscience. Seulement, malgré la... hm... l'affection que j'ai pu développer pour toi, j'ai aussi conscience que tu représentes un danger pour lui. Même si ce n'est pas intentionnel, tu finis toujours par chambouler la paix qu'il instaure dans sa vie. Vous vous disputez si souvent et si fort, je déteste le voir dans l'état dans lequel tu le mets à chaque fois.

– Je crois que tu te mens à toi-même, rétorqua Edward en séchant une dernière assiette. Tu es jalouse, voilà tout. Le problème, c'est que ça ne t'apportera rien de bon d'espérer ou pire d'essayer que l'on s'éloigne l'un de l'autre. Il va falloir que tu t'y fasses. On est amis et on le restera. Libre à toi de partager et d'être heureuse ou de me voir comme un obstacle et d'être malheureuse.

Edward se retourna et s'accouda au plan de travail, son torchon jeté sur l'épaule. S'il s'était attendu à une explication de l'animosité retournée de Jolene à son égard, ça n'aurait pas été de la jalousie à cause de son amitié avec Envy. Edward croisa les bras en scrutant la sorcière crispée sur sa chaise, qui avait détourné le regard de l'Homonculus. L'atmosphère rue Goldrop n'irait pas s'améliorant si Jolene décidait de mêler son mélodrame à l'imbroglio de leur organisation naissante.

Agacé, Edward envoya son torchon sur le plan de travail et traversa la cuisine, bien décidé à aller se coucher. Cette conversation n'avait que trop duré.

– S'il avait grandi avec moi... Tout aurait été différent. Pourquoi a-t-il fallu qu'Edwina le laisse se faire enlever il y a toutes ces années ?

– Elle n'y est pour rien. Ça ne sert à rien de s'attarder sur le passé.

Edward recueillit Envy emmitouflé dans son pull et quitta la cuisine.