OUIIII J'AI MIS BEAUCOUP DE TEMPS.

Désolée. J'ai aucune excuse x)

Petite réponse à 2-3 commentaires :)

Tirose : Merci pour ta patience, tes commentaires sont toujours géniaux haha

Et sinon, pour te répondre, Levi a réagit comme ça car il a paniqué. T'imagines, en 30 ans il n'a jamais ressenti d'amour, à peine de l'attirance. Limite aromantique. Ce qu'il éprouve lui est totalement inconnu. Quelqu'un d'antipathique comme Levi ne peut réagir que par le rejet et la peur. Bref ;) j'aime quand la relation avance lentement, que ce n'est pas précipité et que le personnage prend le temps de comprendre ce qu'il ressent et deal avec.

Chlo : Wouah, tous ces commentaires ! Merci beaucoup ! J'adore te lire, je vois que tu apprécies et c'est très satisfaisant pour moi. On voit les choses de la même façon, c'est cool :) pour les autres personnages, pour l'instant ils ne sont pas encore très présents, mais ça va arriver. Et tu as très bien décris la situation : une combustion lente. J'aime le terme ;) merci encore pour tes avis, ne t'arrêtes surtout pas !

LilieMoonlightChild : Merci beaucoup ! Que du bonheur de lire ça :) oui, on espère tous qu'Eren n'a pas été refroidi.. à voir ;)

x)

Chapitre 8 :

Levi préparait tranquillement ses affaires avant de partir travailler. Il avait du temps devant lui et laissait ses pensées vagabonder. La veille, il avait passé la soirée à ordonner son appartement après le départ d'Eren : chose qu'il faisait habituellement par plaisir, mais il lui arrivait de s'y adonner par stress. Une façon singulière de gérer des émotions qu'il peinait à comprendre.

Il avait tenté d'ignorer ce qu'il s'était passé, d'ignorer son comportement étrange. Il faisait le fil, essayait de recoudre les événements mais rien ne pouvait expliquer cette étrange conduite. D'autant que s'évertuer à oublier cette mésaventure le poussait à paradoxalement y penser d'avantage.

Il revoyait sans cesse le visage du jeune homme durant cet échange silencieux ; son regard troublant, ses couleurs uniques, ses mèches délicates. Cette précieuse image restait encrée dans son esprit et il lui était impossible de s'en défaire.

Il ressassait cet instant où le monde aurait pu s'écrouler sans qu'il n'y prête attention. Cet instant où les seuls sons audibles étaient ceux des battements de son cœur affolé. Cet instant où Levi prit conscience de ses faiblesses.

Mais ce matin, il décida que ça ne devait plus le travailler. Il n'y penserait plus. Ni aujourd'hui, ni demain. Il se dit qu'il avait seulement paniqué, hier. Un coup de jus, quelque chose d'inexplicable qui n'arriverait plus.

Comme à son habitude, il se recoiffa, enfila ses chaussures et sorti paisiblement de son immeuble. Dehors, la ville lumière s'assombrissait peu à peu, à mesure que l'on s'engouffrait dans l'automne. Il ne faisait plus vraiment chaud le matin, et Levi s'empressait sur le chemin de la gare.

Il ne croisa personne sur la route. Personne qu'il connaissait.

Il ne croisa pas Eren.

Est ce qu'il aurait seulement aimé ? Pas vraiment. Il ne savait pas ce qu'il aurait pu lui dire, de toutes manières. L'entrevue de ce week end s'était bizarrement conclue, alors qu'elle avait si bien commencé. Ils avaient bien rigolé, sur le balcon. La discussion était tellement fluide. Même le lendemain, tout était familier, comme s'ils se connaissaient depuis dix années. Si seulement il ne l'avait pas regardé. Si seulement il s'était concentré sur ce manga.

Et j'y pense encore. Putain.

Arrivé à la faculté, Levi s'installa en maître dans l'amphithéâtre. La plupart des élèves étaient déjà à leur place. Le professeur balaya la pièce du regard.

Il était là.

Au troisième rang, à côté de l'éternel Armin. Il avait attaché ses cheveux en chignon, laissant quelques fines mèches retomber sur son front.

Ça lui va bien. Vraiment bien.

Eren le remarqua, lui aussi. Il lui sourit poliment, presque discrètement, comme s'il ne désirait pas que ses amis remarquent cet échange complice. Levi ne lui rendit pas, détourna le regard et fit mine de n'avoir rien vu.

« Bien, on va commencer. Pas de bavardage, je vous préviens, j'ai passé un mauvais week end. », commença t-il.

Il débuta le cours sans grande volonté. Il avait l'esprit ailleurs et ses enseignements en pâtissaient certainement.

Un mauvais week end…

C'était faux, bien entendu. Il passait une excellente fin de semaine et avait trouvé le moyen de la gâcher - c'était plus juste, dit comme ça.

Deux heures plus tard, les élèves quittèrent la salle promptement. Levi vit Eren sortir en chœur avec l'agitation et le vacarme, se chamaillant joyeusement avec ses camarades.

Cet enfoiré ne vient même pas à mon bureau ?

Il était vexé. Légèrement vexé. Il s'était vu l'insulter au détour d'une conversation sans queue ni tête, mais le jeune homme l'avait presque ignoré.

Pas grave.

Levi décida de balayer cette déception et entama le reste de sa journée. Celle ci passa plutôt rapidement, sans encombre ni dispute. L'enseignent était seulement fatigué et heureux de voir les heures défiler sur l'horloge murale.

Dans les couloirs, sur le retour, il croisa Hanji. Débordante de joie, comme à son habitude.

« Levi chéri ! », s'exclama t-elle, sapant l'autorité de son ami.

« Bordel, tu peux éviter de crier ça devant tout le monde, binoclarde ? »

« Boh ? »

« Ces crétins de jeunes vont penser qu'on est ensemble. »

« Plutôt crever ! », s'amusa sa collègue.

Tous deux sortirent de la faculté, s'arrêtant dehors pour fumer une cigarette.

« Alors, ce rendez vous ? »

« Hein ? »

« Leviiii, samedi. T'es allé rejoindre quelqu'un. On en a parlé toute la soirée, chez Erwin. »

« Vous auriez mieux fait de parler d'autre chose. C'était pas un rendez vous, d'ailleurs. »

« Quel menteur. »

« Ta gueule. »

« C'était qui ? »

« Personne. »

« Alleeez ! Dis moi ! »

« Pas moyen. »

« Ça veut dire que je le connais. »

« Non, ça veut dire que tu m'emmerdes. »

Levi ne comptait pas lui en parler. Lui même ne réalisait pas trop ce qu'il avait fait ces derniers jours.

« T'es pas drôle. De toutes façons, je le saurai. Et puis, si tu restes discret, c'est bien qu'il se passe quelque chose ! », rit Hanji, qui le taquinait pour son plus grand plaisir.

« T'as pas autre chose à me dire ? Je sais pas, moi… plains toi de ton mec, comme toutes les bonnes femmes. »

« Moblit va très bien, désolée pour toi »

« Tant pis. Je décolle. »

« Déjà ? »

« Ouais. Fait froid. »

Hanji tira une mine déçue avant de sauter dans ses bras pour le saluer. Cette attitude énervait Levi qui n'était pas tactile, mais il se laissait étrangement faire.

Sur le chemin, il se demanda s'il devait envoyer un sms à Eren. Il n'avait aucune raison de le faire, et n'avait d'ailleurs rien à lui dire, mais il en avait envie. C'était obscur. Il commença à taper quelques mots sur son écran, les effaça, en réécrivit d'autres...

Mais qu'est ce que je fous…

Il se reprit, réalisant l'absurdité de ses actes, et n'envoya finalement rien. C'était mieux comme ça, selon lui. L'inverse serait ridicule.

Arrivé chez lui, il se mit au chaud dans son canapé. Il alluma sa télé et lança netflix. Dans les séries à poursuivre, Levi vit Shingeki no Kyojin. Un léger sourire se dessina sur son visage. Il n'aimait pas les animés, mais celui ci lui paraissait spécial, maintenant. Il était sûr de le reprendre un jour, et ce ne serait pas seul. Peu importe ce qu'il s'était passé dimanche, ça finirait bien par se tasser.

Une notification le sorti de ses pensées et il se précipita d'empoigner son téléphone. Étrangement, il savait que c'était lui.

De : Eren

: Alors comme ça, on a passé un mauvais week end ?

Il a vraiment tiqué sur ça ?

De : Levi

: Tu me prends au mot ?

De : Eren

: ça m'a un peu vexé, j'avoue.

De : Levi

: Tant pis.

De : Eren

: Tu comptes pas te rattraper ?

Hein ?

De : Levi

: Et me rattraper sur quoi, exactement ?

De : Eren

: D'avoir peté un plomb dimanche, mdr

De : Levi

: Non, je m'en fous.

C'était faux. Il ne s'en moquait pas, et oui, il voulait se rattraper. Mais il ne l'assumerait jamais, alors autant faire l'autruche.

De : Eren

: Dommage. Je vais encore devoir faire le premier pas.

De : Levi

: Y'a aucun pas à faire, révise tes cours et laisse moi regarder mon docu.

Quelques minutes s'écoulèrent. Eren ne répondait pas. Levi avait beau attendre, fixer son écran, rester sur la conversation, rien ne venait.

Il va vraiment me laisser regarder mon documentaire ?

C'était puéril de jouer au chat et à la souris, mais ça lui plaisait. Et si Eren ne rentrait pas dans son jeu, ça n'avait plus de sens. L'adulte regardait son portable de temps en temps, pour vérifier qu'il n'avait pas loupé un message, mais ça demeurait vide.

Il avait bien reçu un sms qui l'avait fait bondir, mais il s'agissait d'Erwin, au final. En voyant son nom indiqué, Levi avait froncé les sourcils sans prendre le temps de lire.

Après un long moment à maugréer, l'adulte mit sa fierté de côté.

De : Levi

: T'as perdu ta langue ?

De : Eren

: Ben, je te laisse tranquille comme demandé.

De : Levi

: tu agis un peu trop comme un adulte à mon goût, gamin.

De : Eren

: Je ne suis plus à ton goût ?

Levi se raidit sur place. Eren l'allumait ? Il l'allumait ouvertement. Son cœur s'emballa un instant, avant de se rappeler que leur relation était faite de provocations permanentes.

Le garçon le taquinait simplement. Devait-il aller dans son sens ? Ou bien rester dans son rôle de professeur modèle ?

J'ai jamais été modèle, de toutes manières.

De : Levi

: Moins depuis que tu t'es fais un chignon de meuf.

De : Eren

: Merde, j'ai voulu tenter un truc. C'est si moche que ça ?

C'est magnifique.

De : Levi

: À vomir.

De : Eren

: Je vois. Pourtant, tu m'as bien regardé pendant deux heures, aujourd'hui

Merde, c'était si flagrant ?

De : Levi

: Je comptais tes boutons.

De : Eren

: J'aurais pu te croire si j'avais pas une peau parfaite.

Levi s'amusait de leur échange, en espérant que personne ne tombe jamais dessus. En outre, il ne suivait absolument plus son documentaire qui semblait bien moins intéressant que la conversation en cours. Il sombrait dans l'immoralité, mais peu lui importait.

De : Levi

: Eh

De : Eren

: ouais ?

De : Levi

: Je vais finir ton truc japonais

De : Eren

: Snk ?? Mais enfoiré, regarde pas sans moi

De : Levi

: T'as qu'à venir.

Bordel,

Il n'en revenait pas d'avoir envoyé ça.

Putain de merde,

Mais il en avait envie. Était-ce pour se rattraper ? Peu être. C'était mauvais, mais il ne parvenait tout simplement pas à s'en empêcher. Il essayait, pourtant. Il essayait de tout rejeter, il essayait de ne pas le regarder, de ne pas le contacter. Il essayait.

Mais là, une limite avait été franchie et il venait de l'inviter chez lui. Un lundi soir, sans aucune raison apparente, sans prétexte, sans drogue ni alcool. Levi commençait à s'agiter. Il regrettait.

Ne voyant aucune réponse à son message, l'agitation laissa place à la panique. Il se mit à marcher frénétiquement dans son appartement. Une boule stress commençait à se former au fond de ses entrailles. Les minutes passaient et la certitude d'avoir fait une bêtise grandissait. Il se maudissait d'avoir dit ça. Il se maudissait d'espérer que le garçon lui réponde rapidement.

Au moment même où il s'apprêtait à revenir sur ses paroles et lui broder qu'il s'agissait d'une vaste blague douteuse, un bruit retentit dans son entrée, figeant le professeur.

Quelqu'un toquait.

Levi regarda sa porte quelques secondes. Il hésitait à ouvrir. Il craignait de mourir de déception en voyant qu'il ne s'agissait pas d'Eren. Il resta bloqué, au milieu de son séjour, à se répéter que ça ne pouvait pas être lui.

Il se décida finalement, voyant que l'inconnu ne partirait pas.

« Salut ? »

C'était lui. Il était là. En face. Il était venu.

Levi resta bouche bée un instant.

« Tu comptes me faire entrer ? »

« Qu'est ce que tu fous là ? »

Le culot Levi, t'as pas honte ?, songea t-il envers lui même.

« Eh ben, je l'ai pris comme une invitation. Mais ok, je repars. », répondit le plus jeune en tournant les talons.

« Attends, »

« Oui ? »

« Entre. »

Eren se permit un léger rire.

« Je me disais bien. »

« Ta gueule. »

Levi se décala pour laisser passer son invité. Il restait médusé par la situation, mais une part de lui s'en réjouissait beaucoup trop pour qu'il puisse l'ignorer.

« Ça t'arrive souvent ? »

« De quoi ? »

« De débouler chez un type. »

« Seulement chez ceux qui boivent du thé », rétorqua Eren en s'autorisant un clin d'œil.

Levi sourit intérieurement. Non pas qu'il avait besoin de se rassurer. Ou peut être un peu.

« T'es arrivé vite, gamin. »

« Faut dire que j'habite au bout de ta rue, papy. »

Touché.

« Installe to-»

Avant qu'il ne puisse finir sa phrase, Eren bondit dans son canapé.

« Je ne vais pas te dire de faire comme chez toi.. »

« Ça va rapidement devenir ma deuxième maison si tu comptes regarder les quatre saisons de l'animé. »

Quatre saisons !? Fais chier,

« Et puis, c'est trop bien chez toi. Y'a des Kinder dans le frigo. »

« Connard, t'as fouillé mon frigo ?! »

« A peine. Un grand monsieur comme toi qui mange des kinder, c'est trop mignon. Enfin, grand… on s'entend. »

« Tsk. J'en vois un seul qui disparaît, tu prends la porte. »

« T'oserais pas. »

« J'oserai. »

« Tu m'adores. »

« Je te déteste moins*. »

« C'est déjà ça. »

L'homme partit s'installer aux côtés d'Eren. Il se sentait bien. Il ne devrait peut être pas, mais c'était le cas.

« Eh, Levi »

« Mh ? »

« T'es comme ça avec beaucoup d'élèves ? »

« Comment ça ? »

« J'ai besoin de te faire un dessin ? »

« Ça va aller. »

« Du coup ? »

« Je sais pas, c'est quoi cette question ? »

« J'en sais rien. »

« Bah ferme la. »

« Tu réponds pas. »

Il me fait chier, putain.

« T'es lourd. »

La question était pourtant légitime et tout à fait pertinente. Levi lui même se la posait. Pourquoi ce traitement de faveur ? Pourquoi cette attache inexplicable ?

« Non Eren, je ne suis pas comme ça avec beaucoup d'élèves. Ça te va ? »

« Mais avec certains. »

« Bordel, non, avec aucun. Tu veux quoi ? »

Eren se tourna vers son interlocuteur et sourit chaleureusement.

« Cool. », murmura t-il.

Levi était troublé. Ça recommençait. Son cœur s'emballait. Comme la dernière fois.

Mais il ne fuirait pas. Pas cette fois.

« Tu vas rentrer ? »

« Maintenant ? Bah, non, on a même pas encore allumé la télé ? »

« Je veux dire…cette nuit ? »

« Ah.. bah, je sais pas. »

Reste.

« Tu vas encore me faire chier avec mes plaids ? »

« Sauf si tu me supplies de partir. »

« Je ne supplie personne. »

« Alors j'ai bien fais de prendre des affaires de rechange. »

Levi rit intérieurement, ne trahissant pas son impérissable lassitude. Il se leva et se dirigea vers son frigo.

Il lui restait deux kinder. Ça lui faisait mal d'en sacrifier un pour quelqu'un, mais soit.

« Tiens, enfoiré. »

« Oh ? »

« Prends le vite. C'est un conseil. »

« Merci, chef. », répondit le jeune avec un large sourire. « Par contre, c'est l'heure du dîner. »

« Putain, j'ai pas pu faire mon sport. »

« C'est pas en bouffant un bueno que tu vas rattraper le coup. »

Levi souffla de désespoir et retourna s'installer. Il alluma la télé et ouvrit Netflix. En parallèle, il prit le plaid à côté de lui et s'enroula dedans ; l'air était frais dans son appartement.

« Tu lis dans mes pensées. », dit Eren.

« Hein ? »

« Partage le plaid. »

« Écoute moi bien : c'est hors de question. »

« J'ai froid. T'économises le chauffage ou quoi ? »

« On est en octobre, crétin. Le chauffage s'active en novembre. »

« J'ai froid. »

« Mets ta veste. »

« Tu comptes vraiment pas me le passer, ce plaid ? »

« Putain, tu me casses les couilles. »

Levi déroula la couverture et en dispensa une partie à Eren, se rapprochant de lui lentement.

Dans la foulée, il éteignit les lumières de la pièces avec son téléphone - ampoules connectées, un gadget qu'il chérissait chaque jour.

Il sentait sa poitrine s'échauffer à chaque mouvement du jeune homme -qui était proche, bien trop proche de lui. Il pouvait entendre sa respiration. Levi bouillonnait. L'épisode avait commencé et il ne parvenait pas à se concentrer. Le coude d'Eren s'appuyait au sien et ce détail le rendait fou. Tous deux avaient allongé leurs jambes sur la table basse afin d'être plus confortables.

Pourquoi je l'ai invité. J'suis tellement con.

Tout s'embrouillait. Il ne montrait rien, mais son cœur était prêt à exploser. Il avait l'impression de régresser ; avoir douze ans, en colonie de vacances, assit à côté de la plus belle fille du groupe.

Sauf qu'Eren n'était pas une fille.

Et il n'était pas censé le trouver beau. Il ne l'attirait pas.

Il se fit d'ailleurs la réflexion que quand il avait douze ans, Eren venait à peine de naître.

Putain.

Il se tourna pour l'observer et reteint un hoquet de surprise en voyant qu'Eren l'épiait déjà. Alors, dans un éternel magnétisme, ils se dévisagèrent. Ça devenait presque une habitude, au détail près que Levi redécouvrait cette sensation à chaque fois ; il se perdait dans ses yeux. Il n'arrivait pas à décrocher. Ils étaient près l'un de l'autre et il pouvait presque sentir son souffle. Ça le transportait.

Jamais, de sa vie entière, il n'avait ressenti ça. Ça l'effrayait encore, mais il commençait à comprendre.

Il commençait à comprendre qu'Eren était spécial. Il avait quelque chose. Quelque chose en plus. Quelque chose d'inexplicable. Il ne mettait pas de mots dessus, il ne pouvait pas le décrire, mais il le sentait.

« Levi. »

Le concerné ne répondit pas tout de suite, leurs regards étaient toujours persistants.

« Eh, »

« Quoi. » finit-il par dire, déçu qu'Eren brise ce silence.

« ..Rien. »

Tant mieux.

L'élève finit par se replonger dans l'épisode, laissant son professeur égaré.

Ils restèrent un long moment sans parler, faussement concentrés sur la série qui s'enchaînait.

« T'as pas faim ? Il commence à être tard. »

« Un peu. Mais je suis pas en état de cuisiner, gamin. »

Je ne quitterai pas ce canapé, ni ce plaid.

« On commande ? », proposa Eren, tout sourire.

« Tu vas m'engrosser, à force. »

« T'as de la marge. »

« C'est bon, je prends. Tu veux quoi, gamin ? »

« Mcdo. »

« Hors de question. »

Ça recommence..

Les deux hommes se chamaillèrent un temps, optant d'abord pour des sushis avant que Levi ne change d'avis.

« T'es chiant ! Ça fait quinze minutes qu'on se torture, on était ok, là. »

« Pas de poisson cru le soir. Je digère mal. », avoua le trentenaire.

« Je rêve. »

« Bon. KFC. C'est non négociable. »

« Mouais. Ça me va, chef. »

Le temps que le livreur arrive, ils eurent le temps de regarder un épisode supplémentaire, marquant la fin de la première saison. Eren se précipita à la porte pour récupérer la nourriture, et revint instantanément se remettre dans la même position. Tous deux mangèrent en débattant du manga. Le ton montait à mesure de leurs désaccords, s'adoucissant quand ils trouvaient un terrain d'entente.

En outre, Eren fit une tache de sauce barbecue sur le plaid, chose qui lui valut un acharnement de la part de Levi. Des coups, des cris, des insultes ; fidèle à lui même. Il partit instantanément mettre le tissus à laver, clamant que ça ne partirait pas s'il ne le faisait pas.

Eren semblait dépité.

« Roh, et je vais dormir avec quoi, moi ? »

« Ça, il fallait y penser avant de ruiner mes affaires. »

« Toujours plus.. T'en as pas d'autres ? », s'inquiéta Eren.

« Je dois bien en avoir un entrain de pourrir au fond d'un placard. Bref, on en parlera plus tard. A moins que veuilles faire dodo maintenant ? », se moqua le plus âgé.

« Pff. Non, je tiens encore. »

Levi voyait bien l'épuisement dans les yeux de son élève. Il avait sûrement accumulé de la fatigue au fil des jours.

« Menteur. Va te coucher. »

« Non, ça va. »

« Pourquoi tu refuses de dormir ? On dirait un enfant. T'es fatigué, dors ? »

« Parce que tu comptes pas dormir, toi. Je vais pas raccourcir ta soirée en occupant le salon. »

« J'avoue que ça me fait chier. Mais tu me fais constamment chier, alors quelle différence ? »

Eren sourit légèrement. Ses yeux mi clos émettaient une faible lueur qui avait le mérite d'adoucir Levi.

« Va dans mon lit, je dormirai ici. »

« Hein ? », s'étonna le châtain, soudainement éveillé.

« Ça va, t'inquiète. Je m'endors souvent sur le canapé. »

« T'es sûr ? »

« Dépêche toi, avant que je ne change d'avis. »

« Merci, chef »

Le jeune homme se leva doucement, s'étira légèrement et s'avança vers la chambre.

« Wouah, elle est… minimaliste. »

« C'est une chambre, quoi. J'ai plus quinze ans. Tu t'attendais à voir des posters de Kpop ? »

Eren rit légèrement avant de se tourner une dernière fois vers son professeur.

« Merci beaucoup. Bonne nuit, chef. »

« Bonne nuit.. Eren. »

Et il ferma la porte.

Putain, fais chier. Je vais mal dormir.

Levi maudissait son éclair de générosité tandis qu'il rangeait son salon, jetant les cartons à pizza, retapant les coussins du canapé.

Il s'allongea calmement et visionna, comme à son habitude, un documentaire sur Arte.

Le tombeau de Saqqarah… quelle pépite.

Il entreprit de s'endormir quelques minutes plus tard, vers une heure du matin. Ses cours débutaient à neuf heures le lendemain, il ne devait pas veiller. D'ailleurs, Eren commençait en même temps, avec sa matière.

Au fond de lui, Levi était satisfait d'avoir rattrapé le coup avec le châtain. Il fixait le plafond, un imperceptible sourire au bord des lèvres. Plongé dans le noir, il ferma les yeux et s'endormît paisiblement.