Bonjour tout le monde !

Voilà, on arrive à la fin de cette histoire. Ce n'est pas le dernier chapitre mais l'avant-dernier et comme vous pourrez le constater, il est particulièrement long. J'espère que vous l'apprécierez, j'attends avec impatience vos retours.

Mais avant de commencer, une fois n'est pas coutumes, les trigger warnings:

/!\ trigger warnings /!\

cette histoire aborde des thèmes difficiles comme le deuil, la maladie, la dépression et les addictions. Ce chapitre-ci, met également en scène des relations sexuelles.


Chapitre neuf : le clinquant et les paillettes.


Les horaires de nuit étaient toujours aussi ennuyants. Rien ne s'y passait et depuis que l'hiver s'était bien installé, la fréquentation de la station-service avait encore diminué. Certaines fois, personne n'entrait et Ace passait toute sa nuit à se tourner les pouces. S'il avait de la chance, il arrivait qu'il arrive à ses amis de faire un tour pour acheter quelque chose ou simplement le saluer sur le chemin pour aller à une soirée ou en revenir. Généralement cela n'arrivait qu'une fois par semaine et Kid était déjà passé la veille.

Malgré plusieurs années à se côtoyer à l'école de commerce, Ace n'avait jamais imaginé, même une seconde, qu'ils garderaient contact. En réalité, après quelques mois à peine de scolarité, l'expérience d'école de commerce l'avait dégoûté à un tel point, qu'il n'avait pas prévu la poursuivre en dehors. Il n'avait pas beaucoup participé aux soirées d'intégrations, ni répondu aux propositions pour aller boire un verre venant des autres étudiants de sa promotion. De toute manière, il ne les avait jamais beaucoup appréciés. Tout comme Spandam, la majorité de ces personnes étaient des fils et des filles à papa. Ils ne partageaient pas du tout le même style de vie, ni les mêmes aspirations et encore moins des goûts similaires. Kid s'était révélé être une véritable découverte, l'un des seuls, peut-être même unique, fils de bonne famille qui avait décidé d'entrer dans le système pour le détruire de l'intérieur, comme il l'avait si souvent répété à Ace. S'il avait été sceptique au départ, très rapidement, Ace s'était fichu que oui ou non le rouquin croit réellement en ce qu'il prétendait. Tout ce qui comptait c'était leur rivalité puis l'amitié qui en été née et qui avait rendu ces quelques années plus supportables jusqu'à ce qu'Ace craque.

Pour lui, quitter l'école de commerce ne signifiait pas simplement devoir tracer un nouveau chemin de vie et de projet professionnel, c'était aussi pouvoir se couper définitivement de tout ce monde qui n'avait fait que le faire se sentir de plus en plus mal à l'aise jusqu'au point où il avait l'impression de devoir sortir de sa propre peau. Il n'avait pas réfléchi à garder contact avec qui que ce soit, même des camarades qui lui étaient plutôt sympathiques comme White Bay. C'était pour cela que lorsque Kid était apparu, il avait été surpris, et encore plus lorsqu'il avait continué de se montrer régulièrement.

La première fois qu'il s'était arrêté pour refaire son plein, il avait proposé à Ace de fumer un joint avec lui sur le trottoir en attendant. Bien entendu, et malgré la démangeaison dans ses mains et sa bouche devenue sèche, il avait refusé.

_Alors, c'était pas des conneries, hein ? Tu arrêtes pour de vrai.

Puis, tout en allumant son joint, Kid avait sifflé, impressionné.

_J'aimerai avoir ta volonté.

Depuis, Kid passait une fois par semaine, prétendant devoir faire le plein de sa voiture ou pour acheter une bière ou un soda qu'il disait avoir expressément besoin. Ace n'était pas dupe et savait qu'il cherchait juste une raison pour venir le voir, et il était touché plus qu'il ne l'aurait pensé. C'était une amitié étrange mais il était déjà impatient que Kid trouve un travail durant lequel Ace pourrait, à son tour, venir le distraire. C'était en réalité drôle de se rendre compte qu'il n'avait pas du tout les mêmes exigences d'amitié selon ses relations et qu'apriori, celle qu'il entretenait avec Kid ne reposait que sur la concurrence ou se sortir mutuellement de l'ennui, et qu'elle lui était suffisante ainsi.

Mais le rouquin étant passé la veille, il n'y avait peu de chance que cela se répète. Ou même que Marco, Thatch ou Izou ne viennent à leur tour. Tout le monde était en pleine période d'examens universitaires et ils étaient tous débordés par l'approche de fêtes. De plus, il était déjà prévu qu'il les voit le week-end suivant, alors tout ce qu'Ace avait à faire cette nuit était d'attendre et d'espérer.

Et alors qu'il vérifiait pour la sixième fois sa montre depuis la dernière demie heure, il entendit le moteur caractéristique d'une voiture à l'extérieur de la station-service. Il était exactement 5h36, environ une heure plus tard que celle à laquelle Law avait pris, lui aussi, l'habitude de passer lorsqu'il travaillait de nuit et qu'il rentrait chez lui. Quand les 5h du matin étaient passées, Ace avait imaginé que ce serait l'une de ces fois où l'interne serait trop fatigué pour s'arrêter ou qu'il travaillait de jour. Peut-être que ses horaires avaient été décalés ou qu'il avait eu un empêchement. En réalité, Ace s'en fichait pas mal et il sourit de toutes ses dents à Law lorsque les portes automatiques coulissèrent et qu'il entra, comme si cela ne faisait pas bientôt sept heures qu'il s'ennuyait comme un rat mort.

_Hey, le salua-t-il avec trop d'entrain et au haussement des sourcils de Law, ce dernier se doutait forcément qu'il n'avait pas autant d'énergie qu'il le laissait croire. Es-tu une BPCO ? Parce que tu me coupes le souffle.

Law fronça les sourcils et le temps sembla s'éterniser. L'interne ne répondait rien, le fixant les yeux plissés et le silence était tel, pesant et gênant, qu'Ace pouvait entendre un crépitement sous la peau de son visage tandis que ses joues devenaient rouges. Il n'avait qu'une envie, disparaître et s'enfoncer si profondément dans la terre que plus personne ne pourrait le retrouver.

_Est-ce que… tu viens de parler de bronchopneumopathie chronique obstructive ? le questionna finalement Law, visiblement incertain de ce qu'il venait de se passer.

Eh bien, Ace était incertain aussi des lignes de ramassages qu'il avait trouvé sur Internet. Il l'avait été de celle-là la première fois qu'il l'avait lue, quelques heures plus tôt, mais à force de la répéter par ennui, il s'était, d'une quelconque manière, convaincu qu'elle était drôle. Et peut-être même qu'elle pouvait fonctionner. Il s'était manifestement trompé et il avait surévalué ses capacités de séduction.

_Oui, répondit-il, avec un sourire bancal.

_Depuis combien de temps tousses-tu ?

_Quoi ? Je ne tousse pas ! C'était une blague !

Les sourcils de Law se froncèrent encore plus dans l'incompréhension.

_Pourquoi ?

_Parce que ça avait l'air drôle, proposa Ace, pas sûr de lui, ni de la réponse qu'il venait de fournir.

_Qu'est-ce qu'il y a de drôles dans une toux chronique et des expectorations matinales ?

Bon, Ace ne savait pas ce que le mot expectoration signifiait mais rien qu'à la manière dont il sonnait aux oreilles, il pouvait imaginer que c'était quelque chose de dégoûtant et il plissa le nez.

_Je sais pas, je l'ai trouvé sur Internet.

_Tu passes du temps à lire des blagues médicales pour faire rire des gens qui le comprennent plus que toi ?

Ce n'était pas méchant, ni énervé, Law semblait juste consterné et sceptique. Et si Ace devait bien reconnaître quelque chose, c'était qu'en ce moment, il était aussi sceptique de lui-même et remettait en cause tous les choix de vie qu'il faisait. Il aurait dû se douter que ce n'était pas une idée de génie d'essayer de draguer un futur chirurgien avec ce genre de lignes de ramassage. Pas que les lignes de ramassage soient réellement utiles de toute manière, mais cette idée était certainement l'une des pires qu'il ait eues et surtout avec Law entre toutes les personnes possibles sur Terre. Law avec qui il entretenait une relation qu'il ne savait pas comment définir et qu'il espérait être, peut-être et s'il était chanceux, quelque chose qui pourrait se rapprocher de romantique.

_En tant que personne formée médicalement je, heu… je te prescrirai d'arrêter.

_Est-ce que tu viens de faire une blague ? demanda Ace, le cœur battant et sentant un sourire étirer ses lèvres.

Putain, faire des blagues à Law était une chose. Qu'il tente d'en faire en retour en était une tout autre. C'était inattendu et étrangement excitant, alors même qu'il était encore pire que lui, et Ace ne pouvait pas empêcher la façon dont les coins de sa bouche se levaient.

_On a clairement tous les deux besoin de travailler sur notre humour, hein ? rit-il en se balançant sur la pointe de ses pieds.

Law, le visage certainement plus rouge qu'à son arrivée, marmonna quelque chose pour lui-même et il attrapa une boisson énergisante parmi le tas exposé près du comptoir.

_Je ne savais pas que tu buvais ce genre de chose.

_Je dois encore conduire un moment avant de rentrer, j'ai besoin de quelque chose pour ne pas m'endormir en route.

_Je peux te passer mes clés et tu peux dormir chez moi, si tu veux.

Il y avait encore quelques semaines, Ace ne le lui aurait jamais proposé, pourtant il n'était pas du genre à être pudique. Cela ne lui avait jamais posé problème de laisser les gens visiter son appartement, ni d'accueillir des inconnus pour une soirée avec des amis mais la relation qu'il avait avec Law était si étrange et difficile au début, qu'il avait peur de faire un mauvais pas. Mais depuis qu'il l'avait invité chez lui après cette fameuse nuit où sa voiture avait été sabotée, il n'avait plus hésité. Non seulement ils se voyaient plusieurs fois par semaines depuis mais plus seulement à l'hôpital puisque Law passait régulièrement à la station-service même si c'était loin de son lieu de travail. La plupart du temps qu'il s'y arrêtait, cela se terminait en rentrant ensemble chez Ace pour baiser aux premières lueurs du matin.

C'était devenu si récurrent qu'Ace commençait à se demander comment ils pourraient définir tout cela. Le plus simple serait d'en parler directement avec Law mais il redoutait d'avoir mal interpréter la situation et de se ridiculiser en essayant de mettre des mots sur quelque chose qui peut-être n'existait pas aux yeux de l'interne. Pour l'instant, il préférait s'en contenter. Ils semblaient satisfaits tous les deux, alors pourquoi irait-il le gâcher ?

Pourtant, malgré ses résolutions, son ventre tomba quand Law secoua la tête.

_Je suis épuisé, j'ai besoin de rentrer et j'ai pas mal de chose à faire avant Noël.

_D'accord, sourit-Ace, espérant qu'il serait trop fatigué pour remarquer sa déception. Tu fais quelque chose pour les fêtes ?

_Je travaille mais je passe le réveillon chez les parents de Bepo.

_C'est ton collègue aux cheveux blancs, c'est ça ?

_Oui, nous nous connaissons depuis le lycée.

_Cool. Je travaille pour le Nouvel An mais je vais pouvoir passer Noël avec mon oncle et mes cousins.

_Ça a l'air sympa.

_Ouais, j'ai plutôt hâte, je les ai pas vu depuis un moment.

Ils ont discuté encore un moment, avant que Law n'annonce qu'il doive vraiment rentrer chez lui. Ace hocha la tête malgré son envie irrésistible d'insister pour qu'ils prolongent leur conversation. Il le regarda partir et il soupira en baissant les yeux sur sa montre. Il lui restait un peu plus de vingt minutes avant que son quart de travail ne se termine et qu'il puisse lui-même rentrer chez lui.


La première chose à laquelle Ace fut confronté en arrivant chez son oncle fut Luffy qui lui sauta littéralement dessus pour le serrer dans ses bras. Son cousin le plus jeune, malgré avoir eu dix-huit ans cette année, agissait toujours comme un grand enfant. Il débordait d'énergie et d'amour à revendre, et il ne se faisait jamais prier pour l'exprimer.

_Ace, ça fait une éternité !

_Bienvenu à la maison, sourit Sabo sur le pas de la porte.

Ace eut à peine le temps de reprendre son souffla avant que ses cousins ne le poussent à l'intérieur. La maison de Dragon était toujours la même, chaleureuse et familière, comme si elle était figée dans le temps depuis toujours. Comme si le temps où Ace venait y passer des vacances n'était pas révolu et remontait à seulement une semaine.

Comme chaque Noël passé ici, un sapin en plastique lumineux trônait au milieu du salon, et était décoré de toutes les couleurs. Connaissant son oncle, ce n'était certainement pas lui qui s'en était occupé. Dragon faisait partie de ces personnes qui à cinquante ans passés et malgré une vie de famille rangée, continuaient de revendiquer les mêmes idéaux anarchistes que lorsqu'elles étaient à l'université. Son oncle avait eu des engagements forts durant ses années d'étudiant en sociologie et depuis, ils ne l'avaient jamais quitté. Dès qu'il discutait avec lui, Ace se retrouvait toujours à parler de politique, de luttes sociales et du danger que représentait le capitalisme régnant sur la société. En bref, Dragon n'aimait pas Noël. Selon lui c'était une fête exécrable qui n'avait pour but que d'enrichir les plus riches sur le dos des plus pauvres et des plus crédules, ce avec quoi Ace n'était pas tout à fait en désaccord. Mais son fils cadet adorait les fêtes dans ce genre-ci et Dragon, malgré son côté bourru et sa critique acerbe de la société de consommation, n'avait jamais empêché ses enfants de célébrer Noël ou même Halloween.

C'était tout simplement hilarant de voir un sapin croulant de décoration côtoyer une bibliothèque remplie d'ouvrages engagés sommant à la révolution sociale.

C'était hilarant et si familier qu'Ace ne put s'empêcher de prendre une grande inspiration en pénétrant dans la maison. Il pouvait sentir de là l'odeur des pommes de terre rôties et celle du pain d'épice qui provenaient de la cuisine. Même si la maison avait été construite depuis des décennies, le bois apparent de la charpente et le lambris qui recouvrait une partie des murs du salon sentait toujours autant le chêne et Ace se délectait du son du feu qui crépitait dans la cheminée. Il avait l'impression d'avoir enfin remis les pieds à la maison, quelque chose que son appartement étudiant n'avait jamais pu lui apporter et qui lui manquait depuis le mois de mai dernier.


Ce qui était bien avec cette partie de sa famille, celle de son côté maternel et la seule qu'il connaissait, c'était qu'aucun d'eux n'était inquiet qu'il ait arrêté ses études aussi subitement. Au contraire, Dragon semblait relativement fier lorsqu'il l'annonça et lui qui avait tant répété à Ace que les écoles de commerce n'étaient que des nids à reproduction sociale, cachait plutôt bien son enthousiasme. Mais personne ne pouvait manquer le sourire qui ornait son visage, ni les félicitations à demi-voilées.

_Que vas-tu faire, maintenant ? lui demanda Koala, la petite-amie de Sabo.

Tout comme son cousin, la jeune femme était étudiante en journalisme. Ace ne savait pas si c'était par déformation professionnelle ou pur intérêt de sa part, mais elle était toujours intéressée par les autres et savoir ce qu'ils faisaient, leurs projets et leurs idées. La première fois qu'il l'avait rencontrée et qu'elle lui avait posé mille questions sur ses aspirations à être étudiant en commerce, il avait cru qu'elle faisait cela pour le mettre mal à l'aise. C'était mal la connaître, il n'y avait pas plus douce que Koala. Elle aimait juste particulièrement faire la conversation et ne cherchait pas à le juger, pas ouvertement en tout cas. Comme son petit-ami et le père de ce dernier, elle était profondément engagée dans les causes sociales et politiques.

_Je sais pas trop. En attendant, je bosse dans une station-service.

_Tu as tout le temps de réfléchir.

_Arf, pas tant que ça, marmonna Garp, à l'autre bout de la table.

Ace et lui ne s'étaient pas adressé la parole depuis qu'il était arrivé, ni même depuis qu'ils s'étaient quittés au commissariat il y a de cela plus d'un mois. Pas un seul appel, ni même un message. Ace avait pensé que Garp l'avait complètement effacé de sa vie et lorsque Dragon l'avait invité à venir fêter les fêtes de fin d'année avec eux comme tous les ans, il s'était longuement demandé si son grand-père serait là avant d'accepter. Il redoutait que de le recroiser gâche la journée de tous mais finalement, il avait accepté en se persuadant qu'il était un adulte désormais et qu'il devrait être capable de passer au-dessus de quelques malentendus comme ceux qu'ils avaient.

Si jusqu'à présent Garp et lui n'avaient cessé de s'éviter dans la maison au point de ne même pas se lancer un regard, il fallait bien qu'à un moment ou un autre ils se retrouvent mêler à la même discussion. Ace aurait juste souhaité se sentir davantage prêt à lui faire face, même s'il savait qu'il ne l'aurait jamais totalement été.

_Ace est encore jeune, cingla Dragon en lançant un regard en coin à son père.

Garp croisa les bras devant lui, bombant le torse. S'il n'était pas le grand-père biologique d'Ace, il partageait beaucoup de manières avec sa mère. Rouge était sa belle-fille et la demi-sœur de Dragon. Née d'une précédente union, Garp l'avait adopté officiellement après s'être marié avec sa mère alors qu'elle n'avait tout juste qu'une dizaine d'années. Rouge avait souvent raconté à Ace comment il avait été difficile de vivre avec son beau-père au début quand elle était plus jeune car ils avaient des idées très différentes du monde dans lequel ils voulaient vivre. Pourtant, cela ne l'avait pas empêché d'aimer profondément son beau-père, ni d'adopter certains de ses gestes. Ace pouvait encore la voir croiser les bras et bomber le torse exactement de la même manière lorsqu'elle était persuadée d'avoir raison.

_A son âge, on avait déjà un plan de carrière.

_Ne l'écoute pas. Aujourd'hui, plus personne ne fait le même métier toute sa vie.

Ace hocha la tête, mal à l'aise de se retrouver coincé ici. Heureusement, Luffy changea rapidement de sujet en s'extasiant sur le repas jusqu'à ce que Sabo, qui avait cuisiné, annonce que ce n'était pas une vraie dinde mais du tofu qu'ils avaient dans leur assiette. Ace était reconnaissant pour leur petite dispute qui lui permettait de ne plus être le centre de l'attention de tout le monde, malgré les regards que Garp persistait à lui lancer sur le côté. Eh bien, il imaginait que si son grand-père était toujours préoccupé par son avenir cela signifiait qu'il était toujours préoccupé par lui, peu importe leur dispute de la dernière fois. C'était plutôt une bonne chose, n'est-ce pas ?


L'histoire que racontait Luffy à propos de son voyage à l'étranger et des amis qu'il s'y était fait accaparait suffisamment l'attention de tout le monde pour qu'Ace en profite pour aller fumer. Même s'il adorait écouter son cousin parler de toutes les aventures qu'il vivait, après toute la tension durant le repas avec Garp, il avait réellement besoin de prendre l'air.

Alors qu'il allumait une cigarette, debout sur la terrasse à l'arrière de la maison de son oncle, il jeta un coup d'œil à son portable. Il y avait plusieurs messages de ses amis et un de Law. Quelques heures plus tôt, Ace lui avait envoyé un gif animé montrant David Tenant dans son costume du Dixième Docteur souhaitant un joyeux Noël. Il ne savait pas si l'interne reconnaitrait la référence à Doctor Who et il n'était pas certain que Law lui réponde, pourtant il l'avait fait.

Law : Joyeux Noël à toi aussi.

Les messages de Law étaient toujours déconcertants pour Ace, il n'y avait aucun émoji, ni point d'exclamation ou de smiley. N'importe qui d'autre lui en enverrait comme les siens, Ace penserait que cette personne était énervée après lui mais il ne pensait pas que c'était le cas de Law. Il savait que s'il ne voulait pas lui répondre, il l'ignorerait simplement alors Ace ne pouvait s'empêcher de sourire à l'idée qu'il avait trouvé du temps dans sa journée rempli pour lui répondre.

Le bruit de la porte qui s'ouvrait le sortit de ses pensées et lui fit ranger son portable dans sa poche.

_Luffy a fini son histoire ? demanda-t-il à Sabo qui s'approchait.

Son cousin secoua la tête, sortant une roulée de la poche de sa chemise et tendant sa main pour qu'Ace lui remette son briquet.

_Pas tout à fait. Il est en train de parler d'un concours de caisse à savon auquel il a participé.

_Pfff, ricana Ace. Il n'y a que Lu pour se lancer dans des trucs pareils.

_Tu aurais vu la tête de Garp.

Ils rirent tous les deux un moment avant de retomber dans un silence tranquille, jusqu'à ce que Sabo parle à nouveau :

_Alors, avec Garp justement…

_Je ne veux pas en parler, soupira Ace.

_Tu sais qu'il est inquiet, n'est-ce pas ? Il a même appelé notre père pour des conseils. Je ne sais pas ce qui s'est passé mais je pense qu'il s'en veut.

Ace n'en était pas aussi certain. Oh, bien entendu, il savait que son grand-père n'était pas un homme mauvais dénué de remords, et il savait que sa réaction soulignait bien sa préoccupation. Mais Ace ne savait pas quoi faire, comment agir après leur dispute. Ce n'était même pas comme si Garp avait quelque chose à se faire pardonner. D'accord, il l'avait comparé à Roger alors qu'il savait que c'était ce qu'Ace redoutait le plus, être comme lui, lui ressembler d'une quelconque manière, mais il ne faisait que dire ce qu'il pensait. Et ce n'était pas totalement faux. Ace savait qu'il ressemblait beaucoup à Roger, et pas seulement d'un point de vue physique. Peut-être que si son connard de père avait su trouver sa voie, s'impliquer dans un travail et s'insérer convenablement dans la société il n'aurait pas causé la mort de plusieurs personnes durant un braquage de banque. Il n'aurait pas été un meurtrier et sa mère n'aurait pas eu à l'élever seule, à s'exténuer jusqu'au sang pour offrir à son fils une bonne vie.

Roger avait gâché leur vie à tous les deux et Ace ne faisait que perpétrer son travail, en ruinant la sienne. Tous les efforts de Rouge avaient été réduits en miette par les hommes de sa vie et Ace avait honte de lui pour cela. Peu importe qu'il essaye de reprendre sa vie en main, même s'il réussissait, rien de tout ce qui était arrivé serait effacé.

_Je sais qu'on ne parle plus autant qu'avant, commença Sabo et Ace hocha subtilement la tête.

Il était vrai qu'ils étaient particulièrement proches tous les trois il y a encore de cela quelques années. Ils avaient été à l'école ensemble pendant longtemps jusqu'à ce qu'Ace et sa mère aménagent dans la grande ville où il résidait encore aujourd'hui. Ils avaient néanmoins réussi à garder contact à l'époque, puis était venu le moment pour Sabo et lui de partir à l'université. Son cousin s'était retrouvé à l'autre bout du pays pendant qu'Ace restait coincé au même endroit, vivant une vie morne, tandis que lui s'épanouissait dans ses études de journalisme.

Petit à petit, le temps était passé et ils s'étaient perdus de vue. Puis, à son tour, Luffy avait quitté le nid familial, ensuite Rouge était morte et voilà où ils en étaient tous, maintenant.

_Mais ça n'empêche pas que ça me manque.

_Moi aussi, marmonna Ace.

Ils se turent à nouveau un instant et Sabo reprit :

_Comment ça va ? Vraiment, je veux dire.

Ace haussa les épaules, subitement captivé par la cigarette entre ses doigts et la cendre qui s'effritait en son bout.

_Ça va.

_Ace…

_Ecoute, je ne veux pas en parler, d'accord ? C'est difficile comme… putain de difficile, ok ? Je fais des efforts et pourtant j'ai l'impression d'être en train de me noyer à chaque minute qui passe, mais on peut rien y faire.

Il y eut un nouveau silence. Gênant. Pesant. Donnant à Ace envie de disparaître à nouveau.

_Tu sais, je ne sais pas si c'est utile, mais je pense que tu devrais faire les choses pour toi, maintenant. Ta mère t'a tout donné, elle l'a fait parce qu'elle le voulait. Maintenant c'est à ton tour de faire ce que tu veux vraiment. Ça serait déjà plus utiles que d'autres efforts.

Comme, par exemple, arrêter d'aller visiter Roger. Ce n'était pas dit explicitement mais Sabo, qui été au courant de cette promesse, y faisait clairement allusion. Il savait à quel point cela coûtait à Ace de faire face à son géniteur. A quel point cela le rabaissait et le faisait se sentir comme rien d'autre que le sang pourri d'un meurtrier.

_Un ami m'a dit quelque chose comme ça, une fois. « Fais quelque chose qui te rends fier de toi-même. Fais-le pour toi ».

_C'est un conseil plutôt avisé, je trouve.

_Ouais, sûrement.


Les réunions des NA avaient été suspendues le temps des fêtes de fin d'années, ce qu'Ace avait pris avec soulagement. Il ne participait toujours pas activement à tout cela, trop mal à l'aise et ne se sentant pas à sa place avec toutes ces personnes qui parlaient de toute la merde que la drogue leur avait fait faire comme voler ou se battre. Sa propre consommation avait été légère et de courte durée par rapport à la leur et si elle était devenue un besoin pour que son cerveau arrête de trop penser ou d'angoisser, ce n'était rien comparé à tout ce qui était raconté.

Pour faire bonne mesure, il continuait de venir et de se poster au fond de la salle, près du buffet et il attendait. Mais ces derniers temps, il arrivait que Newgate le rejoigne. Le vieux biker ne cherchait pas forcément à lui parler pendant les réunions mais Ace imaginait que c'était sa manière à lui de l'encourager.

Après leur étrange discussion à la cafétéria, Ace avait pris la décision de ne pas se présenter à la prochaine réunion, bien décidé à ne pas refaire face à ce vioc qui lui semblait un poil trop moralisateur. Finalement, il avait accepté d'y retourner et même de lui parler lorsque Law lui avait assuré que c'était important d'avoir quelqu'un avec soi. Au départ, Ace avait été extrêmement réticent à parler des réunions avec lui et ses amis. Le sujet était venu sur le tapis lorsque Thatch, Marco et Izou s'étaient rendus compte qu'il avait subitement arrêté de fumer et ils avaient été plutôt encourageants. Ace avait senti comme un poids se lever de sa poitrine, lui permettant de respirer un peu plus facilement.

Pour ce qui en était de Law, il avait pensé qu'il lui devait bien quelques explications. Il savait à quel point la consommation de substances illicites était un point sensible pour lui et après l'arrestation de Garp, il espérait qu'à parler de telles choses ouvertement avec lui, l'interne se rendrait compte que c'était aussi des excuses.

Dans tous les cas, Ace avait fortement été encouragé à revoir Newgate et accepter, s'il était à l'aise, sa proposition de devenir son parrain. Le vieil homme avait semblé ravi de cette décision quand Ace était retourné le voir et depuis, ils parlaient régulièrement, prenant souvent un café après les réunions. Et leurs discussions, même si elles étaient encore de temps à autres maladroites, étaient bien plus utiles, au point qu'Ace ne réfléchit pas deux fois pour accepter son invitation lorsque Newgate lui proposa de se voir même pendant la pause des fêtes de fin d'années.

Pour une fois, Ace est arrivé en premier. Lui qui avait un mal fou à respecter la ponctualité, était, en réalité, bien content de sortir de chez lui. Rencontrer Newgate, même si c'était parce qu'il était son parrain, était une distraction bienvenue qui lui permettrait d'occuper son esprit au moins un temps. Il était vrai qu'il détestait la fin d'année. Pas à cause des fêtes qu'il adorait lorsqu'il était enfant mais parce que cela signifia tout simplement que son anniversaire arrivait à grands pas.

Finalement, Newgate n'est arrivé que quelques minutes après lui et il remercia gracieusement Ace lorsqu'il découvrit que, pour une fois, c'était lui qui avait acheté le café.

_Je vais le prendre comme un cadeau de Noël, alors ! s'exclama-t-il après qu'Ace est insisté que ce n'était rien. En parlant des fêtes, comme ça se passe, gamin ?

_Je sais pas trop. J'avais l'impression d'avoir dépassé l'étape du manque mais depuis quelques jours c'est remonté en flèche.

_Hm, hm, c'est parce que c'est une période stressante, hein ? Ma seconde rechute est arrivée pendant la fête du Nouvel An.

_Comment est-ce arrivé ?

Ace devait bien l'avouer, il était plutôt curieux. Newgate semblait tellement engagé dans les NA qu'il avait dû mal à envisager la possibilité que pendant un temps il n'avait pas la même dévotion qu'aujourd'hui à arrêter la drogue ou aider les autres à le faire.

_C'était une grosse fête, il y avait pas mal de trucs qui tournaient. En plus, ma femme venait de m'annoncer le divorce. J'avais besoin de me vider la tête.

_Ce n'était pas à cause du manque, alors ?

_Pas vraiment. Parfois les symptômes du manque sont plus forts que d'autres mais pour cette fois-ci c'était…

Subitement, Newgate s'arrêta comme pour chercher ses mots.

_C'est gênant de le reconnaître, reprit-il, mais j'en avais marre de faire des efforts. C'était aussi simple que cela. Juste un manque de volonté et je suis sûr que si je m'étais convaincu de ne pas me droguer à nouveau pour le Nouvel An, si j'avais trouvé une bonne raison de ne pas le faire, je ne serais pas retombé après. Mais les bonnes raisons de continuer sont toujours plus fortes et plus nombreuses que celles d'arrêter. Rappelle-toi bien de ça, gamin. La dépendance, à 90%, c'est l'envie de ne pas s'en sortir.


_Tu me fais mal ! s'époumonnait Thatch depuis plusieurs minutes, maintenant.

_Tu bouges dans tous les sens, aussi, soupira Izou en agitant dangereusement son bâton de mascara.

Accoudé sur le comptoir, sa main soutenant son visage, Ace les regardait faire en gloussant. C'était divertissant comme spectacle, suffisamment pour lui faire oublier quel jour ils étaient depuis quelques heures maintenant.

Izou s'était à nouveau approché, menaçant Thatch avec ce qui ressemblait à un tube contenant des paillettes liquides lorsque la cloche de l'entrée de la station-service retentit.

_Law, s'exclama Ace en voyant l'interne passer les doubles portes automatiques. Je ne savais pas que tu viendrais.

Ace était pour le moins surpris. Ils n'avaient pas pu échanger beaucoup depuis que les fêtes avaient commencé mais il savait que contrairement à lui, Law ne travaillait pas pour le Nouvel An. Ils n'en avaient pas parlé mais le plus jeune avait imaginé qu'il le passerait avec des amis, il ne s'était pas attendu à ce qu'il débarque ici à presque trois heures du matin.

_Je rentrais chez moi, je me suis dit que je pouvais passer dire bonjour, répondit-il mais son regard ne se portait par sur Ace, ce qui était un peu décevant, mais sur ses amis.

Ces derniers ne semblaient pas l'avoir remarqué immédiatement, Izou étant bien trop occupé à tenter de maquiller Thatch qui s'agitait dans tous les sens et qui dans son cas, hurlait à mort de peur de se faire crever un œil. Quand finalement ils se calmèrent et prirent conscience qu'ils n'étaient plus seuls, ils se turent instantanément jusqu'à ce que la réalisation ne s'affichent sur leur visage. Si Izou savait ne pas agir comme une brute malpolie, ce n'était pas le cas pour Thatch qui s'écria aussi tôt :

_Oi, mais tu es le gars !

Et comme si cela n'était pas suffisamment embarrassant, il pointa un doigt dans la direction de Law. Ace et Izou se lancèrent un regard, atterrés que leur ami soit déjà si soûl et incapable d'agir comme une personne civilisée.

Qu'est-ce que Law allait penser ? se demanda Ace, mortifié.

_Je suis Law, se présenta finalement l'interne après avoir fixé Thatch en silence.

_Je sais qui… !

_Mec, tu fais une scène.

Ace était soulagé qu'Izou intervienne pour calmer leur ami, lui sauvant certainement la mise en même temps. Il avait un peu parlé de Law avec leur petit groupe, assez pour qu'ils ne s'inquiètent plus autant et pour que Thatch ne cesse de taquiner avec cela. Et Ace redoutait par-dessus tout qu'il puisse laisser échanger quelque chose d'embarrassant ou faire un commentaire déplacé comme il en avait l'habitude après avoir un peu trop bu.

_Désolé, marmonna-t-il à l'intention de Law en regardant Izou conduire Thatch à l'arrière. Il peut être intense, des fois.

_Je vois ça. Est-ce qu'il va bien ?

_Oh, ouais, il a juste un peu trop bu. Il devient tout excité et agité comme ça mais d'ici un petit moment il sera juste amical et très souriant.

Law hocha la tête, visiblement pas convaincu ou sceptique. Ace ne pouvait pas lui en vouloir, ses amis pouvaient être très… enfantins. Ce qui devait le changer des siens. C'était, d'ailleurs, gênant qu'il ait vu Thatch ainsi alors Ace s'empressa de changer de sujet.

_Je pensais que tu ne travaillais pas cette nuit.

_C'est vrai, je reviens du Nouvel An de chez Shachi et Pen. Comment était ta soirée ?

_Ennuyante à mourir. Izou et Thatch sont arrivés y a un petit moment, c'était déjà plus drôle. Exceptionnellement la station ferme à 3h, je vais les accompagner à une fête. Tu devrais venir, si tu veux !

_Je ne veux pas m'imposer.

_Tu n'imposeras rien, répliqua Izou en revenant de la salle arrière. Plus on est de fous et plus on rit, n'est-ce pas ?

Ace n'était pas certain qu'Izou ait choisi le meilleur proverbe qui soit pour convaincre Law de les accompagner mais étrangement, il accepta sans qu'il n'y ait besoin d'insister davantage.


_Alors, pourquoi tout le monde est aussi… pailleté ?

Un gobelet en plastique de festival dans la main, habillé le plus sobrement possible avec son pull noir et son jean, Law dénotait complètement dans le paysage. Malgré l'éclairage sombre et violet de la pièce, le reste des invités brillaient dans leurs costumes et par leur maquillage. Ace lui-même avait fait l'effort de porter une cravate orange avec des sequins et une chemise en satin argenté qui faisant penser à une boule de disco, refusant catégoriquement qu'Izou ne le maquille.

_C'était le thème de la soirée. « Facettes et paillettes ».

_Et tu n'as pas cru bon de me prévenir ? grommela-t-il, ce qui fit sourire Ace.

_Eh bien, tu ne serais pas venu autrement.

Il rit tandis que Law soupirait. Ace savait qu'il n'était pas vraiment énervé, peut être juste un agacé d'être tombé dans ce guet-apens mais comme il lui avait dit, il savait qu'il ne serait pas venu s'il avait été prévenu. Et puisque Law ne répliquait pas, Ace partait du principe qu'il avait raison et qu'il avait bien fait.

_Tu n'as qu'à partir, si ça ne te plaît pas.

Marco si amical d'ordinaire, si ouvert aux autres et à l'idée de rencontrer de nouvelles personnes, n'avait pas perdu son froncement de sourcils depuis qu'Ace l'avait vu. Au départ, Ace avait simplement pensé que quelque chose s'était mal passé avant qu'il n'arrive à la soirée, que peut-être il s'était disputé avec Wanda, sa petite amie qui avait organisé la fête, mais bien rapidement, il s'était rendu compte que sa colère était principalement dirigée envers Law. Il y a quelques temps déjà, lorsqu'Ace avait parlé de la relation qu'ils entretenaient, en quelque sorte, Marco avait été le plus réticent. Il se trouvait qu'il était dans la même université dans laquelle Law avait étudié, ce qui en soit n'était pas bien surprenant, il n'y avait pas quinze milles fac de médecine dans les alentours. Alors que logiquement cela aurait pu créer des sujets de discussions entre eux, Marco restait en retrait, observant Law comme un faucon. Il se trouvait, et il en avait déjà parlé à Ace à plusieurs reprises, Law n'avait pas une très bonne réputation à l'université. Il était reconnu comme un étudiant brillant mais beaucoup de rumeurs avaient circulé à son sujet et y circulaient encore. Il était un solitaire qui ne fréquentait qu'un groupe restreint de personnes, ses tatouages avaient également beaucoup fait parler, tout comme son attitude qu'à l'époque, beaucoup avait trouvé provocatrice et trop renfermée pour qu'il puisse s'intégrer correctement. Ace doutait que Law n'ait jamais souhaité s'intégrer à l'université, le connaissant ce serait surprenant et il l'avait dit à Marco mais ce dernier ne démordait pas. De drôles de choses étaient dites à son sujet, qu'il faisait partie d'un gang, par exemple, ou qu'il vendait de la drogue. Eh bien, ce n'était pas complètement faux, n'est-ce pas ? Mais Ace était surpris que Marco attache tant d'importance à de tels ouï-dire.

_Ne fais pas attention à lui, intervint Wanda avant que quoi que ce soit d'autre ait pu être ajouté. Il est grognon ce soir. Accompagne-moi remplir mon verre, j'ai besoin d'entendre d'autres histoires sur l'hôpital.

Elle n'attendit pas de réponse pour tirer l'interne jusqu'à la cuisine où toutes les bouteilles avaient été entreposées. Law ne semblait franchement pas emballé par l'idée mais Wanda ne laissait jamais personne lui répondre non, et sans avoir réellement le choix, il fut bien obligé de la suivre alors même que l'agacement sur son visage indiquait tout le contraire. Néanmoins, Ace se demandait si ce n'était pas une façade et si en réalité il n'était pas même un tant soit peu excité à l'idée de parler de son travail. Plus ils passaient de temps ensemble et plus il avait cette impression de réussir à lire son visage.

_Bon, quel est le problème ? demanda-t-il à Marco, une fois que Wanda et Law furent suffisamment éloignés.

_Je te l'ai déjà dit, je ne lui fais pas confiance.

_Pourquoi ? Il ne t'a rien fait à ce que je sache.

_Tu sais qu'il y a toutes ces rumeurs, Marco préféra-t-il répondre, évitant clairement le sujet ce qui amena Ace à soupirer.

_Je sais, tu m'en as déjà parlé. Beaucoup de fois, en fait. Et je t'ai expliqué ce que je sais. N'est-ce pas suffisant que je lui fasse confiance moi-même ?

_Si, si, bien sûr mais je ne sais pas… je ne le sens vraiment pas. Ces derniers mois n'ont pas été simples pour toi, je ne veux pas que tu sois déçu par autre chose.

Depuis le décès de sa mère, tout était prétexte pour que les gens prennent des pincettes avec lui. Pendant un temps, ses amis n'avaient rien dit sur sa nouvelle propension à rester seul et faire n'importe quoi jusqu'à il n'y pas si longtemps. Ce qui était bien, Ace était avait été tellement en colère que la perte de sa mère ne l'ait pas seulement affecté lui mais l'image que les gens, et que ses amis les plus proches même, avaient de lui. C'était frustrant, rageant, le mettant hors de lui.

Depuis, Ace n'avait, semble-t-il, fait qu'accumuler de la colère en lui. Il était énervé contre la vie de l'avoir privé de sa mère, contre les autres pour le traiter différemment, contre Roger pour être à l'origine de la plupart des maux de sa famille, contre lui-même pour être son fils… La liste pouvait être encore longue mais Ace commençait également à être fatigué d'être toujours en colère, de toujours se trouver des excuses, de s'apitoyer sur son sort. Il agissait comme un enfant en faisant cela, comment pouvait-il espérer des autres qu'ils le traitent autrement ? Sabo n'avait pas tort, il avait tellement dissimulé aux yeux de tous comment il se sentait qu'il était normal qu'ils soient inquiets, préoccupés par sa situation. Il les tenait tous éloignés depuis bien trop longtemps, se dérobant avec des excuses pathétiques qu'il mettait sur le dos de la colère ou du chagrin lié à sa perte. Les choses devaient changer et comme lui avait dit Newgate, il devait accepter l'aide des autres, il ne pourrait pas parvenir à surmonter ce qui l'empoissonnait tout seul.

C'était une révélation difficile à accepter et à reconnaître. Cela l'était encore plus de passer à l'acte et sa première pensée, son premier réflex, fut d'envoyer Marco promener. Pourtant il ne le fit pas, son ami l'avait reconnu, il était inquiet. Il tentait simplement de l'aider à sa façon.

_Je suis touché, tu sais, vraiment, répondit-il à la place. Tout le monde n'est pas aussi bien entouré et je sais que quoi qu'il arrive vous serez tous là. Mais je sais ce que je fais, d'accord. S'il y a le moindre problème, je t'en parlerai.

Marco gardait la bouche fermée, serrée dans une fine ligne. Il hocha néanmoins la tête, au grand soulagement d'Ace et la conversation put dériver sur autre chose.

Ils étaient en pleine discussion à propos d'une nouvelle sortie de jeu vidéo lorsque Wanda revint, pour demander à Marco de danser avec elle. Ace les regarda s'éloigner en souriant, se demandant comment à cinq heures du matin et après avoir fait la fête toute la nuit ils pouvaient encore avoir autant d'énergie. Il n'avait pourtant pas fait grand-chose de sa journée à part dormir mais il ne se sentait pas la force d'aller danser. Il n'était exténué mais il avait besoin d'un peu de tranquillité. Il décida alors de s'éloigner du salon et de la piste de danse, à la recherche d'un endroit un peu plus calme et de quelqu'un avec qui discuter. Il se demandait où était passé Law, aussi. Et si Wanda ne l'avait pas laissé entre n'importes quelles mains.

Ses pires craintes se réalisèrent lorsqu'il l'aperçut dans la cuisine, accompagné de Thatch. Ce dernier semblait encore plus soûl que précédemment dans la soirée et il parlait en agitant les mains. Law ne semblait pas énervé, simplement ennuyé, jusqu'à ce que subitement Thatch se penche en avant. De là où il se trouvait Ace pouvait le voir chuchoter et Law se tendre, les sourcils froncés.

Bien, il était temps d'aller le délivrer de là, non ? Il voulait éviter un meurtre ce soir et que sa réputation soit totalement ruinée. Thatch avait cette fâcheuse habitude d'humilier les gens alors même qu'il cherchait à les encourager ou à les soutenir dans leur démarche lorsqu'il avait trop bu. Il serait tout à fait capable de dévaster toutes les chances qu'Ace espérait avoir avec Law en tentant de l'aider.

_Hé, les salua-t-il en s'approchant. De quoi vous parlez ?

_De rien du touuut, s'empressa de répondre Thatch d'une voix bien trop mielleuse.

C'était suspect, surtout lorsqu'il fit semblant d'apercevoir Izou dans le salon et de le rejoindre. Ace avait vu son ami en train de fumer dehors par la fenêtre il n'y avait à peine quelques minutes, il ne pouvait pas être déjà de retour.

_Désolé, tu t'es retrouvé coincé avec lui.

_Thatch est drôlement bavard, hein ?

_Ne m'en parle pas. Une fois qu'il est un peu soûl, il est impossible à arrêter. Alors, à part cette prise en otage, tu t'amuses ?

_Ça va, mais je pense ne pas tarder à rentrer.

_Déjà ? demanda Ace, espérant ne pas paraître trop déçu.

_Je suis fatigué. Est-ce que tu vas avoir besoin d'un tour ?

_Wanda m'a proposé de passer la nuit ici.

La réponse ne semblait pas être celle qu'il attendait, se rendit compte Ace alors qu'il pouvait voir Law se mordre l'intérieur de la joue.

_D'accord. Est-ce que tu te rappelles où nos vestes ont été posées ?

_Je crois que euh…

Ace n'avait pas terminé que Law s'éloignait déjà, abandonnant son verre encore à moitié plein sur la table à manger. Il sortit de la cuisine et Ace le suivit, essayant de répondre qu'il pensait que tout se trouvait empilé sur le porte-manteau de l'entrée. Law secoua la tête, assurant que ce n'était pas là et il continua de traverser la maison sans prêter la moindre attention aux autres invités, ni à Wanda qui dansait avec Marco et qui aurait pu lui indiquer où se trouvait ce qu'il cherchait.

_Je ne pense pas que ce soit par-là, insista Ace alors que l'interne se dirigeait vers les escaliers.

Wanda avait assurément précisé qu'il était interdit d'aller à l'étage, autrement que pour utiliser la salle de bain si les toilettes du bas étaient déjà occupés. Mais c'était comme si Law ne l'entendait pas et Ace le suivit, en continuant de lui répéter qu'il se trompait d'endroit. Quand ils arrivèrent au premier étage, Law n'attendit pas de vérifier s'il y avait du monde avant de le pousser dans la salle de bain. Ace trébucha et faillit tomber sur la baignoire.

_Qu'est-ce que tu fous ? Je croyais que tu cherchais ta veste.

_Je suis sûr qu'on peut trouver quelque chose de plus intéressant à faire avant de partir.

Le visage d'Ace s'incendia à l'insinuation. Pendant un instant, il n'était pas certain d'avoir bien compris. Pourtant, le petit sourire en coin qu'affichait Law voulait tout dire et immédiatement, Ace put sentir le sang affluer encore plus à son visage et la chaleur ramper le long de son cou jusqu'à ses oreilles.

_Es-tu en train de proposer ce que je pense ?

A cette simple idée, le pantalon d'Ace devenait plus serré et sa bouche plus sèche.

_Ça dépend, répondit Law toujours avec ce même sourire qui rendait ses jambes flasques.

Alors que l'interne s'approchait de lui, Ace se retrouvait incapable de dire un mot. A la place, il imaginait plutôt ce à quoi Law pouvait penser et ce que lui-même aimerait faire tant qu'ils ne seraient pas dérangés. Espérons que ses amis l'oublient un temps, pensa-t-il alors que Law se laissait tomber à genoux devant lui et Ace déglutit.

Voir le visage de Law aussi près de son entrejambe lui faisait plus d'effet qu'Ace ne l'aurait jamais pensé. C'était très certainement exagéré la manière dont son pénis se contactait à cette vue, comme si jamais avant lui personne n'avait été dans cette position. Law avait lui-même déjà été entre ses jambes à quelques reprises et rien qu'à ce souvenir, Ace pouvait encore sentir à nouveau la chaleur de ses doigts sur ses cuisses et la douceur des draps du lit qui chatouillait sa peau. Si c'était possible, son visage s'enflamma encore plus, devant aussi rouge qu'une tomate trop mûre.

C'était plus qu'embarrassant mais Law semblait trouver cela drôle.

_Qu'est-ce qui t'arrive, hm ? s'amusa-t-il en passant ses doigts entre la bordure de son pantalon et sa peau, le faisant frissonner. Quelqu'un est sensible aujourd'hui.

La peau d'Ace le picotait là où les doigts de Law glissaient et il pouvait entendre le sang monter à sa tête, résonner dans ses oreilles. C'était bruyant comme jamais et il avait l'impression de ne rien entendre d'autre, comme s'il était coupé du monde et que la seule chose qui existait était ça. Law agenouillé devant lui, en train de défaire la fermeture de son pantalon, et à lui sourire en coin. Presque tendrement, Ace oserait-il dire.

Avec envie, il regarda son visage et ses lèvres bouger. Et ce fut seulement quand Law fronça les sourcils qu'Ace comprit qu'il lui avait parlé.

_Pardon ?

_Je vois quelqu'un est distrait, ici ? Essayons de te ramener sur terre avec moi, hein ?

_Je suis très concentré. Et je pensais que tu voulais me faire atteindre le septième ciel.

Law avait baissé le visage pour mordre l'intérieur de ses cuisses mais Ace pouvait sentir, à son souffle contre sa peau, qu'il gloussait. Cela envoyait de délicieusement vibrations à son entrejambe qui se contracta à nouveau et il soupira lorsque Law pressa sa joue contre. Putain, Ace donnerait beaucoup pour simplement se branler contre son visage, s'enfoncer dans sa bouche, n'importe quoi tant qu'il serait libéré de ses vêtements et qu'il pourrait utiliser Law comme bon lui semblait. Et il le pouvait, en fait, si Law avait quelque chose à dire il le ferait alors Ace décida de prendre les devants. Il baissa son pantalon et tira avec empressement sur son boxer jusqu'à libérer son érection. L'air frais le fit frissonner mais il s'en fichait et il se pencha plus en avant pour glisser contre le visage de Law. Ce dernier n'avait que relevé les yeux, c'était tout ce qu'Ace pouvait voir dans cette position, et à la manière dont ils se plissaient sur les côtés, il en déduisit que l'interne était amusé.

_Je veux baiser ta putain de jolie bouche.

Ace ne s'était même pas rendu compte que ces mots avaient dépassé le stade de la pensée pour franchir ses lèvres qu'il pouvait sentir celles de Law s'entrouvrir en avaler la tête de son érection. C'était chaud et mouillé, une invitation à ce qu'Ace aille plus loin s'il le voulait et comme il le voulait. Et il ne fallut pas plus qu'un millième de réflexion pour qu'il décide de s'enfoncer complètement dedans.

Law n'était pas un grand parleur, cela dépendait du sujet de la conversation, mais bordel, pensa Ace alors qu'il l'accueillait aussi facilement, il était doué avec sa bouche. Lâche et chaude, avec suffisamment de pression de la part de sa langue sur le dessous de son érection et son frein pour qu'Ace puisse rester là plusieurs minutes. Ils n'étaient pas pressés de toute manière mais il avait d'autres choses en tête alors il commença à bouger pour s'enfoncer toujours un peu plus loin. Plus profondément jusqu'à ce qu'il butte au fond de sa gorge.

Law n'avait ni tenter de prononcer un mot, ce qui serait un échec assuré dans cette situation, ni de bouger d'un pouce. Il le regardait fixement sous ses cils, la tête penchée en arrière et Ace était presque certains de distinguer un sourire sur ses lèvres déformées autour de lui.

_Bouge, s'il te plaît, ordonna-t-il parce que cela ne lui suffisait plus.

Avec entrain, Law s'exécuta, arrachant au plus jeune des soupirs et des gémissements. Il voulait que cela ne s'arrête jamais, qu'il investisse la bouche de Law pour toujours.

Les mains de l'interne s'étaient faufilées jusqu'à ses cuisses pour le maintenir tandis qu'il bougeait sa tête contre lui et Ace passa ses propres doigts dans les cheveux de Law. Il tira dessus davantage pour s'accrocher à quelque chose alors qu'il essayait de reprendre un souffle d'air à travers sa respiration saccadée et entrecoupée d'accrocs, lorsque ce geste arracha un gémissement à Law. Un putain de gémissement, un son bas et rauque, qui fit vibrer Ace jusque dans ses orteils mais surtout qui provenait de l'homme en dessous de lui à qui il n'avait jamais réussi à arracher ne serait-ce qu'autre chose que des expirations profondes.

Enhardi, et se fichant complètement du regard surpris sur le visage de Law, Ace réitéra son geste avec un peu plus de force. Un autre son sortit de la gorge de Law et son visage s'enflamma. Ace, lui, ne pouvait pas retenir le sourire qui étirait ses lèvres.

Instantanément, c'était devenu son son favori sur terre.

_Tu m'avais caché ça, hein.

Ace le refit encore et encore, tout en s'enfonçant toujours dans sa gorge. Et alors qu'il allait réitérer son geste, exciter par les réactions de Law, la poignée de la porte tourna. Quand la personne de l'autre côté se rendit compte que la porte était verrouillée, au lieu de faire demi-tour comme n'importe qui de sensé le ferait, elle insista.

_C'est occupé, dit Ace assez fort pour être entendu une fois qu'il fut suffisamment sorti de la bulle d'excitation dans laquelle il se trouvait pour se rappeler où est-ce qu'ils faisaient cela.

_Tu as bientôt fini ? demanda une voix exaspérée qui ressemblait à celle de Vista, un ancien ami du lycée qu'Ace avait aperçu durant la soirée.

_Non. Va-t'en.

_Tout est occupé de partout, dépêche-toi !

Ace allait répliquer, lui disant d'aller se faire foutre ailleurs, quand Law décida que c'était exactement le bon moment d'attraper ses testicules, lui arrachant un son des plus indécent.

L'autre côté de la porte devint silencieux et Ace fusilla Law du regard, les joues rouges. Mais l'interne le fixait avec amusement et il continua de bouger ses doigts, envoyant des frisson dans tous son corps.

_Qu'est-ce que tu fous ? Si tu es en train de baiser, Wanda va péter un câble, reprit la voix de Vista.

Il semblait vraiment énervé mais Ace ne pouvait pas penser correctement, pas dans cette position-là et alors qu'il l'entendait tambouriner contre la porte, il était incapable de lui répondre. La pensée qu'il allait prévenir Wanda ne lui traversa même pas l'esprit lorsqu'ils l'entendirent s'éloigner en tapant des pieds contre le sol.

_Tu es un connard.

Law ne semblait pas affecté par la remarque d'Ace, ni par le fait qu'ils venaient d'être découverts et que c'était embarrassant. A la place de s'en préoccuper, il continua de bouger avec sa tête et avaler Ace comme s'il aspirait des grandes coulées d'air et rien de plus. C'était grisant et électrisant et à plusieurs reprises, le plus jeune crut qu'il allait tomber par terre tellement ses jambes flageolaient. Mais Law tenait fermement ses cuisses contre lui et avant qu'il ne s'en rende compte, Ace avait repris de faire des mouvements avec son bassin. Ils étaient erratiques et bâclés, et la bouche de Law était trop accueillante pour que cela en devienne autrement.

Ses doigts, toujours accrochés aux mèches brunes, commencèrent à ne plus avoir de prises assez fermement alors qu'Ace continuait de se faire foutre contre le visage de Law et instinctivement, alors que ses mouvements devenaient plus agités, il lâcha ses cheveux pour attraper l'arrière de son crâne. Ace se rendait à peine compte de ce qu'il faisait alors qu'il baisait la bouche de Law avec force, extatique et au bord de l'extase. Tout son corps vibra, l'obligeant à se mettre presque sur la pointe des pieds parce que tout devenait trop. Trop sensible, trop chaud et trop mouillé. Trop baisé.

Puis, d'une manière ou d'une autre, Law l'amena encore plus profondément dans sa gorge et il gémit si fort autour de lui qu'Ace crut défaillir. Il se déversa en lui sans ne pouvoir faire autrement qu'appuyer son bassin contre son visage et s'accrocher à sa nuque pour se redresser et ne pas se laisser tomber en avant. Son corps était subitement devenu flasque, mou, et tout était trop lumineux autour de lui et trop sombre à la fois.

Tout ce qu'il pouvait sentir, la seule chose tangible pendant quelques instants, était Law qui continuait de le sucer comme si de rien était, qu'il ne venait pas de se déverser dans sa gorge. C'était plus bâclé qu'au début, sa bouche était plus visqueuse et chaude encore et Ace pouvait le sentir déglutir. Pourtant Law n'arrêtait pas et lorsque le plus jeune tenta de se retirer, il raffermit sa prise sur ses cuisses, l'empêchant de s'éloigner.

Ace voulut lui dire que c'était fini, qu'il n'avait pas besoin de continuer mais aucun mot n'atteignait son esprit. Tout ce qui sortait de sa bouche était des gémissements qui se rapprochaient honteusement de glapissements et son souffle qui ne cessait de mourir dans sa propre gorge à chaque fois que Law faisait ce truc avec sa langue.

La surstimulation allait mener Ace à sa perte. C'était fort, trop fort et enivrant et merveilleux à la fois, et cela le faisait pleurer. Tout était devenu si sensible qu'Ace ne savait plus si la bouche de Law était devenue douloureuse ou encore plus douce et accueillante qu'auparavant. Il était juste un véritable gâchis de gémissements, de pleurs, de râles et d'extase. Et tout devint trop fort jusqu'à ce qu'Ace sente son corps s'électriser complètement et qu'il ne puisse plus tenir debout malgré la retenue de Law.

Tremblant, Ace glissa contre la baignoire et il n'eut pas la force de rester assis. Allongé sur le carrelage froid, il regardait le plafond sans réellement le distinguer et son souffle était si fort à ses oreilles qu'il ne pouvait rien entendre d'autre.

Tout ce à quoi il pouvait penser était putain, putain, et encore putain.

Il n'avait jamais eu un vocabulaire des plus élaborés mais Law semblait le rendre encore plus sommaire que d'habitude.

_Putain, marmonna-t-il pour lui-même.

_C'est un compliment ?

_Je… putain, ouais.

Law ricana, rauque et graveleux de s'être ainsi fait baiser la gorge. Le son était proche de son oreille et ce n'est qu'à ce moment-là qu'Ace se rendit compte qu'il était allongé à côté de lui. Il voulait lui parler, lui dire tellement de chose mais il ne savait pas quoi. Alors, dans l'expectative, il s'humidifia les lèvres et tenta de reprendre son souffle. Sous la lumière blanche de la salle de bain, Law était vraiment beau avec ses yeux pleins et ses lèvres pleines et…

_Tu as vraiment un beau visage.

Law cligna un instant des paupières puis il fixa Ace avec un petit sourire en coin. Mais pas la même que plus tôt. Ce n'était pas quelque chose d'aguicheur et de sexy, mais Ace y lisait tout de même une promesse à venir. Timide et invitante.

_Merci, sourit l'interne. Tu as apprécié ?

_Putain que oui, j'ai apprécié. Ce n'était pas clair ?

_Je préférai m'en assurer.

_C'était putain de bien, la meilleure pipe d'anniversaire de ma vie !

_Je suis heureux de l'entendre, gloussa Law. Comme tu ne m'avais rien dit ça a été un peu improvisé sur le moment.

_Une chose qui peut faire des merveilles, l'improvisation.

Law laissa échapper un petit rire et ils retombèrent dans un silence satisfaisant.

_Comment as-tu su pour mon anniversaire ? demanda Ace quand son souffle fut stable à nouveau.

_Thatch me l'a dit.

_Hm, peut-être que je devrais penser à le remercier, alors.

Ils restèrent encore un moment ainsi, allongés au milieu du carrelage de la salle de bain, sans qu'un autre mot ne soit prononcé entre eux. De l'autre côté de la porte, ils pouvaient distinguer les bruits de la fête, les rires, les pas de danse et la musique mais Ace n'avait envie de quitter cet endroit pour rien au monde. Il pouvait même se sentir commencer à dériver, son esprit zonant et son corps se relâchant sur le carrelage. Il était épuisé mais il ne voulait pas dormir alors, malgré ses paupières lourdes comme du plomb, il gardait fixement son regard sur le plafond de la salle de bain. Mais quand ce ne fut plus assez et qu'il commença à somnoler les yeux ouverts, il s'obligea à se redresser, jetant un coup d'œil à Law allongé juste à côté. Il avait les yeux fermés, les bras repliés sous sa tête mais Ace se doutait qu'il ne dormait pas.

_Tu es toujours dur, fit-il remarquer quand son regard se dirigeant vers le pantalon de Law.

Ce dernier haussa les épaules, visiblement pas dérangé. Alors, Ace se rapprocha et allongea le bras pour commencer à jouer avec le bouton de son jean.

_Laisse-moi m'en occuper.

Le corps de Law se tendit et il ouvrit une paupière. S'il n'avait pas jeté un coup d'œil étrangement agité à l'interrupteur près de la porte de la salle de bain, Ace aurait pu prendre cela pour de l'anticipation.

_Ça va être bon, laisse tomber.

La première réaction d'Ace était de se braquer, penser que l'interne ne voulait plus de lui, ce qui était idiot, se rendit-il compte. Après la manière dévouée avec laquelle il avait laissé Ace l'utiliser, c'était forcément autre chose.

_Est-ce qu'il y a un problème ? Avec la lumière ?

Law sembla vraiment surpris par cette question et il jeta à un nouveau un regard à l'interrupteur puis à Ace à nouveau. Visiblement mal à l'aise, plus qu'Ace ne l'avait jamais vu, il se mordit la lèvre un moment.

_Mon corps peut être plutôt… repoussant, finit-il par dire mais il prononça ce dernier mot comme s'il n'était pas certain que ce soit suffisant pour le décrire.

_Je pense que tu es plutôt sexy, en fait. Même beaucoup.

Un petit rire s'échappa des lèvres blessées de Law mais cela s'apparentait bien plus à de la résignation qu'à de la timidité ou n'importe quoi d'autre qu'il pourrait ressentir face à un compliment.

_C'est pas un blague.

_Est-ce que tu as entendu parler de Flevance ?

Ça n'a rien à voir, Ace avait-il envie de répondre mais il hocha tout de même la tête, le changement abrupt de sujet piquant son intérêt.

_La Ville blanche qui a été décimée par une épidémie.

Un autre ricanement sortit de la bouche de Law mais c'était sinistre et Ace frissonna.

_Non, c'était un massacre, pas une épidémie.

_Mais…

_C'est le gouvernement qui a organisé ça. Flevance était construite au-dessus de mines de plomb qui avaient des millénaires et ça a commencé à affecter sa population il y a une centaine d'années. Le Saturnisme. C'est une maladie mortelle et héréditaire qui amène tes organes à s'autodétruire, se saboter si tu préfères. Tout arrête de fonctionner et lâche petit à petit. Mais ce n'est pas contagieux, contrairement à ce que le gouvernement a laissé entendre. Les seules personnes qui en sont mortes sont les habitants de Flevance et leur famille, et au lieu de chercher un remède, une cure, n'importe quoi, le gouvernement a mis la ville en quarantaine. Les gens sont plus rapidement morts de faim que du Saturnisme, mais ça on n'en parle pas. Et quand les habitants ont commencé à se révolter, l'armée a été envoyée pour finir le travail.

Ace ne savait pas quoi dire. Il n'y avait rien à répondre à tout cela et c'était terrifiant que Law en sache autant là-dessus. Cela ne pouvait signifier qu'une chose.

_C'était un bain de sang, je ne sais pas qui d'autre à survécu, s'il y en a d'autre… De toutes manières, le Saturnisme laisse des traces qui ne parte jamais complètement. Des taches de décoloration sur la peau, et dans les cheveux, partout.

_Je ne pense pas que ce soit repoussant, dit finalement Ace dans un souffle alors que tout ce à quoi il pouvait été penser était le massacre auquel Law avait survécu.

_Tu ne les as pas vu. Elles sont horribles, dégoûtantes. Quand les informations parlaient encore de l'épidémie, les gens étaient terrifiés en me voyant.

Ace resta silencieux, assimilant tout ce qu'il venait d'apprendre. Il comprenait maintenant pourquoi Law insistait pour garder ses vêtements, se déshabillait à peine quand ils couchaient ensemble. Pourquoi quand il était venu la première fois chez lui et qu'Ace avait commencé à lui retirer ses habits, il avait réagi ainsi, c'était enfui.

_Tu sais, commença-t-il après avoir réfléchit à tout cela, je pourrais être maître de ça. Décider par moi-même de ce que j'en pense si tu souhaites me laisser te regarder. Je pourrai te montrer que ce n'est pas repoussant.

Que tu n'es pas repoussant, pensa-t-il en le regardant.


Voilà, le chapitre se termine ici, j'espère que vous l'avez apprécié! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pesez et j'espère vous retrouver pour la semaine prochaine pour le plus long chapitre de cette histoire, et sa conclusion :)