Chapitre trente-trois : Taupe, double ou triple ?


Maugrey scruta gravement chacun des visages lui faisant face. Il ne faisait pas le moindre doute que la bombe qu'il comptait lâcher allait provoquer le soulèvement de certains membres de l'Équipe.

– Elric est un Horcruxe. Rogue vient de m'en informer.

Des cris éructèrent dans la salle sur Demande. Xenophilius exigea des preuves. Maugrey rapporta ce que Rogue lui avait expliqué sur la relation fusionnelle que le jeune sorcier entretenait avec Nagini et Voldemort, sa capacité à parler Fourchelang et les quelques occasions où un accès de colère avait changé la couleur de ses yeux. Ces éléments mis bout à bout peignaient un tableau on ne peut plus clair.

– Nous n'avons plus le choix. Il faut le récupérer, commenta Abelforth.

– Et ensuite ? demanda McKollughan.

– Ne le tuez pas ! s'écria Luna. On va trouver un moyen de le sauver ! Je vous en prie !

– C'est vrai, ajouta Hermione. Il y a forcément un moyen de rendre Ed et Harry normaux à nouveau. Il suffit de continuer à chercher.

– On a déjà des pistes ! renchérit Ron. On a commencé à chercher dès qu'on a su pour Ed !

Le roux s'interrompit, horrifié.

– Vous saviez ? s'insurgea Molly en fixant son fils cadet d'un œil torve. Depuis quand ? Pourquoi n'avoir rien dit ? Ronald Weasley, tu ferais mieux de répondre immédiatement !

– C'est Harry !

Trahi, Harry frappa le tibia de son meilleur ami sous la table. Malheureusement, c'était trop tard et tout le monde s'était tourné vers lui pour écouter son explication. Il poussa un soupir silencieux.

– J'ai assisté à l'évacuation de Gladpy et McKollughan. À travers les yeux d'Ed. C'était comme... lorsque j'étais dans la tête de Nagini. J'ai tout de suite su ce que ça voulait dire.

– Et ça prouve que ce n'est pas de sa faute s'il a agi comme il l'a fait ! rajouta Luna.

– Potter est aussi un Horcruxe et il ne torture ni ne tue personne, rétorqua Shacklebolt, approuvé par certains.

– On y a réfléchi, intervint Hermione. On pense que c'est parce que Vous-Savez-Qui lui a effacé tous ses souvenirs qu'Ed n'a pas pu lutter contre son influence. Après tout, s'il ne sait même plus qui il est ni qui est Vous-Savez-Qui, alors pourquoi ne l'écouterait-il pas ? En plus, on a une vague idée de ce que les Mangemorts lui ont fait subir pendant sa captivité. S'il est amnésique et en situation où son instinct de survie prévaut, il pourrait très bien s'être rangé avec l'ennemi pour sauver sa vie.

L'argument faisait sens. Personne n'y trouva à redire.

– De toute manière, on ne peut pas tuer Elric, s'immisça Gladpy. Sinon Envy mourra avec lui. Je ne vous le permettrai pas. Par contre, nous pourrions prendre avantage de la situation malheureuse d'Elric en l'utilisant pour trouver les Horcruxes restants. S'il est aussi proche du Seigneur des Ténèbres que Rogue le prétend, il pourrait se montrer plus performant qu'Harry.

– Je vote pour, annonça Sirius. On ne peut pas laisser Ed souffrir plus longtemps chez ces psychopathes. Il faut qu'on le ramène à la maison, en sécurité.

– Il nous est plus utile en vie, approuva Scrimgeour. Il pourrait également nous fournir des informations sur l'ennemi.

– Très bien, conclut Maugrey. L'idée de Jolene est intéressante. Attirons Elric hors de la protection du manoir Malfoy et attrapons-le lorsqu'il sera seul. Si quelqu'un s'y oppose qu'il se manifeste maintenant.

– Vous semblez tous oublier qu'Elric a essayé de tuer plusieurs d'entre nous, protesta Abelforth. Lupin. Tonks.

– Hermione a raison, répliqua Remus. Il n'est plus lui-même. On ne peut pas retenir cette attaque contre lui.

– Je suis d'accord avec Remus, confirma Tonks en lui prenant la main. Ed n'aurait jamais fait une chose pareille dans son état normal.

– Cela ne change rien au fait que nous n'obtiendrons jamais son aide volontaire, rétorqua Abelforth. Et il représente un trop grand risque pour que nous l'amenions dans l'enceinte de Poudlard ! Ou bien avez-vous oublié ce qu'il s'est passé la dernière fois que nous avons accueilli Elric ici ? Avez-vous oublié le message laissé par Ruth ? L'avertissement des Mangemorts ?

Neuf membres de l'Équipe avaient assisté au massacre. Personne n'avait oublié ce triste jour où des centaines d'enfants britanniques étaient sortis dans les rues pour transmettre leur message. Les seize enfants présents dans l'infirmerie le jour où Elric, Alighieri et Ruth avaient quitté Poudlard en faisaient partie. Ces centaines d'enfants sous Imperium s'étaient mutilées, se scarifiant la Marque des Ténèbres dans le bras gauche tout en scandant les noms des membres de la résistance ainsi que leur sombre avertissement :

« La résistance a failli. Que les traîtres fuient pour leurs vies. Notre Maître, le Seigneur des Ténèbres, a vaincu. Que ceux désirant survivre se soumettent. Prouvez votre allégeance au Seigneur de ce Nouvel Âge en livrant les traîtres... Aidez-les et vos familles périront. Livrez-les à votre Maître et Seigneur et vos vies seront épargnées... Que le règne de Lord Voldemort soit long et prospère. Gloire au Seigneur des Ténèbres ! »

– Ed n'a pas fait ça, contesta Sirius, l'air découragé. Et même s'il a aidé, il n'était pas dans son état normal. Nous trouverons un moyen de le rendre comme avant. Il nous aidera.

Les portes de la salle sur Demande s'ouvrirent en claquant contre les murs. Essoufflé et les joues rougies, Bill interrompit la réunion en les rejoignant enfin.

– J'ai localisé le prochain Horcruxe !

Bill se posta en face de la tablée pleine pour poursuivre sous les yeux impatients et excités de ses compagnons.

– Comme on se doutait que cet endroit se trouve en Albanie, j'ai rencontré un collègue qui y travaille. Grâce à la description de Harry, il a réussi à reconnaître la ville de Berat. Il m'a montré une photographie et ça correspond exactement à ce que Harry nous a décrit. Et ce n'est pas tout ! Quand je lui ai parlé d'un géant entouré de quatre aigles, il a tout de suite reconnu une légende liée à cette ville. L'homme de la vision s'appelle Baba Tomor et il est le gardien d'une montagne. Celle où est caché le Horcruxe, sans aucun doute !

– Ces photos, les as-tu apportés ? demanda Maugrey.

Bill sortit un livre miniature de sa poche et l'agrandit d'un coup de baguette.

– Potter, dis-nous si c'est l'endroit que tu as vu dans ta vision.

Harry rejoignit Bill et se pencha sur les pages après que le Weasley ait ouvert le livre au bon endroit. Aussitôt, Harry reconnut le calque parfait du paysage qu'il avait survolé la semaine précédente.

– C'est cet endroit !

– Dans ce cas, il nous faudra un moyen de transport aller et retour pour la ville de Berat. La discrétion est de mise. Peu importe si notre passage là-bas est illégal. L'ennemi ne doit pas connaître notre destination.

– Je peux obtenir un Portoloin grande capacité au marché noir, intervint Charlie. Je connais quelqu'un là-bas qui pourra nous fournir de quoi y transporter une dizaine de personnes. Il sait être discret.

– Malgré la récompense sur nos têtes ? demanda Scrimgeour.

– C'est un ami fidèle et un opposant aux mages noirs.

– Reste prudent, mon chéri, murmura Molly avec des yeux humides.

– Je dirigerai cette équipe sur le terrain, annonça Maugrey. Edwina, vos talents de médicomages nous seront indispensables. Êtes-vous prête à accepter cette mission ?

– Bien sûr, Alastor.

– Bill et Charlie. Informez-vous sur le terrain. Allez-y en reconnaissance si nécessaire. Vous serez nos guides.

Les aînés Weasley acquiescèrent.

–Potter. Prêt à venir sur le terrain ?

Harry lui lança un regard surpris. Le garçon échangea un regard avec ses deux meilleurs amis avant de hocher la tête.

– Oui.

– Si Harry participe, je veux en être aussi, s'imposa Sirius. Je suis son responsable légal. Je ne le laisserai pas y aller sans moi pour le protéger.

– Je comptais te proposer d'accompagner, Black, rétorqua Maugrey. Tes connaissances en magie noire nous seront utiles. Il en va de même pour McKollughan et Jolene.

– Parfait, répondit Gladpy, satisfaite.

– Abelforth, vous avez déjà eu affaire aux pièges de Vous-Savez-Qui autour d'un Horcruxe.

Le vieil homme bourru maugréa une réponse affirmative.

– Notre équipe est donc formée, conclut Maugrey. Nous partons dans deux jours. D'ici là, je veux que l'équipe se retrouve pour s'entraîner et se préparer aux pièges possibles que nous aurons à surmonter. Nous reparlerons du cas Elric quand nous aurons le Horcruxe.


– Recevoir la Marque a peut-être ouvert une sorte de canal entre le morceau de l'âme de Voldechose en toi et toi, justement. Un peu comme si avant vous étiez sur deux pics d'une même montagne et que vous pouviez vous entendre entre chaque écho, genre pendant vos rêves, et que depuis la Marque, c'est comme si vous aviez installé le téléphone ? Quelque chose du genre.

– Hm.

– Voldechose a dû comprendre ça, puisqu'il est complètement silencieux depuis le rituel de la semaine dernière. Je pense qu'il se concentre pour ne plus rien laisser filtrer et que ça lui prend trop d'énergie pour qu'il vienne mettre le bordel dans ma tête comme il adore le faire. J'ai jamais aussi bien dormi de toute ma vie !

Aux yeux d'Edward, cette confirmation paraissait un peu exagérée. Surtout considérant que l'Homonculus ne dormait que depuis moins de trois ans. Ennuyé par le babillage incessant de son compagnon, Edward tritura distraitement sa baguette magique, comme il en avait pris l'habitude récemment. Un rayon de soleil se prit sur la face rugueuse en bois de noisetier.

Et c'est là qu'il la vit.

Des années qu'il l'avait sous les yeux.

Des années qu'il la voyait sans la comprendre.

L'inscription.

– Envy. J'ai trouvé la formule.

– Quoi ? Quelle formule ?

Le regard désabusé d'Edward le mit particulièrement mal à l'aise. Puis il réalisa.

– Quoi ? La formule ! Où ça ? C'est quoi ?

Pour toute réponse, Edward lui tendit sa baguette. Envy la prit sans comprendre avant de la faire tourner entre ses doigts et d'apercevoir l'inscription gravée dans le bois. « Psyché d'ek retheon ptamenè... goasa ». Il n'avait plus l'habitude de ne pas comprendre une langue.

– Sérieusement ? T'as cette inscription sur ta baguette depuis notre arrivée ici ? Pourquoi ça m'étonne de l'autre face de cake... Pfff... Essayons tout de suite, s'exclama-t-il finalement avec excitation.

Il s'empressa de fouiller ses poches et en sortit une bourse qu'il ouvrit avec précaution. Il n'avait pas besoin de se brûler au troisième degré. Encore une fois.

– Ça risque de faire mal. Lâche-le vite fait si la formule ne fonctionne pas.

– Je ne suis pas masochiste, rétorqua sèchement Edward en attrapant la bourse d'un geste vif.

– Oh, du sarcasme. Tu redeviens déjà toi-même !

Un éclat d'irritation prit Edward à la gorge, mais il fit de son mieux pour l'ignorer. Il avait attendu ce moment trop longtemps. Il n'en pouvait plus de patienter. Il fallait qu'il le fasse. Maintenant, pensa-t-il en prenant le Cœur dans sa paume. Il admira un instant l'imposant rubis rougeoyant avant que sa peau se mette à grésiller.

Psyché d'ek retheon ptamenè... goasa.

Le Cœur explosa en un nuage d'une épaisse fumée opaque. Le souffle d'Edward se coupa. Il ne voyait plus, n'entendait plus, ne sentait plus. Pendant un bref instant, ses sens s'éteignirent. Puis tout se ralluma tout à coup. Un trop-plein d'émotions et de souvenirs l'écrasa d'un poids immense qui l'engloutit. Il perdit connaissance.


– Ed, si tu ne te réveilles pas, je jure que je vais te trucider.

Edward marmonna dans son sommeil. Une vive lumière brillait derrière ses paupières closes et il y plaqua sa main pour se protéger. Un doigt palpa sa joue avec curiosité, secouant légèrement sa tête de droite à gauche. Edward expira bruyamment par la bouche en fronçant les sourcils.

– Ed ?

Quand il ouvrit les yeux, Edward vit Envy reculer rapidement, prêt à encaisser un coup. Un sourire incontrôlable étira les joues du blond lorsqu'il se souvint qu'il avait cassé le nez de son ami la dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés dans cette position, de l'autre côté de la Porte. L'euphorie le submergea. Il sentait au fond de lui que sa mémoire lui était revenue. Sa vraie mémoire.

Edward éclata d'un rire tonitruant.

– Par la culotte de Merlin, lâcha Envy en le dévisageant comme s'il lui avait poussé une deuxième tête. Ça y est. Il a perdu la boule !

– Viens-là, idiot de palmier !

Sans qu'il comprenne comment, Envy se retrouva coincé dans une étreinte de fer. Alors il comprit que le Cœur avait fonctionné. Il déborda aussitôt d'une joie infinie. Son meilleur ami était de retour pour de bon ! Il le serra contre lui à lui en briser les os. Son nabot lui avait manqué plus que tout.

– Il est parti, chuchota Edward contre son épaule. Le morceau d'âme. Je ne le sens plus.

– Faut fêter ça ! T'es enfin de retour !

– On a du boulot à rattraper.

L'expression d'Envy devint incrédule.

– T'es redevenu toi-même y a même pas une minute et tu fais déjà ton p'tit despote. C'est pas croyable.

– On sait tous les deux que je t'ai manqué, répliqua Edward en se levant, les poings sur les hanches. Tiens, le Cœur est toujours actif. C'est une bonne chose. On pourra l'utiliser sur Harry et les autres Horcruxes. Et sur toi, à l'occasion. 'fin faudra vérifier si ça peut fonctionner sur toi, vu que tu n'es pas tout à fait humain.

– C'est bizarre de t'entendre parler autant.

– Faudra t'y réhabituer.

Edward ramassa le Cœur et le fit rouler entre ses doigts sans se blesser. À l'évidence, les brûlures ne survenaient qu'au contact d'un être impur. Dans ce cas de figure, l'impureté se manifestait sous bien des formes. Edward ne s'était jamais aussi bien senti. Ses jambes ne le faisaient plus du tout souffrir, son dos paraissait plus détendu que depuis des années, même sa vision connaissait une nette amélioration ! Le Cœur avait dû le guérir de tous ses petits défauts physiques et mentaux. Edward sentait bien que sa tête avait terminé de le lancer comme elle le faisait sans arrêt depuis la première fois qu'il avait été oubliété. Ses séquelles mentales avaient certainement disparu.

Un pressentiment lui fit retrousser sa manche gauche. Sa peau se révéla vierge.

– Problème en vue, j'ai perdu ma Marque des Ténèbres.

– Après tout ce qu'on a fait pour te poser la première !

– Ne compte pas sur moi pour la refaire. Il va falloir qu'on m'en crée une fausse. Et pas permanente. Je ne compte pas garder ce truc immonde plus de temps qu'il n'en faut. Eh, mais je pense à un truc.

Edward ôta sa cape et sa robe à la va-vite après s'être précipité devant le grand miroir en pied. Ses yeux s'écarquillèrent en scrutant sa peau dépourvue de la moindre cicatrice. Il toucha son estomac là où se trouvait auparavant la marque laissée lors de son échauffourée dans l'usine désaffectée de Briggs. Les dernières marques de démarcation entre son corps et sa bras droit et sa jambe gauche avaient également disparu. Il ne restait aucune preuve qu'il ait un jour perdu ses deux membres.

– Pas mal, commenta Envy, adossé à côté de lui. J'aimerais bien voir ce que ça donnerait sur Fol'Œil.

– On ne va pas commencer à l'utiliser à tout va. Harry en priorité.

– J'allais pas proposer à Maugrey de l'utiliser. Toute façon, il n'en a pas besoin. Il a assez de succès.

– Ah ?

– Edwina et lui... fricotent.

– Oh.

– Ouais. Je sais. Flippant.

Edward se rhabilla.

– On a plusieurs problèmes à régler avant de reprendre la chasse aux Horcruxes. D'abord, qu'est-ce qu'on fait pour l'Équipe ? On continue à leur faire croire que j'ai changé de camp ou on leur dit la vérité ?

– Si tu joues l'agent double, tu risques de te faire prendre.

– Je suis plus une taupe qu'un agent double.

– Tu bosses aussi pour les Mangemorts.

– Pas vraiment. Je leur mets plus des bâtons dans les roues qu'autre chose.

– Bref ! l'interrompit Envy. Tu es une taupe ou ce que tu veux ! Le risque, c'est qu'en prévenant l'Équipe, y a plus de chance que le secret soit découvert par un Mangemort.

– Ça nous donnera aussi plus de chance de trouver les Horcruxes. Réfléchis un peu... Si on peut leur faire part de notre vision, ils pourraient nous aider à localiser cet endroit. Tout ce qu'on a deviné, c'est que cette ville pourrait ou ne pourrait pas se trouver en Albanie. Sans aide, on y sera encore dans dix ans.

– Si t'as déjà pris ta décision, pourquoi tu me poses la question ?

– J'espérais que tu sois de mon avis, répondit Edward en haussant les épaules. Je vais les prévenir par Patronus. Ça prouvera mon identité.

– Ils pourraient croire que tu es agent double et te tendre un piège.

– Je serai prudent. Et puis ils ne vont pas me torturer, eux, si jamais ils me font prisonnier. Et j'arriverai bien à les convaincre que je suis vraiment un agent triple.

– Triple ? Je capte rien à ces conneries.

– Laisse tomber. Je les préviens.

Sans attendre, Edward récupéra sa baguette où il l'avait laissé tomber. Il l'observa pensivement un moment. Un mystère de moins à résoudre. Il savait enfin à quoi correspondait cette gravure après avoir possédé cette baguette depuis trois ans. Edward la fit tourner entre ses doigts alors qu'une révélation l'assaillait soudain.

– Bah alors ? T'attends quoi ?

Envy s'étala sur le lit, les mains croisées derrière sa tête.

– J'ai tué Albus.

La culpabilité suintait par tous les pores de sa peau tandis qu'il s'asseyait au bord du lit en regardant ses mains. Il n'avait pas oublié ce qu'il avait fait, mais lorsque les sentiments de Voldemort avaient remplacé les siens, il avait vécu le meurtre d'Albus comme une victoire. Après tout, Albus Dumbledore était l'ennemi juré de Voldemort.

– Tu n'avais pas le choix.

– Si, justement. Je l'avais.

– Et tu as fait le bon, riposta Envy avec véhémence en se redressant brusquement. Tu lui as épargné les mêmes tortures que tu as subies.

– J'ai pris une vie humaine.

– C'est la guerre.

– Ça n'a rien avoir à faire avec ça. Je sais que dans la situation qui se présentait à moi, je n'aurais rien pu faire d'autre. Je ne parle pas de ça. Je parle de l'Autre Côté. J'ai fait exactement la même erreur qu'avec ma mère. J'ai été arrogant. À force de passer d'un côté et de l'autre de la Porte, j'ai cru avoir du pouvoir sur la vie et la mort. Quand Sirius et moi sommes tombés de l'autre côté du Voile, on est morts tous les deux. Je pouvais revenir, mais Sirius non. J'ai donné la Pierre en échange de sa vie, comme si un tel artefact équivalait une vie humaine ! Quel con ! Bien sûr que ça n'allait pas suffire ! C'est à cause de moi que la Vérité a changé le destin d'Albus pour qu'il décide de suivre Harry au Département, puis qu'il décide de rester quand il aurait pu vivre. D'une façon ou d'une autre, il n'aurait pas survécu.

– D'une façon ou d'une autre, on finit tous par mourir, rétorqua Envy. Surtout lorsque l'on est un vieux cracmol centenaire malade. Au moins, il est mort rapidement. Sirius, lui, a encore plein de choses à vivre. Harry a besoin de lui. Il a le droit à une seconde chance.

– Albus aussi avait le droit à une seconde chance.

Envy ne trouva rien à répondre et préféra se taire à ce sujet.

– Je veux bien que tu échanges des infos avec l'Équipe, mais pour ça, tu n'as pas besoin de prévenir tout le monde. On pourrait seulement communiquer avec une seule personne de confiance. Ça suffirait.

– Oui. Tu as raison.

– Qui pourrait faire l'affaire ? Il faut choisir quelqu'un qui te croira.

– Il n'y a qu'une seule personne qui me vienne à l'esprit.


Une fois la réunion de l'Équipe terminée, Sirius se cloîtra dans ses appartements pour y passer son après-midi à préparer les cours de Défense contre les forces du Mal qu'il devait donner la semaine suivante. Scrimgeour lui avait attribué ce poste de professeur pour le distraire du fait que Maugrey l'avait assigné à résidence. L'ancien Auror estimait que Sirius représentait un trop gros risque à l'extérieur de l'enceinte protégée et qu'il valait mieux l'y garder. Car bien que Voldemort ait supposément obtenu toutes les informations qu'il désirait sur le Voile, Sirius l'avait tout de même traversé et cela pouvait attirer quelques mages noirs.

Sirius détestait être enfermé où que ce soit. On comprenait aisément pour quelle raison, lorsque l'on connaissait son passé à Azkaban pour une douzaine de longues années. Il aurait été prêt à n'importe quoi pour quitter ces murs de pierre. Sa présence dans le commando pour retirer le Horcruxe deux jours plus tard était donc un miracle qu'il accueillait bien volontiers.

Du coin de l'œil, Sirius aperçut l'éclat familier d'un Patronus. Il se retourna, intrigué, puisqu'il venait de quitter une réunion générale de la résistance. Le Patronus corporel d'abord brouillé prit forme rapidement.

– Envy ?

Ébahi, Sirius dévisagea le petit lézard argenté.

– "Hey Sirius ! S'il te plaît, ce serait sympa que tu ne préviennes personne pour l'instant. Je suis toujours dans le camp de la Lumière. J'ai des infos sur les Horcruxes. Si ce que j'ai à dire t'intéresse, retrouve-moi au Lambeth Bridge à 16 heures. Viens déguisé."

Le petit Envy argenté s'évapora.

Ce message ressemblait à s'y méprendre à un piège. Voldemort pouvait très bien avoir découvert que l'Équipe avait avancé dans sa chasse aux Horcruxes et désirait faire Sirius prisonnier pour découvrir exactement à quel point l'ennemi approchait du but. Ou alors Voldemort souhaitait simplement recevoir un nouveau jouet à briser. Ou alors il désirait savoir ce que Sirius avait vu de l'autre côté du Voile. Néanmoins, il restait la probabilité qu'il s'agisse d'Ed. Puisqu'il était la seule personne dont l'Équipe doutait de la loyauté au camp de la Lumière.

– Ce serait vraiment stupide de ma part d'accepter, murmura Sirius en regardant sa montre. 15 heures 17. Hum.

Avant de prendre une quelconque décision, il lui fallait faire quelques vérifications. Sirius quitta ses appartements et se rendit à la tour Gryffondor en utilisant le maximum de raccourci avant de s'arrêter devant le portrait de la Grosse Dame pour lui donner le mot de passe. Elle le laissa entrer avec un soupir excédé (il passait beaucoup trop de temps dans cet endroit).

Les élèves les plus proches de l'entrée lui lancèrent un coup d'œil avant de retourner à leurs occupations. Ils avaient l'habitude de voir l'ex-prisonnier et nouveau professeur infiltrer leur salle commune.

– Hey filleul préféré !

La touffe de cheveux noirs d'Harry remua sur le fauteuil près de la cheminée et le visage du garçon lui apparut bientôt. Sirius s'affala entre son filleul et Hermione. La jeune fille se décala légèrement sur la gauche pour éviter les mouvements de bras de l'homme.

– J'ai une question très importante pour vous trois. Est-ce que l'un de vous a vu le Patronus d'Ed ?

Le trio échangea des regards éberlués avant que Ron prenne la parole avec incertitude.

– Oui. Son Patronus c'est Envy quand il est un lézard. Pourquoi ?

– Et celui d'Envy, c'est quoi ?

– Un phénix, répondit Harry. Pourquoi tu t'intéresses à ça tout à coup, Sirius ?

– Pour rien, j'étais curieux. Merci pour l'info. N'oubliez pas de faire votre devoir pour mon cours, les jeunes !

Sirius traversa la salle commune en coup de vent et repartit vers ses appartements. Il s'arrêta un couloir plus loin et toqua bruyamment sur la porte de son meilleur ami. Il entendit Remus ruminer avant que la porte s'ouvre et que Sirius s'invite directement.

– Juste une question, très cher ami. Est-ce que quelqu'un peut copier le Patronus d'une autre personne ?

– Pourquoi tu —

– Juste de la curiosité. Dis-moi, c'est possible ?

– Il est possible d'imiter le Patronus d'une personne dont on tombe amoureux. C'est bien connu.

– Je veux dire, est-ce que c'est possible de l'imiter consciemment ?

– Non. Qu'est-ce que tu prépares encore comme plaisanterie douteuse ? Si tu comptes copier le Patronus de Fol'Œil pour organiser de fausses missions stupides —

– Quoi ? Je suis indigné ! Mais merci pour l'idée, Lunard. Ça pourrait se montrer intéressant à essayer. Passe un bon après-midi !

Avant que Remus puisse tenter de lui faire entendre raison, Sirius avait déjà déguerpi pour se réfugier dans ses appartements. Il fouilla dans son armoire et en sortit sa Cape-de-Métamorphose. Il glissa son Portoloin de secours dans sa poche et en vérifia le mot d'activation. Lorsqu'il fut fin prêt, Sirius prit un moment pour réfléchir. Remus ne cessait de lui répéter qu'il se montrait souvent trop impulsif pour son propre bien et Sirius devait admettre qu'il s'agissait de la stricte vérité. Mais il savait écouter son instinct et en ce moment même, il lui disait qu'il devait se rendre au Lambeth Bridge. À moins que ce soit son espoir qui parle.

Que ce soit l'un ou l'autre, Sirius avait pris sa décision. Il quitta Poudlard discrètement et, quand il se retrouva en-dehors des barrières magiques, transplana. Pour plus de sûreté, il avait choisi une destination déserte à un pâté de maisons du pont. Il mit sa capuche et aussitôt, son visage se transforma partiellement, lui faisant pousser une barbe noire et des sourcils bien fournis et changeant la couleur de ses yeux. Il restait reconnaissable vu de près par quelqu'un qui le connaissait personnellement, mais passait plutôt inaperçu.

Sirius regarda sa montre. 15 heures 54. Il pressa le pas. Bientôt, le Lambeth Bridge fut en vue. Sirius s'y engagea sans marquer de pause et marcha avec toute la confiance en lui dont il se sentait capable en approchant si près du but. L'heure de vérité sonnait. S'il s'agissait d'un piège, personne ne viendrait pour le sauver. Personne ne savait même qu'il était parti.

N'est pas Gryffondor qui veut, pensa-t-il pour se redonner du courage.

Sirius s'arrêta tout à coup. À quelques mètres de lui, accoudée au garde-fou, se tenait une silhouette enveloppée de vêtements noirs particulièrement près du corps. Sa longue chevelure blonde ne laissait pas de place au doute quant à l'identité de cette personne. Sirius s'approcha jusqu'à se retrouver à deux mètres de son rendez-vous. Il se racla la gorge.

– Hey, Patmol.

Edward tourna la tête et croisa son regard.

– Donc... C'est vraiment toi ?

– Eh bien, oui. Merci d'être venu. Je savais que mon message t'intriguerait. Tu m'étonnes que Fol'Oeil se méfie de ton impulsivité. Ça aurait pu être un piège.

– Je ne suis pas encore tout à fait sûr que ça n'en est pas un, répliqua Sirius en regardant autour de lui.

– Je sais que tu dois te poser des questions sur mes loyautés, surtout après ce que j'ai fait quand vous êtes venus au Manoir pour me récupérer.

– Raconte-moi comment tu en es arrivé là et je verrai si je te crois.

Un moldu pressé dépassa le duo sans leur lancer le moindre regard. Sirius s'accouda à côté d'Ed, son épaule frôlant à peine celle de son compagnon. Ses nerfs se calmèrent malgré lui et il commença à se détendre en présence de celui qu'il pensait être son ami.

– Tu ne dois parler de ça à personne, prévint Edward en croisant ses doigts sous son menton. Voldechose a créé un nouvel Horcruxe.

– Oui, toi.

Edward entrouvrit la bouche avant de la refermer sans un son.

– Oui, c'est moi. Tu sais ça de Rogue, j'imagine... C'est vrai. Il a fait de moi un Horcruxe en sacrifiant Percy. À cause de ça, il a pu prendre tous mes souvenirs. Quand il a eu tout ce dont il avait besoin, il a demandé à Rogue de m'effacer la mémoire. Après ça, j'étais complètement sous son contrôle.

– D'où ton comportement quand on est venus te récupérer, comprit Sirius. C'est exactement ce qu'Hermione a dit.

– Elle est brillante. C'est pas nouveau. Pour en revenir à mon histoire, quand Voldechose a découvert qu'on savait pour les Horcruxes, il a caché deux d'entre eux et pour récupérer ceux qui se trouvaient à Poudlard, il avait besoin d'un plan. Grâce à mes souvenirs, il a pris l'apparence de mon père pour se faire passer pour la Vérité auprès d'Envy et toi.

– Pardon ? Tu viens de dire quoi, je ne suis pas sûr d'avoir bien saisi, paniqua Sirius en écarquillant les yeux.

– C'était Voldechose.

– Waouh. OK, c'est bizarre et j'ai un peu les chocottes maintenant.

– Même Envy n'a pas découvert le pot aux roses, le réconforta Edward avec un faible sourire indulgent. Il avait tous mes souvenirs. Il savait tout ce qu'il fallait faire et dire pour jouer son rôle à la perfection. Tu ne devrais pas t'en vouloir. En plus, tout s'est passé pour le mieux après ça.

– Comment tu peux dire ça ? Envy a été enlevé !

– C'était son plan.

– Ça a fonctionné ? Il va bien ? s'enquit Sirius.

– Ouais. Tu sais, Envy n'est pas humain, pas vrai ? demanda Edward avant de reprendre quand Sirius eut hoché la tête. Eh bien il a la faculté d'absorber l'âme d'une personne.

– Waouh. OK, c'est encore plus bizarre et là j'ai vraiment les chocottes.

– Il a absorbé l'âme de Voldechose et a réussi à me rendre ma mémoire. Il a pris sa place à la tête des Mangemorts.

– Attends, tu veux dire que Voldechose est mort ?

– Pas tout à fait. Si Envy meurt, il perdra le morceau de l'âme de Voldechose qui pourra utiliser ses Horcruxes pour reprendre forme humaine. C'est pour ça qu'on ne peut pas annoncer la vérité pour le moment. Sinon, tout le monde va se retourner contre lui. Les opposants de Voldechose voudront le tuer et les Mangemorts voudront venger la mort de leur maître. En plus, Envy n'arrive plus à changer d'apparence. Il est coincé dans le corps de Voldechose.

– Beurk. Pas de chance.

– Tu m'étonnes.

– Rogue a dit que tu as reçu la Marque. C'est vrai ?

– Je l'avais, mais c'est compliqué. Quand Envy m'a rendu ma mémoire, il y a eu des complications et je n'étais pas tout à fait moi-même. Voldechose avait une grande influence sur moi par le biais du Horcruxe. C'est pour ça que j'ai essayé de vous tuer. Il a pris le contrôle. Ça arrivait de plus en plus souvent ces dernières semaines. Mais heureusement, Envy a trouvé un moyen de détruire le Horcruxe sans me tuer.

– Tu veux dire que tu n'es plus un Horcruxe ? s'exclama Sirius, rempli d'espoir. Harry aussi pourrait... ? Vous pouvez le sauver ?

– Oui, on peut. On le fera dès que ce sera le bon moment et que l'on pourra l'approcher. Pour l'instant, on essaie de trouver les autres Horcruxes. Quand Envy a dû me donner la Marque pour rassurer Bellatrix, le rituel a en quelque sorte créé un flux entre le reste de l'esprit de Voldechose à l'intérieur d'Envy et les Horcruxes. Ce qui veut dire qu'on a eu une vision du lieu où se trouve le prochain Horcruxe. C'est pour ça que je t'ai contacté. On a besoin d'aide pour localiser ce lieu.

– On l'a déjà fait. Harry aussi a eu une vision. Ce doit être la même que la vôtre.

– Vous avez trouvé l'Horcruxe ? demanda Edward.

– On part dans deux jours. L'endroit de la vision est en Albanie, près d'une ville qui s'appelle Berat.

– Qui s'y rendra ? Vous prendrez des précautions, n'est-ce pas ? On n'a aucune idée des pièges sadiques que ce cinglé a posés là-bas.

– Tu pourrais venir avec nous.

– Pas moyen que les autres croient que je suis de votre côté.

– Tu as plus d'alliés que tu sembles le penser, Ed. Le seul qui te déteste vraiment, c'est Dumbledore. Même Gladpy veut te garder en vie. C'est dire !

– C'est dire, répéta Edward sur un ton désabusé. Bien que ça me fasse plaisir d'entendre ça, je ne peux pas prendre le risque d'ébruiter le fait que je suis un agent double. Je préfère garder un seul contact au sein de l'Équipe pour éviter les fuites. J'ai déjà Bellatrix sur le dos.

– Ça ne m'étonne pas d'elle. Si tu as la même relation avec Envy qu'avant, elle doit être jalouse comme un Niffleur.

– Exactement. Tu vois le pétrin dans lequel je suis. Si tu veux bien, tu seras mon contact. Je te préviendrai des plans des Mangemorts et si je trouve quoi que ce soit sur le prochain Horcruxe.

– Ça me va.

– Il faut que j'y retourne. J'ai plein de choses à organiser. Envy doit m'attendre.

– Déjà ?

– Tu connais Envy. Je ne peux pas le laisser trop longtemps sans surveillance.

Cette remarque ne put que faire rire Sirius. Il attira Edward contre lui pour lui donner l'accolade.

– Tu m'as manqué, Ed.

– Toi aussi, Patmol.