Chapitre 12 : La Passion Douteuse du Président du Conseil et l'Étrange Doyen

Nous étions devant la porte du bureau du doyen. Le secrétaire nous avait laissé passer après que Thomson lui ait expliqué la raison de notre retard. Je pouvais déjà l'entendre le dire à tout le monde pendant la pause thé. Les ragots sont toujours allés de bon train que se soit à l'école, à l'orphelinat ou même dans une entreprise. L'humain aimait radoter et colporter des rumeurs. C'était dans sa nature. Il ne pouvait s'empêcher d'émettre un jugement sur tout. Moi même je le faisais actuellement en regardant cette espèce de Président du Conseil des Étudiants en train de danser devant la porte.

Oui il dansait. Je ne voyais pas comment qualifier autrement son manège de sautiller un pied sur l'autre tout en me jetant des regards en coin.

Finalement après cette curieuse démonstration de brassage d'air, il poussa un soupir profond.

-Bon, Lockwood. Surtout ne prend pas peur de notre doyen. Il peut être un peu excentrique mais tout va bien se passer. De toute façon je reste à tes côtés. J'ai promis à Mallo de te ramener en un seul morceau et c'est ce qui arrivera. Prête ? Attention je toque.

Ses avertissements auraient pu me rendre mal à l'aise mais j'avais vécu à la Wammy's House la majorité de mon existence. Donc des types étranges avec des comportements peu orthodoxes ne m'impressionnaient plus.

Il stoppa son geste à un millimètre de la porte avant de retirer sa main et de sortir de la poche intérieur de son blazer son téléphone.

-Donne-moi ton numéro.

-Quoi ? Laissai-je échappée perdue.

-Donne-moi ton numéro de téléphone. Il faut que tu sois sous protection et tu seras sous la mienne.

J'arquai un sourcil. Décidément il avait une case en moins.

-Explique, dis-je simplement en croisant les bras sur ma poitrine.

Thomson était nerveux.

-Arrête d'être ainsi. Je sais que ça te paraît bizarre mais j'ai besoin de prouver à tous que tu es ma protégée.

Je le toisai de la tête aux pieds. Je ne connaissais ce gars depuis à peine quatre heures et pourtant il était encore plus louche que tout l'orphelinat.

-Je n'ai pas le temps de t'expliquer.

-Désolée, mais je ne pactise pas avec des gens que je viens juste de rencontrer, tranchai-je en toquant moi-même à la porte.

Thomson amorça un geste pour m'arrêter mais c'était trop tard. J'avais été plus rapide que lui. Ce qui était rare. Ma vivacité étant équivalent à celle d'une encyclopédie en fin de vie avec des feuilles volant un peu partout.

-Entrez.

La voix étouffée correspondait à celle d'un homme ayant déjà plusieurs années de dur labeur derrière lui. Je pouvais le déceler.

Je posai la main sur la poignée mais Thomson la recouvrit avec la sienne.

-Lockwood, tu es sous ma protection. Tu peux me faire confiance à moi et à mes amis mais pas au corps enseignant.

Lors là ça devenait très intéressant. Est-ce que j'allais pouvoir résoudre cette affaire avant la fin de cette journée ?

Thomson ouvrit la porte et entra le premier.

-Monsieur le Doyen Rowland, nous sommes là, annonça-t-il.

J'emboîtai son pas.

Le bureau du doyen était immense et tellement luxueux que j'avais l'impression d'être entrée à Buckingham Palace. Un homme de la même tranche d'âge de Watari était assis à son bureau le nez plongez dans des dossiers. Il leva la tête à notre entrée. Un large sourire fendit son visage ridé et ses lunettes remontaient sur son nez. Il se leva et nous accueillit à bras ouverts.

-Thomson, enfin vous voilà. Je pensais que vous vous étiez perdu. Même si ça me paraissait compliqué vu comme votre connaissance des lieux.

-Pardonnez-nous notre retard, fit Thomson avec son sourire de façade plaqué sur ses lèvres. Mrs Jones a eu du mal à nous laisser passer l'accueil.

Mr Rowland laissa échapper un petit rire.

-Ca ne m'étonne pas d'elle. Il ne faut pas lui en vouloir. Ça fait tellement d'années que vous la faites tourner en bourrique.

Rowland se mit à rire avant que son regard bleu acier ne se pose sur moi.

-Il n'y a aucun doute. Tu es la fille de ces chers Gwendoline et Thomas. La fille Lockwood. Ton tuteur m'avait informé de ton potentiel. J'avoue que je t'imaginais un peu plus âgée mais c'est vrai qu'en sachant qui sont tes parents, il était évident que leur progéniture soit précoce. Mais je suis d'un rustre. Venez vous asseoir tout les deux ! Je vais demander à Mike de nous servir le thé.

Nous étions installés dans le coin avec des canapés et des fauteuils très chers, exclusivement réservé aux invités du doyen. J'étais à côté de Thomson qui faisait parlait encore et encore comme sa cousine de tout et de rien. Contrairement à McDaniel qui aimait raconter tout ce qui lui passait par la tête pour combler le silence, Thomson cherchait délibérément à détourner l'attention du doyen. Je ne comprenais pas la raison de ce manège.

Était-ce une façon de me dire de me méfier de Rowland ? Pourtant Watari m'avait assuré que c'était un vieil ami à lui. Pour être plus exacte il l'avait affirmé à Thomson. Pour moi il était évident que Rowland et Watari était de la même trempe. Ils avaient les même manières de papy gâteau pouvant pardonner à ses protégés les pires manières de l'univers.

Finalement Rowland se détourna de Thomson qui lui parlait des joies de la vie à Oxford.

-Et toi Alexandra, j'ai entendu par James que tu étais à l'orphelinat à Londres. Qu'est-ce que ça te fais de revenir à Oxford après tout ce temps ? Après je suppose que tu ne dois pas en garder beaucoup de souvenirs. Tu étais encore très jeune quand James t'a récupérée.

C'était comme si j'avais reçu un coup de poing dans l'estomac. Rowland devait réellement connaître Watari et mon histoire pour pouvoir tout balancer comme ça.

Je serrai les poings alors que Rowland attendait ma réponse. Thomson perçu ma rancœur contre cet homme qui faisait ressurgir de lourdes pensées. Le Président du Conseil Étudiants se racla la gorge.

-Monsieur le Doyen Rowland, vous ais-je déjà dit que mon oncle vous passait le bonjour ?

-Thomson, ça fait vingt minutes que tu parles. J'aimerai entendre la voix de ta junior, si tu permets.

Le regard intense du doyen me pétrifiait. Je n'avais pas envie de lui parler. Bien que lui et Watari devait sortir du même moule, ils étaient très différents l'un de l'autre. Je prierai intérieurement que quelque chose se passe. N'importe quoi.

La probabilité que quelque chose d'inattendu se produise était quasiment nul. On ne voyait ça que dans les films ou dans les livres. Pourtant...

Un téléphone se mit à sonner.

Thomson me donna des petits coups de coudes.

-Lockwood, c'est ton tel.

Je le regardais avec des grands yeux avant de capter ce qu'il me disait. Je sortis immédiatement le téléphone de la poche de mon blazer et en effet j'avais un appel.

Ruru 3

J'arquai un sourcil. Qui était ce Ruru ? C'était quoi ce cœur ?

Je décrochai méfiante.

-Allô ? Dis-je simplement.

-Alexandra.

Je sursautai. Cette voix était celle de L. Mais pourquoi était-ce écrit Ruru sur mon téléphone ? Et surtout pourquoi y avait-il un putain de cœur ?

-Je sais que tu es en ce moment dans le bureau de Rowland. Fais attention. James et moi montons dans l'avion pour le Japon. Je t'appelle quand nous arrivons.

-...

-Tu es sensée dire quelque chose si tu veux que ça fonctionne.

-...

J'entendis L soupirer.

-Essaie de t'ouvrir comme je te l'ai dis.

-Pourquoi un cœur ? Demandai-je finalement.

-Pardon ?

Je plissai les yeux même si je savais qu'il ne pouvait pas me voir.

-Oh tu parles du nom du contact. C'est James qui a tout enregistrer. N'y prend pas garde. Nous devons embarquer. À bientôt Alexandra.

Je raccrochai et fixais l'écran des contacts. Il y en avait trois.

Ruru 3

James

Loulou :3

Bon Ruru était L et James Watari. Qui était Loulou ? Aucune idée.

-C'était ton petit-ami ? Demanda Thomson qui avait vu le nom du contact.

Si je n'étais pas en pleine réflexion quant à savoir qui était ce Loulou, j'aurai vomi de dégoût suite aux propos de Thomson. Je ne sais pas s'il se rendait compte de la différence d'âge entre nous deux.

-Je dois y aller, dis-je soudainement en me levant.

-Une urgence ? Demanda Rowland.

L m'avait dit de me méfier de lui. Bien que je détestais cette espèce de détective, je ferai mieux de suivre ses conseils.

-Oui, dis-je simplement. Merci pour le thé.

Je m'inclinai légèrement et partis sans demander mon reste.

Cependant j'eus à peine le temps de faire dix pas dans le couloir, qu'une sangsue m'agrippa par le col de mon blazer.

-Lockwood attend-moi !

Je lui jetai à peine un regard avant de reprendre ma route. Mais Thomson me maintint en place. Il passa à nouveau son bras autour de mes épaules et prit un air de conspirateur.

-On n'est pas sensé repartir aussi tôt. Si ça ne te dérange pas, tu peux rester dans les parages, le temps que je fasse un petit tour.

-Pourquoi je devrai t'attendre ?

Thomson sourit.

-Car nous sommes proches, Lockwood. Nous sommes amis.

J'eus un sourire en coin.

-Tu appelles tout tes amis par leur noms de famille ?

-Je vois que tu sais tenir une conversation. Impressionnant. Et s'il n'y a que ça qui te dérange, à partir de maintenant tu seras ma petite Al.

-Non.

-Quoi non ? Moi je te dis que si. Bon reste juste ici. J'en ai pour cinq minutes.

-Trois.

-Quatre, négocia-t-il.

-Deux, continuai-je.

-Quoi ? Dit-il outragé mais c'est injuste !

Je commençai à repartir. Thomson me ramena contre lui, mon dos contre sa poitrine.

-D'accord, d'accord. Deux minutes. J'arrive tout de suite. Si on te pose la question, dis juste que je suis aux toilettes.

Thomson me fit un sourire et frotta le sommet de ma tête avant de disparaître au détour du couloir. Décidément ce gars était vraiment bizarre. Je sortis mon téléphone et pour faire bonne mesure j'activais le chronomètre. Dans deux minutes je partirai, qu'il soit là ou pas.