Chapitre 10 : Premiers Pas à l'Université
Le dortoir était très exactement l'idée que je me faisais de l'habitation d'un vampire. Tout était lugubre et froid et pourtant l'agitation qui régnait dans les couloirs était très chaleureuse. Ma chambre étant la 413, elle se situait au quatrième étage.
Même si j'avais l'air d'un zombie dépourvu d'aucun cœur, je me voyais mal laisser un pauvre petit vieux trimballer mes affaires dans quatre étages sans ascenseur. Je l'aidais comme je pu mais mon bras en écharpe était aussi inutile qu'une larve défiant un sanglier.
Je redoutais quand même que Watari ne claque avant d'atteindre le quatrième, mais quand je l'observais devant moi, je ne voyais pas un papy de soixante-dix mais un jeune de trente ans au meilleur de sa forme. D'où est-ce qu'il pouvait bien tenir sa forme ? Entre nous deux, c'était moi qui avait l'air d'une centenaire.
En progressant dans le couloir à la recherche de la 413, je remarquai les regards curieux se poser sur notre duo. Détestant ça, je baissai vivement le regard. Je passai devant une vieille horloge de grand-mère en bois sombre qui devait dater d'un autre temps avant de m'arrêter devant la porte en chêne portant le numéro 413 en chiffre doré.
Alexandra Lockwood
Mallory McDaniel
Voilà ce que disaient deux petites pancartes fixée à la manière d'une boîte au lettre en dessous du numéro.
-Nous y sommes, commenta inutilement Watari. Ouvre la porte, Alexandra.
Moi qui pensait que j'aurai peut-être ma propre chambre. Tout ce que j'espérai était que cette Mallory McDaniel ne sera pas une Queen numéro 2.
J'ouvris donc la porte et là j'eu la curieuse impression d'être dans une autre version de ma chambre à la Wammy's House mais en même temps dans un endroit complètement différent. Le design de la chambre elle-même reflétait le reste du bâtiment, ancien et gothique. Mais la capharnaüm qui qui régnait était vraiment similaire au fouillis ambiant de l'orphelinat. La vraie différence était les objets parsemer d'un bout à l'autre de la chambre.
-Au moins il y a une chose que vous avez en commun toutes les deux, entendis-je dire Watari derrière moi. Un manque totale d'ordre.
Une tête blonde sortie de quelque part derrire un tas un impressionnant de chevalets, de toiles et de … trucs. De grands yeux bleus aciers nous fixaient. Les sourcils aussi clair que la chevelure de blé donnait à ce visage un air d'illuminé qui était en soi attirant.
-Oh de la compagnie ! Fit-elle avec un immense sourire s'étalant sur son visage.
Elle se leva et je remarquais que son uniforme avait été customisé et qu'elle était aussi grande et élancée que Queen mais avec une aura complètement différente. Elle piétina tout sur son passage avant de sauter et d'atterrir devant nous en tendant une main.
-Salut, tu dois être ma colocataire ! Débarrassons nous de ton sac.
Elle attrapa ce que je tenais et le jeta sur un tas de trucs déjà très bancale. Elle prit ensuite ma main valide et la secoua avec force.
-Je suis heureuse qu'on se rencontre. Je suis Mallory McDaniel ! Étudiante en deuxième année en Sciences Sociales, spécialité sciences politiques. Je sais qu'en me voyant ça peut paraître très bizarre en voyant mes affaires. Et tu dois être...
Maintenant toujours ma main entre la sienne elle se déplaça de façon à voir les inscriptions sur la porte.
-Alexandra Lockwood ! Enchantée ! On s'entendra parfaitement, tu verras ! Oh mais je manque à tous mes devoirs ! Entre et vous aussi Monsieur Lockwood ! L'eau est en train de chauffer !
En effet sur un tas de livres précaires, une bouilloire émettant une lueur bleue commençait à fumer. McDaniel m'attira en avant me faisant pénétrer dans cet étrange antre.
-Merci bien miss McDaniel, fit toujours aussi courtois Watari en suivant. Mais je ne suis pas Monsieur Lockwood.
-Oh, vous n'êtes pas le grand-père d'Alexandra ?
Je remarquai qu'elle utilisait déjà mon prénom, ce qui était un signe de proximité ici. Je n'avais pas le sentiment que j'ai montré ne serait-ce qu'un micro signe prouvant que je souhaitais devenir son amie. Même si son aura m'attirait, je devais garder en tête la raison de ma présence ici.
-Non, pas tout à fait. En fait je suis son tuteur. James O'Connor.
Encore ce nom. Où était-il allé chercher un nom pareil ? Il n'avait rien d'un écossais pourtant. Après je sais que Watari n'était pas son vrai nom, puisque c'était Qillish Wammy. Pour entrer à l'école publique, j'avais entrepris une grève de la faim, avait engagé une bagarre et avait finit par faire du chantage en menaçant de révéler à tous la vraie identité de Watari et toute sa vie. Roger se demandait encore comment j'avais fait pour réunir toutes ses données. Un magicien ne révélait jamais ses secrets.
-Assez-vous je vous prie, fit McDaniel en jetant dans un coin reculé les objets des chaises.
Watari laissa dans un coin ma valise et mon sac et prit place. McDaniel servit trois tasses de thé Earl Grey. Watari émit un bref rire de contentement. Décidément cette McDaniel avait toute Watari dans la poche.
Je gardai la tasse sur mes cuisses. Je trouvais qu'il faisait assez chaud pour en boire et d'ailleurs sans la jupe bariolée de mon uniforme, j'aurai déjà eu les jambes en feu.
-Alors d'où venez-vous, demanda McDaniel en sirotant son breuvage.
-De Londres. Mais Alexandra connaît très bien Oxford.
-Oh vraiment ? Mais ça ne fait qu'un an que je suis arrivée ici, et il y a encore des endroits qui me paraissent obscure. J'espère que tu pourras me faire visiter.
Pour éviter à devoir répondre, je me forçai à boire ce liquide bouillant. Je senti des cloques se former dans ma gorge et toute ma trachée s'enflammer.
-Et d'où venez-vous miss McDaniel ?
-Je ne pense pas que vous connaissez. Je viens de Lewes.
-En effet ça ne me dit rien.
-C'est dans sud-est du Sussex. Vous voyez Brighton ?
-Oui tout à fait.
-Bah c'est juste à côté. J'étais élèves dans le pensionnat pour jeunes filles juste avant mon entrée ici. C'est d'ailleurs grâce à ça que j'ai pu être admise à Oxford. Et toi Alexandra où as-tu étudier pour être admise ici ?
Je repris une autre gorgée. Watari parut amusé de la situation. Il continua donc la conservation.
-Alexandra n'a fait que l'école publique mais à cause de son intelligence elle a été acceptée ici assez tôt. Elle n'a que quinze ans.
-Ca ne m'étonne pas tellement. Il y a beaucoup de jeunes prodiges qui viennent ici. Mais je suis curieuse de savoir comment l'idée de venir à Oxford peut venir à une jeune collégienne ?
-Elle voulait marcher dans les traces de ses parents.
-Je vois. C'est honorable de ta part, Alex. Tu me permets de t'appeler Alex ? C'est plus court et plus convivial je trouve.
Je haussai les épaules. Au rythme où elle allait, avant la fin de la journée, j'allais avoir comme surnom Al.
Je me déconnectais assez rapidement de la conversation pour me recentrer dans mon propre monde. Inconsciemment je tripotais le bout de ma cravate bleue marine. Dans ce genre d'endroit, je verrai bien un vampire hanté les lieux. Un vampire reposant dans un cercueil quelque part dans une chambre éclairée par des chandelles, cachée derrière une vieille bibliothèque poussiéreuse. Un vampire scellé qui demande juste une goutte de sang tombant sur son visage pour le ramener à la vie et accomplir sa vengeance.
…
Mouais c'était peut-être une peu trop trash. Où était passé mes mondes merveilleux sans aucune violence ? J'avais à peine mis les pieds dans cette histoire sombre, que mon cerveau en était déjà tout retourner. Pour chasser ses pensées moroses je reprit une gorgée de thé.
Après je ne sais combien de temps assis là à boire et à écouter des inepties, Watari se leva enfin annonçant qu'il était temps pour lui de reprendre la route. Il me demanda de le suivre dans le couloir, pour qu'on soit juste les deux.
-Alexandra, fais très attention à toi. Il ne doit rien t'arriver. L ne se le pardonnerai jamais. Tu as compris ?
Je restais stoïque. Mon regard était attiré par une petite araignée qui venait de prendre au piège une mouche sur le plafond. Watari soupira.
-Prend garde à toi. Au moindre problème contacte-nous. Malheureusement nous devons quitter le pays.
Bah voyons. Ce n'était pas comme si je pouvais espérer autre chose de la part du plus grand détective du monde. Toujours en vadrouille à droite à gauche, semant des gamins en chemin sans aucune considération pour leur vie.
Évidemment, je gardais le silence.
-Au revoir, dis-je simplement avant de me tourner et de rentrer dans ma nouvelle demeure pour les mois à venir.
