Chapitre 5 : Oxford

Des cadavres coupés en morceaux et ensanglantés se profilaient le long du chemin que je parcourais. J'avais de plus en plus de mal à avancer. Les morceaux de cadavres s'amoncelaient. L'odeur de sang me prenait à la gorge et me donnait des nausées. Un rire hystérique résonnait mes oreilles. Je devais courire, m'enfuir. M'enfuir loin de ce rire qui hantait mes rêves depuis presque dis ans. Soudain la tête de ma mère apparue dans mon champs de vision. Elle était tenue à bout de bras par Rapunfield qui avait une hache rougit par le sang de mes parents.

J'ouvris les yeux en sueur et paniqué.

J'avais super mal au ventre et la tête dans les choux. Typiquement ce que je ressentais en sortant d'une grosse grippe. Ainsi j'avais encore attrapée froid. Décidément mon organisme s'était considérablement affaiblit. Je détestais être malade et faire des cauchemars en même temps. C'était bien plus facile à supporter quand je venais d'intégrer la Wammy's House.

En effet, plus jeune j'avais le souvenir d'avoir un panda en guise de protecteur. Un panda si réconfortant que je ne voulais jamais le lâcher. Seulement ce doudou je l'avais perdu il y a si longtemps. Plus rien ne me procurait à nouveau un sentiment de sécurité. En fait je ne me sentais bien que lorsque j'étais en train de me perdre dans un monde imaginaire.

Un monde où les anges pourraient jouer avec les étoiles. Un monde où les dryades et les êtres de feux s'amuseraient à embêter les sirènes. Mais attention les vraies sirènes. Pas celle que l'on trouve chez Disney ou dans les légendes de pirates. Non. Les sirènes de la mythologie grecques. Ses femmes-oiseaux qui ensorcellent les marins pour les tuer. Seulement dans mon monde, ces créatures majestueuses seraient charger de veiller sur les poissons arc-en-ciel et les méduses-licorne. Les chérubins, contrairement aux anges exploreraient les terres les plus profondes afin d'aller défier les gardiens de ce monde.

Une minute.

Le lit dans lequel j'étais était bien trop grand, trop moelleux, trop chaud et bien trop différents de celui que je connaissais depuis mes cinq ans. Je ne le voyais pas car il faisait noir. Mais je n'étais pas dans ma chambre.

Je me redressais immédiatement. Où est-ce que j'étais ?

Je me levais. Et bien que le monde tanguait dangereusement, je me rattrapais au mur avec mon bras libre. À tâtons je trouvais des rideaux lourds. Je les tirais. Une lumière chaleureuse m'éblouis. Après avoir retrouvé la vue, j'ouvris grand la fenêtre et regardait dehors. Il était évident que j'étais dans une grande ville. Une grande ville ancienne. Tout était de style gothique. J'avais l'impression d'avoir été plongé dans le monde d'Harry Potter. Les rues étaient pavés, les bâtiments étaient clair et énormément travaillés. Des gargouilles étaient visibles de partout.

Avec le grand ciel bleu azur, j'avais le sentiment d'avoir vraiment plongé dans un monde merveilleux. Puis il y eu un klaxon. Des cris. Des conversations. Des bruits de moteurs. En baissant mon regard je vis avec horreur que j'étais bien dans la réalité. Alors que vers le haut tout respirait la joie et le merveilleux, en bas, tout était gris, pollué et affreux.

Dégoûtée par la vision qui me parvenait je me détournais de ce spectacle et vit que j'étais dans une chambre assez luxueuse. Il y avait un bureau en ébène, un grand lit, un placard. À côté du bureau il y avait une valise noire à roulettes de taille moyenne. Je remarquais sans peine qu'elle n'était pas pour autant remplie. Sur le bureau un impressionnant tas de feuilles reposait dessus. Il devait y avoir pas loin de milles feuilles. La majorité était jaunie par le temps.

Des traits au crayons visible sur la première feuille me semblèrent familier. Et pour cause, c'était mes dessins ! Quelqu'un avait ramassé tous mes dessins qui étaient par terre et c'était donné la peine d'en faire un tas parfait.

Je me précipitais sur le tas sans tenir compte de la porte qui venait de s'ouvrir. Je pris dans les mains un certain nombres de feuilles. Je fus si brusque que le tas aligné au millimètre près se désagrégea. Une partie s'étala sur le bureau alors qu'une part infime finirent leur course par terre à mes pieds. Je jetais un coup d'oeil à chacune des feuilles.

Mon monde parfait que j'imaginais depuis que je suis toute petite. Mon monde merveilleux dont je ne verrais jamais la lumière. Mon monde qui restera utopique et inaccessible. Un monde hors d'atteinte et qui ne pouvait que prouver que je n'étais pas saine d'esprit. Même très loin de là.

-Alix comment te sens-tu ? Dit une voix que je ne reconnaissais pas bien qu'elle me semblait familière.

Mon monde imaginaire était une échappatoire aux idées morbides et effrayantes qui m'assaillaient. Une échappatoire aux visions du meurtres de mes parents qui me prenaient à la gorge. Une échappatoire au monde réel.

Une paire de yeux panda apparurent dans mon champs de vision. Je sursautais en faisant tomber toutes les feuilles que je tenais. Un magnifique raz-de-marée de feuilles recouvraient ainsi mes pieds et ceux du propriétaire de ces yeux étranges. Le jeune homme qui se tenait courbé devant moi avait vraiment une étrange allure. Déjà de part ses cheveux noirs hirsutes, puis de ses vêtements qui avaient trop grands pour lui. Je ne dis pas que les miens sont mieux. Même loin de là. Les miens étaient juste vieux et troués.

-Salut Alix. Ça faisait longtemps, fit le jeune homme. Je suis L.

Je reculais instinctivement. Ainsi L était un jeune homme d'une vingtaine d'années aux yeux cernés. Son regard bien que neutre reflétait beaucoup d'intelligence.

L me tendit sa main. Elle était longue et fine. Je ne la pris pas. Mon bras valide avait inconsciemment recouvert mon bras plâtré.

-Je suppose que ça fait trop longtemps pour que tu te souviennes de moi. Bref. Je te propose une mission pour m'aider. Bien sûre tu es encore un peu souffrante. Mais d'ici quelques jours tu te portera parfaitement bien.

Une mission ? Quelle mission ? Et pourquoi moi ? Je ne voulais rien à faire avec un gars comme lui.

-Viens avec moi, dit L en sortant de la chambre.

Je ne sus pas très bien pourquoi je le suivis alors que j'étais effrayée par lui. Je ne m'expliquais même pas pourquoi j'étais si récalcitrante à sa vue. Dès que j'entendais le nom de L j'avais envie de déchaîner ma haine et de pleurer. Le voir face à moi me donnait envie de retrouver ma vieille peluche de panda pour la serrer contre moi très fort.

En laissant une grande distance entre nous, je le suivais la main appuyée contre le mur pour maintenir mon équilibre. Je tremblais de peur. Nous entrâmes dans une pièce sombre. Il y avait des écrans partout et des dossiers qui s'empilaient les uns sur les autres. Apparemment c'était ici que L travaillait sur les cas.

L s'accroupi sur un fauteuil et m'indiqua de la main celui en face. N'étant vraiment pas rassurée je m'assis au bord prête à m'enfuir. L ne dit rien. Il se contentait de me fixer. C'était comme s'il me sondait. J'avais vraiment envie de fuir.

-étonnant, dit-il, tu ne te souviens pas de moi. Pourtant je ne 'ai pas oublié. Tu n'as pas vraiment changé. Tu es juste plus grande.

Je ne dis toujours rien. Je me retenais de fermer les yeux pour imaginer un monde où on me ficherait la paix. Un monde sans détective à mes trousses. Un monde où mes parents seraient encore en vie. Un monde où Amanda ne me forcerait pas faire ce que je déteste le plus.

-Alix, j'ai besoin de ton aide. J'ai besoin que tu sois mes yeux.

Un monde où je pourrai passer des heures dans un arbre à dessiner ce qui me passerait derrière la tête sans à me soucier de mes manières. Un monde où il n'y aurait pas Queen pour me rabaisser.

Un claquement de doigts raisonna dans mes oreilles. Je revins mentalement dans la pièce. Un vieil homme était arrivé et apportait avec lui un plateau avec des desserts dessus. L'homme était Watari. Je me souviens parfaitement du jour où j'ai insulté lui, son protégé, son établissement et la terre entière.

-Bonjour Alix, dit le vieil homme. Je suis ravie de voir que tu es enfin debout. Tiens tu devrais manger un peu. Tu as besoin de prendre des forces.

Je ne pris pas le gâteau que me tendais Watari. Je me contentais d'admirer mes pieds nus et fins. Ils gardaient des cicatrices qui dataient du jour où Rapunfield avait surgit chez mes parents. Ce n'étaient pas très beau à regarder mais ils témoignèrent de ce jour fatidique qui a m'a conduit dans le pire endroit de la planète selon moi.

Watari posa le gâteau qu'il me tendais sur la petite table qui me séparait de L. Ce dernier continuait de me regarder. Il avait coincé son pouce à la commissure de ses lèvres et semblait être plongé dans ses pensées. Je me demandais vaguement si j'avais moi-même ce regard vide quand je me repliais dans mon monde.

-Alix, dit soudainement L. Tu vas nous aider à arrêter l'une des plus grosses organisations criminelle.

-L, dit Watari. Est-il prudent de lui en parler immédiatement ?

-Bien sûr Watari. Alix tu as la possibilité d'aider Near dans cette mission ou alors de retourner à la Wammy's House.

Near ?

Voilà longtemps que je n'avais plus entendu parlé de lui. On me comparait souvent avec lui à cause de mon insociabilité. Near. Il est le successeur attitré de L. Un garçon de quatre ans mon aîné qui était actuellement quelque part aux Etats-Unis en train d'exercer en tant que détective. Il me semble même qu'il a prit l'identité de L.

Je me souviens quand il était encore à l'orphelinat. Je le voyais toujours à l'écart à jouer avec tout un tas de jouets. Il se faisait souvent embêter par des garçons de son âge qui étaient des brutes. J'avais une envie de l'aider mais mon angoisse d'être rejetée avait toujours été la plus forte et je n'avais rien fait.

-Son retour à la Wammy's House ? Répéta Watari intrigué.

-Evidemment Watari. Alix ne pourra rester avec nous si elle ne veut pas nous aider. Elle est punie pour son comportement dangereux et irresponsable. Alix, si tu refuse de nous aider pour cette enquête, tu rentreras à l'orphelinat et tu seras confinée pour un temps indéfinie.

Mes yeux s'ouvrirent d'horreur. Comment je pourrai être confinée à la Wammy's House ? Me priver d'une vie ordinaire n'était pas suffisant ? On devait en plus me priver des droits de l'Homme ? Je sais que je n'ai que quatorze ans mais je n'étais pas exemptée de ces droits.

De toute façon vu la situation dans laquelle j'étais, je n'attendais rien de ma vie. C'était l'Enfer sur Terre. J'avais vu mes parents assassinés et démembrés. J'avais faillis être tuée par leur meurtrier. J'avais perdue ce sentiment de sécurité. J'étais perdue dans la réalité. Je me réfugiais dans mon monde imaginaire.

-Tu as bien compris Alix, dit L.

Une sonnerie résonna me faisant sursauter. C'était un portable. L décrocha. Pour être franche cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu un téléphone sonner. La dernière fois c'était pendant l'examen de fin de collège il y a deux mois. Je n'étais vraiment pas au top de la technologie. A première fois que je fus devant un ordinateur lors de ma première année de collège, j'avais passé plusieurs dizaines de minutes à taper un court paragraphe. J'étais certes devenue la risée du collège mais quand je les avais tous battus au premier contrôle de manière spectaculaire, j'avais simplement était mise de côté. L'avantage c'était que je pouvais les observer tranquillement dans mon coin. Voir à quoi ressemblait une vie normale.

-Oui ? Dit L au téléphone. Parfait.

L raccrocha.

-Watari, elle est arrivée. Pouvez-vous aller la chercher ?

-Tout de suite.

Watari sortit. Je regardais la porte avec envie. Moi aussi je voulais quitter cet endroit. Moi aussi je voulais m'échapper loin d'ici. Aller dehors. Me perdre dans les profondeurs d'une forêt enchantée. Ou alors me noyer dans le plus profond océan. Ainsi ma dernière vision serait des créatures aquatiques qui existaient réellement mais qui était inconnu pour les humains. Être projeter dans l'espace et dériver jusqu'à des planètes. Découvrir de nouvelles façon de vivre.

La porte s'ouvrit me faisant sortir de mes pensées. À ma grande horreur Amanda entra. Je me levais immédiatement pour aller derrière le fauteuil et envisager très fortement de me cacher. Amanda me lança un regard assassin. Je veux vraiment m'en aller.

-Amanda, bienvenue, dit L en détournant le regard qu'il avait posé sur moi depuis le début. Venez asseyez-vous. Le thé vient tout juste d'être servis.

-Bonjour L, dit Amanda en s'asseyant sur le fauteuil que j'occupais quelques instants plutôt.

J'avais instinctivement reculer jusqu'à la fenêtre fermée. Peut être que je pourrai m'en sortir en fracassant cette fenêtre. Bon pas à mains nues car sinon j'étais sûre de m'ouvrir les veines. Je devais trouver quelque chose dans cette pièce de quoi m'échapper.

-Comment ça se passe avec Alix ? Demanda Amanda méprisante. Vous êtes tous les deux arrivés à quelque chose ? Je suis étonnée qu'elle ne se soit pas encore enfuie.

-Justement j'étais en train de lui dire ce qui allait arriver si elle refusait sa punition.

Est-ce que vus êtes au courant que je vous entends ? Si les deux m'avaient momentanément oublié, je pourrai m'échapper à quatre pattes de cette pièce. J'évaluais le temps qu'il me faudrait et le chemin le plus sûr à emprunter quand mon regard tomba sur Watari qui me regardait en souriant. Il était planté devant la porte. Merde.

Je détournai le regard. J'avais vraiment envie de partir. Je m'accroupie et enfouie mon visage entre mes genoux. Mon bras valide était autour de mes genoux repliés vers ma poitrine. L'envie de retrouver mon panda se faisait de plus en plus ressentir.

-Alix, dit Amanda. Ce n'est pas la peine de te cacher.

-Alix, dit L sans bouger de son fauteuil. Si tu refuge ce que je te propose, tu retournera à la Wammy's House. Tu devras suivre les cours proposés avec les autres et évidemment tu n'auras pas le droit de grimper dans cet arbre dont tu as fais ton perchoir. Pour être sûr que tu ne désobéisses pas, il sera abattu.

Je relevais ma tête apeurée. Il n'oserai quand même pas me priver de mon refuge ! Ce n'était pas possible ! Depuis que j'ai perdu mon doudou, c'était le seul endroit où je me sentais relativement bien. À nouveau sur mes pieds, je toisais L avec toute la haine dont j'étais capable.

-Pour arriver à tes fins tu ne recules devant rien, chuchotai-je la voix tremblante de colère et les larmes menaçants de tomber.

-Pardon ? Fit L neutre. Je n'ai pas entendu ce que tu as dit.

-T'es qu'un connard ! J'explosais. Je sais que tes méthodes sont les pires que toutes ! Je sais ce que tu as fais lors de l'affaire Kira, il y a cinq ans ! Tu n'as pas besoin de moi ! Tu sais parfaitement que je vais refuser ! Tu sais très bien comment me briser ! Tu es le plus bel enfoiré que la Terre est portée!

CLAC !

La claque résonna dans la pièce. Une douleur cuisante se faisait ressentir sur ma joue droite.

-Tu ne peux pas tenir ta langue, non ? Aboya Amanda. Tu ne parles que pour mépriser ceux qui t'ont recueillit ! Est-ce que tu sais au moins que sans L et Watari tu serais morte comme tes parents ?

-J'aurai préféré mourir plutôt que vous rencontrer ! Je ne vois pas pourquoi je devrais me montrer reconnaissante envers de gens comme vous tous ! La mort paraît nettement plus douce que de rester ici !

Des larmes de rage ruisselaient de mon visage. Je tremblais de colère. J'avais envie de tout casser et de partir loin d'ici.

-Watari, dit L.

Je ne compris pas ce que L donnait comme ordre au fondateur de cet endroit de malheur et personnellement je n'en avait que faire.

-Je vous hais ! Hurlai-je à m'en casser les cordes vocales.

Je reçu une deuxième claque de Amanda.

-Je suis désolée de son comportement L. Alix est intenable. Elle est aussi complètement folle. On aurait dû la faire suivre.

-Faites ce que vous voulez, je lui hurlai à la figure. Je n'en ai rien à foutre ! Je trouve toujours un moyen d'échapper à votre vigilance ! Allez tous en enfer !

Sur ce je contournais le fauteuil et me précipitais vers la porte. Watari s'était écarté quelques instants plutôt vers la fenêtre où je me tenais. La porte était fermée à clé. Je tapais dessus. Je voulais sortir. Je devais sortir. Mes forces semblaient s'évaporer petit à petit. Je n'avais pas manger depuis plusieurs jours et mon organisme me le faisait comprendre. Je m'affaissai contre la porte toujours en forçant la pognée. Je savais que ça ne servait à rien. Mais je sortir d'ici.

Du mouvement vers les adultes me firent tourner la tête. L avait sauté de son fauteuil et s'avançait lentement vers moi. Je me recroquevillais vers la porte.

-S'il te plaît, fis-je suppliante la voix tremblante, Laisse-moi tranquille. Je veux partir.

Éclatant en sanglot je me recroquevillais sur moi-même. Les genoux replié vers moi. Mon visage enfoui dans mon pyjama et mes bras contre moi j'attendais la punition. Il était sûr que cette crise étant bien plus puissante que celle que j'avais faite pour entrer à l'école n'allait pas plaire ni à L ni à Amanda. Je savais que j'allais recevoir la plus belle correction de ma vie.

J'attendais.

Au lieu d'une claque, une étrange chaleur familière m'entourait. Une chaleur réconfortante. Une chaleur que je n'avais pas ressentis depuis très très longtemps. Cette sensation de sécurité m'avait tellement manqué que je m'y abandonnais.

Cette douce chaleur que je n'avais plus connu depuis la disparition de ma peluche panda.