Voici enfin le premier chapitre, il était prêt depuis longtemps mais je voulais terminer l'illustration avant de mettre en ligne la suite. Ceux qui ont déjà visité le lieu représenté auront une idée du genre de problème dans lequel le protagoniste va se retrouver.
Sur ce, je vous laisse à votre lecture ^^
L'air humide aidait le froid à s'infiltrer au travers des quelques vêtements bien trop légers dont le Bréton mal préparé avait sur-estimé l'efficacité, mais surtout sous-estimé les températures de la région. Ils avaient été tout juste suffisants durant l'après-midi. A présent le soleil venait de disparaître derrière les montagnes qui le séparaient de sa province natale, lui arrachant un soupir de découragement. Il se maudissait un peu plus chaque jour de s'être donné le mal de rejoindre Bordeciel.
Dans un floc floc ses pieds gelés qu'il ne sentait plus s'extirpèrent de l'eau glacée pour se poser sur la terre durcie par le froid. Il monta sur la bute pour trouver la source de ce bruit si caractéristique, sa tête se tourna vers la droite. Par là.
Il continua autant qu'il le pouvait sur les bandes de terres, écrasant les herbes jaunies, laissant une trace de son passage. Il ignorait à quel point il se mettait en danger. Parfois il se baissait pour ramasser, malgré les protestations douloureuses de son dos, les Mycènes des Marais et Grelot de la Mort, précieux ingrédients. Le son se faisait de plus en plus fort, presque insupportable. Rapidement il repéra la lueur de ce qu'il cherchait, tout juste au bord de l'eau. Il se rapprocha et prit une grande inspiration pour se donner du courage, avant de plonger ses mains dans l'eau. Il enfonça ses doigts dans la terre afin de creuser délicatement autour des racines de la Nirnroot, retenant sans le réaliser son souffle. Plus il l'abîmerait, plus elle fanerait vite et perdrait de ses propriétés. Il réussit à l'extirper avec douceur de son lit et de sa main valide chercha le tissus dans lequel il avait emballé ses consœurs pour l'y déposer. Heureusement, une fois déterrées elles cessaient leur bruit insupportable. Au moment où il repliait le tissus quelque chose passa rapidement dans sa vision périphérique, sans pour autant produire le moindre sons. Il ne s'en inquiéta pas davantage et partit à la recherche d'un point de repère pour retourner à Morthal avant qu'il ne fasse trop sombre.
La brume qui reposait constamment sur les marais s'intensifia et bientôt il perdit tout point de repère lointain. L'obscurité s'y ajouta et sa pauvre torche n'éclairait pas grand-chose autour de lui. A présent chaque silhouette d'arbre dépourvu de feuilles lui semblait être une nouvelle menace . Il sentit ses entrailles se contracter de terreur tandis qu'il s'avouait la réalité de la situation à voix haute.
« Je suis perdu. »
Dans son désespoir il prit une direction au hasard, s'il se dirigeait vers le Nord Ouest il trouverait le port de Solitude de l'autre côté du fleuve. S'il se dirigeait vers le Sud Est, ce qui était la meilleure option, il retrouverait Morthal. Dans les autres cas… Il préférait ne pas y penser.
Un son attira son attention et son sang se glaça. Un cliquetis bien particulier. Non pas le bruit grésillant qu'émettaient les Vasards qu'il avait croisé, certes dangereux mais dont il était facile d'échapper car très lents. Ce cliquetis était bien plus net, il ne l'avait croisé qu'une fois mais le danger qu'il précédait était suffisant pour marquer irrémédiablement l'esprit de ceux qui lui survivaient. Il en faisait partit.
Ses sens se décuplèrent tandis que son instinct prenait le relais de ses pensées. Une ombre traversa cette fois la brume bien en face de lui mais toute son attention était captée par le bruit qui le poursuivait. Il se mit à courir tout droit, prenant le risque de passer sur les plaques de glace pour ne pas être ralentit par les fonds boueux de l'eau. Il sentit un liquide brûlant lui frôler la cuisse et accéléra davantage, ne prenant même plus la peine de regarder où il posait les pieds.
Ce qui devait arriver arriva, il finit par glisser sur l'un des plaques et s'étala de tout son long. Ses paumes mises en avant glissèrent et son front heurta avec force la plaque. Sonné sur le coup il n'arrivait plus à se relever, un filet de sang fit son chemin le long de son visage. Dans ses derniers instants de conscience il sentit le long corps chitineux se pencher en dessus de lui, les puissantes mandibules cliquetant une dernière fois avant de se refermer sur son cou.
Deux petites mandibules qui s'enfonçaient entre sa clavicule et son cou, drainant son sang en grande quantité. Cela l'empêchait de récupérer ses forces si bien qu'il était coincé dans cette posture d'impuissance, toujours sur le ventre. Les poils de la bête lui chatouillaient le cou tandis qu'une masse inerte le clouait le dos. Il bougea légèrement sa main pour toucher cette carcasse chitineuse.
Le Chaurus ? Dans ce cas qu'est-ce qui lui suçait le sang ?
Il tenta de retourner sa tête dont la joue appuyait contre la surface glacée mais une main vint lui maintenir la tête contre la plaque. La réponse lui vint, créant une telle peur que tous ses muscles se contractèrent et qu'un regain d'adrénaline submergea son corps.
Un vampire.
Dans un élan de désespoir il releva brusquement son torse en s'appuyant sur ses bras. Son agresseur fut surpris de ce mouvement et ses dents encore plantées labourèrent la chair, arrachant au Bréton un cri de douleur. Néanmoins ce fut tout aussi douloureux pour le suceur de sang dont une canine fut légèrement arrachée sous le coup. Il recula sa tête, sa main sur sa bouche, trop préoccupé sur le moment par son état dentaire pour voir sa victime repousser la carcasse du gros insecte. Le critique de la situation anesthésiait temporairement sa douleur au cou.
En un bond il quitta la plaque de glace pour la terre ferme et se mit à courir autant qu'il le pouvait sur les bandes. Son poursuivant, plus que jamais décidé à le vider jusqu'à sa dernière goutte de sang pour lui faire payer sa canine, s'engagea à sa poursuite mais préféra prendre le risque de couper par les parties gelées.
Sans torche, le jeune homme ne voyait rien. Tout en courant il récitait dans sa tête toutes les prières qu'il connaissait. Au fond c'était plus pour se rassurer qu'autre chose.
«Je suis à la botte de nécromanciens, pourquoi les Aedras en auraient-ils quelque chose à faire ?. »Se répétait-il avec cynisme.
Le regain d'énergie que son corps lui avait accordé commençait à s'épuiser et chaque goulée d'air lui brûlait un peu plus la gorge. Il prit le risque de regarder en arrière et vit l'ombre se rapprocher dangereusement. Il se vit mort lorsque son poursuivant s'élança par dessus l'eau pour le rejoindre dans un bond. Néanmoins concentré dans fuite il n'entendait pas tous les cliquetis qui s'étaient mit à les poursuivre. Le vampire atterrit juste dans son dos. Puis s'écroula face contre terre, le tissus et la peau de son dos rongée par l'acide. Le Bréton pétrifié releva la tête vers la bande de Chaurus qui s'avançait vers lui et leur proie toute fraîchement abattue.
Cette nuit là il se demanda si les Aedras avaient bien fini par avoir pitié de lui ou bien si quelque Daedras s'amusaient avec son sort, car les Chaurus ne le poursuivirent pas. Ils étaient bien trop occupés à dépecer leur dernière prise gorgée de sang. Il courut de toutes ses forces, persuadé qu'ils avaient l'intention de le chasser également mais il finit par apercevoir les lumières des torches de Morthal. Il ralentit et marcha avec discrétion jusqu'à la limite de la scierie qui marquait l'entrée du village. Son adrénaline et sa peur le quittant d'un coup, il ne resta qu'un pauvre demi-elfe épuisé et souffrant qui se laissa tomber à genoux afin de pleurer un bon coup. Toutes ses émotions momentanément calmées par les larmes, il remonta le col de sa chemise sur la morsure à la base de son cou puis traversa avec autant de calme qu'il le pouvait le pont menant au village. Il avait plus que mériter de finir la nuit à l'auberge.
« A quel nom la chambre ?
-Jerian.
-Très bien, je vais vous la montrer, suivez-moi. »
L'auberge n'était pas très grande, l'accès aux chambres se faisait depuis la salle principale. Il ne comprenait pas pourquoi elle se donnait le mal de quitter son comptoir alors qu'elle aurait très bien pu lui indiquer sa chambre du doigt.
« Si vous avez besoin de quoi que ce soit, faites moi signe. Les clients sont rares par ici, vous ne dérangerez pas. »
Voyant qu'il ne répondait rien elle lui tourna le dos pour regagner son comptoir.
« Hum oui, vous auriez de quoi réparer ça ? »
Il lui montra le trou béant dans son pantalon.
« Encore un… Pardonnez-moi, vous-êtes loin d'être le premier victime de crachats de Chaurus, c'est bien pour ça que les gens ne s'attardent pas d'ailleurs... Je vous apporte des aiguilles et du fil. »
Il l'a remercia d'un air absent et porta sa main à son cou, le contact lui arracha une douleur vive qui le fit sursauter. Il aurait grand besoin de soins, autant pour la peau de sa jambe qui était brûlée en surface que pour la morsure profonde. Maintenant qu'il était au calme son corps laissait peu à peu la douleur venir. La morsure l'inquiétait bien plus que sa jambe, déjà parce qu'il y avait des risques d'infection, mais cela restait bien moins inquiétant que la maladie qu'il avait de grande chance d'avoir contractée : la sanguinare vampiris.
En tant qu'apprenti alchimiste il s'était particulièrement penché sur les maladies et en connaissait la plupart des causes et effets. Pour la sanguinare vampiris, une fois que les symptômes sont visibles, c'est qu'il est trop tard.
C'était pour cette deuxième raison qu'il la dissimulait, un potentiel futur vampire ne serait pas très bien accueilli. Qu'il l'ait ou non, il devait dans moins de trois jours se procurer une potion médicinale. Il aurait aimé pouvoir retirer ses vêtements afin de se mettre à l'aise et voir s'il avait d'autres blessures, mais l'intimité de semblait pas au goût des Nordiques, si bien que sa chambre n'avait pas de porte. Au moins le prix de l'auberge était raisonnable… Il dut donc se contenter d'enlever ses bottes. Il glissa ses pieds encore gelés sous la couette, assis sagement sur son lit en attendant le retour de l'aubergiste.
Il ne faisait pas confiance au coffre bien trop en évidence à son goût et avait glissé le fruit de sa cueillette bien en dessous du sommier. Rien qui ne lui permettrait d'obtenir le mélange désiré. De toutes façons il doutait d'être suffisamment bon pour confectionner une potion assez puissante pour se débarrasser de sanguinera vampiris, maladie très coriace. Il espérait néanmoins que comme toute capitale qui se respecte Morthal ait sa boutique d'alchimie et qu'il pourrait en cas de problème d'argent y céder quelques ingrédients. Ingrédients qui ne seraient en aucun cas ses précieuses Ninroots bien sûr.
« Voici- Oh pardon, je vous dérange? »
Il avait presque oublié qu'elle devait revenir et somnolait, les jambes à présent sous la couverture et le menton appuyé sur son torse. Il s'excusa et lui prit le fil et l'aiguille des mains en la remerciant pour la congédier. Elle ne quitta pourtant pas la pièce et insista pour voir l'état de sa brûlure, expliquant qu'elle était calée pour ce genre de blessure. Il n'était pas à l'aise mais elle ne semblait pas le voir, ou alors n'en avait cure. Il finit par rendre les armes et lui montrer sa jambe, elle jugea la brûlure presque bénigne comparée à ce qu'elle avait déjà pu voir et lui promis de lui amener de quoi soulager la douleur.
« Vous devriez vous rendre chez Lami demain, elle tient la Hutte du Thaumaturge, presque en face de la demeure du Jarl vous ne pourrez pas la rater. Morthal n'est pas bien grand. »
Il n'avait pas besoin de demander qu'on lui déposait les informations toutes cuites dans le bec, c'était parfait. A son grand soulagement, elle partie enfin chercher les herbes.
Il était pourtant toujours coincé, il devait enlever son pantalon pour le réparer mais il y avait quelques fêtards près du feu qui pourraient le voir. Pas qu'ils en auraient quelque chose à faire, étant donné la quantité d'hydromel ingérée. Mais Jerian, si.
Il mit alors en place tout un stratagème, se glissant à nouveau sous la couverture pour retirer l'habit à l'abri des regards indiscrets. Il était hors de question d'en sortir avant d'avoir terminé sa tâche à présent. Bien qu'assez habile de ses doigts car habitué à manipuler des plantes fragiles, il n'était pas plus doué que ça pour la couture. Il connaissait le strict minimum, juste de quoi rafistoler les vêtements troués. La tâche monotone le vida de ses réflexions complexes, laissant petit à petit le vide se créer, jusqu'à qu'il reprenne sa place, si vite après l'avoir perdue : l'état de choc. Comme si le temps de retrouver un peu de calme son esprit avait classé les évènements survenus plus tôt dans la soirée comme fictifs. A présent ils reprenaient tout leur impact et le temps de reposer l'aiguille, le trou recousu, l'état de terreur le saisit tout entier. Il porta une énième fois sa main à son cou, espérant sincèrement qu'il y trouverait une peau lisse. La morsure était toujours là. Son esprit devint une boucle infernale où revenaient les mêmes images, odeurs, sons, sensations en boucle. Les cliquetis, les yeux rouges, la morsure, le froid, impossible de bouger, l'odeur du sang… L'odeur du sang.
Lorsque l'aubergiste, Jonna, revint vers lui, une choppe remplie d'un reste de potion contre les poisons dilué avec l'infusion d'autres plantes aux effets similaires, il était replié sur lui. Tremblant, les yeux écarquillés fixant un coin de mur. Elle avait fait face à beaucoup de réactions post-attaque de Chaurus, être victime de ce gros insecte cracheur n'étant pas le genre de chose que l'on oublie facilement. Néanmoins jamais rien d'aussi violent. Ne savant pas trop quoi faire, elle décida qu'il serait déjà une bonne idée de le soustraire à la vue des curieux qui se jetaient des coups d'oeil depuis leur tables et partit chercher un drap qu'elle accrocha tout en foudroyant les impolis du regard. Ceci fait elle posa les plantes sur la table de chevet et récupéra son matériel de couture. Elle devait impérativement lui faire boire la choppe avant que le poison ne fasse plus de dégâts et s'approcha timidement de lui pour lui mettre le récipient entre les mains. Il le vida lentement en le sirotant, les yeux toujours dans le vide et tremblotant. Elle dut le lui reprendre des mains car il ne semblait pas remarquer qu'elle attendait de le récupérer. Elle ne savait pas s'il était mieux de partir ou de rester et finit par installer une chaise à côté du lit, tentant de l'aider du mieux qu'elle le pouvait avec des paroles réconfortantes. Elle retournait de temps en temps à son comptoir pour finir de servir les derniers clients. Peu après qu'elle eut refermé la porte d'entrée derrière le dernier d'entre eux, Jerian finit par s'allonger et s'endormir, trop épuisé pour continuer à ressasser. Rassurée, elle s'autorisa enfin à aller se coucher.
