Chapitre dix-neuf : Le Département des mystères


– Venez, appela Fred en faisant un signe au groupe de se dépêcher.

– Entrez ici, indiqua George en désignant une cabine téléphonique aux vitres cassées.

– Vous êtes sûrs que l'entrée est ici ? demanda Ginny d'un air dubitatif.

Les jumeaux s'engouffrèrent dans la cabine, tirant leur frère et leur sœur à leur suite avant que les autres suivent. Harry, Hermione et Luna se serrèrent dans le faible espace, laissant une place étroite pour Dumbledore, qui avait insisté pour les accompagner, ne pouvant en son âme et conscience laisser des enfants partir pour une mission si dangereuse sans au moins essayer de les dissuader ou de les protéger.

– Papa nous a emmenés il y a deux ans..., expliqua George.

– Pour nous montrer les cellules..., continua Fred.

– Si on continuait à faire des bêtises... termina George avec une sorte de demi-sourire mélancolique.

Dumbledore ferma la porte comme il put en se pressant contre Luna et Hermione.

– Maintenant, celui ou celle qui est le plus près du téléphone compose six, deux, quatre, quatre, deux.

Ce fut Ginny qui s'en chargea, tout en maudissant celui qui enfonçait un coude entre ses omoplates. Lorsque le cadran circulaire se fut remis en place, une voix féminine désincarnée résonna dans la cabine pour leur souhaiter la bienvenue au ministère et leur demander d'indiquer leurs noms et l'objet de leur visite. Ginny prit sur elle d'énoncer tous leurs noms.

Dans le coin opposé, Luna sortit encore une fois un miroir de sa poche sous les regards intrigués de ses plus proches voisins qui avaient remarqué son geste à plusieurs reprises. La jeune sorcière semblait avoir perdu patience, et désormais, son expression bordait le désespoir. De part et d'autre de Luna, Hermione et Dumbledore observèrent son manège avec curiosité.

–... priés de prendre les badges et de les attacher bien en vue sur leurs robes, annonça la voix de la cabine.

Les jumeaux distribuèrent les badges par-dessus les têtes de Ron et Harry. Luna rangea son miroir, visiblement paniquée, mais essayant de le dissimuler. Une expiration fébrile la secoua lorsque le plancher de la cabine vibra avant de s'enfoncer dans le sol. Bientôt, la rue disparut de leur champ de vision et l'obscurité les engloba.

Luna reprit son miroir sans y voir.

– Vérité et Liberté, chuchota-t-elle.

– Quelqu'un a dit quelque chose ? demanda Ron.

– Je...

Luna s'interrompit quand un rai de lumière s'ouvrit à leurs pieds et s'élargit jusqu'à les éclairer tout entier.

– Sortez vos baguettes, enjoignit Dumbledore à voix basse.

Ils obtempérèrent tous rapidement malgré l'espace réduit, tenant chacun sa baguette prête. L'atrium leur apparut ensuite dans son intégralité. Aucun feu ne brûlait dans les cheminées. Comme prévu, l'endroit était désert. La cabine téléphonique s'arrêta en douceur et la porte s'ouvrit à la volée.

– Le ministère de la Magie vous souhaite une agréable soirée.

Luna sortit en serrant son miroir dans un poing et sa baguette dans l'autre. Hermione et Dumbledore la suivirent avant que le reste du groupe se déverse maladroitement de la cabine en jouant des coudes.

– Vérité et Liberté, murmura Luna avec précipitation.

Sa voix porta loin dans la salle où aucun son ne se faisait entendre.

– Qu'est-ce que tu dis ? demanda Ginny en fixant son ami avec curiosité.

Hermione inspira brusquement. Toute l'attention se fixa sur elle, tandis que les baguettes se levaient à la recherche d'une menace. Pour toute réponse, Hermione leva la main pour pointer derrière le groupe.

Là, un monument reposait au centre de l'atrium. Sombre et monumentale, la sculpture représentait des centaines de corps nus d'hommes, de femmes et d'enfants aux expressions tourmentées et bestiales serrés les uns contre les autres dans des positions tordues et pénibles. Au-dessus d'eux, portés sur leurs épaules reposait un immense bloc de marbre sur lequel se tenait un élégant couple de sorciers vêtus de robes.

Un violent frisson de malaise secoua le groupe avant que Harry se détourne de la vision cauchemardesque.

– On n'a pas le temps de s'arrêter. Il faut avancer.

Sous son commandement, ils se hâtèrent de traverser l'atrium, passant devant le monument au pied duquel l'inscription « La Magie est puissance » était gravée en lettres d'or. Déviant le regard de la sculpture, les jumeaux passèrent devant le bureau vide d'enregistrement des baguettes, puis ils franchirent des portes dorées qui permettaient d'accéder aux ascenseurs.

– Professeur, chuchota Hermione, à l'arrière du groupe avec Dumbledore. Ne devrait-il pas y avoir des vigiles ?

L'expression du sorcier répondit parfaitement à sa question et la jeune sorcière déglutit difficilement. Il s'agissait très clairement d'un piège.

– Dépêchez-vous, les pressa Harry.

Fred pressa sur un bouton « Descente » et une cabine apparut sans délai en grinçant de façon lugubre. La grille s'ouvrit avec un grand bruit métallique qui résonna dans la salle et ils se précipitèrent à l'intérieur. Fred et Georges débâtirent sur le niveau où se trouvait le Département des mystères avant que Ron perde patience et interroge Luna.

– Ton père a écrit tout un livre dessus ! Tu dois bien savoir !

Luna serra les dents, mais finit par céder sous la pression. Alors, Ron frappa le bouton du neuvième du plat de la main et la grille se referma instantanément en claquant. L'ascenseur entama sa descente accompagnée d'une multitude de crissements et claquements qui aurait dû, en toute logique, alerter tous les agents de sécurité présents dans le bâtiment.

– Vérité et Liberté, dit Luna à voix basse, presque entièrement noyée dans le vacarme de l'ascenseur.

– Mais qu'est-ce que tu fais à la fin ? s'impatienta Ron, qui était à côté d'elle.

Luna ne lui accorda même pas un regard, toute son attention focalisée sur son miroir de poche qui reflétait son visage blafard et ses yeux écarquillés. Ron voulut lui prendre le miroir des mains, mais la cabine s'arrêta au même instant.

– Département des mystères, annonça la voix désincarnée.

La grille se rouvrit. Le miroir oublié, Ron trébucha hors de l'ascenseur, vite suivi des autres. Rien d'autre ne bougeait dans le couloir éclairé par des torches.

– C'est ici, murmura Harry en fixant intensément la porte noire et lisse au bout du couloir. C'est la porte de mon rêve. Envy et les autres sont quelque part derrière.

Ils s'avancèrent dans le couloir jusqu'à atteindre la porte. Harry s'arrêta brusquement en tête de cortège et se retourna.

– Bon, écoutez, peut-être que... que deux d'entre nous devraient rester ici... pour faire le guet...

– Et comment on s'y prendra pour te prévenir, si quelqu'un arrive ? demanda Ginny en haussant les sourcils.

– Il faut absolument rester groupé, intervint Dumbledore. Les chances de s'en sortir en cas d'attaque seront plus grandes si nous unissons nos forces. Le nombre est notre seul atout dans cette situation et surtout dans cet endroit. Le Département des mystères est un labyrinthe et gare à celui qui se perdra dans ses méandres.

Son auditoire parut trouver un peu de réconfort à l'idée de rester groupé. Courageux et déterminés ou non, ils restaient une bande de jeunes sorciers même pas encore diplômés prêts à se battre contre des Mangemorts. Le tout accompagné d'un vieillard malade récemment devenu un cracmol.

– Allons-y.

Harry ouvrit la porte et la franchit le premier, suivi des autres. Ils se trouvaient à présent dans une grande salle circulaire dont le sol, le plafond, les murs étaient entièrement noirs. La seule source de lumière provenait d'une dizaine de chandeliers aux flammes bleues et froides, s'alignant entre douze portes noires identiques placées à intervalles réguliers le long des murs.

– Allumez vos baguettes, recommanda Dumbledore. Ne fermez pas la porte. L'un de vous sait-il utiliser le sortilège Flambios ?

Hermione s'avança en hochant la tête.

– Il serait judicieux de marquer la porte par laquelle nous venons d'entrer, Miss Granger.

Plusieurs membres du groupe échangèrent des regards perplexes, mais n'empêchèrent pas Hermione de marquer une croix de flamme sur la porte qu'ils venaient de franchir.

– On va où, maintenant ? demanda Ron, qui s'adressait visiblement à Dumbledore.

– J'ignore le contenu exact de la vision de Harry. Pourrais-tu décrire l'endroit où se déroulent tes visions ?

– C'est une salle remplie de... d'orbes lumineux ? Il y a plusieurs rangées —

– Je vois de quelle salle il s'agit, coupa Dumbledore avec un air étrange.

Sans se départir de son expression de conflit intérieur, le sorcier se dirigea vers la porte sur la gauche directe de celle faisant face à celle menant à la sortie. Sa main se posa sur la porte en tout point identique à toutes les autres puis cessa tout mouvement.

– Il est encore temps de faire demi-tour, déclara-t-il à voix basse. Si vous franchissez cette porte, vous aurez à être prêts à affronter des ennemis plus forts que vous et qui n'hésiteront pas à tuer ceux qui se mettront en travers de leur chemin. Vous aurez à être prêts à affronter le risque que tout cela ne soit qu'un piège. Vous aurez à être prêts à affronter les conséquences de vos actes, si l'un de vous venait à être fait prisonnier ou à mourir.

Son regard perçant passa sur chacun d'entre eux, s'attardant quelques secondes sur chaque personne. Certains resserrèrent leur prise sur leur baguette, mais aucun ne pipa mot ni ne recula.

– J'imagine qu'il est inutile de vous conseiller de rester parfaitement silencieux lors de notre trajet. Miss Granger, auriez-vous l'amabilité de marquer cette porte ?

Hermione marqua la porte avec une croix puis recula. Alors, Dumbledore poussa le battant. La porte s'ouvrit sans opposer de résistance. Après l'obscurité de la salle circulaire, les lampes suspendues au plafond les aveuglèrent un instant. Une fois accommodés à la luminosité, une grande salle rectangulaire s'offrit à leurs yeux et ils emboîtèrent le pas de Dumbledore lorsqu'il entra.

– Vérité et Liberté, vint un murmure à l'arrière du groupe.

Cette fois, personne ne se retourna pour interroger Luna. Ils étaient trop occupés à observer l'énorme réservoir aux parois de verre qui occupait le centre de la pièce et contenait un liquide vert foncé dans lequel flottaient des objets d'un blanc nacré.

– Qu'est-ce que c'est que ces machins-là ? murmura Ron.

– Des cerveaux, répondit Dumbledore en avançant d'un pas sûr.

– Des cerveaux ? répétèrent plusieurs voix avec dégoût.

Ils se dirigèrent vers le centre de la pièce, dépassant deux portes sur leur gauche, puis longèrent le bassin. Quand ils passèrent une troisième porte, Harry accéléra pour rejoindre Dumbledore à l'avant.

– Ça ne ressemble pas à mon rêve.

– Comme je l'ai dit plus tôt, cet endroit a été conçu à la manière d'un labyrinthe. Les chemins se croisent et se décroisent. Plusieurs passages mènent à la salle que nous cherchons. Celui-ci est le seul que je connaisse.

Harry resta dubitatif, mais préféra continuer à suivre le vieux sorcier. Après tout, ils avaient déjà croisé dix-huit portes, qui menaient sans aucun doute à tout autant d'autres portes et ainsi de suite. Tant que Dumbledore aurait l'air si sûr de son itinéraire, Harry le suivrait.

À présent, les murmures discrets de Luna s'étaient transformés en une litanie pressée de « Vérité et Liberté » ininterrompue, qui accélérait progressivement. La voix de Luna prenait des accents d'angoisse qui mettait les nerfs du groupe à vif. Lorsqu'ils arrivèrent au fond de la salle, devant la dernière porte, Ron perdit patience.

– Arrête avec ça !

Luna sursauta en se cramponnant à son miroir. Sa bouche forma une ligne blême dont les coins crispés se tordirent vers le bas. Au moins, ces chuchotis prirent fin immédiatement. Le groupe s'agglutina devant la porte que Dumbledore venait d'ouvrir. Ils entrèrent sur la pointe des pieds dans la pièce dont la longueur équivalait la précédente, mais dont la largeur laissait à peine marcher quatre personnes de front, en plus d'être parsemés d'obstacle sous la forme de bureaux.

Luna retint Hermione par le bras et se pencha sur son oreille.

– Il faut marquer cette porte.

Hermione fronça les sourcils. La prise de fer sur son bras se durcit. Alors Hermione accepta de marquer la porte d'une troisième croix de feu sans en comprendre l'intérêt. Pour ne pas rester à la traîne, les deux sorcières s'empressèrent de rattraper les autres en fermant silencieusement la porte derrière elles.

Elles retrouvèrent les autres cachés derrière les trois bureaux les plus proches de la porte, à leur faire signe de se baisser tout de suite. Luna entraîna Hermione au sol. Elles avancèrent difficilement en gardant leur position accroupie, rejoignant l'une le bureau où se cachaient Ginny et Ron, l'autre celui où se cachaient les jumeaux. Luna interrogea Ginny muettement. La rousse fit un signe de tête en direction du fond de la pièce où des bruits de pas se faisaient entendre derrière une porte.

Cette dernière s'ouvrit et une faible lumière bleutée éclaira l'allée centrale, séparant le bureau de Luna, Ginny et Ron de ceux des autres. Deux silhouettes se découpèrent sur le mur face aux intrus dissimulés, avant de disparaître lorsque la porte se referma.

– Qu'est-ce que fabrique Elric ? grogna une voix féminine familière.

Harry, Ron, Hermione et Luna la reconnurent aussitôt pour l'avoir côtoyée pendant des mois. Il s'agissait de Gladpy, l'Auror chargée de protéger Envy et qui avait fini par se révéler être un Mangemort sous couverture. Luna vit les poings de Ron trembler de rage contre ses flancs. Espérant le calmer, Luna posa sa main sur le poignet du garçon en secouant lentement la tête de gauche à droite. Elle aurait voulu lui révéler la vérité sur le rôle de Gladpy, mais la situation présente ne se prêtait pas à la conversation, et encore moins à celle-ci.

– Il sait que c'est un piège, répondit la seconde voix, inconnue et masculine cette fois-ci. Il n'y a aucun doute possible.

– Alors que fait-il ici ? Les alarmes nous ont prévenus d'une intrusion il y a déjà un quart d'heure et il n'y a aucun signe de lui. Il n'a pas pu ressortir puisque les barrières de sécurité se sont refermées derrière lui. Qu'est-ce qu'il prépare ?

Poussée par la curiosité, Luna fit mine de se pencher avec prudence vers l'allée centrale, dans l'espoir d'apercevoir le visage de l'inconnu. Ginny attrapa le dos de son pull pour la retenir en secouant frénétiquement la tête.

– Le connaissant, poursuivit Gladpy avec hargne. Il prépare sûrement quelque chose de stupide pour retourner le piège du Seigneur des Ténèbres contre nous.

Une impulsion incompréhensible guida Luna qui ignora l'avertissement de Ginny et jeta un œil en direction du duo de Mangemorts. Il fallait qu'elle sache.

Les deux silhouettes aux cheveux courts et à la taille moyenne se ressemblaient énormément de loin et il lui fallut plisser les yeux pour reconnaître le visage inexpressif de Gladpy. L'attention de Luna se tourna alors sur l'inconnu qui se tenait de dos et qui portait une robe indigo formelle. Luna en déduisit qu'il était un employé du ministère, et plus particulièrement un Langue-de-plomb. Serait-ce possible qu'il s'agisse de McKollughan ? Si c'était le cas, ils seraient sauvés.

– Et s'il avait amené Alighieri ? dit l'inconnu.

Les intrus — à l'exception de Luna — retinrent soudain leur souffle en échangeant des regards écarquillés. Ils comprirent alors que Luna avait eu raison sur toute la ligne. Les visions de Harry étaient fausses, envoyées consciemment par Voldemort pour pousser leur destinataire à bout jusqu'à ce qu'il soit si proche de la rupture qu'il ne puisse que se laisser guider par son besoin maladif de jouer au héros. Envy n'avait jamais été le prisonnier de Voldemort. Maintenant, il était trop tard pour faire demi-tour. Ils étaient pris au piège.

– Ce serait particulièrement stupide de la part d'Elric de l'amener directement dans un piège du Seigneur des Ténèbres. Enfin... Elric est connu pour son imprudence et son arrogance.

La porte se rouvrit sans crier gare, illuminant le mur et l'allée à nouveau, projetant l'ombre de Gladpy et du Langue-de-plomb ainsi que celle du nouveau venu, qui était particulièrement petit et rondouillard en comparaison. Les trois Mangemorts parlèrent à voix basse, puis s'éloignèrent avec des bruits de pas sonores avant de fermer la porte, replongeant la salle dans l'obscurité.

L'un des jumeaux poussa un soupir de soulagement.

Collaporta !

La porte de sortie émit un bruit de succion, définitivement verrouillée. Les intrus se figèrent.

– Ici ! cria le nouveau venu d'une voix criarde que Harry reconnut comme celle de Pettigrow.

Sa bouffée de haine ne parvint pas à couvrir la frayeur qu'il ressentit en les sachant découverts. La porte de l'autre côté se rouvrit à la volée.

Locomotor ! aboya Gladpy, faisant s'écarter la quinzaine de bureaux qui allèrent se coller contre les murs.

Le groupe se retrouva à découvert, en pleine ligne de mire des trois Mangemorts, qui les menaçaient de leurs baguettes. Harry n'hésita pas ni ne réfléchit. Il se jeta à terre en pointant sa baguette sur Gladpy.

Expelliarmus !

Tous les autres l'imitèrent, profitant de leur nombre pour ne laisser aucun répit à leurs adversaires, les bombardant de sortilèges. Les rayons de lumières multicolores fusèrent dans toutes les directions dans un tourbillon de couleurs. Hermione profita de la diversion pour essayer de déverrouiller la porte de sortie, sans rencontrer le succès escompté.

– Ils bloquent la seule issue ! s'exclama-t-elle au-dessus du vacarme ambiant. Il faut passer devant eux !

Le maléfice de Chauve-Furie de Ginny toucha Pettigrow en pleine poitrine, l'envoyant au tapis. Elle doubla sa victoire en pétrifiant l'homme à terre pour lui interdire tout mouvement.

Confringo ! hurla Fred.

Son sortilège provoqua l'explosion des bureaux les plus proches des Mangemorts, qui eurent le réflexe malheureux de se protéger le visage avec leurs bras. Harry et les Weasley profitèrent de l'ouverture pour stupéfixier les deux Mangemorts. Gladpy et le Langue-de-plomb s'écrasèrent dans les décombres, immobiles.

Sans attendre, le groupe courut la distance qu'il restait jusqu'à la porte, sauta par-dessus les corps inconscients de leurs trois adversaires et s'engouffra dans la salle suivante. Hermione utilisa le même sortilège que les Mangemorts pour verrouiller la porte.

– C'est ici ! chuchota Harry. C'est l'endroit de ma vision !

Ils y étaient, ils avaient trouvé l'endroit. Sur leur gauche, la salle s'étendait tellement qu'il leur était impossible d'en voir le bout, et sur leur droite, d'immenses étagères leur obstruaient la vue, et ce perpendiculairement à leur position, sûrement jusqu'au fond de la salle. Sur ces étagères s'alignaient de petits globes de verre poussiéreux qui luisaient faiblement à la lueur des chandeliers fixés le long des rayons.

Dumbledore s'avança prudemment et scruta l'obscurité de l'une des allées, entre deux rangées d'étagères. Ils n'entendirent pas le moindre bruit ni ne perçurent le moindre mouvement.

– Tu as dit que c'était la rangée quatre-vingt-dix-sept, murmura Hermione.

– Oui, répondit Harry dans un souffle.

– Les plans ont changé, coupa Dumbledore. Nous devons trouver une issue pour sortir de ce guet-apens.

– Que doit-on faire ? Gladpy et les deux autres n'étaient sûrement pas les seuls, dit Hermione.

– On devrait longer ce mur en espérant trouver une autre porte, proposa Ginny en indiquant le mur où se trouvait la porte qu'ils venaient d'emprunter.

– Faisons ça, conclut Harry. Tenez vos baguettes prêtes.

Le groupe se remit en marche. Ils progressèrent lentement, lançant des coups d'œil entre chaque rangée numérotée qu'ils dépassaient. Aucun n'osa allumer sa baguette pour éclairer leur route, de peur d'attirer l'attention de l'ennemi. De cette manière, seuls les chandeliers et les globes de verre les éclairaient. Certains d'entre eux diffusaient une lueur liquide, d'autres étaient aussi sombres et ternes que des ampoules usagées.

– Quelle agréable surprise, déclara une voix traînante derrière eux. Le Garçon-Qui-Survécu en personne.

Aussitôt, le groupe se retourna. Des silhouettes noires surgirent de partout, bloquant toute fuite. Les globes faisaient briller des yeux à travers les fentes des masques des Mangemorts. Treize baguettes fendirent l'air pour se pointer sur les poitrines des sept intrus.

Ginny et Ron étouffèrent une exclamation d'horreur. Leur avantage du nombre venait d'être réduit à néant. Désormais, ils étaient en minorité.

– J'avoue ne pas m'être attendu à cela, continua Lucius Malefoy. Nous étions censés mettre la main sur Elric et Lovegood. Mais j'imagine que le célèbre Harry Potter et ses amis feront l'affaire.

Les Mangemorts éclatèrent de rire. Harry sentit une nausée l'envahir. Ils étaient cernés par des adversaires deux fois supérieurs en nombre. Une voix féminine, dure et sèche, s'éleva à la gauche du groupe et lança d'un ton alarmé frôlant l'hystérie :

– Albus Dumbledore !

Son doigt pointa le vieux sorcier qui devint aussitôt le centre d'attention. Certains Mangemorts reculèrent d'un pas, sans toutefois dévier leurs baguettes de leurs cibles. Dumbledore, lui, se dressa de toute sa stature. Les regards divergèrent sur sa main droite, dans laquelle reposait sagement sa baguette magique.

– Je vois que certains d'entre vous savent quand ils sont sur le point de prendre un risque inconsidéré, lâcha nonchalamment le sorcier en passant son regard sur ceux qui s'étaient éloignés. Tandis que d'autres se montrent inutilement téméraires. N'est-ce pas un comportement typique de Gryffondors ? Bellatrix... Lucius…

– Inutilement téméraires ? répéta Malefoy d'un air supérieur. Je ne vois ici qu'un groupe d'adolescents apeurés et un vieillard d'un autre temps. Voici donc où en est arrivé le grand Albus Dumbledore. Pour quoi a-t-il offert son château et la vie de ses chers élèves à l'ennemi ? Pour vagabonder au ministère avec une poignée d'enfants !

Les rires des Mangemorts reprirent. Ils resserrèrent leurs rangs, se tenant à quelques dizaines de centimètres seulement du groupe.

– Ne tentez rien, commanda Dumbledore aux adolescents. Pas encore...

Bellatrix éclata d'un rire rauque en rejetant la tête en arrière.

– Vous l'entendez ? Vous l'entendez ? Il pense que ces mômes peuvent se battre contre nous ! Nous devrions le tuer en premier. Non, plutôt le mettre hors d'état de nuire, puis l'obliger à regarder alors que l'on tue ses petits soldats !

L'étau se resserrait. Il ne semblait plus y avoir la moindre échappatoire. Les Mangemorts, même s'ils croyaient que Dumbledore possédait encore toute sa puissance, avaient surmonté leur crainte du mage et comptaient le battre. Si un combat éclatait, ils ne tarderaient pas à comprendre que Dumbledore avait perdu sa magie. Alors, ils mourraient tous.

– Vous en sentez-vous réellement capable ? demanda Dumbledore sur le ton de la conversation.

Harry réfléchit très vite. La seule chose qui comptait, c'était qu'ils sortent tous d'ici vivants, qu'aucun de ses amis n'ait à payer le prix de leur stupidité. Il ignorait quoi faire. Dumbledore semblait chercher à gagner du temps, mais à quoi servait cette stratégie, si l'Ordre du Phénix était dans l'incapacité d'agir ou ne comptait pas venir à leur secours ? Qui d'autre pourrait venir ?

– Je pense que oui, répliqua Malefoy. Nous avons entendu des rumeurs très intéressantes à votre sujet. Il semblerait que vous ne soyez plus aussi redoutable que par le passé. Je me demande ce qu'il en est...

Tout à coup, Harry cligna des yeux en remarquant quelque chose d'inattendu. Autour de lui se tenait Dumbledore, Hermione et Ron. Du coin de l'œil, il voyait Ginny, Fred et George qui fermaient le cercle.

Mais où Luna était-elle ? Depuis quand avait-elle disparu ? Elle avait réussi à fuir avant l'arrivée des Mangemorts ! Tout espoir n'était pas perdu ! S'ils gagnaient assez de temps, Luna aurait l'opportunité de prévenir les secours. Mais comment faire pour les distraire ?

– Il n'en est rien, répondit Dumbledore avec un tel naturel que même leur groupe y crut pendant un instant.

Harry lança un regard circulaire à son environnement. Il comprit enfin ce qu'étaient ces globes de verre. Et il savait quoi faire pour gagner du temps.

– Pourquoi avoir choisi cet endroit si vous ne m'attendiez pas ? demanda-t-il tout haut.

L'attention divergea sur lui.

– Après tout, vous avez choisi cet endroit pour une bonne raison, n'est-ce pas ?

Il marqua une pause, attendant une réponse. Malefoy ôta son masque, dévoilant son visage labouré de cicatrices jumelles. Son regard froid et gris fit frissonner Harry, mais il garda la tête haute sans détourner les yeux.

– N'est-ce pas intéressant, susurra le Mangemort en scrutant Harry. Pas aussi ignorant qu'il en a l'air.

La main de Dumbledore se ferma autour de son poignet pour l'arrêter, mais Harry l'ignora.

– Je suis le seul qui puisse vous donner ce que vous cherchez dans cet endroit.

– Et que cherchons-nous exactement ? Dis-le-moi.

La voix de Malefoy était descendue de plusieurs octaves, nouant le ventre de Harry.

– La prophétie.

Les doigts noueux de Dumbledore serraient son poignet tellement fort qu'ils lui en coupaient la circulation. Autour d'eux, un changement notable d'atmosphère s'opéra. Ses amis nageaient dans l'incompréhension tandis que les Mangemorts montraient un vif intérêt et un certain étonnement. En tout cas, Malefoy avait l'air interloqué.

– La tâche n'en sera que plus aisée, dans ce cas, murmura Malefoy, satisfait. Tu vas nous donner la prophétie, Potter. Ou tes amis paieront les frais de ton refus.

– Trop tard pour ça, cracha Harry sans parvenir à s'en empêcher. Vous avez déjà tué Arthur Weasley pour cette prophétie !

Les Weasley poussèrent des exclamations vite tues par des baguettes menaçantes collées au milieu de leurs poitrines.

– Vous avez aussi envoyé Sturdis Podmore à Azkaban. Et vous l'avez assassiné il y a deux jours. Je ne laisserai personne d'autre mourir pour cette prophétie.

Harry sut qu'il allait potentiellement regretter ses prochaines paroles.

– Si vous laissez mes amis partir, je vous donnerai la prophétie. Et je vous laisserai me faire prisonnier.

– Non, Harry !

– Tu ne peux pas —

– Harry, tais-toi !

– Silence ! s'écria Bellatrix Lestrange en arrachant son masque avant de tirer Ginny contre elle et d'enfoncer sa baguette dans sa gorge. Taisez-vous ou je fais couiner la rouquine !

Tout le monde se tut.

– Oh, Potter... Potter… Potter, dit doucement Malefoy. Je te connaissais une faiblesse marquée pour le mélodrame, mais tu te surpasses. Néanmoins, ta proposition n'est pas sans intérêt. Donne-moi la prophétie, rends-toi au Seigneur des Ténèbres et il ne sera fait de mal à aucun de tes amis.

– Comment savoir si vous tiendrez parole ? provoqua Harry en plissant les yeux. Vous brisez déjà notre accord.

Il lança un regard appuyé à Ginny, prise entre les bras de Lestrange. En réponse, Malefoy fit un geste à la sorcière de relâcher l'otage. Lestrange obéit avec un regard venimeux en direction de Malefoy et jeta Ginny au milieu du groupe, dans les bras de Ron. Un sourire glacial étira alors la bouche de Malefoy qui tendit sa paume ouverte en direction de Harry, avec un défi dans les yeux.

– Un marché est un marché, Potter.

Un goût de bile envahit la bouche de Harry et il le ravala avec mal. Il tendit la main à son tour. La paume de Malefoy était froide et douce en comparaison de celle moite et calleuse de Harry. Ils scellèrent l'accord d'une poignée de main.

– Voici ce que nous allons faire. Toi et ton petit groupe allez nous suivre jusqu'à la prophétie. Une fois celle-ci en notre possession, tu nous suivras sans opposer de résistance. Si tes camarades tentent quoi que ce soit pour nous arrêter... Nous ne saurions être tenus responsables de toute réaction défensive.

– Ça paraît équitable.

Leurs mains se lâchèrent. Harry sentait ses compagnons fulminer derrière lui, sans qu'aucun fasse aucun commentaire. Après cela, Malefoy prit Harry par l'épaule et le conduisit plus loin dans la salle, suivis par le reste des Mangemorts tenant les intrus en joue. À l'exception d'Harry, chacun de ses amis était flanqué de deux Mangemorts. Il n'y avait pas d'échappatoire visible. Pour s'en sortir, il allait falloir trouver un plan lors du trajet jusqu'à la prophétie.

– On fait moins le malin, ronronna Bellatrix à mi-voix en tenant Dumbledore contre elle sans effort. Les rumeurs sont vraies, n'est-ce pas ? Oh... Comme mon maître se réjouira d'apprendre cette merveilleuse nouvelle.

L'étrange procession bifurqua à droite, entre les rangées de globes en verre. Au passage, Harry remarqua de petites étiquettes jaunies en dessous de chacun d'entre eux. Malefoy leur fit passer plusieurs étagères, si bien que lorsqu'ils s'arrêtèrent à la rangée quatre-vingt-dix-sept, le mur du fond de la salle immense apparaissait enfin à une dizaine de mètres.

Un petit coup sur son dos le ramena à sa tâche et il s'approcha de l'étagère la plus proche. Malefoy lui indiqua une petite sphère à l'intérieur de laquelle on voyait briller une très faible lueur, à moins qu'il s'agisse du reflet des prophéties voisines.

Harry s'avança d'un pas. Étant moins grand que Malefoy, il dut tendre le cou pour lire l'étiquette collée sous le globe poussiéreux. D'une écriture fine était indiquée une date qui remontait à seize ans auparavant et au-dessous :

S.P.T. à A.P.W.B.D.

Seigneur des Ténèbres et (?) Harry Potter

Harry prit son temps pour contempler l'étiquette.

– Potter. Prends la prophétie, ordonna Malefoy.

Prenant une inspiration silencieuse, Harry ferma les yeux et leva la main avec résignation. Il referma les doigts sur la sphère. Contrairement à ce à quoi il s'attendait, le globe était tiède contre sa paume. Il la serra contre lui. Si Luna avait un plan, ou si la providence comptait lui prêter main-forte, c'était le moment.

La main de Malefoy entra dans son champ de vision, paume levée au ciel. Harry la fixa sans bouger avant de tourner lentement sur ses talons afin de faire face au sorcier. Il détacha son bras de son torse avec prudence, déplia le bras et tendit la main au-dessus de celle de Malefoy. Son regard ne lâchait plus la sphère, et tout à coup, Harry se demanda sur ce qu'il arriverait si l'un de ces objets explosait.

– Donne-moi cette prophétie, Potter. Avant que je perde patience.

Il se demandait également ce que l'explosion d'une multitude de ces objets causerait. Il relâcha le souffle qu'il avait retenu tout ce temps. Il savait qu'il allait regretter son plan.

– Si j'étais vous, commenta tout à coup Harry en se forçant à ne pas reculer sa main. Je ne me réjouirais pas trop vite. Ah, et je réfléchirais à deux fois avant de donner ça à votre patron. Son contenu risque de beaucoup le décevoir. Et on sait tous ce que Voldemort fait à ceux qui le déçoivent.

– Tu oses prononcer son nom ? murmura Bellatrix.

Il s'attendait à ce qu'elle lance un sortilège pour le punir de son insolence. Si elle le faisait, il serait prêt à esquiver. Le sortilège toucherait pile dans une étagère pleine de sphères. Mais il fallait se montrer plus convaincant dans sa provocation.

– Oui, répondit Harry, sa main fermement serrée sur la sphère. Je n'ai aucune difficulté à dire Vol...

– Ferme-la ! s'écria Bellatrix d'une voix aiguë. Tu oses prononcer ce nom avec tes lèvres indignes, tu oses le souiller avec ta langue de sang-mêlé, tu oses...

– Vous saviez que lui aussi était un sang-mêlé, comme vous dites ? l'interrompit Harry, se souvenant de ce qu'Edward lui avait confié. Oui, la mère de Voldemort était une sorcière, mais son père un Moldu... ou peut-être vous a-t-il dit qu'il était de sang pur ?

– Stupéfix !

Malefoy lui arracha la prophétie des mains. Harry s'accroupit. Un éclair de lumière rouge avait jailli de la baguette magique de Bellatrix et frappa une étagère.

– Démolissez les étagères ! cria Harry en fonçant dans le tas.

La situation perdit tout son sens. L'arrivée de Harry en boulet de canon dispersa l'attroupement. Les baguettes des Mangemorts dévièrent de leurs cibles. Les jumeaux lancèrent des sortilèges de Réduction sur les étagères au-dessus des Mangemorts. Les deux sortilèges jaillirent dans deux directions différentes, heurtant de plein fouet les étagères alentour. Pendant ce temps, les autres membres de leur groupe avaient entamé un combat contre les Mangemorts.

Les hautes étagères vacillèrent. Une centaine de sphères explosa.

– Courez ! commanda Dumbledore.

Il avait fait irruption entre leur groupe et celui des Mangemorts, les deux bras tendus pour barrer le passage. D'un mouvement vif, il sortit un petit objet noir de sa manche et le jeta aux pieds des Mangemorts. Une épaisse fumée noire leur explosa au visage jusqu'à ce que tout ce que l'on puisse voir soit un immense nuage impénétrable et entendre les toux violentes de leurs adversaires.

Le groupe n'attendit pas plus longtemps et ils prirent leurs jambes à leur coup. Pour faire bonne mesure, Harry lança tout de même un puissant « Reducto » par-dessus son épaule. Le sortilège atteint sa cible.

Cette fois, les étagères se mirent à osciller dangereusement, précipitant à terre les sphères des rayons les plus élevés. Quelqu'un se saisit de son bras et l'entraîna hors de l'allée centrale. Le mur qu'ils avaient longé réapparut à leur vue. Un grand vacarme leur annonça l'effondrement de milliers de sphères dans un déluge de verre et de leur contenu translucide.

– Une porte, là-bas ! s'exclama Ron en pointant sur leur gauche.

Ils se mirent dans une course folle et atteignirent la porte qu'ils ouvrirent à la volée. Harry reconnut aussitôt les lumières magnifiques qui dansaient sur les murs comme ce qu'il avait vu dans sa vision, tout comme les centaines de pendules de toutes tailles, formes et couleurs. La sortie ne devait pas se trouver loin. Il n'y avait que quatre portes dans cette salle-ci, trois alignées d'un côté et une solitaire tout au fond.

Hermione verrouilla la porte tandis que tous les autres reprenaient leur souffle, courbés en deux.

– Où est Luna ? haleta Ginny.

Ils échangèrent des regards affolés.