Chapitre 14 : Bienvenue en Spécialité Sociologie !
Qu'est-ce que la sociologie ? Je dois bien avouer que je m'étais posée la question quand j'ai été catapulté ici. Bien sûr j'en avais une vague idée mais je me demandais surtout ce qu'on pouvait devenir une fois avoir étudié dans cette filière. Il ne faut pas oublier que je venais de finir le collège et que la sociologie n'était abordée qu'à partir de la première année de lycée. J'avais donc tout loupé de cet enseignement. Même à l'orphelinat j'en avais qu'une très vague notion.
Heureusement pour moi, mon insomnie permanent me permis d'avoir tout le temps nécessaire pour potasser les bouquins achetés par Watari. De toute façon, je n'avais rien d'autre à faire juste après être partie de la soirée. Je sentais bien quand c'était le moment de s'arrêter. Or après l'humiliation que j'avais fait subir à Biscotte Séchée, il était plus sage de battre en retraite avant d'être encerclée par des badauds. Thomson avait tenté de me retenir, mais cette fois je le tins à bonne distance. Enfin c'était plus grâce à sa popularité plutôt qu'à mes compétences.
Du fait est que grâce à cette nuit instructive, je parvins à la conclusion suivante. La sociologie était de loin une filière qui m'attirait pas mal. Être capable de comprendre comment les société évoluent et les rapports entre individus et sociétés étaient utiles dans le cadre de l'enquêteur. Même si j'avoue que ça ne valait pas la psychologie, qui pour le coup m'aurait grandement aidée.
Bref, j'entendais McDaniel s'agiter dans son sommeil, indiquant qu'elle n'allait pas tarder à ouvrir les yeux. Je posais mes livres à côté de mon oreiller, atteignis la petite lampe de chevet et fis semblant de dormir. Comme la veille, McDaniel ne ménagea pas ses efforts pour mon montrer sa présence. Cependant, cette fois avant qu'elle me tire du lit, je me descendis de la mezzanine dès que la bouilloire avait reprit son concerto.
McDaniel ne dit rien. Elle n'avait pas l'air de super humeur. Ce qui était relativement très bizarre en comparaison avec les deux derniers jours. Je me contentais de la regarder étonnée par ce soudain changement de comportement tout en grignotant une tartine.
McDaniel se rendit compte que je la fixais avec des yeux de merlan fris. Elle esquissa le fameux sourire qui la caractérisait si bien.
-Ne t'inquiète pas, Alex. Tout va bien. C'est juste que j'ai eu de pas très bonnes nouvelles hier soir et en plus c'est la fin définitive des vacances. Mais tout va bien. D'ailleurs il me semble que tu commences les cours très vite. Tu ferais mieux d'y aller maintenant.
Trouvant assez étrange qu'elle me chasse ainsi de la chambre, j'attrapai mon sac et commençais à sortir.
-Alex, attend.
Je me tournai face à McDaniel qui était debout. Elle s'approcha de moi pour remettre en place ma cravate et mes cheveux.
-Voilà, tu es parfaite.
Je lui fis un signe bref de la tête avant de quitter la chambre. En refermant la porte derrière moi je remarquai une petite note scotchée dessus avec mon nom écrit dessus. Je l'ouvris.
Al ! J'espère qu'hier soir ne t'a pas trop traumatisée. Si jamais tu as besoin de parler appelle-moi. Mon numéro est tout en bas de la feuille. Oh et je t'attendrai devant ta salle pour qu'on mange ensemble à midi. Anthony.
Je préférai ne pas savoir comment il pouvait connaître la salle où je serai alors que moi même je l'ignorai.
Je mis le mot dans ma poche et remonta mon sac sur mon épaule valide. Je sortis le plan de l'école donné il y a deux jours et me mis en quête de l'amphithéâtre Marcel Mauss. Je mis un peu de temps à le trouver n'étant pas le moins du monde familière avec l'université. J'étais capable de me rendre à la bibliothèque de Bodley mais sinon...
Il y avait pas mal de personnes qui se tournaient vers quand je passais devant eux. J'essayais de ne pas avoir l'air d'une souris prête à se terrer dans le premier qu'elle voit. Ce qui demandait un important travail de contrôle de soi.
Finalement je trouvai l'amphi en question. J'entrai et me trouvais une place dans un coin un peu caché de la salle. Cette salle était immense. Les sièges et les tables boisés étaient très brillants pour une salle de classe. L'éclairage, les tableaux, les murs, tout ça donnaient une ambiance agréable de connaissance.
Je regardais autour de moi et remarquai que la plupart des élèves avaient déjà sortis leur ordinateurs. Dans mon sac ne se trouvait qu'un tas de feuilles et une trousse de crayons. Je n'avais pas pensé qu'il était utile d'emmener un PC en amphi. Après ça devait être la façon de poursuivre ses études en fac, ce qui était très différent du collège. En regardant plus attentivement je me rendis compte qu'une partie de ces élèves avaient encore leurs esprits en vacances très loin de l'état studieux qu'il convenait en ce lieu.
Je laissai mes yeux vagabonder un peu partout dans la salle quand la porte d'entrée s'ouvrit une énième fois et se referma. Un homme entre quarante et cinquante ans descendit à grande enjambée les escaliers jusqu'à l'estrade en bas de l'amphi. Il avait de l'allure dans son costume complet marron et un côté fringant qui ne laissait visiblement pas indifférent les étudiantes présentes.
Je plissais les yeux devant son sourire publicitaire alors qu'il branchait son propre ordinateur au pupitre pour pouvoir projeter son support.
-Bienvenue chers étudiants que vous soyez des anciens ou des nouveaux, commença le professeur.
Une agréable atmosphère d'écoute s'installa. Ce qui m'étonna grandement. D'habitude mes anciens profs galéraient grandement pour n'avoir l'attention ne serait-ce que trois minutes au retour des vacances ou le reste de l'année d'ailleurs.
-Je me présente. Je suis Bennet Haynes. Je suis le responsable des premiers années des Sciences Humaines spécialité Sociologie. Je suis là pour vous guider le long de cette nouvelle année. Vous comprendrez assez vite que la Sociologie diverge par bien des égards des autres filières. Vos professeurs et moi même ne sommes pas là pour vous clacher ou pour vous favoriser d'ailleurs. Nous sommes là pour vous permettre de réaliser vos objectifs. Au lycée, votre but était d'obtenir le British A-Level (=équivalent du bac français) et que vous intégrez une bonne université. Bien que vous soyez ici, signifie que vous avez obtenu les deux, l'objectif pour nous est de vous guider pour que vous devenez la personne que vous souhaitez être à travers certes vos études et la recherche de votre futur emploi, mais surtout à travers l'aspect humain de notre parcours.
Je me sentais mal à l'aise. Je n'avais pas le British A-Level vu que je m'étais arrêté à la dernière année de collège. Après c'était vrai que j'avais exploser tous les records en passant le General Certificate of Secondary Education ou GCSE (=équivalent du Brevet des Collèges français). Mais ça ne comptait pas pour autant comme un diplôme « utile » et une qualification essentielle pour étudier à Oxford. Du coup, comment est-ce que Watari avait fait en sorte qu'une gamine orpheline sortant de nulle part avec seulement le GCSE en poche intègre l'une des meilleures universités de la planète ? Même si le doyen était un ami de longue date de Watari, il n'était pas tout seul à décider l'intégration d'élèves si jeune. Je suis sûre que mon dossier n'est pas totalement authentique.
-Vous verrez que le Conseil des Étudiants prend soin de chacun des élèves. Le Président actuel étant également votre senior prête toujours une oreille attentive et ne manquera pas de nous faire passer vos messages. Vous pouvez bien évidemment passer directement par moi même ou le reste du corps enseignant. Je sais que beaucoup d'entre vous surtout les plus jeunes qu'est-ce qu'on peut devenir une fois un diplôme en sociologie en poche. Nous nous ferons une joie de répondre à toutes vos questions. Nous avons aussi un centre d'orientation à votre disposition que vous trouverez juste à côté du jardin botanique. Vous devriez pouvoir le trouver facilement grâce à la carte qui vous été donné à votre arrivée. Bien je pense qu'il est grand temps de commencer à vous parler du programme du premier semestre.
Sans se départir de son sourire Colgate, le professeur Haynes fit défiler son diaporama présentant toutes les matières étudiées pour les quatre prochains mois. Ethnologie, psychologie humaine, initiation au journalisme, anthropologie, économie, histoire et statistiques en étaient les piliers. Le journalisme, l'économie et les statistiques étant d'emblée les matières qui ne m'intéressaient pas le moins du monde. Mais si je voulais mener à bien ma mission pour éviter un retour aux Enfers plus tôt que prévu, il faut que je sois la meilleure. Peut-être que si je devenais la représentante de ma classe, j'aurai plus de chance de me faire remarquer par le Cercle... Non... je déteste devoir m'occuper des affaires des autres. En plus si je me retrouve réellement au Conseil des Étudiants, ça a m'apporter plus de problème qu'autre chose.
D'autres professeurs entrèrent dans l'amphi pour se présenter tour à tour comme étant nos nouveaux enseignants. Mon cerveau était en ébullition. J'avais envie de commencer les cours tout de suite sans passer par la case ennuyante des présentations. C'est un truc que j'avais toujours détesté que les profs faisaient depuis mon entrée en sixième. Il y avait beaucoup de blabla pour rien dire au final. Tout ce qui comptait était de réussir son année pour pouvoir avancer.
Trafique d'organes.
Mon cerveau me rappela à l'ordre. Je n'étais pas ici pour suivre des cours mais pour être les yeux de L. Il fallait que je me recentre sur mes objectifs. Je secouai la tête pour chasser ses idées absurdes de carrière glorieuse en temps que sociologue.
Mon regard se concentra donc d'avantage sur les différents professeurs qui étaient entrés. Il me fallait les analyser sous toutes les coutures. Parmi eux, certains faisaient très certainement partit de l'Empire Society et donc probablement en lien plus ou moins étroit avec le Cercle.
Était-ce cette femme un peu rondelette aux cheveux poivre et sel rejoint en un chignon élaborer ? Était-ce plus cet homme sortit tout droit d'un manga japonnais avec ses cheveux bleu électrique ? Ou alors cet homme pas plus grand qu'un enfant de dix ans avec un fort accent allemand ? Cette femme prête à mettre au monde un enfant à tout instant pouvait également cacher son implication dans cette affaire sous ses yeux affectueux. Cet homme hypocrite prêt à clasher les élèves malgré ce qu'avait annoncer le professeur Haynes était aussi un parfait candidat. Son compère timide à ses côtés pouvait aussi renfermer une personnalité complètement différente.
Soudainement alors que mon regard s'intensifiait un peu plus à chaque seconde, les étudiants se levèrent les uns après les autres. Je les regardais descendre pour rejoindre le bureau poser sur l'estrade et y déposer une feuille. Sous mon nez je remarquai que j'avais également une feuille nous demandant de nous indiquer nom, âge, parcours scolaire, si on avait un job et projection d'études voir de métiers. Les derniers points n'étant que facultatif, je me contentais seulement de mon nom et de mon âge. Je précisais que j'avais quatorze ans. Je n'avais pas envie que tout le monde se méprend à cause de Watari qui avait annoncé à tout le monde il y a deux jours que je n'avais que quinze ans. Après je pouvais le comprendre. Il connaissait vaguement mon année de naissance mais devait ignorer que j'étais née le dernier jour de l'année.
Après avoir rempli ma feuille de pattes de mouche, je donnais à mon tour ma feuille. J'étais dans les dernières et les professeurs avaient l'air tout aussi intriguer par leurs étudiants alors qu'ils en avaient vu deux cent poser leurs renseignements sur cette même table.
-Oh tu dois être la cadette de la promo de cette année, fit le professeur Haynes.
Je levais les yeux vers lui étonnés. Était-ce bien à moi qu'il s'adressait ?
En voyant ses yeux bleus posés sur moi et son grand sourire digne du plus beau baratineur de l'histoire de l'humanité, j'eus ma réponse.
-Ben ? Fit l'homme qui faisait une tête de moins que moi alors que je n'avais même pas achevé ma croissance. Tu connais cette jeune fille ?
-Évidemment Marty ! Fit le professeur Haynes. C'est la fille Lockwood évidemment !
-La fille Lockwood ?! S'exclama-t-il d'une voix fluette. Mon dieu mais tu as raison ! Le portrait craché de Thomas !
La fille Lockwood... étaient-ils au courant que cette appellation était tout sauf digne d'imminents instructeurs de l'Université d'Oxford ?
Le petit homme prit ma main et la secoua dans tout les sens. Je sentis des regards glacials dans mon dos.
-C'est un honneur de faire ta connaissance ! Que tu es jeune ! Je ne pensais pas que tu viendrais aussi tôt à Oxford !
J'arquai un sourcil. Étais-je sensé même venir ici tout court juste parce que mes parents étaient étudiants ici ?
-Nous nous n'attendions pas à ce que la tragédie frappe cette belle famille, renchérit la femme au chignon élaboré. Très gentille famille. Très intelligente aussi. Dommage que tu sois la seule à être venue étudier la sociologie.
Comment ça la seule ?
-J'ai entendu dire par Anthony, reprit la parole le professeur Haynes, que tu n'avais pas chômer depuis ton arrivée. Prétendante au Conseil des Étudiants est une excellente chose. Tes parents seraient fiers de toi, tout comme la personne qui t'a élevé. Tu es promise à un brillant parcours scolaire. Tu vas très certainement laisser ton empreinte à Oxford tout comme tes parents l'avaient fait avant toi.
Ce dont j'étais sûre était que l'empreinte que j'allais laisser ici n'aura rien à voir avec les attentes de ses professeurs plus qu'étranges.
-Vous devriez laisser cette demoiselle rejoindre son premier cours avant son retard, fit l'homme hypocrite.
-Bien sûr Léopold. Je vous rend votre élève. Miss Lockwood, n'hésitez pas à venir me voir à mon bureau en cas de soucis.
Le regard intense du professeur Haynes me fit froid dans le dos. Je n'avais aucune envie de me retrouver seule avec lui.
Je fis volte face et me précipitais hors de l'amphi prête à suivre mes camarades jusqu'à la salle de ce Léopold.
À peine étais-je assise que le professeur en question déboula dans l'amphithéâtre qui ressemblait au premier bien qu'il semble être légèrement plus petit. Les étudiants se levèrent dès qu'il entra. Je les regardais avec des gros yeux. Étions-nous tenus de nous lever à l'entrée d'un professeur ? Pourtant je n'avais souvenir que nous l'avions fait deux heures plus tôt. Même le professeur poussa un soupire.
-Tous les ans c'est la même chose, marmonna-t-il avant de reprendre à voix haute dans son micro. Pas la peine de vous lever. Vous êtes maintenant à l'université. Nous ne sommes plus là pour vous border comme au lycée. Bon comme je sais que la grosse majorité d'entre vous dormais pendant la réunion de rentrée, je vais me présenter à nouveau.
Bien que j'avais les yeux grands ouverts, je me sentais directement viser.
-Je suis Léopold Landry. Je ne suis pas là pour vous materner donc inutile de m'appeler Léo comme si nous étions proches. Je vous enseignerai l'Ethnologie et dès l'année terminée, si vous avez réussi à rester présent aussi bien physiquement que psychologiquement à mes cours, on ne se reverra pas l'année prochaine. Bien que je doute que la majorité d'entre vous y arrivera. Je reconnais parmi vous des visages de l'an passés. Cette fois tâchez de rester avec nous le reste de l'année. Concernant les examens...
Le professeur Landry nous présenta comment sera évaluer son unité et combien valait la note en contrôle continue et celle au partiel dans la note finale.
-Bien, maintenant que les présentations sont faites, nous pouvons commencer enfin le programme. Tout d'abord, l'un d'entre vous, et je m'adresse aux anciens nouveaux, ce qu'il ont retenu de la définition de l'ethnologie.
Même les morts dans un cimetière étaient plus bavards que ça. Le silence qui régnait dans l'amphi était si dense qu'elle ressemblait à la tarte à la mélasse écœurante préparée à l'orphelinat. Croyez-moi, il n'y a pas plus compacte et lourd que ce truc.
-Et bien alors ? Vous êtes tous devenu muets et sourds pendant la réunion de rentrée ?
La salle autrefois remplie d'étudiants aux uniformes impeccables et seyant s'étaient transformé en enclos abritant une horde d'autruches.
-Personne ?
Je regardai à droite à gauche, pour voir si tout le monde avait réellement les yeux baissés. Cette tactique, pour ne pas se faire interroger, datait de la nuit des temps. Au collège, au tout début, avant que les profs ne commencent à retenir nos prénoms, il y avait une règle tacite pour passer inaperçu aux yeux du prof qui consistait à ne pas croiser son regard. J'avais vu aussi, que dans certaines écoles, où le port de l'uniforme n'existait pas, les élèves évitaient de mettre tout vêtements disons tape-à-l'œil.
-Tiens la fille Lockwood. Une jeune prodige arrivant tout droit d'un collège public va pouvoir nous faire une démonstration de son intelligence.
Je tournai la tête vers le professeur Landry avec de grands yeux.
-Moi ? Laissai-je échapper malgré moi.
-Oui toi. Tu vois une autre fille Lockwood encore en couche culotte ici ?
Je sentis mes joues chauffer d'humiliation. Je n'avais pas envie de me faire un ennemi en plus de Biscotte Séchée.
-On attend.
Je n'avais pas envie de parler du tout. Cet homme était encore pire que Amanda qui voulait m'arracher deux mots lors des « leçons de vie » de l'orphelinat.
-Miss Lockwood, nous attendons votre réponse.
Oh je vois. J'ai compris. Il voulait se venger du professeur Haynes et des autres pour m'avoir plus remarqué qu'un autre étudiant. Il voulait se délecter de la déception de ses collègue, quand il leur apprendra que la fille Lockwood ne savait rien.
Bien je pense que je n'avais pas vraiment le choix. Je me devais de gagner le respect des professeurs et des élèves pour avoir toutes mes chances d'entrer dans le Cercle.
-Debout, jeune prodige. Que l'on vous entende très distinctement.
Du haut de mes un mètre soixante, je me mis sur mes pieds et regardai droit dans les yeux du professeur Landry.
-L'ethnologie est une étude comparative de l'ensemble des caractères sociaux et culturels des groupes permet de montrer l'évolution propre à tel ou tel groupe des caractères qu'ils peuvent ou non partager. Elle permet, grâce à des théories et concepts de parvenir à la formulation de la structure, du fonctionnement et de l'évolution des sociétés.
Le professeur Landry plissa les yeux.
-Tu parles de théories et de concept, parle-moi donc des deux théories principales opposées, comme tu as l'air de t'y connaître.
-Mais certainement professeur Landry, continuai-je. Le fonctionnalisme de Bronislaw Malinowski est aussi appelé structuro-fonctionnalisme. Elle tente d'expliquer les phénomène sociaux en identifiant les fonctions qu'ils remplissent en partant du principe que tout tend vers la stabilité. Cette théorie chercher donc à imputer à chaque caractéristique, coutume et pratique son effet sur le fonctionnement d'un système stable et cohésif.
-Qu'entends-tu par fonction au juste ?
-La notion de fonction fait référence au rôle joué par un « organe social », ou institution dans une organisation sociale donnée. Cette théorie s'inspire du système biologique. Dans lequel chaque organes du corps humain réalise une fonction bien précise qui permet de tendre vers une homéostasie presque parfaite du système comme le corps humain, par exemple.
-Cite-moi des sociologue qu'il l'ont étudiés.
-Bronoslaw Malinowski en a été l'initiateur. Robert Merton et Talcon Parsons l'ont développé. Aujourd'hui encore, cette théorie, dominante au XX ème siècle, est une source majeure d'inspiration pour les sociologue contemporains comme Jeffrey Alexander et Niklas Luhmann.
-Quelle est donc l'autre théorie en opposition au fonctionnalisme ?
-Le structuralisme développé par Claude Lévi-Strauss.
-Parles-en.
-J'allais le faire, répliquai-je en le fusillant du regard. Le structuralisme est un ensemble de courants de pensée holistes apparus également au XX ème siècle, qui ont en commun l'utilisation du terme de structure. Structure ici, fait référence au modèle théorique qui organise la forme de l'objet étudié pris comme un système. Les unités élémentaires du système sont ainsi préférées aux relations qui lient les unités entre elles.
-Je vois que tu connais bien ton sujet. Du moins en surface. Je ne suis pas sûre que les trois quart des étudiants ici ait comprit de quoi tu parlais.
Il essayait de me piéger.
-Pourtant c'est très simple, dis-je. Alors que le fonctionnalisme tente d'expliquer le rôle de chaque caractéristique du système, le structuralisme se centre sur les différentes unités qui forment le système.
Le professeur Landry me foudroya sur place alors qu'un murmure admiratif parcourait l'assemblée. Je me félicitais silencieusement d'être insomniaque me permettant ainsi d'avoir pu potasser toute la nuit le sujet.
-J'aurai une dernière question. L'anthropologie et l'ethnologie, sont à tord confondu. Peux-tu nous dire qu'elle est la différence entre ces deux notions ?
-L'ethnologie est l'étude des peuples, ou sociétés, alors que l'anthropologie étudie l'Homme seul évoluant à travers le temps.
Le professeur Landry continua à me fixer. Il essayait d'évaluer si j'avais la moindre idée de ce que je racontais depuis tout à l'heure. Finalement il balaya l'assemblée des yeux, se détournant de moi.
-Il semblerait qu'au moins une personne ait réellement sa place à mon cours. Ce qui est loin d'être le cas de tout le monde présent. J'espère que les redoublants éprouveront de la honte de s'être fait ainsi humilier par une enfant sans aucune préparation préalable aux Sciences Sociales. Comme vous l'avez constatez, l'ethnologie est une science à porté même d'une collégienne de quatorze ans. J'espère que vous montrerez dans ce cours que la réputation de notre enseignement est en corrélation avec le niveau universitaire. Prenez note.
Et le cours commença réellement.
J'avais... j'avais réussi... J'étais parvenue en moins de dix minutes à prouver la légitimité de ma présence ici au professeur Ronchon.
Avec un petit sentiment de fierté j'attrapai mon crayon et commençais à écrire.
