(Moment présent)

En ce jour, les vivats résonnèrent en masse dans la cité, tandis que les cloches sonnèrent haut et fort pour célébrer la cérémonie. Dans la salle d'audience, tous les regards se posèrent envers l'épouse du souverain de Takicardie, où celui-ci la conduisit entre les rangés de soldats qui se retrouvaient de chaque côté.

- Vous me voyez, madame, le plus heureux des hommes, déclarait arrogamment le roi Charles, face aux acclamations de ses nobles sujets qui l'applaudir effrénément des mains. En passant près d'eux, le roi ria hautainement en tenant robustement la main de la petite bergère pour qu'elle se colle contre lui. Par la suite, le Maestro se précipita sur le podium, durant que le roi et la bergère furent entrainées au milieu de la pièce. Par malheur, Marguerite dut accorder sa main à son cavalier. Musique Maestro !

Soudain, la valse commençait avec lenteur pour l'orchestre, mais violente pour Marguerite qui laissa paraitre son inconfort, puisque le roi Charles poussa son corps pour qu'il suive le tempo. Le malaise de la petite reine s'intensifia d'autant plus lorsque la musique changea pour devenir légèrement plus dynamique, sans que pour autant devenir moins mélodieuse.

Le dandinement régulier de la danse avait l'effet le plus particulier sur son cerveau. Le tourbillon constant des danseurs excentriques et de leurs mouvements, la faisait sentir soudainement faible. La pièce entière semblait tourner et se brouiller, lentement, comme dans un rêve. Marguerite se sentait si abattue par tous ses événements qui s'étaient passés durant la journée, qu'elle n'avait plus d'appétit. Elle avait un teint pâle, les lèvres sèches et, ses jambes chancelaient par le manque de force.

Le pire, fut son corset qui se serrait contre sa taille, l'empêchant de bien respirer et de danser. Elle n'arrivait pas encore à croire qu'elle était maintenant devenue la femme de cet homme qui l'obligeait à faire des choses insensés.

Les sourcils de Marguerite se levèrent lorsque cette dernière pensée lui traversa l'esprit, et avec une légère secousse de la tête, elle put momentanément dissiper son étrange étourdissement, lui permettant de se concentrer sur le tyran devant elle.

À chaque tour qu'il faisait sur la piste de danse, son regard semblait toujours lui revenir. Marguerite avait le sentiment anxieux et déplacée, tout en se sentant bientôt vulnérable, un peu humilié même, résidant sous le regard de cet homme. Alors qu'il la faisait tournoyer suprêmement, il semblait l'attirer avec ses yeux, et chaque fois qu'elle rompait le contact pour chercher un confort ailleurs, il la rapprochait de lui.

Plus ils valsaient longtemps, plus Marguerite commençait à se sentir différente d'elle-même. Bien que l'anxiété nauséabonde des premiers temps diminuaient, elle était remplacée par quelque chose de bien plus creux et effrayant. La petite reine se sentit quelque peu assourdie, comme si elle était un petit être solitaire dans un océan vaste et vide.

Sa volonté ne lui semblait plus la sienne, car lorsque le roi Charles la pressa fermement contre lui-même, son instinct était de se retirer, mais elle ne pouvait plus bouger, à cause qu'elle était trop faible. Marguerite semblait si lourde, confinée, comme si ses membres étaient paralysés et que le despote devant elle tenait inexplicablement ses ficelles. Quand il la faisait dériver, elle dansait et dansait. L'orchestre tintinnabulait à ses oreilles tel un tambour de guerre, rapide et bruyante, et endolorissait ses tempes. Bientôt, ce fut l'assemblé qui se retrouvait sur la piste de danse, où l'orchestre jouait des airs envoutants, qui donnait envie de dansoter sans arrêt jusqu'à l'aube et même au-delà.

Toutes ces danseurs étaient à couper le souffle, dans leurs parures de tissu colorés, voltigeant telles des papillons aux ailes chatoyantes, avec la même grâce et la légèreté des insectes. Un nouveau cœur retentit, et tous voltigèrent, en parfaite harmonie les uns avec les autres, comme si cela avait été répété.

Mais pour Marguerite, cela fut un véritable cauchemar qu'elle subissait. Le roi, qui fut agité de trépidations, empêchait à la petite reine de se libérer et de reprendre son souffle lorsque c'était le temps.

Sans crier gare, il y eut des dizaines de photographes qui envahissaient la bulle des deux mariés qui se couvrirent les yeux, puisque les puissants flashs des caméras les aveuglèrent. Justement, cela fut un avantage pour Marguerite qui, guidé par Rookie, réussis à s'évader des lieux totalement submergés par les nombreux et inépuisables danseurs.

En relevant les rebords de sa robe, Marguerite sprinta à travers les couloirs en évitant de se retourner par en arrière. Malgré son épuisement, elle ne tira pas sa révérence, car elle était entrainée par une montée d'adrénaline qui lui permit de soutenir sa course.

- J'y suis presque, Rookie, s'exalta avec satisfaction Marguerite, tandis que le chien aboya pour l'encourager. Quelques minutes après, l'ancienne bergère se retrouva à l'extérieur ! S'apprêtant à descendre les marches, c'est alors qu'une main lui saisit ardemment le bras.

C'était le roi Charles ! Alors que le souverain s'efforça de la faire ramener dans le palais, Marguerite utilisa ses dernières volontés qui lui restait pour se débattre. Spontanément, elle parvint à se libérer si abruptement, qu'elle glissa sur sa robe pour terminer sa chute en bas des marches, complètement inconsciente lorsque les invitées arrivèrent sur les lieux.

- Juste ciel ! S'exclama dramatiquement le journaliste devant les caméras. Il semble que notre petite reine aurait fait une vilaine chute ! Aussitôt, les takicardiens encerclèrent l'ancienne bergère qui gisait au sol, tandis que Rookie s'allongea près d'elle.

Le roi Charles, qui était toujours situé à l'étage supérieur, demeura traumatisé en apercevant le corps inerte de son épouse. Mais bientôt, celui-ci manifesta un regard de déception envers sa reine et, réfléchit à ce qu'il devra faire pour qu'on ne lui désobéit plus jamais dans des moments pareils.