Chapitre trente-et-un : Nagini et le pilleur de tombe
– Ce n'est pas sa faute ! s'écria Sirius. Vous-Savez-Qui lui a lavé le cerveau !
– Il est dangereux, rétorqua Shacklebolt. Il ne sait plus distinguer ses amis de ses ennemis. Elric n'est plus récupérable pour l'Équipe. Il faut tourner la page.
– Ed est notre ami ! On ne peut pas le laisser là-bas à subir on-ne-sait-quoi entre les mains de Vous-Savez-Qui !
– En vérité, s'immisça Rogue. Le Seigneur des Ténèbres prend grand soin d'Elric depuis la débâcle à Poudlard. Il l'a présenté comme son second en commande, si vous n'avez pas oublié.
– Il l'a sous Imperium !
– Ed sait résister à l'Imperium, glissa Hermione.
– Après ce que Vous-Savez-Qui lui a fait ? Il a brisé Ed. Il lui a volé ses souvenirs et il a détruit son esprit. Même Ed ne pourrait pas résister à une chose pareille !
– Le fait est qu'Elric est passé à l'ennemi, que ce soit de son plein gré ou non, répliqua Scrimgeour. Il est même capable de lancer des Impardonnables. Il a failli tuer Abelforth et Tonks. Il a gravement blessé Remus et il a torturé deux personnes sans état d'âme et a ordonné aux Mangemorts de tous nous abattre. Je pense qu'à ce stade, nous pouvons dire qu'Elric n'est effectivement pas récupérable.
– On doit essayer !
– Non, conclut Maugrey avec fermeté. L'affaire Elric est close. Nous n'organiserons pas d'autre mission de secours. À partir d'aujourd'hui, Elric est considéré comme dangereux et appartenant à l'Ordre noir. J'interdis quiconque d'essayer de fraterniser avec lui, de quelque manière que ce soit. À l'exception de Rogue. Je veux que vous l'approchiez pour apprendre où Vous-Savez-Qui est parti et pour quelle raison. S'il est parti cacher un Horcruxe, je veux le savoir avant qu'il ait eu l'occasion d'agir.
– Je m'en occuperai dès aujourd'hui, confirma Rogue.
– Très bien. Restez vigilant.
– Et pour Envy ? demanda Ron. Est-ce que vous avez vu Envy là-bas ? S'il n'était pas gardé avec Gladpy et McKollughan, peut-être qu'il était gardé avec Ed ?
– Personne n'a ni vu ni entendu Alighieri depuis sa disparition avec Ruth, répondit Rogue. Je doute qu'il soit encore en vie.
– Il l'est, affirma Sirius d'un ton mordant. Ed et lui sont liés. Il est forcément en vie quelque part. On a juste besoin d'y retourner et de fouiller cet endroit de fond en comble.
– Impossible. Elric a ordonné à ce que l'accès des elfes de maison soit restreint. Vous ne pourrez plus vous introduire au quartier général des Mangemorts. De plus, dois-je préciser que vous avez perdu Draco Malfoy, qui était votre seul moyen de vous repérer en terrain ennemi ?
– Tu pourrais nous guider là-bas aussi, Snivellus, grogna Sirius. Tu dois connaître ce nid de vipères comme ta poche.
– Comme si nous —
– Black, Rogue ! aboya Maugrey en tapant de son bâton sur le sol. Fermez-la. Elric et Alighieri sont tous deux perdus. Concentrons-nous sur ce qui ne l'est pas. Les Horcruxes. Comment les visions avancent, Potter ?
Harry sursauta légèrement avant de rougir d'embarras.
– Pas beaucoup. Je n'ai plus eu aucune vision depuis plusieurs jours. En fait, la dernière que j'ai eue, c'était il y a quatre jours, quand Envy et Ed ont disparu de l'infirmerie. Vous-Savez-Qui était... terrifié. Puis tout s'est arrêté.
Hermione et Ron le dévisagèrent à la dérobée avant d'échanger un regard lourd de sens. Ils savaient tous les deux avec certitude qu'Harry avait également eu une vision durant la nuit, pendant la mission de secours désastreuse. D'après leur ami, celle-ci avait eu lieu depuis le point de vue d'Edward en personne lorsqu'il avait attaqué des membres de l'Équipe. Le trio de Gryffondors savait ce que cela signifiait et cela n'augurait rien de bon. Edward était un Horcruxe. Et si l'un d'eux révélait cette information à qui que ce soit, ils n'hésiteraient pas à tuer Edward pour détruire le morceau d'âme de Voldemort qu'il abritait.
Mieux valait garder le secret jusqu'à ce que la situation évolue.
– Que donnent les leçons de Légilimencie ? interrogea Scrimgeour.
Rogue et Harry froncèrent les sourcils en se fusillant du regard.
– Je vois.
– Allons, Harry, encouragea Molly. Tu sais que nous avons besoin de toi pour trouver les Horcruxes restants. Il faut que tu prennes ces leçons sérieusement, n'est-ce pas chéri ?
La grimace d'Harry s'estompa pour laisser place à une cuisante culpabilité. Il savait très bien à quel point l'Équipe comptait sur lui pour localiser les prochains Horcruxes. Toutefois, il n'avait pas la moindre idée de la manière de procéder et Rogue ne l'aidait certainement pas avec ces simulacres de leçons de Légilimencie. Harry n'était pas plus près de pénétrer l'esprit de Voldemort qu'il était près de devenir danseur étoile !
Harry promit tout de même de faire de son mieux.
– Maître... Le jeune garssson ssse cache chez Lusssiusss.
Assis au bout de la table vide dans le grand salon désert, Edward claqua impatiemment de la langue en entendant la nouvelle. Lucius lui avait donc bien menti sur le déroulement de l'intrusion par l'Équipe. Draco Malfoy avait pénétré le manoir en leur compagnie, sûrement dans l'espoir d'extraire sa mère du danger. Malheureusement pour lui, ses parents avaient dû l'en empêcher et désormais, ils le cachaient dans leurs appartements pour éviter que leur fils ne soit puni pour sa traîtrise.
– Bon travail, Nagini.
Il retourna à la contemplation pensive de sa baguette tandis que l'immense serpent vert glissait sur ses genoux. Nagini ne s'arrêta pas en si bon chemin et grimpa sur les épaules d'Edward, avant de nicher sa tête dans son cou. Distraitement, le sorcier lui caressa le museau en réfléchissant à la marche à suivre. Devait-il punir le garçon ou devait-il agir comme si de rien n'était, laissant les Malfoy cacher le traître ? Après tout, Draco avait bien aidé l'Équipe et Edward était censé en faire partie. Quel dilemme. Devait-il maintenir sa couverture à tout prix et démasquer le garçon ou bien pouvait-il fermer les yeux sur cette affaire et la refourguer à Envy dès son retour ?
– Narsssisssa et Ssseverusss approchent, maître.
Rogue devait justement revenir d'une réunion avec l'Équipe pour discuter de la débâcle de la nuit dernière. Quelques secondes plus tard, les portes s'ouvrirent sur Narcissa, qui s'effaça pour laisser passer Rogue. Puis elle referma derrière elle, laissant ses hôtes en tête à tête. Edward se demandait bien ce que l'espion pourrait lui vouloir.
Visiblement irritée par le nouveau venu, Nagini enroula le bout de sa queue autour du poignet d'Edward. Il la laissa faire, profitant du contact tiède et doux contre sa peau.
– Elric, salua sobrement Rogue avec un hochement sec de la tête.
Le blond le snoba ostensiblement, patientant pour la suite.
– J'ai entendu dire que le groupe de Maugrey avait fait irruption cette nuit. Je suis venu proposer mes services pour renforcer les protections autour de la propriété.
– Il sssent le loup-garou. Il l'a touché résssemment.
Remus. Ce ne pouvait qu'être lui. Donc il revenait bien d'une réunion de l'Equipe.
– Sssais-tu sss'ilétait vivant ?
Rogue eut l'air franchement déstabilisé qu'Edward parle Fourchelang. Son expression changea brièvement pour un mélange de réalisation et de pitié avant que son masque impassible reprenne le dessus. Croyait-il que cette capacité lui était venue en devenant un Horcruxe ? Avait-il deviné la vérité par ce simple hasard ? Il fallait le garder à porter de main pour vérifier ce qu'il savait. Si seulement Edward savait user de la Légilimencie, ce don lui faciliterait bien la tâche.
– Il sssent le sssang.
– Vos contacts secrets ne vous ont donc rien soufflé sur l'intrusion de cette nuit, siffla Edward en offrant sa joue à Nagini lorsqu'elle se mit à le chatouiller du bout de sa langue fourchue. Je pensais que vous saviez toutes les manigances de la résistance à l'avance.
Rogue pensait certainement toujours qu'Edward ne possédait plus aucun souvenir de sa vie passée. Il devait se croire à l'abri du danger, que personne ne savait qu'il était un espion depuis des années pour Dumbledore et ses successeurs.
– Je n'ai pas été prévenu de cette intrusion.
– Vous mentez, murmura Edward. Vous saviez.
La température chuta drastiquement.
– À quoi jouez-vous, Elric ?
– Je me demande si votre loyauté à notre maître est aussi forte qu'on le dit. Peut-être devrais-je discuter de votre cas avec lui dès son retour parmi nous.
– Vous jouez un jeu dangereux, Elric, déclara Rogue avec une touche de menace dans la voix. Que cherchez-vous à accomplir en jetant le doute sur mes loyautés ? Vous venez à peine de rejoindre le service du Seigneur des Ténèbres et si le doute plane sur la loyauté de l'un de nous, c'est sur vous.
– Ssset humain m'agassse. Puis-je le manger ?
Nagini tira la langue à plusieurs reprises, ses yeux fixés sur sa proie.
– Non, Nagini, admonesta Edward d'un ton caressant. Tu ne peux pas le manger. Pas encore, du moins.
– Le sssang chaud frisssonne de peur.
– Vous jouez la comédie, répliqua Rogue en ignorant les sifflements de Nagini. Vous n'avez pas changé de camp, c'est impossible. Vous avez misé sur le côté de la lumière depuis le début, bien avant même les prémices de cette guerre. Je doute fortement que vous soyez fidèle au Seigneur des Ténèbres comme vous le prétendez. Du moins, pas si vous êtes en pleine possession de vos moyens.
– Vous ignorez beaucoup de choses, Rogue. La donne a changé sans que vous en ayez conscience.
– Ce changement a-t-il un lien avec Alighieri ?
Edward plissa les yeux tandis qu'un tic d'agacement faisait trembler le coin de sa bouche.
– Alighieri est mort. Son destin n'a rien à voir avec mon choix de m'affilier à mon maître, affirma Edward avant de reprendre son air blasé après une courte pause. Je suis las de notre conversation. Allez trouver Rookwood et les Carrow. Vos services sont les bienvenus.
– Bien.
Rogue s'éclipsa sans un mot de plus. De retour à sa solitude, Edward reprit sa réflexion, aidé par les conseils de sa compagne au sang froid. Il lui fallait donc régler deux problèmes : celui de Draco Malfoy et celui de Severus Rogue. Merci Envy.
Si Envy appréciait un point particulier à propos de ses follets, c'était bien leur capacité à le reconnaître sous toutes ses formes et à ne pas le juger pour son physique. Depuis qu'il les avait, il avait pris trois formes diamétralement différentes. Chacun d'entre eux l'appelait « Maître Envy », qu'importe qu'il affiche le visage androgyne qu'il affectionnait tant, ou celui d'Homonculus ou celui de Voldemort. Ces follets étaient une véritable bouffée d'air frais. Après les quelques jours qu'il avait passés dans l'angoisse, cette pause était plus que nécessaire.
Bien entendu, il n'en oubliait pas sa mission pour autant. S'il s'y prenait bien et que le destin se montrait conciliant, il pourrait être de retour dans le Wiltshire avant que la semaine s'achève. D'après le portrait dans l'ancien bureau de son prétendu grand-père, le fantôme d'Antonia traînait habituellement dans la nursery de l'aile ouest. Envy espérait de tout cœur qu'elle daignerait lui adresser la parole cette fois-ci.
En tout cas, la nursery n'abritait pas âme qui vive.
– Eh oh ? Y a quelqu'un ?
D'un geste de baguette, Envy ouvrit les rideaux des trois hautes fenêtres de la salle circulaire. Rien n'avait bougé depuis son dernier passage. Les follets prenaient apparemment grand soin de cette pièce qui fut et demeurerait inutilisée. Les longs doigts squelettiques d'Envy voletèrent sur un hippogriffe à bascule aux couleurs légèrement lavées par le temps. Tout ici avait été fabriqué, acheté et disposé pour ce petit garçon dont il avait pris la place.
Un enfant aurait passé de belles années dans cet endroit. Bien que la guerre fasse rage à cette époque, Envy imaginait que ce petit garçon aurait été comblé par sa famille. Tellement de personnes aimaient ce garçon de tout leur cœur. Antonia, Peter, Jolene, Edwina. Pendant vingt ans, ils l'avaient attendu. Ils avaient espéré. Mais ce garçon ne reviendrait jamais, ça, Envy en était certain. Et même s'il le faisait, qu'arriverait-il alors à Envy ? Il perdrait Jolene et Edwina. Cette pensée l'attristait bien plus que ce à quoi il s'attendait.
Dans un flash, il revit le visage de Jolene lorsqu'elle apprit la mort de celui qu'elle considérait comme son frère perdu. Une boule se logea dans sa gorge et il se força à respirer amplement. Quand il se fut calmé, il avança dans la nursery en direction de la pièce maîtresse. Au centre de la salle aux couleurs pastel, un ancien berceau aux voiles crème attirait l'œil. Envy traça les broderies complexes sur les draps roses, imaginant avec affection Antonia les confectionner.
Un chat noir en peluche attira sa curiosité. Il la retourna dans sa main, savourant sa douceur, avant de remarquer une broderie sur le collier de l'animal. En levant la peluche à hauteur des yeux, Envy parvint à déchiffrer l'inscription.
« Pour mon petit-frère ».
Sa gorge se serra douloureusement. Le visage d'Antonia laissa place à celui, plus jeune, de Jolene.
– Jolene vous aime sincèrement.
Envy sursauta violemment et manqua de tomber à la renverse en voyant la silhouette fantomatique sur sa droite.
– Je vous ai observé.
– Antonia ? C'est bien vous ? Comment avez-vous su... ?
Le visage de la jeune femme se fendit d'un sourire triste et secret.
– Il y a vingt ans, quelques jours après ma mort, mon fils a contracté la Dragoncelle lorsqu'il était sous la garde de ma tante Edwina. De l'autre côté de la Porte, j'ai appris que son destin était scellé. Dieu m'a fait une proposition. En échange de rester de ce côté-ci de la porte pour vous rencontrer, notre Seigneur enverrait mon fils au Paradis. Il n'a pas eu le temps d'être baptisé, vous comprenez. J'ai sauvé son âme en acceptant de vous donner sa place dans ce monde.
Un silence endeuillé suivit son récit. Envy ne sut que répondre.
– Vous êtes venu ici pour le Cœur, n'est-ce pas ?
Envy acquiesça.
– Alors, est-ce qu'il existe ?
– Bien sûr. Dans le cas contraire, vous n'auriez pas été guidé jusqu'à moi. Sa légende est passée de mère en fille depuis Antonia Alighieri, la fille unique de Dante, mon ancêtre dont j'ai hérité le nom. Souhaitez-vous vous asseoir afin que je vous raconte l'histoire du Cœur ? Vous avez fait un long voyage et dormi très peu.
Elle l'observait donc vraiment tout le temps, pensa Envy en tirant une chaise pour s'y installer, les coudes posés sur la table et le visage posé entre ses mains. Le fantôme flotta jusqu'à une chaise libre et s'y assit, bien que ce lui soit impossible.
– Il va de soi que vous avez entendu parler des frères Peverell.
– Ceux qui ont inspiré le conte des trois frères de Beedle le Barde, c'est ça ?
– Exact. À l'époque, le conte n'existait à l'évidence pas. Toutefois, la réputation des frères Peverell les précédait. Ils étaient de puissants sorciers aux pouvoirs sans commune mesure. On disait de l'aîné qu'il était invaincu et possesseur d'une baguette qu'il aurait volée à la Mort même. Nous savons tous les deux ce qu'il en est en réalité, ajouta Antonia avec un air complice et mélancolique. Quand Dante a entendu ces rumeurs, il subissait un deuil terrible suite à la mort de la femme qu'il aimait. Il a ainsi entrepris de trouver ce sorcier pour lui prendre sa baguette miraculeuse.
– C'est Dante qui a tué l'aîné ?
– Cette partie du récit reste imprécise. Dans tous les cas, Dante a récupéré la baguette et il a appris par Antioche que son frère benjamin, Cadmus, traitait de nécromancie. Par malchance, Cadmus se donna la mort avant qu'ils ne puissent se rencontrer. Pendant ce temps, rendu très puissant par la baguette de Sureau, il fut élu comme Serviteur suprême de la Sorcellerie. Son pouvoir devint légendaire et l'on disait de lui qu'il était le plus puissant sorcier depuis Merlin en personne. Quelques années plus tard, toujours obsédé par cette quête insensée, Dante plongea dans la magie la plus noire qui soit en s'intéressant de très près à la nécromancie.
La fin de cette histoire ne sentait pas bon du tout. Envy avait une bonne idée de ce qui suivait. Après tout, cette histoire se répétait inlassablement.
– Dante a tenté de ramener Béatrice à la vie.
– Laissez-moi deviner. Ça a foiré et il a atterri de l'autre côté de la Porte.
Antonia sourit avec indulgence.
– En effet. Pour le punir de son arrogance, on dit que Dieu lui arracha le cœur et le dissocia de tous ses sentiments agréables et bons, le laissant mener une existence dénuée d'amour, de joie et de confiance. Une fois revenu dans notre monde, Dante garda jalousement l'artefact résultant de cette punition. C'est ici que naquit le Cœur. Dépossédé ainsi de ce qui faisait de lui qui il était et plus encore, ce qui faisait de lui un homme, Dante tomba gravement malade. Sur son lit de mort, il confiera son secret à sa fille et lui demandera de cacher le Cœur afin de le garder jusqu'au jour où tu viendrais le chercher.
– Six siècles que la Vérité avait prévu son coup, soupira Envy en levant les yeux au ciel. Six siècles qu'elle manigance pour que ses petits pions en arrivent là. Je dois avouer qu'elle a de la patience.
– Le temps ne se déroule pas de la même façon de l'Autre côté, commenta Antonia.
– Y a de ça. Bref, vous savez ce que fait le Cœur ? Vous avez dit qu'en gros il était un puissant concentré de sentiments positifs. Est-ce que ça suffirait à purifier des souvenirs, disons ?
– Et davantage encore.
– Plus que des souvenirs ?
Envy fronça les sourcils, songeur. Puis il réalisa.
- Oh... Est-ce que ça pourrait... purifier une âme ?
Son cœur battait à tout rompre. Avait-il trouvé le moyen de sauver Edward et Harry de leur tragique destin d'Horcruxe ?
– Le Cœur est un concentré de pur amour. Je suis certaine qu'il peut purifier même la souillure la plus vile qui soit sur cette Terre. Vous accomplirez de grandes choses grâce à cet artefact.
– J'y compte bien, assura Envy avec conviction. J'ai des projets pour ce Cœur. Et d'abord je vais récupérer mon meilleur ami. Où est-ce que je peux le trouver ?
– Là où est sa place. Le cœur de Dante a toujours appartenu à Béatrice et il repose encore à ses côtés de nos jours.
– Le Cœur est dans la tombe de cette Béatrice ? Et elle est où, cette tombe ?
– Vous la trouverez à la basilique Santa Croce, dans la chapelle sorcière.
– Super ! Du pillage de tombe, justement ce que j'aime ! s'exclama Envy en se levant d'un bond. J'y vais de ce pas. Plus vite je le récupère, plus vite je serai de retour en Angleterre. Vous êtes géniale, Antonia. Merci pour tout !
– Merci à vous. Et... Bien que vous ne soyez pas mon fils, sachez que je suis fière de ce que vous avez accompli, Envy, et bonne chance.
– Oh, ben, merci.
– Et n'oubliez pas ceci, la formule qui activera le Cœur, Edward Elric la possède sans en avoir conscience. Il la voit tous les jours sans la voir pour ce qu'elle est. Trouvez la formule, ou vos efforts auront été vains.
– Ah ? Attendez ! C'est quoi cette for-
L'apparition s'évapora sous ses yeux. Envy resta immobile un long moment, contemplant l'espace autrefois occupé par Antonia. Il sentit aussitôt qu'il ne la reverrait plus jamais. Elle avait mené sa mission à bien et venait sûrement de rejoindre son fils dans ce Paradis promis par la Vérité. En tout cas, Envy espérait qu'un tel endroit existait bel et bien et qu'Antonia s'y trouvait avec son petit garçon.
Avec un peu de chance, Edward et lui y finiraient également après leur mort.
– Allez, c'est pas le moment de traînasser.
En premier lieu, Envy devait dénicher le plan que Capponsachi lui avait fourni lors de sa première visite. Il en aurait certainement besoin pour trouver l'entrée de la partie sorcière de cette basilique. S'il se souvenait bien, il s'y était même déjà rendu avec le nabot et Miss-Grincheuse. Comme quoi, le hasard faisait bien les choses. Si hasard il y avait. C'était comme si rien n'était dû au hasard dans sa vie. En entendant le récit d'Antonia, Envy était plus sûr que jamais que la Vérité avait manipulé sa vie et celle d'Edward pour en arriver exactement à cette situation. Mais à quelle fin ?
Six siècles de préparatifs. Six siècles ! Même Père n'était pas encore né à cette époque ! Était-ce même envisageable que la Vérité ait fait en sorte de provoquer le problème de Père afin d'engendrer la naissance d'Envy et d'Edward ? Ce serait tout à fait possible.
– Quel cake manipulateur pourri !
Envy grinça des dents en pensant à tout ce que la Vérité avait fait dans son propre intérêt. Puis il se dit que ça ne servait à rien de ruminer ce sujet puisqu'il n'avait actuellement pas d'autre choix que de continuer ce qu'il avait commencé. Il fallait se remettre au travail ! Une fois le plan magique en main, il lui fallait chercher le Polynectar qu'il avait commandé à Rogue avant son départ. S'il voulait passer inaperçu durant sa quête en extérieur, mieux valait changer d'apparence, n'est-ce pas ?
Envy ouvrit les deux fioles de potion et sortit un mouchoir soigneusement enroulé dans sa poche d'où il sortit une douzaine de longs cheveux blonds. Il plongea les cheveux dans la potion boueuse qui se mit à siffler et écumer. Elle prit bientôt une intense couleur rubis, ressemblant à s'y méprendre à une copie de la Pierre philosophale. Envy secoua la tête avec dépit avant de boire la première fiole.
Aussitôt, ses tripes le tiraillèrent, la bile lui brûla la gorge avant que la sensation de brûlure se répande dans son corps entier. Il eut l'impression que sa peau fondait, le laissant à vif. De petites bulles innombrables circulèrent sous son épiderme tandis que sa peau changeait de couleur, prenant un teint doré. Ses doigts, ses bras, son torse et ses jambes raccourcirent, ses muscles saillirent de ses avant-bras, ses épaules s'élargirent et son nez poussa hors de son visage. De longues mèches blondes lui chatouillèrent la nuque et les oreilles.
Tout à coup, une douleur cuisante lui lança dans les jambes et il poussa une exclamation de surprise en tombant.
– Plan foireux ! Plan foireux ! grommela-t-il en roulant sur le dos, les mains crispées sur ses genoux. Purée, ça fait un mal de chien !
Il aurait mieux fait d'écouter ses cours sur le Polynectar. De cette façon, il aurait su que la potion répliquait également les blessures de la personne à copier. Envy maugréa dans sa barbe en se relevant. Il prit quelques pas chancelants avant de prendre plus d'assurance et d'être en mesure d'entrer dans son dressing-room. Il choisit une tenue appropriée au monde moldu et qui ne dénoterait pas non plus dans la communauté magique. Lorsqu'il fut entièrement vêtu, il fit une pause pour ses pauvres jambes et s'assit, le temps d'enfiler ses bottes en cuir.
– Toujours su qu'il ferait une jolie fille, commenta-t-il en se regardant dans la glace.
Un quart d'heure plus tard, Envy traversait la basilique avec son plan froissé et une frustration croissante. Au fur et à mesure que les moldus affluaient, ils l'empêchaient d'entrer discrètement dans la chapelle sorcière. Découragé, Envy se laissa choir sur un banc. Les épais jupons de sa robe l'irritèrent au plus haut point et il abandonna pour la journée. De toute manière, piller une tombe en plein jour ne représentait pas le meilleur plan qu'il ait concocté.
Il attendit donc la nuit pour y retourner. Sa seconde fiole de Polynectar engloutie et une tenue moins voyante enfilée, Envy se rendit à la basilique après les heures d'ouverture. Il s'infiltra très vite dans la partie moldue et tout aussi facilement dans la chapelle magique. À l'entrée de l'arche magique menant aux tombeaux de sorciers et sorcières célèbres, Envy attrapa un guide et consulta la liste des tombes avant de dégoter celle de la fameuse Béatrice Portinari.
Au moment où il s'arrêta face à la tombe en question, sa bonne humeur le quitta. Une énorme statue reposait sur le couvercle en marbre et Envy comptait ne pas utiliser la magie pour ne surtout pas alerter une quelconque sécurité sorcière. Il risquait de passer la nuit avec son pied de biche et sa barre à mine.
– En fait... Pourquoi m'emmerder à la garder en bon état ? Je la pète et y a bien un sorcier qui saura réparer ça, marmonna Envy en empoignant directement sa barre à mine.
Un sortilège d'insonorisation serait le bienvenu, mais comme dit plus tôt, la salle pouvait très bien être truffée de capteurs magiques. Donc il allait devoir se dépêcher de mener sa barque, prendre le Cœur et filer en vitesse. Au pire, il assommerait un quelconque garde de nuit.
– Ça, c'est un plan digne de moi, se félicita Envy en commençant son ouvrage.
En tout, il lui fallut deux heures et demie pour parvenir à ouvrir une portion du tombeau assez large pour en examiner l'intérieur. Il sortit une lampe torche de son sac à dos et illumina l'ouverture. Il réalisa rapidement qu'il n'avait pas ouvert du bon côté et qu'il ne voyait que les pieds du squelette. Démuni face à son manque de chance flagrant, Envy s'écrasa le front contre la dalle en pierre pour reprendre son souffle.
Au final, il décida qu'il se fichait éperdument de toucher un vieux squelette et il s'inséra dans le tombeau en tenant sa lampe entre ses dents. La poussière le fit éternuer bruyamment, faisant s'envoler encore plus de poudre d'os et l'aveuglant un moment. Bientôt, le nuage retomba et Envy rouvrit les yeux avant de vite les refermer, la vue brouillée par un éclat rougeoyant.
Sa vue s'adapta progressivement jusqu'à ce qu'il soit capable de regarder le Cœur sans plisser des paupières. Il l'agrippa dans son poing et ressortit de la tombe, couvert de poussière et de restes humains. Envy observa avec curiosité le rubis taillé en poire de la taille de sa paume. Il s'attendait à plus gros. Et de la forme d'un cœur, par la même occasion.
– Hiss !
Envy lâcha brusquement le Cœur. La pierre cliqueta sur le sol sans se briser. Une large brûlure de la forme de la pierre fumait sur la paume d'Envy. Il secoua vainement sa main pour atténuer la douleur et dissiper la fumée. Remis de sa surprise, il ramassa le Cœur à l'aide d'un mouchoir et le glissa dans sa poche intérieure.
Avant de partir, il jeta un dernier regard aux dégâts engendrés et fila hors de la basilique. Prochaine étape : trouver la formule !
Edward dormait à poings fermés lorsqu'un sifflement continu le réveilla en sursaut. Il tomba nez à nez avec le museau démesuré de Nagini. Le serpent sifflait de façon menaçante, le corps surplombant l'humain de façon protectrice.
– Un sssang chaud sssous posssion de Polynectar sss'approche, maître.
En un saut, Edward fut hors de son lit et brandit sa baguette vers la porte au même instant qu'elle s'ouvrait silencieusement. Nagini s'élança vers l'intrus, crochets à découvert.
– Wouah ! Bordel !
La silhouette évita l'assaut d'un bond sur le côté.
– Maître ! Il a tué le maître !
Nagini attaqua à nouveau, enragée. Edward haussa les sourcils en reconnaissant son propre visage. Hm. Envy était de retour. Il avait besoin d'un coup de main.
– Nagini ! Arrête !
– Il a tué le maître !
– Merde ! Elle sent que j'ai absorbé Voldechose ! s'exclama Envy en courant à l'autre bout de la pièce. Un p'tit coup de main ? Argh !
– Stupéfix !
Nagini donna un coup de tête en direction d'Edward. Envy profita de la diversion pour sauter sur le serpent, les bras enroulés autour de son cou. Il ouvrit grand la bouche et planta ses canines dans la chair écailleuse. Le sang reptilien envahit les sens de l'Homonculus. Le liquide acide lui brûla les papilles. Nagini se débattit, fouettant l'air avec sa queue puissante. Envy aspira jusqu'à sentir le goût pourri de l'âme de Voldemort sur sa langue. L'aigreur du Horcruxe lui provoqua une grimace de dégoût. En quelques secondes, l'âme fut absorbée et le silence revint dans la chambre.
Envy se redressa en inspirant profondément. Il sentit sa Pierre pulser. Le morceau d'âme de Voldemort à l'intérieur de lui avait repris des forces grâce à l'ajout du morceau contenu dans Nagini. L'Homonculus devrait garder son hôte à l'œil s'il continuait à aspirer des Horcruxes à tout va. Pour l'instant, l'âme de Voldemort était trop faible à cause de ses trop nombreuses coupures, mais ça pouvait changer à tout moment.
– Quand on trouvera les autres Horcruxes, il faudrait pouvoir s'en débarrasser autrement. Sinon Voldechose risque d'être assez fort pour reprendre le contrôle sur mon corps.
– Il pourrait se servir de ta Pierre dans ce cas de figure ?
Envy n'avait pas pensé à ça.
– Ouais. Possible. On préfère éviter ça.
– Le contact prolongé avec la magie pourrait aussi peut-être lui redonner des forces, lâcha Edward, désintéressé.
– Je n'en ai pas la moindre idée. J'imagine que c'est dans le domaine du possible.
Un silence inconfortable tomba sur la pièce. Edward rangea sa baguette et se rassit sur son lit sans quitter Envy des yeux une seconde. Ce regard prononcé mit Envy mal à l'aise et il partit se poster près de la fenêtre, le dos tourné au reste de la chambre.
– J'ai récupéré le Cœur.
– Hm.
– Mais il faut une formule pour qu'il fonctionne. Apparemment, c'est toi qui l'as sans le savoir. T'as une idée de ce que ça pourrait être ?
– Je l'ai sans le savoir, répéta Edward avec une expression blasée.
– Alors, réfléchis un peu aux formules qui t'entourent et on les essaie, c'est tout !
– Je ferai une liste demain.
Edward se recoucha et se couvrit entièrement, tournant le dos à Envy.
– Tu fais chier, Ed.
