Chapitre 7 : Préparatifs
Je n'avais nullement envie de quitter cette chaleur réconfortante. J'étais dans un petit cocon de sécurité. Rien ne pouvait m'arriver. C'était comme si j'étais à nouveau avec mon panda si précieux. Le doux double battement rassurant résonnait au creux de mon oreille. Je me blottis plus encore. Je ne veux pas retourner à la réalité. C'est si doux de se perdre dans ce paradis de confort et de sécurité. Je n'ai aucune envie de bouger d'un millimètre.
Néanmoins le battement tout conte l'oreille m'interpella. Je sentais son cœur battre mais le rythme était différent du mien. Puis la vision de la veille me revint en tête. La colère, la haine puis le réconfort. L.
Oh non ! Ne me dites pas...
J'ouvris immédiatement les yeux. Avec horreur je sautai loin de l'endroit où je me trouvais quelques instants plutôt. J'étais debout contre le mur tremblante de tous mes membres fixant le canapé sur lequel j'étais à moitié allongée. Je réalisais que ma tête s'était reposée sur le torse de L et que je m'étais cramponnée à son tee-shirt blanc. Celui-ci comme si de rien n'était me regardait comme si j'étais une couverture ou un doudou ou je ne sais quoi mais quelque chose de non-vivant qui ne devrait pas être animé.
-Bonjour Alix, dit-il de sa voix monotone. Watari ne devrai pas tarder à arriver avec le petit-déjeuner. Il est temps que nous discutions de ta mission. Tu peux toujours tenter de t'enfuir mais sache que je te retrouverai et que tu auras encore moins de liberté que maintenant.
C'était surréaliste.
Watari entra dans la pièce et me sourit. Il tendit vers moi un bol de chocolat chaud fumant. Mon estomac se réveilla de manière très embarrassante.
-Assis-toi, dit L en indiquant d'une main la place à côté de lui que j'avais quitté précipitamment.
Il était plongé dans un important dossier et il n'avait pas l'air du tout d'un gars qui avait supporté toute la nuit une fillette dormant dans ses bras. Ne souhaitant être à nouveau aussi proche de cet homme dont je mettais beaucoup d'énergie à détester, je me contentais du fauteuil le plus éloigné de L. Tout comme L se tenait recroquevillé, je relevais les genoux sous mon menton. Le bol posé en équilibre précaire sur mes rotules, mes doigts entrelacés empêchaient au liquide fumant de ruiner le parquet. L me fixa du regard. C'était tellement déconcertant que je me surpris à admirer les formes que prenait la fumée en quittant le chocolat chaud. Peut-être qu'en regardant intensément de la fumée, le liquide deviendrai suffisamment froid pour que je puisse me noyer dedans sans me brûler. C'était vraiment perturbant qu'un gars à l'attitude froide puisse vous couvrir d'un regard vous donnant chaud. J'avais l'impression d'avoir commis l'acte le plus horrible au monde à savoir dormir dans les bras du plus grand détective du monde et de l'avoir empêché de s'asseoir dans sa position favorite.
Watari semblait quant à lui s'amuser beaucoup à voir son protégé fixer une pauvre orpheline en convalescence qui elle-même ne levait pas les yeux de son bol. Une tartine remplie de Nutella apparue dans mon champs de vision. Mon regard remontait jusqu'au propriétaire du bras et une paire d'yeux onyx se tenant à même pas vingts centimètres de moi me fit sursauter. Heureusement que mes mains tenaient bien le bol sinon le détective aurait été couvert de chocolat. Je suis sûre que s'il n'était pas bouillant ça lui aurait convenu.
-Tu as faim, déclara-t-il en arrachant ma main valide rougit par la chaleur du bol. Mange ça. Tu as besoin de force.
Il y fourra la tartine qui semblait crouler sous la couche impressionnante de pâte à tartiner. Il retourna à sa place tout en continuant à me fixer en silence. Watari servait du café juste à côté de lui. J'avais l'impression qu'il se trouvait face à un spectacle de comédie burlesque. Ce qui en soit devait très exactement ressembler à ça quand on était externe à la scène. Comprenant que L ne dira rien tant que je ne l'ai pas fait, je mordis un petit bout dans la tartine. Certes j'aime beaucoup ce qui est sucré mais je dois dire que ce n'est pas mon truc de mettre plus de chocolat que de pain. Il y eut une explosion de chocolat dans tout mon corps. J'avais le sentiment de ne manger que ça. Cependant mon corps sembla apprécier cette surdose de sucre après des jours de jeûn et de maladie.
J'avais vu juste. Dès l'instant que j'avais mordue dans ce chocolat à la tartine, L ouvrit la bouche.
-Alix, je t'ai déjà dit que tu avais la possibilité d'aider Near. Il t'estime beaucoup et croit en tes capacités comme moi j'y crois. Nous sommes en collaboration pour une très grosse affaire de trafique d'organes d'un point de vue international. Nous avons établie que le réseau était divisée dans trois endroits du globe. Oxford s'occupe de trouver les organes et de coordonner tout le trafic. Tokyo fournit les organes et New York se charge de les faire arriver à bon port selon les clients du monde entier. C'est quelque chose de très grande envergure et nous ait impossible de nous trouver sur tout les fronts à la fois. Near avec le SPK s'occupe de New York. Je dois retourner au plus vite avec Watari à Tokyo. L'inspecteur Yagami m'attend. Toi ta mission sera ici à Oxford. Si je le pouvais je le ferais mais je ne peux pas. Tu intégrera la semaine prochaine l'Université d'Oxford sous ta véritable identité Alexandra Lockwood.
-Tu dois être déboussolée, reprit Watari. On t'a appris à cacher ton identité à l'orphelinat. Ici c'est différent. Je pense que tu te rappelles que tu es naît ici à Oxford et que tes parents ont vécu ici. Ils se sont forgé une très bonne réputation chacun à leur façon.
-Seul le nom de Lockwood nous a permis de te faire entrer à l'université à seulement quatorze ans, dit L.
Evidemment que c'était mon nom qui intéressait L. D'ailleurs c'était seulement le nom de Lockwood dont ils avaient beasoin. Pourquoi ne pas choisir Queen pour cette affaire ? Elle était bien plus obéissante et plus parfaite pour ce genre de mission.
-Alix, reprit L. A l'université, tout le monde se rappelle très bien de Gwendoline et de Thomas Lockwood. Tu es le portrait craché de Thomas Lockwood. Tout le monde le verra. Queen aurait très bien pu nous aider mais elle n'a rien d'une Lockwood. Dorénavant Alix tu seras mes yeux. Watari.
Un écrin me fit lever les yeux intérrogateurs vers Watari. Pourquoi est-ce que à chaque fois que mon regard vert croisait le visage de ce gentil vieil homme, il souriait tout le temps. À croire que ça l'amusait de voir les enfants qui sortent de son orphelinat devenir des justiciers tous aussi bizarres les uns que les autres.
-Félicitations Alix, dit Watari en ouvrant l'écrin. Tu es désormais la nouvelle A.
Je ne bougeait pas d'un millimètre. Dans l'écrin il y avait une magnifique bague dorée avec un A stylisé. Le bijou ressemblait à ceux que portaient Watari et L. Je fixais la bague septique toujours sans esquisser le moindre mouvement.
Je pense que L en a eu assez de ma non réactivité. Il revin vers moi. M'enleva la tartine à peine entamée et enfila la bague à mon index gauche.
-Ne la perd pas et garde la toujours sur toi, dit-il. Finit de manger et va te rafraichir, ça ne te fer pas de mal et demain tu partiras avec Watari.
L quitta la pièce. Je comptais jusqu'à dix puis me levais difficilement. Dormir en position foetale tout contre la poitrine du plus grand détective du monde vous mettait les articulations à rudes épreuves. Watari voulu m'aider mais je me contentais de m'éloigner encore plus et de me réfugier dans la pièce qui a été attribué comme étant ma chambre.
La nuit venue, j'eu énormement de mal à m'endormir. J'avais froid et j'étais apeurée dès que je fermai les yeux. Je gardai mes yeux grand ouverts avec la lumière allumée tout en gribouillant sur le dos d'un vieux dessin. Finalement mes yeux piquaient d'épuisement.
Du sang. Encore et toujours du sang. Des yeux vides. Des hurlements partout. Des coups de feux. Manque d'air. J'ai besoin d'air.
J'ouvris de grands yeux. J'étais sur le lit, mon dessin toujours sur les genoux. Je tremblais de la tête aux pieds, trempée de sueurs froides, la respiration précipitée. J'entendais les battements affolées de mon cœur résonner dans mes oreilles.
Je me redressais et attrapai mon vieil oreiller que je serrai dans mes bras.
-Tout va bien. Tout va bien, je murmurai à moi-même en étreignant l'oreiller salvateur. Je vais bien. Je suis Alexandra Lockwood. J'ai quatorze ans. Je sais dessiner et mon rêve est d'avoir une famille et une vie oridnaire. Je suis en sécurité. Personne ne me fera de mal tant que je sais quo je suis. Je suis Alexandra Lockwood, la fille de Thomas et Gwendoline Lockwood. J'ai quatorze ans. Je sais dessiner et mon rêve est d'avoir une véritable famille et une vie oridnaire.
Je continuais de répéter ses mots encore et encore jusqu'à ce que mon cœur s'apaisa enfin. Je sus vaguement que je m'étais assoupie d'épuisement et le cœur froid avant de tomber dans un sommeil paisible entourée de chaleur.
Le lendemain je fut âppée par Watari toute la journée afin de faire des « achats ». Aujourd'hui je me sentais vraiment mieux. J'étais toujours un peu patraque comme quand on se remet tout juste d'une grosse fièvre.
Bref j'ai suivit Watari partout à Oxford. Me retrouver dans ma ville natale était assez étrange. Je dois dire que je gardais pas grand souvenir de la ville. Je me souvenais surtout de la maison de mes parents et de l'arbre devant la fenêtre de ma chambre que j'escaladais tout le temps.
Watari se mit en tête de m'acheter tout un tas de trucs dont je ne voyais pas la grande utilité. Je devais intégrer très prochainement les sciences sociales de Nuffield College de Oxford. Je ne savais pas très bien à quoi ça correspondait mais je n'avais pas le choix. Soit j'étais libre d'enquêter et d'infiltrer l'Empire Society soit j'étais condamnée à récurer les toilettes de la Wammy's House et à suivre des cours ennuyeux jusqu'à mes dix-huit ans sans pouvoir grimper et dessiner.
Du coup, au cours de la journée Watari avait acquis une dizaine de livres utile pour la fac, un ordinateur et un téléphone portables, un nouveau sac de cours. Apparemment mon vieux sac avec un nounours dessus et ma vieille trousse en peluche n'étaient plus vraiment valable pour un si prestigieux collège. Watari était même étonné que je n'ai jamais changé de sac pendant toutes ses années. J'avais haussé les épaules. Dans ma tête c'était simple. Tant que ça fonctionne j'utilise c'est tout.
Durant toutes les courses je n'avais pas bronché et ni même réagit. J'avais laissé Watari m'acheter une glace en début d'après-midi. Je n'avais rien dit pendant qu'on prenait mes mesures pour l'uniforme d'Oxford. J'avais à peine tiqué pour les magazines de jeunes midinettes. Après tout je devais vraiment avoir l'air d'une adolescente normale qui aimait la mode et les boys bands. Mouais j'avais beaucoup de retard à rattraper. Par contre je fus très réticente dans les dernières boutiques. En effet mes vêtements étant ce qu'ils étaient et généralement je mettais ce qu'on me donnait sans trop rechigner du moment que c'était un tee-shirt et un pantalon tout m'allait très bien. Franchement je n'avais pas besoin de nouveaux vêtements surtout qu'à Oxford tous était tenu de porter l'uniforme.
Watari soupira quand je refusais obstinément d'essayer le troisième haut que la vendeuse proposait. Je secouais encore et toujours la tête de gauche à droite et me mis à contempler avec une étrange fascination les autres jeunes filles de la boutique qui s'enthousiasmaient pour un tel sac à main ou une jupe très courte qui valait presque aussi cher que mon nouvel ordinateur portable, sachant que j'ai choisi un très simple dans les plus modestes. La vendeuse de son côté me toisait comme si c'était une honte qu'une adolescente n'ait aucune once de classe pour refuser systématiquement tout ce qu'elle proposait. Watari lui se répandait en milles excuses.
Finalement nous étions sortis de la boutique sans rien prendre.
-J'ai bien compris que les vêtements ne te plaisent pas et ni faire les boutiques. Mais L a pensé que tu devais avoir l'air d'une étudiante normale. Il veut qu'il y ait le meilleur pour toi. Faisons un compromis. Il te faut absolument une tenue de soirée. Mais avant que tu ne décide de t'enfuir, je te propose de t'emmener dans un parc où tu pourras retourner dans tes moments de liberté. Tu pourras dessiner du point de vue que tu veux.
Ouais j'avais pas le choix quoi.
En fait je ne faisais plus vraiment attention à ce que Watari achetait. Mon regard s'était concentré sur l'environnement. Oxford avait un côté très chic et pourtant très médiévale. J'aimais beaucoup cette atmosphère figée dans le temps. L'Isis, le nom de la Tamise donnée dans cette partie du pays, était régulièrement traversée par les avirons. La rivière Cherwell rejoignait l'Isis ici même. Les cours d'eau étaient bordés d'arbres très verts malgré la chaleur de l'été qui venait de s'écouler. Mon esprit ne pouvait s'empêcher d'imaginer qu'à une époque Cherwell marquait la frontière entre la tribu des Dobunni et celle des Catuvellauni. Étaient-ils ennemis ? Alliés ? Je ne me souviens plus vraiment. Mais étant donné le contexte, il était diffficile à dire. Les peuples n'étant pas ralliés.
-Alix, fit doucement Watari en posant une main sur mon épaule.
Je le regardais. Il souriait avec ce même sourire réconfortant qui fait qu'il attire la sympathique de tous les résidents de la Wammy's House.
-Fais attention où tu marches ou tu finiras dans l'eau.
Je regardais et vit que mon pied était suspendu dans le vide, prêt à plonger dans l'eau aux reflets verdoyants.
-Oxford a dû te manquer après tout ce temps à Londres, Alix. Je pense que tu auras l'occasion de la redécouvrir pendant ta mission ici.
Je ne dis rien. C'était vrai que Oxford était ma ville natale et qu'elle coulait en moi. En revoyant le style gothique plus que présent.
-Tu vois ma chérie, tu es née dans la Ville aux Clochers Rêveurs.
C'était les paroles de mon père quand je lui avais demandée un jour, pourquoi est-ce que j'arrivais à imaginer tout un monde et à le dessiner alors que mes camarades de classe non.
La Ville aux Clochers Rêveurs. Quel beau nom. J'avais presque oublié. Je pouvais presque entendre le sons des clochers raconter des millénaires d'histoires fantastiques. Je suis sûre qu'ils ont tellement de choses à nous raconter.
-Alix, dit Watari. Il est temps de rentrer. Tu as l'air fatiguée.
Quoi ? Non ! Pas quand je suis en train de renouer avec mes racines. Qui a envie de s'enfermer avec un détective inhumain dans une sphère privée de la moindre évasion chimérique alors que tout un monde fantasmagorique s'ouvrait devant moi ?
Bien évidemment je n'avais pas le choix. J'étais bien consciente que ma présence à Oxford n'avait rien d'une excursion joyeuse. Je ne pouvais pas déambuler comme bon me semblait à travers la ville alors que je n'étais qu'une gamine sous la tutelle d'autre.
Je me résignais donc à suivre Watari, en portant les sacs.
Alors que nous marchions en nous éloignant de plus en plus du centre-ville, une étrange sensation m'envahissait. Elle devenait si étouffante que je dû m'arrêter. Je regardais autour de moi. Nous étions dans un quartier résidentiel avec un petit parc tout ce qu'il y avait de plus normal.
Et pourtant...
Je voyais une silhouette petite et mince, très fébrile. Elle était assise par terre pleurant à l'aide. Du sang plus ou moins frais barbouillait son visage et ses vêtements.
-Ma... Maman... Papa, tremblait-elle en regardant tout autour d'elle. Maman... Papa... Vous êtess où ? Venez... venez me chercher... Pitié...
-..lix... Alix...
Une main sur mon épaule me fit sursauter. Instantanément, mon double d'il y a neuf ans s'évapora.
-Alix, tout va bien ? Tu préfères qu'on prenne une voiture ?
Je regardais Watari en me demandant comment il avait réussi à me trouver cachée à la vue de tous dans ce parc. Car oui, je connaissais parfaitement cet endroit. Non loin de là, se trouvait la maison de mes parents et par conséquent là où ils ont perdu la vie. Je m'étais échappée de justesse et j'avais erré dans les rues jusqu'à ce qu'on m'envoie à la Warmy's House.
Je dégageais la main de Watari d'un coup d'épaule et repris le chemin jusqu'au quartier de L.
