Chapitre vingt : Martyrs
Edward serra les dents, le souffle rendu court par la course contre-la-montre imposée par Voldemort. De toute évidence, même lorsqu'il décidait d'agir avec prudence, cela finissait toujours par lui retomber dessus. L'équipe Goldrop avait unanimement décidé de ne pas jouer avec le feu en essayant de retourner le piège de Voldemort contre lui.
Pas de chance ! Le piège visait également Harry et celui-ci avait pris la brillante décision de se jeter à bras ouverts dans la gueule du loup malgré les avertissements de Luna. Maintenant, Edward et Xenophilius se jetaient dans le traquenard à leur tour. Il fallait espérer qu'ils réussissent à sauver tout le monde en dépit des circonstances hasardeuses.
Le duo franchit la porte du neuvième niveau, celui du Département des mystères qui intriguait tant Edward depuis des mois, pour atterrir dans une pièce circulaire entièrement noire du sol au plafond. L'unique touche de couleur provenait d'une croix de flammes sur l'une des douze portes en face d'eux.
La porte claqua derrière eux. Aussitôt, un grondement sonore fit vibrer le sol. Le mur circulaire se mit à tourner sur lui-même. Les chandeliers se déplacèrent latéralement, laissant des traînées de lumière bleue dans leur sillage jusqu'à ce que la vitesse les transforme en lignes lumineuses hypnotisantes. Le mouvement cessa aussi soudainement qu'il avait commencé.
– Quelle porte ? demanda Xenophilius en voyant qu'il n'y avait non pas une, mais deux croix de flammes.
– Ouvrons les deux en même temps.
Chacun ouvrit les portes opposées l'une à l'autre. Celle d'Edward s'ouvrit sur le couloir qu'ils venaient d'emprunter. Il la referma et rejoignit son partenaire dans la salle suivante. La lumière nettement plus forte l'éblouit un moment et il se reprit bien vite, fonçant la baguette au poing dans la grande salle rectangulaire. Un imposant réservoir de la taille d'une petite piscine aux parois de verre trônait au centre de l'espace autrement vide.
Edward remarqua une ombre à la limite de son champ de vision. Il se tourna d'un bond, un sort au bord des lèvres, mais une attaque aurait été inutile. L'homme masqué était visiblement inconscient, affalé contre le mur. Edward se détourna pour trottiner jusqu'au bassin à côté duquel se tenait Xenophilius, l'expression sombre. Ce n'est qu'à cet instant qu'Edward remarqua qu'un corps flottait à la surface, face tournée dans le liquide vert foncé et entouré d'objets blancs à l'apparence visqueuse.
– Il est... ?
Xenophilius hocha la tête et se détourna sans un regard en arrière pour le cadavre.
– Il y a une autre croix sur la porte du fond, dit-il en continuant à longer le bassin.
Ils atteignirent ladite porte qui s'avéra verrouillée.
– Homenum Revelio, lança Edward avant de baisser sa baguette. Quatre personnes. Ça doit être eux. Reculez. Expulso !
La porte explosa hors de ses gonds et alla s'écraser au milieu de la salle avant de glisser sur plusieurs mètres.
– Ed ! Papa !
Luna sortit de l'ombre pour se jeter dans les bras de son père. Ils s'étreignirent avec force pendant un instant avant de s'écarter l'un de l'autre.
– Gladpy et McKollughan sont inconscients. Ils iront bien. Il y a aussi Pettigrow. Les autres les ont assommés tous les trois plus tôt, avant que je sois enfermée ici. Il faut les retrouver. J'ai entendu des bruits de combat de là d'où vous venez. C'était i peine quelques minutes.
– On a trouvé deux Mangemorts. Un est inconscient et l'autre..., Edward se racla la gorge. L'autre est mort. Je crois. Combien de Mangemorts sont là ce soir ?
– Je ne sais pas. Comme je l'ai dit, j'étais coincé ici pendant tout ce temps.
Edward accourut au fond de la pièce et s'accroupit près de McKollughan.
– Enervatum !
Keith se réveilla en sursaut et ses yeux eurent du mal à se focaliser sur le visage qui le surplombait.
– Qu'est-ce que tu fais ici ? s'affola le Langue-de-plomb en attrapant la chemise d'Edward. Tu sais bien que c'est un piège !
– Mes amis sont en danger. Je devais venir. Mais c'est pas le moment de discuter. Combien de Mangemorts participent à ce bordel ? Qu'est-ce qu'ils ont préparé ?
– Ils comptaient sur l'effet de surprise et sur leur supériorité numérique. Le seul piège c'était de t'attirer ici avec Potter. Et ça a fonctionné !
Edward se libéra de la poigne de Keith quand il comprit que le sorcier n'avait aucune aide à lui offrir.
– Donne-moi ton Portoloin de secours, commanda-t-il en tendant la main. Xeno et moi n'en avons que deux. Ça ne sera pas assez pour évacuer tout le monde.
Luttant contre son besoin visible de perdre connaissance, Keith s'échina à extirper son Portoloin de sa robe. Bientôt, le petit guide anti-Moldus tomba dans la main d'Edward qui le rangea dans sa poche.
– Ne réveille pas ces deux-là. Reste ici jusqu'à la fin de l'attaque. Il ne faut pas que ta couverture saute. Xeno, Luna et moi allons chercher les autres et les amener en sécurité.
Keith acquiesça, n'ayant pas d'autre choix envisageable.
– On se reverra plus tard, promit Edward en se relevant pour se diriger vers la sortie où attendaient les deux Lovegood. Bon. Le plan. Nous avons trois Portoloins avec une capacité maximum de transport pour cinq personnes. L'objectif est simple : on trouve les autres, on les regroupe et on se barre de ce merdier. À mon avis, la situation ne nous permettra pas de rassembler tout le monde en deux groupes, donc on se sépare en trois.
Il tendit le troisième Portoloin à Luna.
– Dans ce cas de figure, dès que tu as trouvé deux-trois passagers, tu te casses d'ici, d'accord ? Le mot de passe pour l'activer, c'est « Palmier des Tropiques », tu as compris ?
Luna hocha la tête.
– Xeno ?
Xenophilius hocha la tête à son tour.
– Chop chop. On y va.
Le trio trotta dans la salle des cerveaux. La vue du cadavre noyé fit hoqueter Luna, mais elle ne se laissa pas submerger et contourna le bassin en gardant le regard obstinément fixé sur le dos d'Edward, qui s'arrêta devant deux portes latérales que Luna n'avait même pas remarquées à l'aller. La main d'Edward s'attarda sur une marque de brûlure sur le mur à côté de la porte. Un cri retentit de l'autre côté.
La porte s'ouvrit d'une simple poussée. Des cris et bruits de combat les assaillirent tout à coup et Edward indiqua aux Lovegood de s'accroupir d'un geste empressé. Xenophilius referma la porte derrière eux et ils restèrent derrière les gradins les plus hauts. Après leur avoir fait signe de ne pas bouger, Edward hissa le cou pour observer la scène prenant place en contre-bas, au centre de la grande fosse de pierre.
Il se remit à couvert.
– Luna, tu vas faire le tour vers la droite et descendre de trois gradins en restant à couvert. Tu tomberas sur les jumeaux, Ron et Ginny. Je vais faire une diversion et tu en profiteras pour prendre les Wealsey et te tirer. D'accord ?
– D'accord.
– Il y a un changement de programme, annonça ensuite Edward. Des membres de l'Ordre se sont pointés. Il va falloir être très regardant sur le nombre de passagers. Donc chacun d'entre nous doit impérativement avoir quatre passagers, compris ? Pas un de moins. Xeno, il faudra que tu essaies de regrouper quatre autres après la diversion. Pour le moment, ils sont trop dispersés.
– OK.
– Luna, t'es prête à courir ?
– Oui ?
– Alors on y va !
Edward sauta sur le gradin et Luna partit comme une flèche vers la droite en longeant les gradins à couvert. La baguette pointée sur sa gorge, Edward lança un Sonorus puissant avant de prendre la parole d'un ton jovial :
– Eh, tout le monde ! Edward Elric est dans la place ! J'ai cru comprendre qu'un certain Lord Voldechose voulait ma peau !
Tous les combats cessèrent abruptement. Les visages incrédules de tous les camps se levèrent dans sa direction.
– Eh bien alors ? Vous ne voulez pas rapporter mon cul sur un plateau d'argent à votre petit maître de pacotille ? Quelle déception !
Edward se jeta dans les gradins inférieurs pour esquiver les six faisceaux lumineux jetés dans sa direction. La place qu'il occupait quelques instants auparavant explosa en une petite avalanche de débris et de gravats. Des cris enragés résonnèrent, composés de menaces et d'insultes. Edward courut à couvert dans la direction opposée de là où devaient se trouver les Lovegood.
De temps à autre, il relevait la tête pour lancer une provocation aux Mangemorts à sa poursuite. Par chance, les deux Mangemorts attaquant les quatre Weasley faisaient partie de ses poursuivants. Donc c'est avec soulagement qu'Edward vit Luna et les Weasley disparaître par Portoloin quelques secondes plus tard.
– Eh oh ! C'est par là que ça se passe ! fanfaronna Edward en sautant dans les gradins inférieurs encore une fois.
Un Mangemort encagoulé tenta de lui jeter un maléfice, mais Edward lui fit un croc-en-jambe avant de lui écraser le nez d'un coup de talon. Edward esquiva un sortilège de Stupifixion d'un autre Mangemort et riposta dans la seconde :
– Obscuro ! Stupéfix !
Le Mangemort s'écrasa contre des gradins en contre-bas. Edward se rapprochait du fond de la fosse. Il profita du court répit pour jauger la situation. Le combat sur composait majoritairement de duels éparpillés dans plusieurs niveaux, empêchant tout regroupement pour évacuation. Shacklebolt, Tonks, et Remus combattaient chacun un Mangemort à la fois. Maugrey pour sa part en combattait deux. Dans la fosse, Xenophilius, Hermione et Albus unissaient leurs forces contre un Mangemort proche de la défaite. Puis venaient Harry et Sirius, luttant en tandem contre Malefoy et Bellatrix Lestrange.
Edward se figea net en voyant où ce dernier combat prenait place. Au milieu de la fosse trônait un socle de pierre sur lequel reposait une arcade antique. Mais pas n'importe quelle arcade.
L'Arcade de la Mort.
Puis tout alla de travers.
Edward vit la scène comme au ralenti.
– Allons, tu peux faire mieux que ça ! s'écria Sirius, sa voix résonnant en écho dans la vaste salle.
Un jet de lumière rouge le frappa en pleine poitrine.
Edward sauta de gradin en gradin, se baissant pour éviter un Stupéfix de justesse.
Le rire de Sirius ne s'était pas complètement effacé de ses lèvres, mais Edward vit ses yeux s'agrandir sous le choc.
Edward atteignit la fosse alors que le corps de Sirius se courbait en arrière, glissant vers le voile déchiré de l'arcade.
Il vit le choc s'inscrire sur le visage de son ami.
Puis le visage disparut au-delà du voile. Puis les épaules. Puis le torse. Puis les bras.
En un bond, Edward atterrit devant l'arcade et agrippa la main de Sirius. L'arcade les aspira tous les deux. La dernière chose qu'il entendit fut le triomphant de Bellatrix, le hurlement de Harry et la voix désespérée d'Albus appeler son nom.
Tout s'évapora autour de lui. Les cris, les combats et les vives lumières magiques s'effacèrent pour ne laisser place qu'à une immensité immaculée. Une seule sensation demeura, la chaleur de la main de Sirius dans la sienne. Ce dernier fixait l'univers autour de lui avec un air bouche bée. Il n'y avait rien autour d'eux. Ni Porte, ni Arcade, ni Vérité. Pourtant, Edward savait qu'il se trouvait de l'autre côté de la Porte.
– Edward ? Mais qu'est-ce que... ? Comment... ? paniqua Sirius en tournant sur lui-même. Je suis... Tu es... On est où ? Où est la sortie ? Il faut qu'on trouve l'issue ! Harry a besoin de moi ! Malefoy et Bellatrix —
Un bruit assourdissant les fit vaciller. Deux Portes apparurent de part et d'autre du duo, l'une en face de l'autre. D'un côté, Edward reconnut celle qu'il partageait avec Envy. De l'autre, il devait s'agir de celle de Sirius, couverte de runes.
– Qu'est-ce que c'est que ce bordel ?
Le ton estomaqué de Sirius lui arracha un sourire malgré la situation.
– Eh bien, pour répondre à ta question, il me semble que nous sommes actuellement décédés.
– Décédés ? Comme... Morts ?
– On a traversé le voile, précisa Edward en touchant la Porte de Sirius avec curiosité. On est dans ce que le commun des mortels appelle l'« Au-delà ». Donc oui, on est morts. Mais je ne vais pas nous laisser le rester bien longtemps.
Abandonnant son inspection minutieuse, Edward se retourna vers Sirius qui l'observait avec scepticisme.
– Tu vas... nous ramener à la vie ?
Edward cligna plusieurs fois des yeux avant de faire une moue embarrassée en passant une main dans ses cheveux.
– Ouais, ça sonne un peu... M'enfin... J'ai un plan.
– Tu as un plan.
– Oui. Il suffit que l'autre cake se ramène, marmonna Edward pour lui-même. Et vite si possible.
– Je n'aime décidément pas ce surnom.
Sirius poussa un cri de surprise en bondissant en arrière. Sa baguette se pointa sur la Vérité, qui pencha la tête sur le côté. Les yeux du sorcier s'arrondirent comme des soucoupes, après quoi son corps fut pris de tremblements fulgurants. Sa baguette lui échappa et alla rouler jusqu'aux jambes croisées de la Vérité.
– Sirius Black, énonça simplement l'Être en fixant le sorcier de son visage dépourvu d'yeux. Il semblerait que ton heure soit venue. Bien que le déroulement des événements diffère quelque peu du plan original. Rien de surprenant, quand l'on sait que tu fréquentes Edward Elric de près. Il a tendance à causer ce genre de déconvenues.
Ne sachant s'il s'agissait d'un reproche ou d'une plaisanterie, Edward garda le silence sur le fond de sa pensée. Il préféra venir se poster aux côtés de son ami pour poser une main réconfortante sur son bras secoué de spasmes légers dus tant au choc qu'à la peur.
– Qui-qui êtes-vous ?
Un grand sourire apparut sur le visage blanc.
– Je suis celui que tu appelles « Monde ». Ou plutôt « Univers », voire « Dieu » ou même « Vérité ».
Je suis « Tout », je suis « Un ». Et surtout, je suis « Toi ».
Qu'il pouvait être lourd avec ça ! pensa Edward en roulant des yeux.
– Un commentaire, peut-être, Elric ? demanda l'Être, qui tout compte fait était définitivement capable de lire les pensées.
– Je ne voudrais surtout pas gâcher ton petit plaisir, mais on a quelqu'un à sauver de l'autre côté et ce serait pas mal qu'on le rejoigne avant qu'il ne meure.
– Je remarque l'usage du pluriel. Pourtant, tu devrais savoir que nos affaires ne fonctionnent pas ainsi. Tu peux repartir, mais Sirius Black reste.
– Eh, attendez ! s'exclama Sirius, surmontant son choc difficilement. On doit bien pouvoir s'arranger, non ? Je n'ai pas fait mon temps, pas encore. J'ai passé douze ans à Azkaban à la place d'un autre, ça doit bien compter, non ? Je suis innocent ! J'ai conscience d'avoir commis des fautes... et je ne suis pas parfait... mais mon filleul a besoin de moi !
– Il ne s'agit pas de culpabilité ou d'innocence, rétorqua l'Être calmement. Ton temps arrive à son terme. Il n'y a rien que tu puisses dire ou faire pour changer ton destin.
– Moi je peux, l'interrompit Edward en serrant le bras de Sirius.
– Ah oui ? Tu connais les règles. Quel prix me donneras-tu en échange ?
– La Pierre. Je te l'ai donnée, sans que tu paies un prix équivalent. Alors voilà ma proposition : la vie de Sirius contre la Pierre. Sinon, je garderai les deux autres Reliques pour moi. À toi de décider.
L'Être le considéra avec attention. Son visage impénétrable exsudait une impressionnante dose d'agacement compte tenu de son absence d'expression discernable. L'ultimatum ne lui plaisait manifestement pas. Cependant, Edward ne reculerait pas. Sirius ne méritait pas de mourir. Pas maintenant. Il ne l'abandonnerait pas.
Soudainement, la tension de l'air changea. Un sourire sardonique barra le visage de l'Être.
– Très bien, conclut la Vérité en inclinant légèrement la tête. Encore une fois, tu modifies le destin et brouilles les plans de l'avenir. Comme pour Envy, la survie de Sirius Black changera bien des événements et influera de nombreuses vies. J'espère que tu es prêt à endosser la responsabilité des conséquences que ton choix va engendrer.
– Je suis prêt, assura Edward, peu sûr de lui en voyant la satisfaction de la Vérité.
– Alors soit. Nous nous reverrons bien assez tôt.
Sirius attrapa sa baguette une fraction de seconde avant que les deux Portes s'ouvrent en grand et qu'une nuée de bras serpentins en surgissent pour agripper les deux humains.
– Mais n'oublie pas, Edward Elric. Un ami t'a été rendu. Un ami te sera pris.
Les Portes les aspirèrent, puis se refermèrent en un claquement.
Edward poussa une plainte lorsque son crâne entra en collision avec le socle de pierre où se trouvait l'arcade. À côté de lui, il entendit Sirius grogner de douleur et remuer pour se relever. La salle de la Mort était vide. Plus un bruit ne se faisait entendre.
– Qu'est-ce qu'il vient de se passer ? Oh, mon dieu, par la culotte de Merlin ! C'était —
– N'en parle pas, grommela Edward en se relevant. À personne, tu comprends ?
– Comme si quelqu'un me croirait ! s'exclama Sirius avant de relever la tête. Où sont tous les autres ?
– Bonne question. Le combat peut être terminé depuis des plombes. Allons-y. Faut qu'on sorte d'ici.
Le duo grimpa les gradins en pierre jusqu'à la sortie qui les mena dans la salle circulaire. Sans fermer la porte derrière eux, ils filèrent jusqu'à la croix enflammée en face d'eux, déboulant dans le couloir vers l'ascenseur. La grille métallique se ferma en grinçant et Edward frappa le bouton pour le niveau supérieur. La cabine se mit aussitôt en branle dans un vacarme assourdissant.
– Tempus, incanta Edward en visant le mur. Merde. Il est cinq heures et demie passées. On est resté plus de vingt minutes de l'autre côté. Les autres sont peut-être encore là finalement. Xeno n'a pas dû trouver de moyen d'évacuer tout le monde avec seulement son Portoloin. Ils ont dû se replier vers l'atrium pour fuir par un autre moyen. Mais il y a des barrières anti-transplanage et les cheminettes sont verrouillées... Hum... Écoute, si tu vois Xeno, fonce vers lui, OK ? Je ne t'ai pas sauvé pour que tu meures stupidement juste après.
– Mais... et toi ?
– Je vais regrouper les autres et les évacuer avec mon Portoloin.
Parvenu à l'étage de l'Atrium, Edward força le passage hors de la cabine sans attendre que la grille s'ouvre entièrement, Sirius sur les talons. La scène qui s'offrit alors à leurs yeux manqua de les arrêter net.
Voldemort était là.
Autour de lui, les combats continuaient sans relâche tandis qu'il torturait Dumbledore. Harry luttait difficilement contre Bellatrix, Hermione et Xenophilius s'acharnaient contre Nott, Maugrey acculait Crabbe dans un coin, Tonks perdait clairement son duel contre Malefoy, Kinsgley se battait comme un beau diable contre Avery et Remus enchaînait les sortilèges de protection contre les assauts de Mulciber.
– Je vais faire diversion. Toi, profites-en et attrape Remus et Harry. Tirez-vous avec Xeno et Hermione. C'est clair ?
Sirius hocha la tête et galopa en direction du duel entre Remus et Mulciber. Il profita de l'effet de surprise pour Stupéfixier le Mangemort et attrapa la main de Remus pour le tirer à sa suite en direction de Xenophilius et Hermione.
– Tom Jedusor ! tonna Edward en amplifiant sa voix. Edward Elric est de retour du pays des morts !
Comme tout à l'heure, son arrivée fit marquer un temps d'arrêt. Un silence stupéfait tomba sur l'Atrium. Sirius et Remus en profitèrent pour atteindre Xenophilius et Hermione, qu'ils débarrassèrent de Nott.
– Je suis là ! Viens m'attraper si tu l'oses ! claironna Edward en courant dans la direction opposée de Sirius.
Le Monument « La Magie est puissance » bloqua son champ de vision, l'empêchant de voir le quatuor filer en direction de Harry et Bellatrix. Bonne nouvelle. Si Edward ne les voyait pas d'ici, Voldemort et les autres Mangemorts ne les verraient pas non plus.
Très vite, la surprise se dissipa et les duels entre les trois Aurors et les trois Mangemorts restants reprirent.
Voldemort baissa sa baguette, mais n'ôta pas son pied de la poitrine de Dumbledore, étalé sur le sol et immobile. Les deux yeux incroyablement rouges ne quittèrent pas une seconde la silhouette d'Edward qui ralentit jusqu'à atteindre une démarche lente et assurée. Il entendit un cri ébahi de Bellatrix avant qu'elle ne se mette à hurler :
– Maître ! Potter s'est échappé !
L'avertissement détourna une fraction de seconde l'attention de Voldemort. Sa bouche se tordit de fureur lorsqu'il vit que quatre parasites avaient disparu, laissant deux Mangemorts inconscients et Bellatrix écumante de rage.
Edward jaugea la situation en quelques secondes. Maugrey acculé dans un coin à deux heures. Tonks coincé dans l'autre à onze heures. Shacklebolt occupé à neuf heures, Albus inconscient au milieu. Les regrouper pour utiliser son Portoloin n'allait pas être de la tarte. Surtout avec Voldemort et Bellatrix au centre, tous deux entièrement focalisés sur Edward.
– L'on m'a annoncé ta mort il y a quelques minutes à peine, déclara Voldemort d'une voix qui porta au-dessus des combats prenant place dans sa périphérie. Bien que ce ne soit pas la première fois que l'on se trompe ainsi. Dis-moi, comment as-tu échappé à la Mort cette fois-ci ?
Avançant toujours, Edward arriva au niveau du duel entre Shacklebolt et Avery. D'un geste de baguette nonchalant, il toucha le Mangemort dans le dos, permettant à l'Auror de prendre le dessus et d'envoyer son adversaire au tapis. Shacklebolt se rangea dans le sillage d'Edward, qui s'arrêta. Il prit son Portoloin dans sa poche et le tendit à Shacklebolt dans son dos, afin que Voldemort ne remarque pas son geste.
– Regroupez les autres, murmura Edward. Si je n'arrive pas à vous rejoindre à temps, prenez Albus et fuyez sans moi. Le mot de passe pour activer le Portoloin est : « Palmier des Îles ».
L'Auror prit le Portoloin puis dépassa Edward avec un signe sec de la tête, et partit prêter main-forte à Tonks, qui venait de tomber sous les sortilèges de Malefoy. Malheureusement, Voldemort ordonna à Bellatrix de se joindre à eux. Pour compenser ce coup de malchance, plus personne ne faisait attention à Dumbledore, ce qui lui fournirait l'occasion de reprendre ses esprits et peut-être de rejoindre les autres pour fuir.
Sans crier gare, un éclair de lumière jaunâtre jaillit de la baguette de Voldemort et frappa Edward de plein fouet.
« Viens à moi »
Les effets du sortilège de l'Imperium menacèrent d'anéantir la volonté de leur victime, mais Edward réussit à s'arracher à la violente compulsion. Lorsqu'il rouvrit les yeux, Voldemort se tenait à une dizaine de centimètres de son visage.
– Crucio !
Edward s'effondra aux pieds du sorcier en proie à une souffrance terrible. Toute pensée cohérente le quitta.
Un hurlement frénétique réveilla Edward de sa transe après une éternité d'agonie.
– Les rats se sont échappés ! criait Bellatrix à répétition en faisant exploser les objets à sa portée. Ces vermines ! Se ! Sont ! Échappés !
Ses amis étaient sauvés.
Il sentit des cordes acérées lui rentrer dans la peau, le tenant en place.
La tête d'Edward tomba mollement sur le côté, seulement alors capable d'entrevoir la scène qui se déroulait à quelques mètres. Ses yeux s'agrandirent d'effroi. Voldemort, surplombant le corps figé d'Edward, fixait la scène avec amusement.
Albus n'avait pas réussi à s'enfuir avec les autres. Il était encerclé par Malefoy et Bellatrix. Il combattait, armé de l'épée de Gryffondor et d'une force qu'un homme de son âge et dans son état n'aurait logiquement pas pu montrer. Il tournoyait, déviait les sorts et haletait, sous les rires hystériques de Bellatrix. Elle le narguait. Dès qu'il tranchait l'air, Bellatrix le provoquait d'un coup de pied dans le dos.
Voldemort s'accroupit soudain derrière Edward et lui agrippa les cheveux à pleine poignée pour diriger son regard vers Dumbledore et l'agenouiller malgré les liens qui le maintenaient fermement attaché. Puis Voldemort se pencha pour siffler dans l'oreille de son prisonnier.
– Regarde bien la fin du grand et vénéré Albus Dumbledore. Regarde la mort en face, car contrairement à toi, il ne reviendra pas.
Le souffle d'Edward se coupa lorsque Malefoy désarma Albus. L'épée de Gryffondor glissa hors de portée. Bellatrix frappa de son talon à l'arrière des genoux du vieil homme. Albus s'écrasa au sol.
– Avada —
– Non !
Le cri d'alarme d'Edward et celui autoritaire de Voldemort se mêlèrent. Celui de son maître arrêta le geste de Bellatrix, qui baissa aussitôt sa baguette et s'inclina vers Voldemort.
– Emmène-le-moi, ordonna Voldemort en resserrant sa prise sur Edward.
Bellatrix obtempéra. Elle prit un bras et Lucius l'autre. Ils traînèrent Dumbledore et le lâchèrent devant leur maître. Affaibli, Albus resta prosterné par défaut, la respiration forte et hachée. Au prix d'un effort qui parut infini, il parvint à lever les yeux. Remords, amertume, peur. Et une lueur indéchiffrable qui serra le cœur d'Edward.
Soudain, Bellatrix attrapa Albus et le tint de la même manière que son maître tenait Edward. Agenouillés l'un en face de l'autre et tout aussi impuissants, les deux anciens amis se fixèrent droit dans les yeux. Edward ne pouvait pas détourner le regard. Il en était tout simplement incapable. Edward ne pouvait pas le laisser traverser ça seul.
Albus allait mourir.
Il l'avait traité de lâche et de manipulateur et de menteur et de traître. Mais au final, Albus était resté jusqu'au bout. Il s'était tout autant sacrifié pour sauver ses alliés qu'Edward. Alors, bien qu'ils se soient quittés sur une rupture dure et irréparable, en le voyant là, courageux malgré le fait qu'il soit à la merci de l'ennemi, Edward lui pardonna. Ce n'était sûrement rien, et c'était trop tard, et cela n'apaiserait en rien Albus ni la conscience d'Edward, mais il fallait qu'il le fasse.
– Je vous pardonne, murmura-t-il, la gorge serrée.
Voldemort, Bellatrix et Lucius parurent grandement amusés. Mais le regard d'Albus se métamorphosa instantanément. Les remords, l'amertume et la peur disparurent et laissèrent place à une émotion si puissante qu'elle coupa le souffle d'Edward. Ce regard brisa quelque chose en lui.
– Ce moment est historique. Car il signe la fin du règne d'Albus Dumbledore. Comme j'ai attendu ce moment, toutes ces années, de prendre ma revanche sur ce pauvre fou. Mille tourments délicieux me viennent à l'esprit pour le briser.
Voldemort poussa un soupir dramatique qui fit frissonner Edward en dépit de ses efforts pour contenir son frémissement d'horreur.
– Malheureusement, il est tellement vieux et faible que je ne pense même pas trouver un quelconque plaisir à le briser davantage par la torture. Je préférerais le tuer directement et anéantir ainsi toute envie de rébellion dans la communauté. Mais ce serait trop... facile. Ce moment est un grand moment. Il se doit d'être convenablement tragique et symbolique.
Les lèvres froides de Voldemort frôlèrent l'oreille d'Edward.
– Albus Dumbledore croit au pouvoir de l'amour, n'est-ce pas ? Qu'une chose si inutile et pathétique que les sentiments peut sauver des vies ? Que ce pouvoir finira par me conduire à ma perte, moi, Lord Voldemort ? Je vais prouver son erreur. Car l'amour ne l'a pas sauvé aujourd'hui, et ne le sauvera jamais... Bellatrix. Donne-moi ta dague.
La Mangemort s'inclina profondément en tendant sa dague à son maître. Il la fit tourner dans sa paume en souriant froidement dans son reflet.
– Imagine son corps déchiré, mutilé... son esprit empoisonné, détruit... Imagine quels jeux mes fidèles serviteurs inventeraient si je leur offrais Albus Dumbledore en récompense de leurs services. Tu voudrais lui épargner les tourments que j'ai concoctés pour lui, jusqu'à le briser... n'est-ce pas ? susurra Voldemort contre la joue d'Edward. Tu serais prêt à tout pour cela, n'ai-je pas raison ?
Il trancha les liens d'Edward, qui écarquilla les yeux de stupéfaction. Il voulut chercher sa baguette, mais Voldemort ne lui laissa pas la chance d'agir. Il le prit dans une étreinte de fer, le serrant entre ses bras dans un simulacre d'étreinte. Puis il plaça la dague dans les mains d'Edward, sur lesquelles les siennes se refermèrent.
– Tu es le seul à pouvoir le sauver du sort qui l'attend. Tu es son unique salut. Tue Albus Dumbledore, abrège ses souffrances. Ou bien épargne sa vie, sauve ton âme et ta conscience. Ce choix t'appartient, Edward Elric.
Une montée de bile envahit la gorge d'Edward.
Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas faire ça. Je ne peux pas...
– Edward...
Pour la première fois, Albus utilisa un ton suppliant. Edward soutint son regard sans parvenir à retenir des larmes traîtresses. Il ferma les yeux, soupesant le poids de la dague en argent posée lourdement entre ses mains, elles-mêmes prisonnières de l'étau de celles de Voldemort. Pourtant, ce dernier ne faisait rien pour forcer sa décision. Il tenait à ce que ce soit Edward qui décide et personne d'autre.
Il voulait qu'Edward endosse la pleine responsabilité des conséquences que son choix engendrerait.
– Edward... Je t'en prie...
La dague de Bellatrix plongea dans le cœur d'Albus. Edward suffoqua, la bouche ouverte sans parvenir à émettre le moindre son. Il eut l'impression d'avoir été précipité dans le vide, son cœur déchiré d'effroi. Du sang coula de la bouche flasque d'Albus et il gémit de douleur, mais ses yeux refusèrent de se fermer ou de quitter ceux de celui qui le tuait. Sa main ridée se referma sur celle qui tenait la dague.
Quand le corps d'Albus vacilla, il s'empala plus profondément sur la lame. Les mains de Voldemort avaient disparu dès la décision prise. Edward utilisa son bras libre pour amener Albus contre lui. Il était si frêle. Il ne pesait rien. Comme s'il avait déjà commencé à disparaître. Sa main autour de celle d'Edward était glaciale et se desserrait.
– Merci...
Une dernière expiration franchit les lèvres pourpres d'Albus. Puis toute tension quitta son corps. Il s'affala contre Edward, qui l'étreignit pour échapper au regard vitreux tourné dans sa direction.
« Un ami t'a été rendu. Un ami te sera pris. »
À des milliers de kilomètres du ministère de la Magie, les rescapés de la Bataille du Département des mystères attendaient l'arrivée des cinq derniers sorciers et sorcières encore coincés dans l'Atrium.
Le premier groupe de réchappés composé de Luna et des Weasley avait atterri au point d'arrivée aux environs de 5 heures dans une forêt obscure, froide et inconnue. Préférant attendre les prochains, ils patientèrent pour ne pas risquer de se perdre. De plus, Ron était trop mal en point pour bouger sans des premiers soins qu'aucun des quatre autres ne connaissait pour le genre de blessure qui l'incapacitait.
Presque une demi-heure plus tard, le deuxième groupe de rescapés atterrit à quelques mètres du premier. Remus s'attela immédiatement à soigner Ron des brûlures causées par les cerveaux d'expérimentation tandis que Sirius et Xenophilius vérifiaient qu'aucun autre jeune sorcier ne souffrait d'une blessure grave. Par chance, Luna avait déjà fait une attelle pour la jambe blessée de Ginny.
Alors, Xenophilius commença à soigner l'impressionnante coupure sanguinolente qu'arborait Remus de son épaule droite jusqu'à sa hanche gauche. Le maléfice utilisé par Mulciber menaçait de s'infecter à tout moment, mais il était impossible de quitter le point d'arrivée avant que le troisième groupe arrive. Les derniers réchappés ne seraient peut-être pas en état de se déplacer à l'abri sans aide.
Donc les dix d'entre eux attendaient en silence, serrés les uns contre les autres pour économiser le peu de chaleur offert par des charmes de réchauffement.
– Quelle heure est-il ? chuchota Hermione en caressant le front de Ron, dont la tête reposait sur ses genoux.
– 5 heures 52, répondit Sirius avant de laisser son bras tomber le long de son corps.
Le sorcier resserra son étreinte sur les épaules de Harry, qui fixait le vide en silence depuis leur arrivée. Il n'était de loin pas le seul dans cet état. À l'exception de Ron qui somnolait à cause de la fièvre et Luna qui aidait son père à fermer la plaie de Remus, tous les plus jeunes sorciers restaient assis contre des arbres et des souches alentour avec des mines épuisées.
Fred et George, inquiets au-delà de la raison pour leur petite sœur et leur petit frère, tenaient Ginny entre eux et ne la lâchaient des yeux que pour vérifier régulièrement l'état de Ron, qui dormait collé à Hermione. Celle-ci alternait entre scruter Ron avec crainte et regarder Harry avec chagrin.
– Je crains que l'on ne puisse rien faire de plus avant d'avoir accès à des potions, conclut Xenophilius en croisant le regard de Luna puis de Remus. Mais le danger semble passé.
Remus remercia les Lovegood avec un faible sourire forcé.
L'attente devint tout à coup terrible pour Luna, qui n'avait aucune activité sur laquelle se concentrer pour oublier que son meilleur ami risquait sa vie en ce moment même. Tout était de sa faute. Elle aurait pu éviter tout ça si elle avait été plus forte, si elle avait insisté davantage pour convaincre les autres de ne pas partir. Tout aurait pu être si différent. Elle aurait dû essayer d'attacher ou d'assommer ses amis pour les empêcher de les conduire vers cette catastrophe. Elle aurait pu faire tellement plus pour éviter ça.
– Chut, tout va bien, tout va bien, murmura Xenophilius contre son front en la prenant dans ses bras. Ils vont bientôt arriver. Ne pleure plus...
Luna essuya ses larmes d'un revers de manche avant d'étreindre son père en retour, le serrant de toutes ses forces. Il n'y aurait pas Madame Pomfresh cette fois. Ni potion ni faux suicide. Si elle perdait Edward, aujourd'hui, ce serait pour de vrai. Rien que penser à cette possibilité l'empêchait de respirer et lui retournait l'estomac.
Tout à coup, la magie dans l'air se comprima une seconde avant que plusieurs corps s'écrasent au point d'arrivée. Aussitôt, les autres rescapés se levèrent en sursaut et accoururent à leur aide. Des exclamations affolées fusèrent.
– Où sont Ed et Dumbledore ?
Shacklebolt s'assit en se massant le genou, puis il secoua la tête avec un air solennel.
– Ils ont été pris.
Luna éclata en sanglots convulsifs, le visage ruisselant de larmes. Personne ne parla pendant de longues minutes.
– Rentrons, déclara Xenophilius en prenant la main de Luna dans la sienne. Le trajet jusqu'au quartier général ne dure que vingt-cinq minutes d'ici.
– Que les valides aident les blessés, commanda Maugrey avant de faire léviter Tonks, qui était incapable de marcher.
Sirius l'imita pour transporter Ron tandis que les jumeaux servaient de béquilles à Ginny. Le reste du groupe suivit. Terrassés par la fatigue comme ils l'étaient, le trajet se prolongea de dix minutes supplémentaires et lorsqu'ils arrivèrent finalement dans une petite clairière, le soleil était levé et la température avait à peine monté. Xenophilius fit signe au groupe de s'arrêter. Lorsqu'il se retourna, il écrivait quelque chose sur un morceau de parchemin.
– Voici l'adresse du QG. Nous l'avons mis sous Fidelitas hier et j'en suis le gardien du secret. Vous connaissez la marche à suivre, termina-t-il en montrant le parchemin à chacun.
La petite cabane de chasseur apparut bientôt et le groupe s'y engouffra en affichant des expressions plus ou moins sceptiques, se demandant à quel point les sortilèges d'Extension devaient être importants pour que tout le monde puisse tenir dans la cabane. Quand la maison vide les accueillit, les amis d'Edward et Envy reconnurent immédiatement leur appartement, bien que l'endroit ait changé depuis leur unique visite l'été précédent.
– Nous allons déplacer Ron et Tonks dans les lits disponibles, indiqua Xenophilius en guidant Sirius, Luna et Maugrey à l'étage. Ceux qui connaissent la route, vous pouvez servir de quoi boire et manger à tout le monde.
Ils disparurent dans les escaliers menant à l'étage. Pendant ce temps, Hermione et Harry se rendirent dans la cuisine comme demandé et revinrent dans le salon avec des provisions, s'arrêtant un instant dans l'encadrement de la porte pour laisser de l'espace à Shacklebolt, qui transfigura des sièges supplémentaires autour de la grande table vide. Ginny et Remus avaient été placés sur le canapé pour leur permettre de reprendre leur souffle suite au long trajet et les jumeaux étaient aux petits soins.
Une fois le nombre de chaises adéquat installé, Hermione et Harry placèrent les encas sur la table.
– Je vais faire du thé, proposa Hermione avant de filer dans la cuisine.
La silhouette de Luna réapparut dans les escaliers et elle donna un pot graisseux à Harry qui l'examina sans comprendre.
– De l'essence de Murlap pour le professeur Lupin, expliqua-t-elle avant de repartir d'où elle venait.
Remus rouvrit les yeux en entendant cela et un air de soulagement s'inscrivit sur son visage. Harry vint s'asseoir à côté du blessé et ouvrit le pot pour découvrir une substance visqueuse dans laquelle Remus trempa les doigts sans hésitation avant de tout étaler sur sa plaie. Sous les yeux étonnés d'Harry, les deux bords de la coupure se rejoignirent en ne laissant qu'une mince et discrète cicatrice sur leur passage. En quelques secondes, la plaie avait entièrement disparu.
– Comment allez-vous, professeur ? s'enquit Harry en voyant le visage blême du sorcier.
Remus ouvrit un œil et sourit faiblement.
– Je m'en sortirai.
Harry prit le pot des mains de Lupin, le ferma et se leva pour le poser sur la table. Avant d'avoir pu se retourner, l'ancien blessé était à côté de lui et s'assit sur l'un des sièges créés par Shacklebolt.
– Assis-toi, Harry. Tu dois être épuisé. Mange quelque chose.
– Je n'ai pas faim.
Comment aurait-il pu avaler quoi que ce soit dans ces circonstances ? Rien que penser à ce qui arriverait à Edward et Dumbledore entre les mains de Voldemort lui donnait envie de vomir. Sans compter que son meilleur ami était dans un état critique à l'étage et que plusieurs de ses amis étaient blessés. Tout ça par sa faute.
– Venez aussi vous autres, invita Remus en s'adressant aux trois Weasley. Mangez, ça ira mieux.
Il aida Ginny à s'asseoir puis s'éclipsa à l'étage à la recherche d'une potion pour soigner la jambe de la sorcière. Les jumeaux encadraient leur sœur et poussèrent plusieurs boîtes de gâteaux dans sa direction en l'enjoignant à manger un peu. Pour l'encourager, ils grignotèrent avec elle et plus tard, Fred invita Harry à les imiter. Le garçon soupira silencieusement avant d'accepter un biscuit dont il ne prit qu'une bouchée avant de se contenter de l'émietter distraitement.
Shacklebolt, qui s'était retranché dans un coin du salon pour apparemment envoyer des messages, s'assit en face d'eux et se servit dans les provisions.
– Vous avez prévenu Bill et Charlie ? demanda Ginny, l'air concerné. Ils savent pour le ministère ?
L'Auror acquiesça.
– Dès que Sirius a reçu le Patronus d'Harry, il a prévenu l'Ordre de la situation. Vos frères étaient coincés sur une mission délicate et n'ont pas pu se déplacer. Nous sommes les seuls à avoir pu répondre à votre appel. Je viens de prévenir l'Ordre de la situation de Dumbledore et Elric. Rogue nous informera dès qu'il le pourra.
Hermione revint de la cuisine avec un plateau couvert de tasses fumantes qu'elle distribua aux cinq personnes présentes. Ses yeux étaient plus rouges qu'à son départ et Harry comprit qu'elle avait utilisé cette distraction pour pleurer à l'abri des regards. À ce stade, chaque nouvelle preuve de douleur ne faisait que se superposer sur le poids immense de culpabilité d'Harry. Il dut serrer les dents à s'en faire mal pour s'empêcher de craquer lorsque son amie vint s'asseoir à côté de lui et lui pressa la main un instant avant de lui donner une tasse brûlante.
– Des nouvelles de Ron ? interrogea Hermione en s'adressant à la tablée.
– Pas encore, répondit Fred.
– Je vais aller voir, ajouta George en faisant mine de se lever.
– Laissez-les travailler, coupa Shacklebolt avec un regard pointu vers le rouquin. Ils ont besoin d'espace.
George se rassit en rentrant les épaules. Pendant les minutes suivantes, on n'entendit que leurs bruits de mastication et de déglutition. Puis Luna et Sirius apparurent sur le palier. Sirius vint s'affaler sur la chaise à la droite d'Harry à qui il ébouriffa les cheveux avant de remercier Hermione pour la tasse de thé qu'elle lui tendit.
– Comment va Ron ? demandèrent Fred et Ginny presque à l'unisson.
– Il va s'en sortir, répondit Sirius.
– Et Tonks ? intervint Shacklebolt.
– Elle a juste fait une mauvaise chute dans les gradins, répondit Luna en s'agenouillant aux pieds de Ginny. Elle sera sur pied après un peu de repos.
Elle ôta l'atèle de fortune et remonta le pantalon de son amie avec précaution avant d'appliquer un liquide bleuâtre sur l'impressionnant hématome qui courait sur la cheville blessée. Le liquide inconnu atténua le bleu qui se dissipait progressivement.
– Est-ce que quelqu'un d'autre a besoin de soins ? leur parvint la voix étouffée de Luna.
Une série de « non » fut marmonnée autour de la table avant que le silence reprenne ses droits. L'arrivée de Maugrey y coupa court.
– Des nouvelles de l'Ordre ?
– Pas encore, répondit Shacklebolt.
Maugrey se vautra dans le siège à la gauche de l'autre Auror. Il remercia Hermione d'un hochement de tête bourru et vida le contenu de sa fiasque de whisky dans son thé avant d'en boire plusieurs longues gorgées.
– Xeno dit qu'il faudra transfigurer des matelas supplémentaires dans le grenier pour placer tout le monde, annonça Maugrey en reposant sa tasse d'un claquement sec.
– On ne peut pas se terrer ici, rétorqua Shacklebolt. Il faut retourner au QG.
– Pour l'instant, aucun de nous de connaît la situation à l'extérieur, répliqua Maugrey. Nous sommes en sécurité dans cet endroit. Il faut que l'on se repose avant de décider comment continuer.
Luna sortit de sous la table et partit dans la cuisine. Les jumeaux en profitèrent pour vérifier l'état de la cheville de Ginny, qui avait encore l'air un peu rouge, mais beaucoup moins douloureuse. Serviable, Hermione posa une tasse à la place à côté d'elle pour Luna.
Une cloche sonna quelque part derrière les Weasley, venant des escaliers menant au rez-de-chaussée. Tout le monde se crispa, certains même se levèrent. Les Aurors et Sirius se placèrent entre les escaliers et le reste du salon. Une porte claqua à l'étage du dessous, suivi par des bruits de pas pesants sur les marches grinçantes.
Le trio leva ses baguettes, prêt à attaquer.
Deux silhouettes apparurent dans l'encadrement de la porte, affalées l'une sur l'autre.
Il y eut un moment de flottement.
– Vous !
