TW : PTSD, mention de torture, mention de profanation de cadavre, mort d'un personnage secondaire.


Chapitre vingt-six : La prophétie de Barty Croupton Junior


« On ne dit pas non au Seigneur des Ténèbres sans en payer le prix. Tu regretteras d'avoir décliné ses offres, ça, je te le garantis. Bientôt, tu réaliseras que tu n'as pas d'autre choix que de t'incliner devant Lord Voldemort. Bientôt, tu te soumettras à lui... et tu lui avoueras tout ».

Huit mois, jour pour jour, heure pour heure après la formulation de cette prophétie, la prédiction se réalisait. Insidieux, l'écho du murmure sinistre de Croupton Junior se dissimulait dans chaque courant d'air, dans chaque froissement de tissu. Il s'insinuait malicieusement dans chaque crevasse zébrant l'armure mentale de l'esprit malade à qui ces dernières paroles avaient été chuchotées.

Voldemort avait gagné.

Il savait tout.

Les Horcruxes...

Les Reliques de la Mort...

Le Voile...

La Porte...

La Vérité.

Absolument tout.

Un sanglot viscéral secoua le corps d'Edward tout entier. Ses hurlements d'agonie avaient laissé place à des râles épuisés depuis que sa voix l'avait abandonné. Tout était perdu. Voldemort avait brisé son âme et lui avait arraché tous ses secrets. Il avait piétiné l'Espérance même. Ne restait que l'obscurité, insondable et oppressante.

Les yeux aveugles d'Edward ne percevaient plus aucune lueur d'espoir. Tout autour de lui demeurait sombre, désolé au-delà de toute mesure. Les murs en pierre, qui avaient paru se refermer sur lui pour l'étouffer au fur et à mesure de son emprisonnement, semblaient soudain hors d'atteinte, s'éloignant à une vitesse vertigineuse. Les piliers, les torches et les chaînes s'étaient évanouis pour ne laisser qu'un corps ruiné.

La mort se rapprochait et pour la première fois de sa vie, Edward souhaitait de tout son être qu'elle le prenne sans attendre. Ses lamentations pareilles à celles entendues près du Voile résonnaient dans le silence, l'invitant à se laisser porter hors de son corps, pour retourner derrière sa Porte, où de si nombreux êtres chers attendaient sa venue. Ce répit, il l'appelait malgré sa gorge en ruines après des heures à implorer.

Que quelqu'un ait pitié. Les mots ne franchirent pas ses lèvres fatiguées. Personne ne répondrait à ses suppliques.

Voldemort avait obtenu ce qu'il voulait de lui et bien plus encore. Il avait anéanti son ennemi, l'avait humilié, souillé et accablé. Il ne resterait bientôt plus rien d'Edward Elric. Le froid implacable des cachots auquel il était désensibilisé lui mordait la peau et les os. Ses membres ne répondaient plus à ses directives. Sa peau déchirée ne ressentait plus la moindre sensation.

Toute la souffrance qui l'étouffait de l'intérieur engourdissait son enveloppe charnelle et coupait son esprit du monde extérieur. Après ce qu'il avait subi, plus rien ne faisait sens autour de lui. La honte et la douleur du monde entier n'étaient rien comparé à ce qu'il endurait. Ce qu'il sentait au fond de lui, il ne pouvait pas le supporter. Il ne lui laissait qu'un seul choix.

Mourir.

Edward devait mourir. Tout ce qui lui avait permis de tenir jusqu'ici, il l'avait perdu. Aucune combativité ne lui permettrait de surmonter les visions cauchemardesques qui hantaient son esprit mutilé. Les uns après les autres, ses amis mouraient sous ses yeux, assassinés avec barbarie dans un spectacle interminable de sang et de violence. Tout ça parce qu'il les avait trahis.

Un sanglot lui déchira la gorge. Ses murmures reprirent contre son gré entre ses gémissements fiévreux. Sa bouche ne lui appartenait plus. Il n'entendait même plus sa voix avouer en boucle tous ses secrets les plus intimes. Encore et encore, il répétait ce que Voldemort désirait plus que tout. Les mots se bousculaient dans les ténèbres, sans aucun témoin pour les entendre.

Personne ne pouvait plus le sauver.


– Vous-Savez-Qui a décidé qu'il s'occuperait de la séance de ce soir, annonça Keith lorsqu'il revint à Goldrop bien plus tôt que de coutume. Je ne sais pas ce que ça signifie. Edward a été capturé il y a presque vingt jours et c'est la toute première fois que Vous-Savez-Qui prend cette décision.

Autour de la table, Maugrey, Edwina, Xenophilius et Envy dévisagèrent le Langue-de-plomb avec perplexité.

– Ce n'est pas la première fois, qu'est-ce que tu nous chantes là ? lâcha l'Homonculus finalement. Il a participé à plusieurs séances déjà.

– C'est différent, insista Keith. Il observait en tant que spectateur. Macnair, Goyle, Malefoy et moi étions toujours présents. Cette fois, il va s'occuper de la séance seul. Sans le moindre témoin. Et quand je dis sans le moindre témoin, je parle aussi des autres prisonniers. J'ignore ce qu'il a préparé, mais ça n'augure rien de bon.

– Où les autres prisonniers ont-ils été déplacés ? demanda Edwina. Ont-ils quitté le manoir Malefoy ?

– Je l'ignore. Bellatrix m'a escorté à la sortie dès mon arrivée.

– Jolene a été convoquée il y a une heure, annonça Maugrey. Il y a des chances pour qu'on l'ait assignée au transfert des prisonniers. Si la chance penche de notre côté, elle sera en mesure de nous indiquer le nouvel emplacement pour que nous puissions modifier nos plans.

– Et si elle ne peut pas ? commenta Envy.

– Le plan reste le même. Nous libérerons Elric, sans les autres otages.

– Bonne chance pour annoncer ça aux Weasley.

– Ce n'est pas de notre faute ! s'exclama Edwina pour défendre Maugrey. Aucun de nos espions n'a pu prévoir ce retournement de situation. Alastor n'a pas d'autre choix que de prendre cette décision.

– Ça peut paraître cruel, ajouta Maugrey. Mais notre objectif n'a jamais été de sauver les autres otages. Elric est notre priorité depuis le départ. Les trois autres n'étaient qu'un bonus. Si les Weasley n'ont pas compris cette nuance, ce n'est pas de mon ressort.

– Vous êtes particulièrement cruel, tout à coup, maugréa Envy.

Depuis deux semaines, l'Équipe échafaudait un plan pour faire s'évader leurs compagnons des cachots de Voldemort, et tout capotait quelques jours avant échéance. L'opération était censée prendre place le deux mars, soit à peine six jours plus tard. Après une si longue et laborieuse préparation, la déception était terrible.

Envy aurait voulu qu'ils se dépêchent, mais contrairement à la reprise de Poudlard, qui avait été simple grâce au nombre minime d'ennemis et aux nombreux alliés au sein du château, pénétrer dans le manoir Malefoy présentait un défi autrement plus compliqué. Là-bas, l'Équipe ne possédait aucun allié — sauf si l'on considérait Rogue et Gladpy, qui ne devaient surtout pas gâcher leur couverture —, leurs ennemis y proféraient à foison et malgré les indications détaillées de Drago, le terrain n'était de loin pas familier.

– La mère de Malefoy est toujours de la partie, au moins ? s'enquit soudain Envy en se souvenant du garçon. Parce que même si vous décidez de laisser les autres, vous avez passé un accord avec Drago en échange des infos.

– Nous tiendrons l'accord, grommela Maugrey. Pas le choix avec le contrat magique qu'on a signé.

La discussion coupa court après ça. Xenophilius retourna à la rédaction de la prochaine édition du Chicaneur, Maugrey et Edwina reprirent une conversation à voix basse et Keith se réfugia dans la cuisine pour prendre un verre bien mérité après sa longue journée de travail. Ignoré par tout le monde, Envy s'ennuya vite à mourir et gambada entre les articles en préparation du Chicaneur.

Depuis leur retour à Poudlard, les jeunes membres de l'Équipe avaient repris les cours sans toutefois arrêter d'aider le rédacteur de l'hebdomadaire, dont les ventes avaient explosé depuis la remise en liberté de l'école de sorcellerie. Le Chicaneur était devenu un symbole d'espoir, tout comme la ligne de radio à transmission magique crée par les jumeaux Weasley et leur ami Lee Jordan, qui annonçaient les nouvelles mesures répressives du ministère avant leur mise en place, aidaient les familles en fuite à se retrouver, indiquaient les lieux à éviter pour ne pas tomber sur des Rafleurs et énuméraient les victimes du système chaque soir.

Les deux médias invitaient également les sorciers en fuite à venir se réfugier à Poudlard. Les élèves qui avaient été retirés de Poudlard quand elle était sous contrôle Mangemort revinrent pendant les vacances de février et une dizaine de familles de nés-Moldus avait déjà répondu à l'appel et vivaient dans une aile spécialement aménagée de l'école.

La situation ne leur avait pas permis de quitter le pays, puisque le MIAM avait annoncé la mise en quarantaine de la Grande-Bretagne et la fermeture de ses frontières. Les contrôles se faisaient de plus en plus durs et systématiques au fil des jours. Malgré ces circonstances, la communauté magique reprenait espoir grâce à l'apparition du successeur d'Albus Dumbledore à la tête d'un nouveau groupe de résistance.

Évidemment, le grand public ignorait la quête des Horcruxes. Pour le moment, Voldemort également. Pourtant, Rogue avait détruit le diadème de Serdaigle et Maugrey le médaillon de Serpentard. Le premier avait été simple à trouver dans la Salle sur Demande grâce à la description fournie par Xenophilius. Le second, en revanche, avait nécessité la mobilisation de la moitié de l'Équipe pour draguer le lac noir jusqu'à dénicher le médaillon enseveli au cœur du village abandonné des selkies.

Désormais, Gladpy, Rogue et McKollughan suivaient la piste de Bellatrix Lestrange. Les membres de l'Équipe habitant en permanence à Poudlard profitaient de la Réserve de la bibliothèque pour trouver d'autres pistes pour les prochains Horcruxes possibles. Leurs recherches n'avançaient pas aussi efficacement qu'ils le souhaiteraient.

Un peu plus de deux heures après le retour de Keith, l'alarme sur la porte d'entrée les alerta de l'arrivée d'un visiteur. Maugrey et McKollughan descendirent, baguettes brandies. Les quatre sorciers échangèrent les questions de sécurité puis appelèrent les autres pour un départ précipité. Une réunion de crise venait d'être invoquée.

Ils transplanèrent tous les sept à Poudlard et traversèrent le parc désert à vive allure. Quand ils arrivèrent dans la Salle sur Demande — seule pièce pouvant tenir leurs réunions en toute discrétion —, tout le monde les y attendait après avoir reçu le Patronus d'alerte de Maugrey. Leur leader s'assit en tête de table et ceux qui l'accompagnaient s'installèrent à leurs places attitrées. Rogue et Gladpy furent les seuls à demeurer debout.

– Elric a cédé, annonça gravement Gladpy, ignorant les exclamations affolées. L'ampleur exacte des informations qu'il a dévoilées nous est inconnue. Néanmoins, il apparaît clairement que le secret des Horcruxes a été découvert. Nagini a disparu et le Seigneur des Ténèbres a quitté le quartier général pour une mission solitaire, ce qui n'est pas dans ses habitudes. Personne ne sait où il s'est rendu.

– A-t-il donné des instructions avant son départ ? interrogea Maugrey.

– Pas la moindre, répondit Rogue. Pas même à Bellatrix. La dernière tâche qu'il a donnée avant son départ précipité m'a été confiée.

Le maître de potion eut l'air malade en mentionnant cette tâche. Les autres redoutèrent le pire.

– Quelle était cette tâche ? demanda Maugrey.

– Une fois la séance terminée, le Seigneur des Ténèbres m'a demandé de supprimer irrévocablement et entièrement la mémoire d'Elric. Même si nous le récupérons, il sera incapable de nous répéter ce qu'il a révélé.

Envy sentit son corps se pétrifier. Et si Edward avait aussi révélé des informations sur la Vérité ? Ce serait un désastre. Si seulement on lui avait permis d'utiliser son plan !

– Que sommes-nous censés faire maintenant ? demanda Bill. Vous-Savez-Qui va cacher tous les Horcruxes restants !

– Est-ce que le QG est en sécurité ? intervint Hermione. Même si Ed n'était pas le Gardien du Secret, est-ce que ce serait possible ?

– Normalement, c'est impossible, répondit Remus.

– Nous ignorons les moyens qu'a employés le Seigneur des Ténèbres pour le faire parler, asséna Rogue. S'il a pénétré l'esprit d'Elric, le Secret pourrait avoir été extrait par la force.

– Le Secret ne peut pas être pris par la force, objecta Remus. Il ne peut qu'être —

– Vous n'étiez pas là, Lupin, rétorqua Gladpy. Vous n'avez pas entendu... Personne ne sait ce qu'il a fait, mais je vous assure que de toute ma vie, je n'ai jamais entendu des hurlements pareils. Pourtant, j'ai assisté à de nombreuses séances de torture.

Plusieurs plaintes horrifiées firent le tour de la table.

– Le QG est interdit d'accès jusqu'à nouvel ordre, proclama Maugrey. Potter.

Harry releva vivement la tête, surpris d'être apostrophé directement. D'habitude, les plus jeunes n'étaient que des spectateurs.

– Ta cicatrice, est-ce qu'elle a réagi ?

Le garçon secoua la tête d'un air hébété en touchant son front.

– Elle continuait de me faire mal même après le ministère, mais elle a complètement arrêté maintenant. Je ne m'en étais même pas rendu compte.

– Vous-Savez-Qui a dû découvrir quelque chose qu'il ne voulait pas que l'on sache, commenta Sirius en glissant un regard à Envy.

– Le mystère du Voile ? suggéra Keith avec une pointe de curiosité et de nervosité.

– Le pire serait l'identité de G.O.D, répliqua l'Animagus. Envy, quelle serait la première décision de Voldechose en apprenant la vérité, d'après toi ? Aller au Département des mystères ?

Envy y réfléchit un instant.

– Aller au ministère sans Ed n'aurait pas d'intérêt pour lui. S'il veut passer de l'Autre côté et en revenir, il doit obligatoirement être accompagné soit de lui, soit de moi. Mais il a laissé Ed au manoir, non ?

Rogue et Gladpy acquiescèrent.

– Alors il va partir à ma recherche. S'il connaît le secret de mes résurrections, il sait qu'Ed ne pourra pas l'aider et qu'il ne pourra rien faire sans moi.

– Si Elric ne lui est plus d'aucune utilité, pourquoi le garder en vie quand il est visiblement dans un si piètre état physique et mental ? demanda Shacklebolt. Il a donné toutes les informations qu'il pouvait, il n'est plus rien aux yeux de Vous-Savez-Qui. Pas même une monnaie d'échange.

– Merde, jura Envy en comprenant l'étendue du problème. Merde ! C'est pas... Bordel !

– Envy, ne t'emporte pas, tenta Ron d'un ton malhabile. Ed est encore en vie, non ? Il y a encore de l'espoir.

– Vous ne comprenez pas ! Shacklebolt a raison. Dans une situation pareille, tuer Ed aurait été l'unique solution que Voldechose aurait choisie. Mais s'il ne l'a pas fait... Ça veut dire qu'il en sait bien plus que ce qu'on craignait et qu'il sait qu'il doit le garder vivant tant qu'il ne m'a pas mis la main dessus.

– Pourquoi ?

– Parce qu'il sait que s'il tue Ed, je mourrais aussi. Nos vies ont été littéralement liées il y a plusieurs années, expliqua Envy pour couper court aux questions qui suivirent. Si je meurs, Ed meurt. S'il meurt, je meurs. C'est comme ça qu'Ed a su que j'ai survécu au Baiser du Détraqueur et que j'ai su qu'il ne s'était pas vraiment suicidé.

– Ce n'est que maintenant que tu juges bon de nous prévenir ! s'écria Gladpy.

Elle avait l'air déboussolée et figée par la réalisation. Après tout, elle avait fait ordonner le meurtre d'Edward il y a plus d'un mois et avait voté pour son exécution quelques semaines plus tôt sans savoir que cela pouvait entraîner la mort de son frère.

– C'est pas le genre d'infos qui se partage avec tout le monde !

Maugrey frappa le sol de son bâton pour ramener le silence.

– Envy, à quoi doit-on s'attendre exactement maintenant que vos secrets sont exposés ? demanda Maugrey. Votre discours de la dernière fois n'était que peu éclairant et vous aviez l'air sûr que l'apocalypse s'abattrait sur nos têtes. Il est temps de partager ces informations avec nous.

– Jamais !

– L'ennemi sait ! Pourquoi continuer à refuser de nous informer ?

– Parce que je vais tuer Voldechose et qu'il mourra avec ce secret ! Concentrez-vous donc sur les Horcruxes et laissez-moi me rendre !

– Tu ne peux tout de même pas continuer avec cette idée absurde ! s'indigna Gladpy. Surtout après nous avoir dit que tu étais le seul espoir de Tu-Sais-Qui pour atteindre l'immortalité !

– J'ai un plan !

– Argh !

Harry tomba de sa chaise. Aussitôt, ses voisins les plus proches se penchèrent au-dessus de lui. Sirius remonta le garçon sur sa chaise. Le visage pâlissant à vue d'œil et la cicatrice suintant de sang, Harry se redressa d'un coup. Il lança un lent regard circulaire aux personnes présentes avant de prendre la parole d'une voix tremblante.

– Il m'a envoyé une vision.

– Consciemment ? demanda Scrimgeour.

Harry hocha la tête et se pinça les lèvres.

– Dis-nous ce que tu as vu, l'encouragea Ginny en lui frottant le bras de manière réconfortante.

– Il nous nargue. Il sait que nous savons pour les Horcruxes. Il a récupéré une Coupe dans le coffre de Bellatrix Lestrange. Il a dit que nous ne trouverions jamais les autres.

Un silence austère s'abattit sur la salle. L'odeur familière de la défaite vint les titiller.

– Nous aurions dû tuer Elric avant qu'il ne soit trop tard, commenta Abelforth.

– Vous n'avez donc pas entendu ce qu'Envy a dit ? tonna Gladpy. Si nous avions tué Elric, Envy serait mort avec lui !

– Comme s'il nous était d'une grande utilité !

– Ne parlez pas de lui sur ce ton !

– Silence ! ordonna Maugrey. Ça ne sert à rien de débattre sur des décisions que nous aurions pu prendre. L'Équipe a voté et Elric a été épargné. Fin de la discussion. Utilisez plutôt cette énergie pour trouver une solution à l'impasse dans laquelle nous avons été acculés. Les Horcruxes paraissent hors d'atteinte et Vous-Savez-Qui paraît plus que jamais proche de l'invincibilité, mais dans tout plan se trouve une faille. Nous devons la trouver.

– Sans oublier que tout n'est pas complètement perdu, lança Tonks avec un enthousiasme qui sonnait atrocement faux. Tant qu'Envy est en sécurité, la puissance de Vous-Savez-Qui se résumera à ses Horcruxes. On en a déjà détruit cinq, ce n'est pas rien !

– Il peut en créer plus, rétorqua Shacklebolt.

– Combien pourra-t-il encore en créer avant que son âme se détruise d'elle-même ? répliqua Tonks du tac au tac. Personne ne sait grand-chose sur les Horcruxes. Avant Vous-Savez-Qui, un seul sorcier s'est frotté à cette magie et il n'en a créé qu'un seul ! Qui dit qu'au bout d'une dizaine ils ne se désintégreront pas d'eux-mêmes ?

– Ça paraît étrangement crédible, encouragea Hermione, tout de même dubitative. Vous-Savez-Qui coupe son âme en deux à chaque création d'Horcruxe, n'est-ce pas ? Un jour, il n'en restera plus assez pour le faire. C'est mathématique. En admettant qu'il n'ait pas davantage d'Horcruxes que ceux dont nous connaissons l'existence et en prenant en compte l'ordre de création... Hum, huma-t-elle avant de griffonner furieusement sur un morceau de parchemin. En comptant la Coupe, Nagini et le morceau d'âme que Vous-Savez-Qui possède encore à l'intérieur de son corps, il lui reste environ huit pour cent de son âme !

– Donc quand Dumbledore et Ed disaient qu'il comptait sûrement en créer douze, ce n'était peut-être pas des devinettes ! renchérit Luna. Ils ont calculé de façon rationnelle combien de divisions l'âme peut supporter.

– On ne peut pas compter sur l'enthousiasme de Vous-Savez-Qui pour qu'il crée assez d'Horcruxes jusqu'à s'autodétruire, rétorqua Scrimgeour.

– Mais au moins nous savons qu'il ne pourra pas en créer davantage, raisonna Hermione. Peu importe qu'il sache que nous avons détruit les autres. Il ne pourra pas en créer plus de trois supplémentaires ! Même si Vous-Savez-Qui connaît cette limite, nous n'avons que cinq Horcruxes à trouver puis il ne restera que Vous-Savez-Qui !

– Ce n'est pas vraiment encourageant ! rétorqua Ron. Six, c'est beaucoup quand on n'a aucune piste !

– Nous savons qu'il y a la Coupe et le serpent, déclara Tonks. Même s'il les a cachés quelque part, c'est déjà une piste !

– Ce n'est que la moitié, protesta Shacklebolt.

– Nous en connaissons un autre.

L'intervention de Xenophilius leur fit marquer une pause dans la dispute.

– Et quel est-il ? demanda Edwina. Je ne me souviens pas en avoir entendu parler.

– C'est —

– Merde, Xeno, c'est pas le moment !

– Alighieri, qu'est-ce que ça signifie ? murmura Maugrey d'un ton menaçant. Vous connaissiez l'existence d'un autre Horcruxe et vous nous l'avez dissimulé. J'exige une explication.

Envy poussa un soupir las.

– Je l'ai fait pour une bonne raison, juré.

– Pour le protéger, ajouta Xenophilius d'un air compréhensif.

– Protéger un morceau de l'âme de Vous-Savez-Qui ! s'insurgea Abelforth. Pour qui travailles-tu ? Notre camp ou celui de Tu-Sais-Qui ?

– Cet Horcruxe, c'est Harry ! cria Envy. Je vous l'ai caché parce que quand Dumbledore a compris ce qu'il s'est passé la nuit où Voldechose a essayé de tuer Harry quand il était bébé, il a décidé qu'il valait mieux le tuer pour détruire l'Horcruxe ! Il a fallu qu'Ed ait pratiquement à le supplier d'attendre qu'il trouve une solution qui permettrait à Harry de survivre !

Tous les sons moururent dans la salle tandis que la foule essayait de digérer l'information.

– Tu plaisantes ? lâcha finalement Ron, qui ne quittait pas son meilleur ami des yeux. Harry ne peut pas...

– J'ai l'air de plaisanter ? Vous croyez que Harry est un Fourchelang pour quelle raison ? Qu'il peut voir dans l'esprit de Voldechose pour quelle raison ? Que sa cicatrice le fait souffrir en présence de Voldechose pour quelle raison ? Un morceau d'âme de Voldechose vit à l'intérieur de lui depuis quinze ans !

Avant que quiconque ait pu réagir, Harry quitta la pièce en courant. Ron et Hermione partirent à sa poursuite en claquant la porte derrière eux. Ginny et les jumeaux semblèrent vouloir les imiter, mais se retinrent. La nouvelle les avait clairement ébranlés.

– La première personne qui proposera de faire le moindre mal à mon filleul en subira les conséquences, gronda Sirius, le visage sombre.

Il paraissait hésiter entre poursuivre Harry et rester, au cas où l'Équipe voterait la mise à mort de son filleul en son absence. Finalement, il opta pour rester et se rassit, bien qu'il continue à jeter de fréquents coups d'œil à la sortie.

– Si vous avez choisi de garder le secret, j'imagine que cela signifie qu'Elric n'a pas trouvé de solution au problème, supposa Maugrey, qui avait l'air complètement remis de la révélation.

– Il trouvera.

– N'avez-vous pas écouté ce que j'ai dit ? répondit Rogue. Elric ne trouvera rien. Il a perdu tous ses souvenirs. Pas seulement l'interrogatoire. Tout ce qu'il a vécu jusqu'ici a disparu de sa mémoire.

– Vous n'aviez pas dit ça ! se récria Envy, horrifié. Qu'est-ce qui vous a pris de faire une chose pareille ?

– Au cas où vous l'auriez oublié, je suis un espion et je travaille en tant que Mangemort sous les ordres du Seigneur des Ténèbres. Sa parole est loi. Il m'a donné un ordre et j'ai obéi. Ne comptez plus sur l'aide d'Elric. Il n'est qu'à peine en vie.

– Ed n'est certainement pas la seule et unique personne avec un cerveau dans cette organisation ! s'exclama Tonks. Si on réfléchit tous ensemble, on trouvera forcément un moyen de sauver Harry !

– Euh... En attendant, vous ne pensez pas qu'il pourrait être le seul capable de nous aider ? fit remarquer Ginny. Harry, je veux dire. Il est connecté à Vous-Savez-Qui. Vous-Savez-Qui est connecté à ses Horcruxes. Harry est un Horcruxe. Logiquement, Harry est connecté aux autres Horcruxes... ?

– Tu es un génie ! se réjouit Sirius en reprenant de l'aplomb. Vous voyez ? Vous ne pouvez pas décider de vous débarrasser d'Harry. Il est notre seule chance pour localiser ceux qui manquent ! Cette gamine est formidable !

Ginny rougit brusquement lorsque ses frères se mirent à la féliciter chaudement à leur tour. Cette suggestion raviva la combativité brièvement perdue de l'Équipe et les théories s'échangèrent jusqu'à ce que tout le monde se mette d'accord pour donner sa chance à ces prémices de plan. Ensuite, le calme revint et Maugrey voulut mettre fin à la réunion avant que Charlie intervienne.

– Et pour le plan d'évasion ? Vous-Savez-Qui a peut-être démasqué nos espions. Edward les connaissait tous les trois. Sans eux, le plan tombe à l'eau.

– Si le Seigneur des Ténèbres avait conscience de mes véritables allégeances, il n'aurait pas pris le risque de me laisser approcher Elric.

– Il pourrait essayer de vous inspirer un faux sentiment de confiance, rétorqua McKollughan.

– Ou il compte m'utiliser pour influencer le flux d'informations que je rapporte au camp ennemi. Dans les deux cas, je lui suis utile. Il hésitera à se débarrasser de moi. Par contre, on ne peut pas dire la même chose pour vous deux.

McKollughan et Gladpy ne le nièrent pas. Le premier perdait le peu d'intérêt qu'il avait si les secrets d'Edward étaient révélés et la seconde était en disgrâce depuis son échec lors de la Bataille du Département des mystères. Si Voldemort découvrait leur dualité, il les tuerait sur-le-champ.

Soudain, Xenophilius lâcha une exclamation tandis qu'il consultait un carnet qu'il venait de sortir à la hâte de sa poche.

– Un problème, Lovegood ?

– Une de mes sources vient de me prévenir que Vous-Savez-Qui a laissé un message au ministère. Je suis désolé...

Il afficha un air malheureux et ferma les yeux un instant avant de reprendre la parole.

– Le corps de Percy a été retrouvé dans l'atrium il y a un quart d'heure. Toutes mes condoléances.

Xenophilius adressa un regard profondément désolé aux Weasley que Bill réunit autour de lui.

– Il nous provoque, grogna Maugrey, l'œil animé d'une rage froide. D'abord la vision, maintenant ça.

– Il fête sa victoire, pesta Shacklebolt.

– Il ne s'agit pas uniquement de nous narguer, déclara Xenophilius. La mise en scène vise à attirer l'attention sur le message qui a été laissé avec le corps.

– Quel message est-ce ?

– « Livrez Envy ».

– C'était à prévoir, commenta le concerné. Vous devriez accepter avant que d'autres messages du même genre arrivent.

– Ne reprenons pas ce débat, aboya Maugrey. Nous n'accepterons pas. Point final.

– Vous allez les laisser tuer notre mère aussi ? cria Ginny, le visage humide de larmes. Si Envy a un plan, livrez-le ! Qu'on laisse notre famille en paix une bonne fois pour toutes !

Même si l'intention laissait à désirer, le résultat arrangeait Envy. Harry, Hermione et Ron choisirent cet instant pour revenir. Ils apprirent la nouvelle de la mort de Percy et la décision d'épargner Harry jusqu'à nouvel ordre. Quand il apprit pour son frère, Ron fixa Envy avec une expression torturée.

– Envy... Si on accepte ton plan... Est-ce que ce sera bien ou facile ? demanda le rouquin à voix basse pendant que les débats faisaient rage à côté. Ma tête me dit que c'est trop risqué, mais mon amitié me dit que tu as raison quand tu dis que l'on devrait te faire confiance. Je n'arrive pas à savoir. Si tuer Ed pour éviter la fuite d'infos c'est facile, te livrer l'est aussi, non ?

– Est-ce que ça a l'air facile ?

– Ça dépend pour qui.

– Je sais que c'est le bon choix. Je ne peux pas décider pour toi.

Bientôt, Sirius et Rogue en vinrent aux mains. Étrangement, l'ami d'Envy insistait pour qu'il soit livré tandis que l'autre argumentait contre. Remus se joignit à Sirius pour tenter de convaincre le troisième. Il fallut l'intervention de Maugrey et Tonks pour séparer les trois hommes. Envy exigea un nouveau vote malgré les protestations véhémentes de ceux contre. Maugrey accepta de procéder au vote.

– Que ceux en faveur du plan d'Envy Alighieri consistant en sa capture par Vous-Savez-Qui lèvent la main.

Les six mêmes mains que la fois précédente se levèrent, rejointes par Ginny et Charlie. Après quelques instants d'hésitation, Ron, Fred et George s'unirent à leur décision. Dix votes pour. Onze votes contre. Tous attendirent la décision de Maugrey, qui jusque là n'avait jamais eu besoin de participer aux votes toujours gagnés avec une large majorité.

– Je vote contre.

Envy feula. Si proche du but ! C'était rageant ! Heureusement pour les autres, il n'eut pas le temps de s'insurger, car Rogue agrippa soudainement son bras gauche avec un sifflement surpris. L'atmosphère s'épaissit de façon abrupte. Avec la trahison d'Edward, on ignorait si les espions avaient été découverts. Rogue pouvait trouver la mort en se rendant à cette convocation.

– Vous avez le Portoloin de secours, remarqua Maugrey, une touche interrogative dans la voix.

– De toute évidence.

Sans un mot de plus, Rogue quitta la pièce. Un silence solennel suivit son départ. Maugrey mit un terme à la réunion et ordonna aux plus jeunes à retourner dans leurs dortoirs. Bill et Charlie les suivirent de près, par sécurité et parce que le clan Weasley avait besoin de se regrouper pour partager un peu de réconfort. Maugrey ordonna à McKollughan et Gladpy de rester au château pour la nuit, au cas où ils étaient démasqués et que leur domicile serait attaqué. La sorcière ne comptait de toute manière pas quitter Envy d'une semelle après le vote serré qu'il avait obtenu. Si elle ne gardait pas un œil sur lui, il serait en mesure de s'évader avec l'aide de l'un de ses sympathisants.

C'est comme ça qu'Envy et Gladpy se trouvèrent à leur ancien appartement. La nostalgie qu'il avait ressentie en voyant le château ne se comparait pas à l'émotion qui le prit lorsqu'il entra dans le salon. Rien n'avait changé, excepté sa perception. Tout lui semblait si immense qu'il en eut le vertige.

– Retour à la case départ, hein.

Gladpy lui lança un regard en coin. Son regard s'adoucit quand elle vit la mine déconfite de l'Homonculus accompagnant sa remarque.

– Sauf qu'au lieu de deux pas en arrière, poursuivit Envy sur le même ton. J'en ai fait quatre. La dernière fois que j'étais ici, j'étais un homme et j'avais Ed à mes côtés. Maintenant je suis un monstre et Ed...

Sa gorge se serra.

– Ed est brisé. Il n'a plus aucun souvenir.

Une réalisation le frappa en admettant cette réalité à voix haute.

– Même pas de moi.

– Oh, Envy... Je suis désolée.

Elle avait l'air sincère. Ça ne le consolait pas.

– Si vous m'aviez laissé partir... Rien de tout ça ne serait arrivé. Percy serait en vie, Molly et Hagrid seraient libres. Ed serait sauvé. Si seulement vous me faisiez confiance, tout irait bien aujourd'hui.

Après cela, Envy s'installa sur le canapé. Touflam avait ramené Greta et toutes ses affaires dès leur départ de Goldrop et Gladpy s'attela à déballer la malle d'Envy dans son ancienne chambre, bien qu'elle ne contienne pratiquement rien. De quoi pouvait-il se servir dans cette forme, de toute façon ? À chaque voyage, les possessions qu'il emmenait se résumaient à son album photo et aux cadeaux offerts par Edward.

Ed… Qui ne le reconnaîtrait même pas à leur prochaine rencontre, pensa Envy en avalant difficilement la boule logée dans sa gorge. Même s'il préférait ne pas penser à ce que cela impliquait, il fallait qu'il le fasse, rien que pour modifier son plan. Si Edward avait effectivement perdu tous ses souvenirs, cela supposait leur mission en général. Toute la relation de confiance qu'ils avaient instaurée était balayée et sans le passé d'Edward pour l'y aider, Envy ignorait s'il parviendrait à se faire accepter de son ami malgré son apparence.

Son plan ne tombait pas à l'eau. Pas la première partie, en tout cas. S'il s'y prenait bien, il réussirait sans la participation d'Edward. Le problème, c'est que gagner la guerre sans être en mesure de partager sa joie avec Edward... Ce n'était pas une véritable victoire.

Mais que pouvait-il faire ? Comment rendre ses souvenirs à Edward ? Il avait eu une chance incroyable les deux fois précédentes, hélas, la chance avait tourné.

Ne restait qu'à prier pour un miracle.

Envy plissa les yeux.

– Plutôt pour une intervention divine, marmonna-t-il amèrement.