Chapitre 13 : Soirée Rocambolesque à la Chapelle

Il ne restait qu'une seconde quand Thomson arriva essoufflé et le visage rouge tomate.

-Piouf ! Fit-il alors que j'arrêtai le chronomètre. Tu es sacrément dur en affaire Al.

-M'appelle pas comme ça, dis-je en faisant demi tour.

-Hé ! Attend-moi !

Mrs Jones nous jeta un sale regard alors que nous quittions le bâtiment administratif.

-Al ! Moins vite ! M'appela Thomson alors que je traçai à travers la cours.

Je m'arrêtai une fois sûre qu'il n'y avait personne pour prêter attention à nous. Je me tournai vers lui en lui jetant un regard assassin.

-Explique.

-Tu es encore là dessus, sourit Thomson. Je te l'ai dit, ce ne sont pas des histoires pour les enfants.

Il voulut encore me prendre dans son emprise mais je l'esquivais.

-Reste loin de moi, le rejetai-je en me dirigeant vers les dortoirs.

-Impossible, dit le Président du Conseil.

Je m'arrêtai et me tournai face à lui.

-Pourquoi ?

-Tu es ma junior, bien sûr !

Il était limpide que je n'obtiendrai aucune vraie réponse. Je devrai me contenter de cette excuse bidon. Fatiguée de devoir le supporter je retournai à ma chambre avec lui sur mes talons. Je ne lui permis pas d'entrer. Au moment où j'allais fermer la porte je l'entendis dire.

-Je passe te prendre demain soir à dix-neuf heures pour la soirée à la Chapelle !

-Non. Dis-je en claquant la porte.

C'était inutile car il sera là.

-Alex, fit McDaniel en me sautant dessus. Il te t'a rien fait ? Tout va bien ? Tu n'es pas traumatisée ? Tu veux du thé ? Tu as faim ?

Je ne sais pas si je préférai être aux prises de McDaniel ou de Thomson.

-Je suis fatiguée, dis-je simplement en retirant mon uniforme pour un pyjama avant de grimper dans mon lit attitré.

Pour dire la vérité, je n'avais pas sommeil mais si je restai en bas, il aurait fallut que je réponde et que je soigne mon attitude. Chose que je ne savais pas maintenir. En plus j'avais vraiment besoin de paix.

-Tu ne veux pas manger avant de te coucher ?

Je ne répondis pas feignant un sommeil profond sous ma couette.

Obligatoirement, j'étais bien incapable de dormir. Mon esprit tournait à mille à heure avec aucune chance de m'accorder le moindre répit. J'étais à Oxford. Dans l'université qu'avait fréquenté mes parents même bien après la fin de leurs études. Mon nom était connu dans l'université et j'étais entourée de mecs aussi fêlés les uns que les autres. Je n'avais aucun moyen d'être moi même sous peine d'être découverte. De plus je n'avais pas la moindre idée comment gérer cette enquête. Comment se faire accepter dans un cercle privé ? Même si le nom de Lockwood ouvrait bien des portes, pas sûr qu'une gamine de quatorze ans y soit accepté sans un réel exploit.

Je poussai un profond soupir en mon fort intérieur. Je voulais clore au plus vite cette affaire pour pouvoir me débarrasser de L mais d'un autre côté je savais ce qu'impliquerai une enquête bouclée très vite. Le retour à l'orphelinat.

Au final je ne dormi même pas trois heures cette nuit-là. La perspective de retourner voir tous ces intellos plus malins que tout le monde m'horrifiait. Sans oublier que Amanda ne me laissera plus jamais en paix.

Très tôt ce matin là, j'entendis McDaniel sortir de son lit et se préparer. Elle avait mis en marche la bouilloire qui orchestrait un bruyant concert d'échauffement d'eau. McDaniel fredonnait des chants en s'habillant et préparant ses affaires. Si je dormais, j'aurais à coup sûr été réveillée par son cirque. Je ne fis cependant aucune réflexion et me contentais de fixer le mur boisé.

La bouilloire finit son fracassant concert. McDaniel émit une exclamation satisfaite. Plusieurs bruits de vaisselles plus tard et la voix de ma nouvelle colocataire éclata.

-Le thé est prêt ! Alex debout !

Aucune réponse.

-Allez fais pas la marmotte ! On a plein de trucs à faire aujourd'hui !

Aucune réponse.

-Ne me dis pas que tu dors encore ! On doit profiter de cette dernière journée de liberté !

Je devrai peut être l'écouter car c'était à coup sûr ma dernière journée tranquille avant longtemps.

Mais je ne bougeais pas.

J'entendis du mouvements et bientôt je sentis une ombre au-dessus de moi alors que mon matelas s'enfonçait dans mon dos.

Ma couette vola loin de moi et le froid m'envahit. Je fus donc contrainte de me retourner pour regarder l'expression d'ahurie permanente du visage de McDaniel.

-Tu vois, je savais que tu ne dormais pas, petite marmotte. Le thé est prêt ! Lève-toi !

Avec autant d'envie qu'un poisson voulant sauter dans une friteuse, je descendis de la mezzanine comme je le pouvais avec un bras en moins. Ce plâtre était vraiment un sacré fardeau.

J'aspirai plus que je ne bu le liquide bouillant avant de m'enfermer dans la salle de bain pour tenter d'éviter le monologue incessant de McDaniel. J'ai bien dit tenter. Car visiblement ça ne servait à rien. McDaniel continuait de me raconter sa vie à Lewes et de balancer tout un tas d'horreur sur ses professeurs et camarades de classe de son pensionnat. Le fait que j'essayais de me noyer avec le pommeau de douche ne l'inquiétait pas le moins du monde.

Je sortis de la salle de bain, les cheveux trempés et un visage aussi impassible qu'un mur en pierre.

McDaniel éclata de rire. Elle alla dans la salle de bain et en ressortit avec une serviette.

-Tu es vraiment trop drôle ! Allez viens là que je te sèche les cheveux. T'as l'air d'avoir fait une exploration sous-marine dans la Tamise.

Elle me fit asseoir sur sa chaise de bureau et me frictionna les cheveux pendant cinq bonnes minutes. Elle frotta même mes oreilles. Je les sentais chauffer.

-J'ai l'impression de sécher les cheveux de ma petite sœur. Elle s'appelle Iris. Oui comme la fleur. Ce qui est bizarre vue que mon nom n'a aucun rapport avec les fleurs. Tu as quel âge d'ailleurs ? Quinze quatorze ? Comme ma petite sœur ! Je suis sûre que vous vous entendrez parfaitement toutes les deux. Mais là elle est entrée en pensionnat. Je la plains. Tu sais que là bas tu dois suivre des heures sup de cours jusqu'à acquérir les bonnes manières des dames de bonne société. Ma petite sœur est très forte à ça. Elle avait été nommée cheffe de dortoir l'an dernier.

Et patati et patata. Je me déconnectais du babillage de McDaniel réfléchissant à un excellent plan pour l'éviter le reste de la journée. Je ne sais pas si je préfère Queen et son côté diva comme coloc ou une pie qui n'arrête pas de jacasser. Tout ce que je sais, c'était que ma boîte crânienne commençait sérieusement à me faire mal. C'était comme si mon cerveau voulait s'échapper loin de McDaniel sans nécessairement s'encombrer de mon corps.

Néanmoins, j'eus un moment de répit quand McDaniel brancha le sèche cheveux. Le bruit de la ventilation sonnait tel le son rédempteur qui apaisait mon cerveau. Malheureusement ce calme ne dura pas. Dès que le sèche-cheveux fut couper, McDaniel, qui n'avait cessé de papoter, racontait maintenant comment son frère aîné s'était lancé dans un voyage autour du monde à la recherche de l'existence des créatures surnaturelles de type yéti, monstre du loch Ness, croquemitaine et seulement je pouvais aller le rejoindre. J'aurai peut-être un semblant de paix loin de ce moulin à paroles.

McDaniel s'était emparée d'un peigne. Je m'étais préparée psychologiquement à ce qu'elle m'arrache les cheveux. Mais rien. Elle avait appliqué sur mes cheveux un produit inconnu et les peignait comme si de rien n'était. Je ne sentis absolument rien du tout.

-Tes cheveux ressemblent tellement à ceux d'Iris, que j'ai l'impression qu'elle est là avec moi. J'ai remarqué hier que ta tresse était très jolie mais très maladroite. Je suis persuadée que c'était ton grand-père qui te l'a fait. Ne le prend pas mal mais je ne pense pas que tu sois très forte pour te coiffer. Mais pas de panique ! Maintenant que tu m'as moi, tu n'auras plus jamais un cheveux de travers !

Watari n'était pas mon grand-père. Je soupirai intérieurement. Watari lui avait pourtant explicité qu'il était mon tuteur. Mais passons. Je n'avais pas envie de la contredire. Par la suite, j'eus droit à une véritable dissertation sur les différents types de tressages de cheveux pas intéressant.

J'allais me taper la tête contre les murs si personne n'avait toqué à notre porte. Comme si j'avais eu les fesses brûlées, je bondis hors de ma chaise et loin des mains de McDaniel pour ouvrir la porte à mon sauveur.

Dans l'encadrement de la porte se tenait deux personnes plus grandes que moi. Une fille aux cheveux auburn avec un large sourire creusant des fossettes dans ses joues et un garçon roux aussi baraqué que les larbins de Queen.

-Salut Lockwood ! Tu ne nous connais peut être pas, fis la fille enjouée, mais nous faisons partis du Conseil Étudiant !

Mes yeux se rétrécissement. J'avais déjà aperçu ces deux loustiques aux côtés de Thomson la veille.

-Je me présente, Abbygaelle Parker. Je suis le bras droit du Président que tu connais déjà. Et voici Milo Cooper, le secrétaire du Conseil.

Elle tendit la main mais je ne fis pas un mouvement. Que me voulait encore Thomson. J'espère pas encore une bonne excuse pour aller fouiner dans les bureaux administratifs.

Parker échangea un regard avec Cooper avant de s'emparer elle même de ma main et de la secouer dans tout les sens.

-C'est un vrai plaisir de te rencontrer. Mes parents étaient les juniors des tiens.

Super.

-Justement en parlant de camaraderies, Tony nous envoie pour savoir si tu avais besoin de quoi que se soit.

Je fus entraînée en arrière et une cascade blonde apparue sous mes yeux.

-Si mon cousin souhaite parler à Alex, il n'a qu'à venir de lui-même. Maintenant veuillez nous pardonner, mais nous sommes occupées.

-Mallory, nous voulons simplement parler avec Lockwood, fit Cooper.

-Vous lui parlerez donc ce soir, à la Chapelle.

McDaniel ferma la porte sur leur nez et se tourna vers moi.

-Ça va ?

J'acquiesçais sans vraiment comprendre ce qu'il venait de se passer.

-Je sais que je peux me montrer intrusive dans ta vie privée et t'empêcher de sociabiliser avec les autres mais je veux que tu sois bien au courante des risques que tu encours à fréquenter le Conseil. Pour la faire court, ils sont souvent fourrés dans les affaires d'autrui et aiment par dessus tout avoir le contrôle sur tout. Ils sont à la tête de l'Université depuis quelques années déjà car ils ont une bonne réputation mais tout ça ce n'est que de la poudre aux yeux. Si tu veux vivre tes années de fac tranquille, je te déconseille de t'associer à eux. Après je ne peux pas t'empêcher d'avoir une petite conversation avec eux se soir pour en savoir un peu plus.

Après ce petit topo, McDaniel semblait beaucoup plus calme que ce matin. Elle parlait beaucoup moins, ce qui était un soulagement pour mes oreilles et surtout me laissa seule quand elle décida de partir se balader au bord de l'Isis avec des amies à elle.

Je profitais de cette tranquillité pour m'aventurer dans les dortoirs. Les couloirs étaient presque vides. En même temps, c'était la température idéale pour se prélasser ailleurs que dans sa chambre. À chaque étage du dortoir, il y avait une petite salle commune, avec une télé des fauteuils, des canapés et un coin cuisine. Pour le moment il n'y avait personne mais le cadre était très agréable. Je me demandais si la cheminée était allumée en hiver ou si elle servait juste de décoration.

Au rez-de-chaussée, il y avait également une salle commune mais plus grande avec un panneau d'affichage et les boîtes aux lettres correspondant à nos chambres. Il y avait aussi un petit local qui était le bureau du concierge que je n'avais jamais vu.

Je sortis dans la chaleur de cette fin d'été pour faire le tour du bâtiment gothique. Je remarquai vite une petite porte qui abritait un appartement de fonction. Sûrement celui du concierge. Je laissais mes pieds m'entraîner un peu partout autour du bâtiment. J'atterris même dans une grande cours qui avait une aura mystique avec son magnifique bassin situé au milieu. La fatigue du manque de sommeil me rattrapant je m'assis au bord du bassin et je fixai le flux de l'eau.

J'avais une envie irrépressible de le capturer avec mes crayons mais je devais me contenter de l'observer. Je pouvais voir la déesse Ganga d'un fleuve en Inde entre de chevaucher des Ceffyl dŵr, ces chevaux gallois imaginaires.

Plongée dans mes pensées je remarquai à peine le temps qui passait. Je retournai à la réalité quand mon estomac commença à gronder aux alentours de treize heures. Je me levai et me dirigeai au hasard dans une direction espérant trouver la cantine.

Finalement après plusieurs dizaines de minutes à tourner en rond infructueuses, je me retrouvais hors du campus, devant une épicerie. Je fouillai dans les poches de mon pantalon à la recherche de quelques pièces. Je devrai garder le plan de la fac avec moi pour la prochaine fois.

Heureusement je trouvai cinq livres sterling dans mes poches, bien assez pour prendre de quoi se sustenter.

Je me trouvais une place au bord de l'Isis sur l'herbe. Mon paquet de chips sur les genoux, je mangeais mon sandwich au poulet le regard perdu dans l'eau. Je devais vraiment commencer à réfléchir à une stratégie pour me faire accepter au sein de l'Empire Society. Pour ça, il n'y avait trente-six-mille solutions. Je devais être parrainée. Le plus compliqué était de trouver quelqu'un pour accomplir cette tâche.

J'ouvris mon paquet de chips dès que mon sandwich fut fini et grignotai. Le côté croustillant des chips était assez étrange sous la dent. Je n'avais plus l'habitude de manger ce genre de chose. À l'orphelinat, nos repas étaient basés sur un régime alimentaire sain pour le corps et pour l'esprit. Mais je me souviens que j'en mangeais avec mes parents. D'ailleurs est-ce qu'ils faisaient partis de ce cercle ? Si c'était le cas, j'aurais plus de chance de me faire intégrer.

Je repartis en direction des dortoirs, bien après avoir fini mon paquet de chips. La nuit commençait doucement à tomber et je devais me rendre à la soirée de bienvenue. Je n'avais aucune idée où se trouvait la Chapelle. Mais il me semblait que cet abruti de Thomson allait m'attendre sur le pied de grue. Je pourrai peut-être tenter d'en savoir plus sur l'intégration dans l'Empire Society.

Comme prévu, la chevelure blonde de Thomson se tenait devant la porte de la chambre 413.

-Oh Al ! Te voilà ! S'exclama-t-il en me donnant une grande tape dans le dos qui me coupa le souffle. Tu es prête pour la soirée ?

Je sortis les clés de ma poche.

-Qu'est-ce que tu fais ? Tu rentres ? Tu n'as pas oublié que tu devais venir j'espère !

-Je dois me changer, dis-je simplement.

-Pas la peine ! L'uniforme n'est pas de rigueur pour ce soir. Tu es très bien comme tu es. Allez on y va !

Tout comme la veille, Thomson m'entoura les épaules de ses bras et me traîna hors du dortoir.

-As-tu un peu explorer les alentours aujourd'hui ? Si tu veux, je serais ton guide. Après tout nous sommes amis. En parlant d'amitié, que dirais-tu que nous nous échangions nos numéros ? Je peux comprendre qu'hier c'était un peu tôt pour demander. Mais aujourd'hui...

Je ne trouvais aucune bonne excuse à lui rétorquer alors je me contentais de l'ignorer. Il était hors de question que je lui donne mon numéro de téléphone. Il ne fallait pas pousser le bouchon trop loin.

-Enfin, après tout ce n'est pas encore pressé. Bon pour cette soirée, écoute-moi bien, tout le monde va comprendre que tu es sous la protection du Conseil et comme ton tuteur l'a demandé, tu seras hors de danger. Tu pourras nous considérer comme tes grands frères et sœurs. D'ailleurs Abby et Milo t'aiment déjà beaucoup. Je sais que ma cousine n'a pas été des plus sympa avec eux. Mais il faut la comprendre. Elle a du mal à sociabiliser. Un peu comme toi... non en fait elle est différente de toi. À l'école...

Blablabla. Thomson et McDaniel n'étaient pas cousins pour rien.

Nous arrivions face à une tour qui était bien plus récente que le reste de Nuffield College.

-Sa construction a été achevée en 1961 sous la direction artistique de John Piper. Tu verras à l'intérieur, l'autel, les vitraux et les chandeliers tout a été orchestré par lui. En temps normal la chapelle n'est ouverte au public que lors de la Journée Portes Ouvertes d'Oxford qui a lieu la semaine prochaine. Sinon elle est surtout réservée lors des cérémonies qui sont liées à l'Université ou bien pour des événements spéciaux. Sache qu'on a eu beaucoup de mal à obtenir le droit de tenir une fête ici. On peut dire, que nous nous donnons énormément de mal pour bien accueillir nos étudiants et faire en sorte qu'ils se sentent bien. Allez entrons.

Jouer les guides touristiques devait être une autre passion étrange de Thomson. Je le suivis.

La Chapelle était déjà noire de monde. Je n'étais pas très à l'aise. Les voix des centaines de personnes présentes résonnaient dû à la résonance du lieu. Un mal de tête commençait à pointer le bout de son nez. Je le mis cependant de côté en regardant autour de moi. Je ne pus m'empêcher de jeter un regard aux vitraux et à l'autel dont a parlé Thomson. Je le suivis d'ailleurs jusqu'au bout.

Il fut accueillit par les deux ostrogoths de ce matin et toute une suite de jeunes adultes.

-Les gars, annonça Thomson en me donnant une grande tape dans le dos. Je vous présente notre jeune aspirante pour intégrer le Conseil. Alexandra Lockwood.

-Pardon ?! M'exclamai-je alors que les autres semblaient plutôt ravis.

-Félicitations, Lockwood, fit Parker.

-Tu seras certainement l'une des plus jeunes à intégrer le Conseil Étudiant, ajouta Cooper.

-Tu es très mignonne, fit un autre dont je ne connaissais pas le nom.

-Brad, calme ton lolita complex, tu vas nous la faire fuir, dit encore un autre gars.

Thomson me regarda puis parut étonné.

-Qu'est-ce qu'il y a ? Je pensais que la nouvelle t'enchanterai Al. Tu sais, nous n'acceptons pas n'importe qui au Conseil.

-Ça c'est sûr, dit une voix derrière moi.

Je sursautai et me tournai pour voir qui avait parler. C'était McDaniel. Elle avait les bras croisés sur sa poitrine et tapait du pied. Elle lançait des éclairs via ses yeux vers le Conseil. Elle ressemblait à Amanda quand elle tentait de garder son calme pour que je descende du chêne. Mais elle explosait à chaque fois. Je me demandai vaguement si les deux avaient la même patience très limitée.

-Mallo ! S'écria enthousiaste son cousin. Je ne pensais pas que tu viendrais. Tu veux boire quelque chose ? Malheureusement nous n'avons pas d'alcool. Tu sais comment est le vieux McDamon.

Une paire de mains de posèrent sur mes épaules et je fus attirée en arrière tout droit contre la poitrine de McDaniel. Cette dernière jeta un regard électrique à Thomson.

-Je suis venue voir si tu ne tentais pas de retourner le cerveau de ma jeune colocataire.

Je remarquai soudainement qu'il y avait moins de personnes derrière Thomson. Ses acolytes s'étaient éclipsés discrètement à l'arrivée explosive de cette étrange cousine du Président. Thomson éclata d'un rire en faisant un geste qui chassait les propos absurdes de McDaniel.

-Mais non, voyons. Où vas-tu chercher ce genre d'idé es vraiment trop protectrice envers ta colocataire. Est-ce à cause de la dernière qui t'a abandonné au profit de son copain ? Tu ne devrais pas laisser le passé t'affecter. Al ne risque absolument rien en notre présence. Et si je veux la faire entrer au Conseil c'est justement pour que rien ne lui arrive.

-Sans lui demander son avis ? Et d'ailleurs c'est quoi cette histoire d'aspirante au Conseil ? Je n'en ai jamais entendu parler.

Thomson ne se départit pas de son sourire confiant. Ses yeux pétillaient de bonheur face aux questions de sa cousine. Je pouvais clairement voir, que ça devait faire une éternité que les deux n'avaient pas une conversation aussi longue.

-Pourtant ça a toujours été comme ça. Les nouveaux membres sont nommés aspirants avant d'intégrer le Conseil. Après généralement les nouveaux sont nommés dès l'élections donc ne passe que très rarement par la case aspirant. Mais comme les élections ne sont que le mois prochain, je ne peux pas d'embler accepter un nouveau membre sous condition à ce qu'on ne soit pas nommé à nouveau.

-Ne me fais pas rire. Tu es toujours élu.

-Je suis touché par ta confiance en moi, ma chère Mallo. Mais malheureusement en politique on n'est jamais sûr de rien. Mais ne t'inquiète pas ta précieuse petite colocataire est entre de bonnes mains.

-Et tu lui as demandé son avis au moins ?

McDaniel le foudroya du regard. Il n'y avait plus personne derrière Thomson et même mes poils s'étaient hérissés sur mes bras. Moi aussi j'avais une envie de fuir vers le buffet, de préférence dessous pour être cachée par la longue nappe blanche. Mais je ne pouvais rien faire. McDaniel me tenait avec force contre elle.

Cela faisait à peine deux jours que j'étais arrivée ici et j'étais déjà en plein cœur d'une guerre visiblement unilatérale entre deux cousins. C'était vraiment la poisse. Dire que je le supportais juste pour que le chêne de la Wammy's House ne soit pas abattue.

Même Thomson semblait voir que la réponse à cette question allait déterminer s'il allait pouvoir être réélu à titre posthume ou non.

Une idée de génie lui vint. Il regarda son poignet dénudé et s'exclama dans un jeu d'acteur lui vaudrait certainement un César.

-Oh tu as l'heure ma très chère cousine ? Il est temps que je commence mon discours.

J'étais fascinée par sa compétence hors du commun à lire l'heure sur ses poils de bras. Si j'avais la langue bien pendue, à coup sûre, je lui en aurais fait la remarque. Cependant à l'heure actuel je ne pouvais pas faire la maligne entre les griffes d'une tigresse voulant protéger son petit. Et dire qu'elle m'avait assurée qu'elle me laisserai tranquille ce soir pour que je puisse me faire ma propre opinion de son zigoto de cousin.

Thomson attrapa un micro que lui tendait l'un de ses acolytes et monta sur l'estrade où se trouvait l'autel. Il accorda un sourire à sa cousine avant de mettre le micro à ses lèvres. J'entendis McDaniel renifler de dédain.

-Bonsoir à tous !

Aussitôt, il capta l'attention de tout le monde.

-Tout d'abord je vais me présenter. Je suis Anthony Thomson le Président du Conseil des Étudiants actuel. Je suis très heureux de vous revoir pour certains et de vous rencontrer pour les nouveaux arrivés. Je vous souhaite la bienvenue à tous pour cette nouvelle année à l'Université d'Oxford. Cette soirée est faite pour apprendre à mieux nous connaître et nous rencontrer. Avant de vous laisser tranquille, je tiens juste à vous préciser que ce lieu reste un lieu de culte et je vous demande donc beaucoup de respect. Ainsi notre chance d'occuper ce lieu rempli d'histoire et d'arts, nous a été prêté dans la seule condition de ne pas sombrer dans la décadence. Merci à tous de prendre en compte ce détail. Maintenant je vais encore vous ennuyer un peu. Le Conseil des Étudiants actuel organisera une nouvelle soirée dans trois semaines pour vous divertir. D'autres soirées seront à prévoir tout au long de l'année si nous sommes renommés le mois prochain. Mais je laisserai le soin aux étudiants de voter pour cela. Ce soir n'est pas à la campagne électorale mais à l'amusement. Tout au long de l'année vous risquez peut être de rencontrer des problèmes ou bien d'avoir des suggestions pour nous aider à améliorer la vie au campus. N'hésitez pas à nous faire part de tout ce qui vous passe par la tête en nous contactant via les coordonnées que vous trouverez absolument partout sur le campus. Et voilà, je vous laisse vraiment profiter de cette soirée. Un dernier zèle de folie avant une nouvelle année de dur labeur. Merci à tous !

J'entendais plusieurs filles succomber au charme chaleureux de Thomson et des garçons approuver de la tête. Les applaudissements qui retentissaient au centuple dans la nef de la Chapelle firent vibrer mes tympans. Je pouvais presque parier que Thomson et sa clique serait réélus la mois prochain. Ce qui signifiait...

Ma place au sein du Conseil sera assuré alors que je n'ai rien demandé à personne. Avec recul, ce sera peut être une bonne occasion pour tenter d'en savoir un peu plus sur l'Empire Society mais je redoutais d'aborder moi même le sujet. Même si mes parents avaient étudiés ici, je n'en restais pas moins une novice. Je devrais me montrer prudente et pas ambitieuse. Ça ferait mauvais genre et entacherai à coup sûr ma crédibilité. Non. Le mieux était que je laisse mes oreilles traîner un peu partout dans l'optique que quelqu'un laisse échapper par mégarde la précieuse information.

J'étais plonger dans mes réflexions quand la voix de McDaniel résonna au creux de mon oreille me faisant presque sauter au plafond.

-Alors, Alex, que penses-tu de mon cousin ?

Je la regardais. La question quant à la haine à sens unique de McDaniel me tarauda l'esprit. Ce n'était cependant pas mes affaires. Si je voulais aspirer à une vie en colocation paisible mieux valait éviter les sujets qui fâchent. Je me contentais donc d'un haussement d'épaules.

-Je vois que tu ne juge pas les gens aussi facilement. C'est un don. La majorité des gens émettent un jugement avant de réfléchir mais toi j'ai tout de suite vue que tu étais une tête pensante. Ta place est à Oxford comme les grands de ce monde qui sont passé ici.

Je fis un demi sourire. Ni approuvant, ni niant les propos de ma colocataire me mettait dans la position d'un sage. Ce qui était pas plus mal.

-Je pense que je ne risque rien en te laissant seule. Je dois aller voir mes amis. Si jamais tu as un problème tu m'appelles.

Elle ébouriffa mes cheveux qu'elle avait elle-même coiffée puis se dématérialisa au passage d'un petit groupe. Il y avait tellement de monde que c'était vraiment comme si elle avait disparu.

Je ne restais pas seule bien longtemps. Cooper et Parker m'attrapèrent et très vite je fus à nouveau au centre de l'attention du Conseil. McDaniel n'étant plus dans le coin, ils se lâchèrent tous et parlèrent tous en même temps. Je ne compris rien de ce qu'ils racontaient. J'avais l'impression que le loup n'étant pas là, les poules pouvaient piailler en paix en une cacophonie qui vous faisait envier la surdité de Beethoven.

-Vous là ! Tonna une voix caverneuse.

Mes poils se hérissèrent et un silence digne d'une veillée funéraire s'installa dans toute la Chapelle. Un homme tellement sec qu'il ressemblait à un petit beurre oublié sous le soleil, se tenait debout grâce à une canne en bois dont le pommeau était finement ciselé. Du coup c'était une biscotte desséchée avec beaucoup de classe. Drôle de mélange.

Biscotte Desséchée pointait du doigt, ô surprise, Thomson. Il marcha avec une énergie insoupçonnée vers Thomson. Ce dernier qui était en grande conversation avec des étudiants à quelques mètres du Conseil gardait toujours son sourire publicitaire. Je ne sais pas pourquoi mais la sincérité dans ce sourire m'agaçait au plus haut point.

-M. McDamon ! S'exclama Thomson en s'approchant de lui prêt à lui serrer la main. Comment allez-vous en cette magnifique soirée ?

On dirait qu'il invitait un vieil ami dans sa splendide demeure. Sans pouvoir le contrôler je levai les yeux au ciel.

-Thomson, fit Biscotte Desséchée en le fusillant du regard tout en gardant ses mains loin de l'étreinte de Thomson. Tu crois que je n'ai pas saisi ton petit manège ?

-Quoi donc ? Y a-t-il un problème M. McDamon ? Comme vous pouvez le voir, cette soirée est tout ce qu'il y a de bon enfant. Aucun alcool, aucune drogue, aucune débauche.

-J'espère bien pour toi. J'ai remarqué que tes petits copains avaient encore fait des leurs hier.

-Hier ?! Qu'est-ce qui s'est passé ? Tout s'est déroulé parfaitement bien.

Même si le soutire de Thomson avait tout ce qu'il y avait de plus sincère, son ton était horriblement exagéré faignant la surprise. Il ne fallait pas être un génie pour comprendre de quoi parlait Biscotte Séchée.

-Tu as encore fait des vagues à l'administration. Avec ta petite-amie.

Si j'étais en train de boire, je me serais étouffée à l'entente de ses propos sans queue ni tête. Thomson émit un petit rire.

-Je pense que vous vous fourvoyez, mon brave M. McDamon.

Thomson me trouva du regard et m'attrapa par les épaules pour me guider face à Biscotte Séchée. Du coin de l'œil je vis un étudiant tenant un verre d'eau. Je suis sûre que je pourrai l'utiliser pour le faire dissoudre en cas d'attaque.

-Cette jeune fille n'est en rien ma petite-amie. Elle est notre aspirante au Conseil des Étudiants et ma junior. Par conséquent sous notre responsabilité. M. Le Doyen est très proche de son tuteur et voulait donc la rencontrer pour un échange de banalités affligeantes et peu intéressantes pour des adolescents de son âge. Ma très chère junior voulait donc partir plus tôt. Cette brave Mrs Jones a juste eut du mal à comprendre que M. Le Doyen nous avait invité à prendre le thé. Comme vous pourrez le constater tout ceci n'est qu'un fâcheux malentendu qui a conduit à ce grabuge.

BOUM !

Biscotte Séchée abattit violemment sa canne sur le sol de la Chapelle, nous faisant tous sursauter. Le son continuait à se répercuter contre la paroi du lieu de culte.

-Arrête de baratiner ! C'est tout ce que tu sais faire. Parler ! Ça suffit ! Je me fiche de savoir que M. Le Doyen voulait prendre le thé avec une gamine.

-Attention, ce n'est n'importe quelle...

-Tais-toi !

Thomson se tut instantanément. Ce qui était un miracle. Je devrais essayer la voix caverneuse quand il commence à trop parler. Il faut que je le garde dans un coin de ma tête.

-Tu n'as rien à dire. Attends que je réfère ton comportement outrageux à la direction. Tu redescendra vite fait, bien fait de ton piédestal. N'oublie pas que j'ai laissé cette mascarade avoir lieu à cause de tes père et oncle. Un seul mot venant de moi et ton brillant petit Conseil et parcours université seront finit.

-Pfff !

-Quelque chose à dire la naine ? Se tourna vers moi Biscotte Séchée.

Oups ! Je n'avais pas retenue mon petit rire. Je toussotai dans ma main l'air de rien, niant d'un mouvement de tête.

Sans succès. L'attention de Biscotte Séchée était maintenant entièrement tournée vers moi.

Et merde.

-Vas-y exprime-toi ma grande. Je suis sûr que tout le monde ici a envie d'entendre la voix de la ô combien précieuse pupille du Président du Conseil. Parle.

-D'accord, finis-je par parler. Je pense que vos menaces envers le Président du Conseil est du pipeau.

-Pardon ?

-Vous avez bien entendu. Tout votre petit discours sonne comme un chien qui aboie et ne mord pas.

Je sais que je devrais me taire mais si je le fais cette biscotte allait m'avaler tout cru. Or j'avais besoin d'un petit quelque chose pour prouver aux étudiants qu'ils peuvent venir vers moi. Si beaucoup viennent à moi, j'aurai à coup sûr plus de chance d'entrer dans l'Empire Society.

-Pour que les menaces fonctionnent, il faut qu'elles soient convaincantes. Cependant les vôtre ne le sont pas.

-Et qu'est-ce qui te fait dire ça, le farfadet. ?

-Une chose. Votre statue.

-Explique-toi vu que tu as l'air si maligne.

Je l'observais de la tête au pied. Et maintenant que j'avais cerné qui il était, ça rend complètement absurde le fait d'être effrayée par une biscotte.

-Vous n'avez aucune autorité ici. Enfin pardon. Vous êtes responsable de l'entretient de la Chapelle et de tout Nuffield College mais c'est appelé plus communément être un simple concierge. Or, un concierge aussi bien habillé qu'il peut l'être, n'aura jamais aucun poids quant au renvoie d'un étudiant aussi populaire et brillant que Thomson. Désolée, monsieur, mais pour moi vous n'êtes pas plus effrayant qu'un lapin déguisé en lion.

J'avoue, je me suis peut être laissée un peu importée.

Le silence qui régnait dans la Chapelle était si dense, qu'on aurait pu la couper avec un couteau, et pas un petit couteau à beurre. Il faudrait même prendre une machette. Il n'y avait même pas un bruit de respiration.

Biscotte Séchée s'avança vers et me toisa de toute sa hauteur.

-En voilà une gamine intelligente. Où est-ce que Thomson t'a déniché ? Et pourquoi tu me rappelles quelqu'un ? Qui es-tu ?

-Personne, dis-je me rendant compte peu à peu qu'il y avait sûrement sur cette Terre quelqu'un d'autre à tourmenter qu'un vieux monsieur.

Je sais que c'est idiot. Mais j'ai été élevée en respectant mes aînés. Quoique en y pensant, on ne pouvait pas dire que j'avais fait honneur à mon éducation en regardant mes années à l'orphelinat.

-Non, c'est faux. Tu n'es pas personne. Ici tout le monde est quelqu'un et toi tu l'ais forcément. Pour parler de cette façon, tu dois être quelqu'un. Dis le moi.

Je me murai dans le silence. Je sentais que j'étais en train de créer une Amanda numéro deux.

-Dis-le !

-Oh là ! On se calme ! S'exclama Thomson en se positionnant devant moi. Pas la peine de s'énerver. Cette jeune demoiselle est encore jeune et ne sais pas ce qu'elle dit.

-Oh si. Elle le sait parfaitement. Qui est-elle Thomson et je te laisse finir cette soirée tranquillement.

Thomson sembla hésité même si ce n'était qu'une façade. Il mourrait d'envie de dire au monde entier mon patronyme et je ne pouvais pas l'en empêcher.

-Bien sûr. Bien sûr. Cette jeune fille est Alexandra Lockwood la fille de Thomas et de Gwendoline Lockwood.

Je sus à cet instant que Biscotte Séchée avait bien connu mes parents et que cette soirée était bie la dernière tranquille que je passerai avant un bon moment.