16. Coups bas et voix hautes

Le bal de Halloween de cette année fut un bal, ce qu'il y'avait de plus normal. Tous les élèves, à partir de la quatrième année, étaient sur leur trente et un et les préfets-en-chef ouvrirent le bal avec une valse apprise en seulement deux jours. Les professeurs étaient également présents et bien évidemment Ludwig Strolley faisait tourner l'œil à un grand nombre de jeunes filles.

- Tu crois qu'il dansera avec les élèves ? Demanda Jessica Stein en enroulant une mèche autours de son doigt.

- Depuis quand un professeur danse avec un élève ? Demanda Mona Burke.

- Oh, de toute façon, tu dis ça parce que tu sais que tu n'as pas de chance si je le pourchasse en premier. Déclara la grande brune au regard séducteur.

Mona lui envoya un regard noir et s'avoua défaitiste ; la géante blanche près d'elle avait raison. Mona n'avait rien d'une jolie fille, ni les lunettes à grosses montures qui encerclaient ses yeux autrefois globuleux, ni sa fine bouche qui cachait un sourire souvent pincé encore moins ses cheveux que toute la magie du monde n'arrivait pas à adoucir. Seulement Mona était connue pour son calme et son pacifisme, et pour ceux qui la connaissaient bien son sarcasme douteux. Jessica quant à elle, elle n'avait à envier personne sur son physique, bien qu'elle ait un travail de titan à faire sur sa matière grise. Traitée d'écervelé à longueur de journée, Jessica s'estimait heureuse d'avoir une physionomie avantageuse et avait appris à l'user à sa guise pour obtenir gain de ses causes.

- Faut pas rêver les filles, il regarde même pas vers ici ! Déclara Sacha Milbert qui le regardait comme s'il était une fontaine en chocolat dans laquelle elle voulait glisser un doigt.

Les filles de Gryffondors de septième année remarquèrent cependant qu'il toisait une autre camarade à elles.

- Il est en train de mater Ayni ? S'exclama Jessica étonnée.

- Ah oui !

- Et ben ? Qui l'aurait cru !

- Pourquoi ? S'exclama Ronald qui venait d'entendre le prénom de sa meilleure amie. Qu'est-ce qu'elle a Ayni ? Demanda-t-il la main sur les hanches, un œil accusateur à leur adresse.

Aucune des trois filles ne répondit, alors il rebroussa chemin, mais Evelyne debout dans un coin à faire tourner la paille dans sa boisson à l'infini, avait intercepté l'échange et laissa filtrer un rire sans joie.

- Quoi ? Demanda Ronald.

- Jessica et ses deux copines pas très futées ont toujours pensé être les reines de Poudlard. Elle, elle ne s'est calmée un peu que lorsque James a oublié son existence, et qu'elle est devenue la risée des filles de Gryffondor. Sacha est comme… Comme j'étais ; si quelqu'un lui plait elle n'hésitera devant rien et écrasera tout le monde. Quant à Mona, elle manque de confiance en elle clairement. Pourtant toutes réunis pensent être ou plus jolies, ou plus futées ou plus méritantes qu'Ayni, en tout cas.

Ronald éclata d'un rire qui ressemblait plus à un rictus après une crampe.

- A vous voir l'année passée, rire ensemble, traîner ensemble… On dirait que vous êtes les meilleures amies du monde !

- A vrai dire, Marlène et Ayni s'entendent bien. Moi et Sacha on était assez proches, elle me couvrait quand je sortais voir Greg en cachette et je la couvrais pour ses bêtises à elle. Quant aux autres filles, elles ne nous parlaient pas vraiment sauf en cours. D'ailleurs je ne comprends pas pourquoi Jessica a demandé un transfert de dortoir, elle n'est amie ni avec Sacha, ni Marlène. En résumé : c'est une bande d'hypocrite!

- Et tu me dis ça seulement parce que maintenant tu n'as plus d'amie ?

Evelyne qui était habituée à se faire incendier de parts et d'autres apprenait à composer avec des réponses au second degré. Ce ne sont que des mots qu'elle ne comptait plus prendre à cœur.

- Tu as entendu ce que je t'ai dit ? Où tu as vu qu'il y'avait de l'amitié là-dedans ? Au moins, moi, je suis lucide maintenant, seule certes mais lucide.

Ronald qui n'avait pas prévu une seconde de discuter avec la jeune fille, décida par un élan de compassion nouveau de lui tenir compagnie quelques instants.

- Et dans ton dortoir ?

- Ah ! Elles sont dures les sixièmes années. Mais pas hypocrites au moins.

- Comment ça ?

- Alors, il est de notoriété mondiale que Maisy hait Lily ou Alice ou les deux. Je ne sais plus. Alice ne supporte pas ma présence et le montre très clairement. Lily, c'est une fille bien, mais pas très loquace avec les filles. Et puis, il y'a cette relation entre Lily et Alice, je ne sais pas comment elles réussissent à être amies depuis si longtemps, alors qu'une fois sur deux, elles se râlent dessus. Elles ont cette capacité à sortir des vérités blessantes l'une à l'autre et le quart d'heure d'après manger en souriant à la même table, ou se faire des étreintes…

Ronald sourit et ainsi les deux Gryffondors passèrent la soirée à discuter, comme de bons vieux amis dans un bar. Ils avaient l'air de s'entendre plus, ils avaient l'air de développer quelque chose de plus profond, tant en une soirée ils s'étaient découvert des points en communs et de l'intérêt l'un en l'autre. Mais les choses n'étaient jamais aussi aisées, Ronald était toujours amoureux de Marlène et Evelyne aussi éprise de Gregory Brown.

- Je pense qu'il ne serait pas interdit de faire danser une élève pas vrai ? Demanda Ludwig à Minerva.

- Non.

Ainsi, devant les expressions abasourdis de la moitié de l'école, le professeur de Défense contre les forces du mal invita d'abord la préfète en chef à danser, ensuite la célèbre batteuse de la maison Ocre. Sirius debout dans un coin, tentait tant bien que mal de ne pas envoyer un sort, qu'il ne saurait expliquer d'ailleurs, puisque personne ne savait que Marlène et lui se bécotaient dès qu'ils le pouvaient.

- Et bien ! On dirait que c'est lui les forces du mal dont on doit se défendre. Regarde comment il fait rire Marlène ce mufle ! Déclara James qui buvait son énième boisson illicite.

- Il est vieux ce Botruc en plus ! Lança Marcus qui jalousait la manière dont il était regardé par toutes ces filles que lui coursait depuis des années, sans succès. Il leur sourit, elles se mettent à glousser, moi j'ai cherché toutes les blagues possibles dans des manuels improbables et tout ce que je récolte ce sont des biffes !

James éclata de rire et remarqua que Sirius était distrait.

- Patmol, ça va ?

- Je rêve ou notre professeur fait danser Marlène ? Demanda Peter en se joignant à eux. Tu crois qu'elle va faire comme toi, et se manger un prof de DCFM ?

Sirius posa son verre d'un coup sec sur la table, se leva et siffla une jeune fille devant lui. Il lui tendit sa main, lui offrit son sourire le plus ravageur et la fit tournoyer sur elle-même en s'approchant de la foule. Rémus qui dansait avec Alice, n'avait rien raté de la scène, alors il se mit à rire à gorge déployé.

- Quoi ? Demanda Alice.

- Rien. Rien.

- Sirius est jaloux, c'est ça ?

- Je n'en sais rien.

- Je mettrai ma main dans un feu de cheminée qu'il se passe quelque chose entre lui et Marlène.

- Peux pas t'aider, je n'en ai aucune idée.

Marlène finit par rejoindre la table de James et s'assit essoufflée. Tous les regards étaient tournés vers elle, attendant un quelconque commentaire.

- Quoi ?

- Tu dansais avec un prof !

- Et ?

Personne n'osa dire le fond de sa pensée, alors elle ajouta.

- Calmez-vous bande d'adolescents hargneux. C'est juste un prof ! Et il est vieux !

- Ça ne t'a jamais arrêté avant non ? Demanda Sirius qui venait de surgir derrière elle.

- Venant de toi ! Ricana Marlène.

- Au moins j'étais plus discret !

- Toi, discret ? Toi ? Alors que ton deuxième prénom est regardez-moi-je-suis-un-dieu ! Et puis je te signale qu'il a dansé avec Ayni aussi, pourquoi tu ne vas pas la faire chier aussi ?

Marlène se leva en claquant des dents, elle prit un verre à la volée, asséna un coup d'épaule à son coéquipier et intérimaire-copain, puis alla rejoindre une autre table.

- Si ça ce n'est pas une scène de ménage ? Murmura Alice à l'adresse de Rémus.

Dorcas qui était assise près de James, Peter et les autres étudiants de sixième année, regardait tout ce beau monde danser en se demandant quand est-ce que son copain arrêterait de la bouder pour rien. Elle jouait avec une serviette en soupirant de temps à autre et regardait Alice et Rémus repartir pour une autre danse. Peter, hésitait depuis une bonne demi-heure à lui demander une danse et son incertitude perdura, tant les voix dans sa tête le faisait douter de lui. La jeune brune posa la tête au creux de sa main et fixa la piste avec un regard envieux quand James finit par le remarquer. Pour que James remarque, il fallait vraiment qu'elle soit très démonstrative, et ses soupirs continus devinrent dérangeants alors il finit par lui ordonner sans ménagement.

- Va danser avec lui !

- Qui ? Demanda la jeune fille en sursautant.

- Rémus. Il danse seulement avec ta meilleure amie, alors vas-y !

- Je te signale que j'ai un petit copain !

- Je te signale qu'il n'est pas là.

- Ou bien… Je peux te faire danser… Si, ça te permettra de moins t'ennuyer, je veux dire. Tenta enfin Peter.

- Je n'ai pas envi de danser, tout à l'heure, ok ?

- Ok.

James la regarda d'un air ennuyé puis balaya la foule du regard à nouveau.

- C'est la soirée la plus ennuyante que j'ai jamais vu. Lança-t-il en ingurgitant un autre verre.

- D'où tu sors le liquide ? Demanda Marcus.

James montra une flasque secrète cachée dans sa robe de sorcier, qu'il avait relié à sa manche par une multitude de pailles, créant ainsi une tuyauterie dans sa tenue afin qu'il soit toujours rassasié.

- Ingénieux ! Donne un peu.

Il versa du contenu de son Whiskey dans le verre de son ami et se tourna à nouveau vers la salle. Sabrina Dumas vint vers lui à ce moment-là.

- Une danse en souvenir de l'année dernière ?

James n'avait plus vraiment toutes ces idées en place et il était incapable de se remémorer s'il avait réellement dansé avec cette fille à Halloween dernier ou non, il décida de la suivre, laissant ses interrogations pour un jour où il sera plus lucide.

- … Elle est barbante cette soirée !

- Ah ! Je ne te le fais pas dire.

- Tu veux dire que toi, James Potter, tu ne va pas improviser une soirée dans ta salle commune pour oublier le fiasco de celle-ci ?

- Peut-être, je marche au feeling tu le sais. On verra.

James qui faisait tourner Sabrina autours d'elle-même, s'arrêta dans son élan lorsqu'une silhouette qu'il reconnaîtrait même endormi fit son entrée. Soudain, sa gorge se noua et aucun son ne sortit plus de sa bouche. Elle portait une simple robe de bal noir à bustier et avait ramassé ses cheveux, laissant ses épaules laiteux dénudés. Même à une distance aussi lointaine, il pouvait voir les petites taches de rousseurs éparpillées sur ses épaules. Sa peau paraissait si douce et James n'arrivait plus à en détourner le regard. Ces épaules, son cou, sa poitrine...

- Putain !

Sabrina qui ne rata évidemment pas la scène, posa sa main sur le torse du jeune garçon et lui offrit un sourire provocateur, il lui rendit un sourire quelconque et se remit à chercher la rousse du regard.

- Je suis contente qu'elle ait renoué avec Damian. D'ailleurs, c'est moi qui lui ai dit qu'elle avait besoin de réconfort après l'année qu'on a vécu. Alors, il est passé la voir en été.

- Renoué avec Damian ?

- Oui, apparemment, ils ressortent ensemble. Enfin, ils essaient, il est un peu trop pris par ses études et ça fait un moment qu'il cherche à la surprendre en venant à Pré-au-lard, mais ne lui dis rien, sinon tu gâcheras la surprise. Ils vont si bien ensemble, ils se ressemblent beaucoup tu sais… Aussi adorable qu'elle.

James ne dit rien effectivement, il ne dit plus un mot à l'adresse de la fille dans ses bras, ni à la suivante qui dansa avec lui, ni à toutes celles d'après. Il finit par s'asseoir à sa table après plusieurs minutes de danses variées et se reversa un autre verre. Il but et écouta à moitié ses camarades tout en continuant de fixer Lily, qui se contentait de sourire à une énième blague des jumelles. Elle avait un sourire si authentique !

" Ses lèvres qui s'étirent et se replient, sa manière de mordiller l'intérieur de sa joue mettant en relief sa lèvre supérieure encore plus... Pourquoi elle rit en se penchant la tête en arrière ? Elle va avoir ma mort, jamais, je n'ai été aussi obsédé par un cou... Si je posais juste une lèvre dessus..."

Il frissonna en la voyant sourire à nouveau.

" Elle me sourit jamais comme ça... Jamais !"

James n'avait plus toute sa tête et il décida de sortir prendre l'air. Il suffoquait dans cette salle remplie d'adolescents insouciants et contents, d'hypocrites, de filles qui le collaient à tire-larigot, de chaleur étouffante, de musique assourdissante, il voulait être seul, il voulait de l'air, ne plus se sentir étouffer dans son propre corps et ne plus ressentir cette douleur qu'il essayait de dissimuler avec de moins en moins de force. La douleur du nom de Lily Evans.

Il avait l'impression d'avoir tous les symptômes d'une maladie, il ne pouvait plus dormir sans rêver d'elle, il dormait moins d'ailleurs, se réveillant tôt pour partir à sa recherche, il ne savait plus respirer à proximité d'elle, il ne savait plus manger sans la guetter du coin de l'œil, il cherchait toujours une manière de lui parler et pourtant il voulait fuir dès qu'ils se parlaient, il voulait fuir et ne pas affronter cette réalité consternante, il l'avait dans la peau et il ne pouvait rien y faire ! Sa maladie n'avait aucun remède.

- James.

Rémus regardait son ami avec compassion, s'il y'avait bien quelque chose qu'il connaissait depuis plus d'une année maintenant, c'est le sentiment d'impuissance face à l'objet de nos rêves, le sentiment de ne rien pouvoir faire pour décrocher ce rêve et voir quelqu'un d'autre en jouir.

- Ce Damian quand il était venu la voir en été, tu étais là ?

- Oui.

- Tu n'as pas jugé utile de me prévenir ?

- Tu avais d'autres soucis en tête et puis vu comment l'année s'est finie, j'ai pensé que tu t'en souciais plus…

- Et c'est ça que tu appelles extralucide ? Hurla James en ricanant.

- Tu as bu combien de verres au juste ?

- Il s'est passé quoi ?

- J'en sais rien James !

James s'approcha de son ami et lui tira le col.

- Il s'est passé quoi ? Hurla James à nouveau.

Rémus fut pris de court, jamais son ami n'avait été aussi brutal envers lui, mais surtout jamais il n'avait laissé paraitre une douleur semblable, ces traits étaient tirés, ses yeux larmoyants et la ride qui normalement tenait sur son front était sur le point d'exploser.

- Tu veux bien te calmer !

- Juste parle !

- Ils sortaient ensemble chaque jour, faisaient de longues promenades et ensuite au bout d'une semaine, il est reparti et ils ont continué à correspondre.

- Chez toi ? Il venait la récupérer de chez toi ? En temps de guerre ? Sous le toit de Lyall ? Demanda James en hurlant à nouveau.

- Non ! Non ! C'était après les attaques, on l'a rencontré par hasard au Chaudron Baveur, quand on était installé là-bas. Mais, je ne crois pas qu'il se soit passé quelque chose de sérieux… Elle disait ne pas vouloir de relation à distance.

- … Oui ! OUI ! Bien sûr c'est pour ça que Sirius l'a trouvé dans la volière à l'aube et que ces copines parlent encore de lui. Même sa putain de cousine est au courant, il veut venir la voir, ils sont ensemble, elle a dit…

- Je ne sais pas quoi te dire, je ne sais pas où elle en est maintenant, je suis désolé Cornedrue.

James dégagea sa main brutalement et leva ses bras au ciel, il fit quelques pas devant son ami et se passa la main dans les cheveux.

- Ça va… ça va parfaitement !

Il respira un bon coup et se tourna vers son ami.

- De toute façon, elle a dit à toute l'école qu'elle préférait sortir avec un poisson pourri que d'être avec moi, elle a passé l'année à me le dire clairement…

James se mit à rire hystériquement.

- Et à la place de laisser tomber…

Il retira sa cape, arracha férocement les pailles collées à lui et but son Whiskey directement de la bouteille.

- Je deviens correct, j'essaie d'être son ami, j'essaie… Je ne suis même pas moi ! C'est ridicule ! Pourtant, elle a été claire ! Elle l'a dit ! Qu'est-ce qui me prend putain ? Hein ?

- Tu… Tu tiens à elle c'est tout !

- Et ? Tu es dans la même merde, et pourtant je ne te vois pas te rendre ridicule pour Meadowes !

- C'est différent !

- NON ! Et tu sais quoi ?

James but une longue gorgée à nouveau et se tourna vers son ami en louchant presque.

- Tu sais quoi, c'est fini. Basta ! Non, mais je… Fini !

- James, je ne pense pas que ce soit judicieux que tu prennes une décision comme ça, alors que tu ne tiens que sur une jambe.

- Et pourtant c'est clair là-dedans ! Lança-t-il en mettant un doigt sur sa joue au lieu de sa tempe.

- Visiblement. Allez, viens, je t'accompagne à la salle commune.

- Non ! Je suis JAMES POTTER !

- Ok. Mais on rentre maintenant !

- J'ai dit NON ! JAMES POTTER fait des soirées inoubliables, donc je vais aller danser avec toutes les nanas que je veux, je suis libre de faire ce que bon me semble, alors Lunard, on va mettre le feu là-dedans.

- A ce rythme, tu vas le mettre littéralement ce feu.

James éclata de rire, mais Rémus lut au-delà de ce rire forcé et vit son ami, la mort dans l'âme, essayer de gérer une souffrance qu'il ne pensait pas connaître un jour.

- Code rouge, où est Sirius ? Demanda Rémus à Peter.

- Code rouge ? Qui James ?

- Il est complètement torché ! On doit le faire sortir d'ici. Où est Sirius ?

Peter désigna un garçon du doigt et Rémus se tint la tête.

- Pourquoi c'est toujours à moi d'arranger leur merde ? Putain, mais qu'est-ce qu'il fait avec Janet Swanson !

- Il en profite, après tout, toute l'école sait qu'elle en pince pour lui. Lâcha Marcus qui avait également quelques verres au nez.

Rémus interpella Alice et lui expliqua la situation mais lorsqu'ils se tournèrent pour arrêter les dégâts, le mal était déjà fait. Sirius était à présent entouré de deux Serpentards qui provoquaient une bagarre contre le traître qui osait venir souiller une fille de la famille verte. Quant à James, il se dirigeait droit vers Lily qui dansait dans les bras de Ronald, avec une jeune fille sortie de nulle part et que James tenait par la taille et tantôt par les fesses.

- Oh par le caleçon le plus sale de Merlin, oh là là, et le seul adulte encore présent est tonton Slugy et il est si bourré qu'il croit parler…

- Alice, bouge-toi au lieu de paniquer !

- Oups ! Hurla Peter. Marlène court vers Sirius, je fais quoi ? Rémus, je vais où ?

- Sirius ! Cours, tire-le de là-bas.

Seulement, avant d'atteindre l'endroit où les Serpentards voulaient faire joujou avec Sirius, ce dernier volait dans les airs et sa baguette dansait dans la main de Yaxley. Le serpentard riait encore quand il reçut un coup de poing dans la figure.

- Descend-le espèce de macaque ! Lui hurla Marlène en le voyant se reprendre de son coup.

Elle posa sa baguette sur son cou, mais Yaxley lui tordit le bras et lui prit sa baguette à son tour, c'est alors qu'arriva Rémus et Peter pour sauver leurs amis. La pagaille était telle que toutes personnes ayant entendu cette histoire penserait que tous les regards étaient dirigés vers cette assemblée plus au moins incongrue, mais la fête qui bâtait encore à son plein, la musique élevée et surtout le coin tamisé où Sirius avait isolé Janet, aidait à maintenir la discrétion. Ainsi, Yaxley et Wilkes avaient réussi à faire voler Black, à maîtriser Marlène qui se débattait mais à la venue des deux autres acolytes des échanges de sorts et de poings prirent place. Quelques mètres et tables plus loin, Alice courrait vers un autre dégât aussi conséquent.

James Potter tenait dans son bras une jeune rousse sortie de Merlin seul savait où, et venait de tirer sur la robe de Lily d'un geste si sec qu'un bout de sa dentelle resta dans sa main.

- Potter ?

Ronald fit une grimace, lâcha la main de son amie et fit un pas en arrière. Lily, elle, fixa James avec étonnement, elle fronça les sourcils et vit sa main droite où était resté un bout de dentelle noire et elle ne put s'empêcher de remarquer que sa main gauche, elle, jouait entre la hanche et la fesse gauche de la jeune fille qui ne faisait que sourire.

- Je voulais te dire que…

Lily fit un pas en arrière, il empestait l'alcool.

- Tu es bourré ! Hurla-t-elle.

- Pas tes oignons !

- Qu'est-ce que tu veux ? Demanda-t-elle en essayant de garder son calme.

- Te dire que je n'en ai rien à branler… Rien à cirer… Tu connais une autre expression ? Demanda-t-il en se tournant vers la jeune fille qui paraissait un peu effrayée à présent.

Elle hocha la tête vivement.

- Hummmm. Bref ! Je disais… Rien… et tu peux te le manger si tu veux !

- Manger… ?

- Ton Damian.

Lily écarquilla les yeux et Alice arriva à ce moment, elle tira James par le col de sa chemise, mais il se dégagea d'elle rapidement.

- Le manger, comme ça tiens…

Il tourna la jeune fille devant lui et se jeta sur ses lèvres sans ménagements. Lily, sous le choc, ne bougea pas d'un iota. Son cerveau flagellé, sa bouche légèrement entrouverte, elle regarda cette scène sans bouger et lorsqu'il consentit enfin à rompre le baiser, Lily sortit de sa torpeur. Elle regarda le jeune homme, puis la jeune fille, puis remarqua Alice qui se tenait la tête les yeux écarquillés, Ronald qui cherchait où se cacher et Fabian Prewett qui s'approchait d'eux en courant… Soudain, elle réalisa qu'il venait de dégainer sa baguette et qu'il criait Morgan seule savait quoi. La jeune rousse fit volte-face, s'assura d'avoir repris le contrôle sur ses jambes en coton et courut vers l'endroit où une bagarre semblait avoir éclaté. Alice demanda à Ronald discrètement d'accompagner la jeune fille à son dortoir, se doutant que la petite ne devait même pas être en âge d'être au bal et tira James avec toute la force qu'elle avait en elle.

- Sombre crétin, idiot, pauvre cloche ! C'est quoi ton problème à la fin ?

Il repoussa Alice et courut à son tour vers le fond de la salle. Soudain, ce qui semblait être un petit règlement de compte devint vite une bagarre générale, Fabian compta onze Gryffondor contre dix Serpentard à présent et quelques Serdaigles au milieu qui jetaient des chaises ou des assiettes. Dépassé par l'ampleur des altercations et l'état d'ébriété du seul professeur restant, il hurla plusieurs « Arresto Momentum » puis une autre baguette vint lui prêter main forte. Ludwig et Fabian réussirent à maîtriser la foule après une minute de sorts et de cris et le résultat était époustouflant.

- Il y a des préfets ici ? Hurla Fabian hors de lui.

Sept mains se hissèrent.

- Non, mais je rêve sur une bagarre d'une vingtaine de personne, sept sont préfets ! Mais qu'est-ce qu'il vous prend, bande de sinistres individus ? Hurla Fabian. Ludwig, un coup de main là ! Hurla-t-il à nouveau en interceptant un rire étouffé de son collègue.

- Allez, cinquante points en moins pour les trois maisons et vous aurez tous une retenue, tous ! Je vous ai compté !

Les élèves se dispersèrent rapidement, alors Fabian et Ludwig éclatèrent de rire.

- J'avais l'impression d'être dans un bar moldu ! Ricana Ludwig.

- Et lui là, il perd rien pour attendre. Je lui ai déjà fait baver quand j'étais à Poudlard, mais là, j'ai vraiment une raison…Dis, pour un prof de DCFM, tu dois forcément savoir courir non ?

- Pourquoi tu demandes ça ?

Fabian dirigea sa baguette vers le professeur Slughorn, lança une incantation silencieuse et hurla à l'adresse de son collègue.

- Cours !

Les deux jeunes hommes sortirent de la salle en courant, laissant le directeur de Serpentard se dépêtrer dans des filaments de poisson, tentant de se débarrasser de certains crustacés et essayant de ne pas étouffer sous l'eau qui coulait au dessus de sa tête.

- Tu as fait quoi ?

- Je lui ai jeté un marais rempli de poisson sur la tête.

Ils éclatèrent de rire à nouveau puis Fabian proposa à Ludwig un verre dans ses appartements.

Le lendemain matin, dans la salle commune, une Ayni enragée faisait un appel assez particulier.

- Bigby Emma, Black Sirius, Clagg Casey, Dean Evelyne, Fawley Alice, Mckinnon Marlene, Pettigrow Peter, Potter James, Shafiq Marcus, Stanley Garrett, Radnard Ronald… Et surtout, SURTOUT ! Mes préfets dont je suis si FIERE ! Evans, Lupin et Meadowes !

Les quatorze Gryffondors étaient debout côte à côte et attendaient leur sentence.

- Vous me suivez tous, au terrain de Quidditch. Voyez-vous, hier, il a plu des cordes et nous avons organisé une petite fête pour les plus jeunes, sur le terrain. Il est à nettoyer, à ranger, récurer, le gazon à entretenir, les gradins à laver, les banderoles à replacer, les cerceaux à remplacer et j'en passe, je vous donnerai la liste complète de vos corvées sur place et je vous attends devant la porte du terrain pour récupérer vos baguettes.

- Quoi sans magie ?

- Tu crois que c'est un jeu, Black ?

- Et si tu perds nos baguettes ? Surenchérit ce dernier.

- Oh toi ! Dehors, allez… Vous me faites honte ! Même toi Ron, tu es sensé me faciliter la tâche !

Ronald déposa un baiser sur la joue de sa meilleure amie, s'excusa et sortit en suivant le reste de sa maison. Lorsqu'ils arrivèrent devant le terrain, tout le monde poussa un cri d'horreur.

- Hé, Ayni ? Demanda Sirius. Tu as dit que nous avons combien de temps pour faire ça ?

- Quand je dirai que c'est propre et prêt à l'utilisation.

- Attends une minute ! Hurla James. Sans pause ? On va rester ici, jusqu'à ce qu'on finisse ça, sans pause ?

- Pourquoi de tout ce monde, c'est vous deux qui posez des questions alors qu'à vous deux vous détenez le record de retenues d'un siècle ? Vous savez comment ça marche, allez donnez vos baguettes, au travail et en silence ! Laissez-moi aller manger à présent !

- La chance ! Lui intima Ronald.

- Attends. Lança Emma Bigby, une jeune fille de treize ans, qui avait tous les atouts pour devenir la relève des maraudeurs. Ma baguette, je ne l'ai pas ramené.

- Accio baguette de Bigby ! Hurla Ayni.

- Oups. Lança la jeune fille en se faisant prendre.

Ayni s'approcha d'elle en menaçant.

- Tu veux nettoyer le lac aussi ?

- C'est bon, qui ne tente rien n'a rien.

James et Sirius pouffèrent de rire en entrant en dernier dans le terrain.

- Bon, mesdemoiselles et messieurs, bienvenu chez moi. Je vais dispatcher les tâches à chacun de vous et à la fin de la journée, je vous dirai si nous sommes libres de partir.

- Tu rêves ! Hurla Alice. Donnez-moi ces foutus balais !

- Hé ! Attendez, je peux faire un marché avec vous, celui qui m'aide, sera immunisé des maraudeurs à vie ! Proposa Sirius

- Je suis un maraudeur, tu as autres choses à me proposer ? Demanda Rémus.

- Pas en public, mon Rémus ! Objecta Sirius en lui tapant la fesse.

Quelques élèves se mirent à sourire pendant que Dorcas s'empêchait d'avoir un fou rire en voyant le regard outré de Rémus. James s'assit sur l'herbe fraîche, puis se laissa tomber.

- Je n'ai même pas encore dessoûlé.

- Tu te rappelles de ce que tu as fait hier un peu ou pas ? Demanda Peter qui s'assit près de lui.

- Vaguement, pas chronologiquement, mais je sais ce que j'ai fait.

- D'accord.

Lily qui était dans le vestiaire entendit des pas s'approcher et pivota agressivement. Ronald et Marcus. Elle souffla, prit une éponge et se mit à nettoyer les bancs. Elle passa la tête par la fenêtre et vit James allongé, pendant que Sirius tournait en rond et que Peter les regardait avec la même expression béate qu'il y'a six ans.

- Vous serez gentil de demander à ces vauriens de faire leur part du travail. Je suis trop enragée pour aller leur parler. Lança-t-elle en grinçant des dents.

Marlène qui était dans les gradins avec Casey et Garrett, se faisait la même remarque mais refusa de leur accorder une quelconque attention, tentant de puiser assez d'énergie positive du soleil rare qui pointait son nez.

- Les gars, les filles sont un peu en colère que vous ne fassiez rien.

- C'est juste la nature des choses. On ne fait rien, elles font le ménage, elles râlent et puis on les couve de cadeaux ou de mots doux et elles nous pardonnent tout ! Déclara James de son air arrogant qu'il avait tenté d'atténuer depuis le début de l'année.

Rémus qui travaillait pas très loin, réalisa que James avait cédé la place à la pire version de lui-même depuis qu'il s'est rendu qu'il était blessé et cela ne présageait rien de bon.

- Y'a pas que les filles qui travaillent, y'a que vous trois qui êtes assis ! Peter, viens m'aider !

Peter fit une grimace et se leva à contrecœur.

- Tu vas bouger ? Demanda Ronald à l'adresse de James.

- Pas maintenant, je t'ai dit que je suis encore pompette, j'ai dormi que cinq heures !

Ronald s'en alla bredouille, mais évita de revenir aux vestiaires avec Lily de peur de recevoir sa colère non encore dirigée, il s'approcha plutôt d'Alice en montant sur un balai pour aller nettoyer les cerceaux.

- Je vais tuer Sirius, je vais tuer Sirius ! Répétait Alice.

- On essaiera de faire vite. Promis Ronald.

- Je devais aller à Pré-au-lard, j'ai dû annuler en espérant que mon petit copain recevra la lettre à temps, tout ça parce que la queue de ce séducteur déplumé à commencer à le gratter, pourquoi aller se frotter à une Serpentard, lui aussi !

- DEBOUT !

Alice et Ronald regardèrent en bas. Lily était en face de James et Sirius à présent et le pire allait finalement arriver. Ils diminuèrent d'altitude de sorte d'être assez près pour entendre, mais pas aussi proche pour être à nouveau dans une mêlée acrobatique.

- Sinon quoi ? Demanda James en la toisant.

Préalablement allongé sur l'herbe, il se mit sur ses coudes pour affronter la rousse responsable de son état.

- Vous allez rester ici à croiser vos bras, alors que c'est à cause de toi, qu'on est tous là ? Demanda Lily en jaugeant Sirius.

- Je… Commença Sirius.

- Oui. Interrompit James. Moi, en tout cas, je ne bouge pas, tu as un problème avec ça ? Provoqua-t-il en tirant sur l'herbe avec ces mains.

Lily le sonda longtemps, elle remarqua que les autres commençaient à se rassembler autours d'eux et cette scène lui rappela amèrement, celle près du Lac l'été dernier. Pourtant, il y'avait une différence dans tout ce scénario, Lily avait moins d'assurance devant James et la dernière altercation s'était soldée par la perte d'un ami. Elle soupira.

- Tu sais quoi, vas-y ne bouge pas, laisse les autres faire le travail à ta place pendant que tu te reposes.

Elle pivota en secouant la tête.

- Je savais que tu pourrais rien contre moi.

Elle détourna son regard, le toisa à nouveau et ricana.

- Et ça se prétend un vrai Gryffondor ! Laissez les autres payer pour lui… Pff…

James se leva d'un seul bon et cette fois-ci plus personne ne bougea. Si un individu s'était mis à planer au dessus de leurs têtes, il pourrait croire apercevoir une image figée, tant tout le monde retenait son souffle.

- Répète !

Lily l'ignora et écrasa l'herbe sous ses pieds avec ces pas rapide. James courut après elle, sauta devant elle et lui barra le chemin.

- Répète !

Depuis le jour où James l'avait abordé dans la bibliothèque, il y'a plus d'une année de cela, elle avait cru avoir rencontré toute la palette d'émotion dont jouissait le jeune homme et avant cet heureux accident, elle ne connaissait de lui que la moquerie, l'insolence et l'arrogance. Seulement ce jour-là, Lily vit une nouvelle teinte dont elle le croyait dénué malgré ses agissements puérils ; de la méchanceté. Il avait le front plissé, le sourcil relevé touchant presque la racine de ses cheveux hirsutes, les lunettes délibérément plantés au milieu de l'arête de son nez, laissant filtrer un regard haineux au dessus des verres, sa lèvre était retroussé et son poing fermé.

- Je ne veux pas me battre avec toi. Déclara Lily le plus calmement du monde.

- Tu veux quoi de moi alors ? Hurla-t-il.

"De moi" était le mot de trop. Il avait encore une fois perdu son sang froid face à elle, il avait encore une fois laisser filtrer une émotion face à elle, mais pire encore, il avait confirmé à tous ceux qui doutaient encore, qu'il y'avait plus... Qu'entre James et Lily, il y'avait toujours plus. Alice regarda Rémus rapidement et ils comprirent tous les deux que James allait être odieux, parce que James était odieusement atteint.

- Que tu fasses ce qu'on fait tous ! Finit par lâcher Lily en se mordant l'intérieur de la lèvre.

- Et tu crois que parce que c'est TOI, je vais juste faire ce que tu demandes, tu penses que parce que TOI tu l'as dit, je vais t'obéir au doigt et à la lettre !

Lily fronça les sourcils et sentit un frisson la parcourir. Elle ne se rappelait pas s'être sentie aussi nerveuse. Elle le fixa quelques secondes avant de décréter.

- Ce n'est pas MOI qui t'ai donné cette retenue, je la subis autant que toi. Se défendit Lily. Tout ce que j'ai dit c'est sois un vrai Gryffondor ! Assume tes actes !

Il éclata d'un rire mauvais puis cessa subitement toute fausse hilarité.

- Et toi, tu l'es peut-être ? Tu assumes tes actes peut-être ?

« Ne rentre pas dans son jeu ! » se répéta Lily qui rougissait à vue d'œil.

- Oh, Oh! Marmonna Marlene qui voyait la colère marquer les traits de Lily. Oh Merlin!

Elle se tenait à une distance raisonnable, mais le teint de Lily ne présageait rien qui vaille.

- Vas-y réponds ! Tu crois que tu es une vrai Gryffondor en cachant tout ce qui va mal dans ta vie et en mentant sur ce que tu veux vraiment… Tu n'es même pas capable d'avoir le courage d'être toi-même et tu attends des autres d'avoir le courage de te suivre dans ton délire ! Tu n'arrête pas de prêcher le bon, alors que tu passes ton temps à enfreindre tous les règlements que tu peux détourner en ta faveur ! Et ça seulement parce que c'est TOI, tu crois que tu peux tout te permettre et le plus marrant dans tout ça, c'est moi dont on se plaint de l'égo !

James vomissait sa peine sur la jeune fille sans peser un seul mot qui sortait de sa bouche.

- Tu joues au chaud et au froid à longueur de journée, tu passes de la fille empathique à la furie vengeresse en l'espace de quelques secondes et tu sais quoi… Je suis peut-être une brute arrogante, mais au moins je ne suis pas un faux-jeton !

Sirius tira James à temps, lui évitant la main de Lily qui atterrit sur son cou au lieu de sa joue. Lily tremblait et James bouillonnait, mais autours d'eux tout le monde était pétrifié. James se tint le cou, renifla avec dédain et lui tourna le dos.

- Je la ferai cette retenue si ça me chante, si quelqu'un a un problème avec ça, qu'il aille s'en plaindre ! Hurla-t-il avant d'aller s'enfermer dans les vestiaires.

Lily regarda autours d'elle et vit les expressions mitigés de ses camarades, Sirius avait couru derrière James, suivi par Rémus et Peter. Quant à Marlène, Dorcas et Alice, lorsqu'elles arrivèrent à hauteur de Lily, cette dernière faisait un effort surhumain pour ne pas laisser vaciller la flaque d'eau qui menaçait de fuir de ses jolis yeux émeraude.

- Ne me touchez pas… Lança-t-elle en faisant un pas en arrière. Ça ira. Ça va.

Dorcas qui était sur le point de poser sa main sur son épaule se ravisa et regarda Lily éventailler son visage, puis se forcer à sourire.

- C'est qu'un sot qui n'a pas encore dessoûlé, il regrettera sûrement tout ça encore une fois demain…

Lily fit non de la tête et esquissa un sourire jaune à ses trois amies. Elle s'approcha de Ronald qui fit semblant de ne rien avoir suivi et prit un balai, puis monta dans les airs. Pensant qu'elle était montée nettoyer les cerceaux, ils essayèrent chacun de vaquer à leurs occupations, jusqu'à ce que Marcus débite.

- Mais… Elle vole super bien !

Lily zigzaguait dans les airs comme si elle avait un besoin vital de se prendre des rafales de coup de vent, elle tenait le manche du balai avec maîtrise et ne laissait aucun courant d'air la déstabiliser.

- Elle vole plus haut qu'elle ne devrait. S'exclama Dorcas.

- Elle sait ce qu'elle fait. Intima Marlène.

Les cheveux sur ses yeux et la douce fraîcheur sur sa peau, elle inspirait et respirait profondément, se connectant avec tous les membres de son corps, accueillant les pincements frileux du temps sur son épiderme, écoutant son cœur qui battait fort, ses mains qui étaient sèches, et le sifflement mélodieux qui bourdonnait dans ses oreilles, elle laissa libre court aux larmes causées par le vent, celles causées par James et celles causées par elle-même pour avoir laissé cette misérable loque humaine de Potter l'émouvoir, un jour.

- Cornedrue qu'est-ce qu'il t'a pris ? Gronda Sirius qui avait enfermé les maraudeurs dans le vestiaire. Tu es devenu fou ?

- Il doit dessoûler, il ne sait pas ce qu'il fait, viens prends-toi de l'eau, ça ira. Tenta Rémus afin d'éviter que James ne déverse sa colère sur eux.

- Allez, on oublie tout ça, on a un terrain rien qu'à nous, vous imaginez le nombre de blagues qu'on peut faire ici ? Quémanda Peter pour détendre l'atmosphère.

- Comment tu veux qu'on fasse quelque chose sans baguette, Peter, tu lui as donné ton cerveau aussi à Ayni ? Râla Sirius.

Le jeune garçon fit une grimace et haussa les épaules. James leur tournait le dos et fixait un robinet sans se laisser atteindre par leurs mots. Il fixa ensuite l'embrasure de la porte et pensa à la dernière fois qu'il était ici, avec Casey.

- Vous voulez toujours qu'on aille à Pré-au-lard ce soir ?

- Le soir ? Demanda Rémus inquiet.

- Oui ! Tu as un problème avec ça ?

- On vient d'avoir une retenue, j'en avais une il y'a deux semaines. Si je continue, on va m'enlever mon badge.

- Et ?

Rémus écarquilla les yeux devant l'égoïsme de Cornedrue puis fixa Sirius, qui bien sûr décida de faire la sourde oreille.

- Peter, tu viens ? On a des choses à aller nettoyer !

- Je crois que je vais rester avec Sirius et James.

- Grand bien vous fasse !

Il sortit en claquant la porte et se retrouva nez à nez avec Dorcas. Il renifla puis sourit à la jeune fille et traça son chemin.

- Tu veux que je t'aide ? J'ai fini la partie des gradins qui m'était assignée. Proposa la jeune fille avec un léger sourire.

- Si tu n'es pas fatiguée ok.

Emma, Marcus et Garret avaient presque fini leurs parties aussi. Marlène qui, jusque là, avait décidé de laisser faire les choses décida de prendre la situation en main. Alice s'assit sur l'herbe en soufflant, puis se tourna vers les trois autres Gryffondors.

- J'étais juste tout le temps avec Frank pour ne pas voir leurs conneries, ou c'est toujours comme ça ? Demanda la jeune fille à Marcus.

- C'était pire…

- Non. Déclara Ronald qui les rejoignit. Ils se chamaillaient souvent ces deux-là, mais là, il s'est juste vengé de ce qu'elle lui a dit au bord du lac à la fin de l'année. Il y est allé un peu fort, quand même !

Marlène tacla la porte de son pied et entra sans même prendre le temps de refréner sa marche rapide.

- Tu es tombé d'un balai ? Hurla-t-elle en fixant James. Quelqu'un t'a fait manger du brocoli ? On a castré ton chien préféré ? C'est quoi ton problème ?

- Marlène, il a juste besoin de dessoûler. Répéta Peter pour intervenir.

- J'ai bu plus que toi, James ! C'est quoi ton putain de problème ?

- Toi, elle, vous toutes et si tu permets j'ai envie de rester tranquille !

- Je suis désolée, mais non. Vous deux, je veux lui parler seule !

Sirius ricana d'un air mauvais et la dévisagea de haut en bas. Il la fixa d'un air provocateur et avant qu'il n'ait pu s'opposer à elle, une voix dans sa tête lui rasséréna de sortir en claquant la porte. Il laissa ainsi Peter perdu dans le tumulte déroutant, le jeune homme ne sachant plus qui suivre.

- Qu'est-ce qui se passe James ? Demanda Marlène plus doucement en touchant son épaule.

S'attendant à ce qu'elle continue de crier, il fut étonné par son ton empathique et se tourna vers elle lentement puis soupira.

- Fallait que ça sorte.

- Quoi ? L'insulter devant tout le monde ?

- Elle n'a pas fait pareil, elle ?

- Et depuis quand tu es rancunier, toi ?

- J'en sais rien, j'en sais fichtrement rien de ce que je suis, je suis en colère, je suis constamment en colère depuis ce jour ou peut-être même avant, et j'ai essayé de faire des efforts, mais voilà, j'en ai marre. Donc voilà, maintenant on se parlera plus et ça m'arrange très bien !

- Pourquoi tu as ramené une nana que tu as embrassé devant elle ?

- Et pourquoi pas ? Elle s'en fout de toute manière.

- Oh non ! Elle ne s'en fout pas !

- Ecoute, je ne veux pas. Ok. C'est plus fort que moi, elle est trop compliquée à gérer. Je m'en fou… ça ira. Je t'assure, ça ira. Les choses redeviendront comme avant maintenant.

- Et c'est ce que tu veux ?

- Marlène, il y'a une putain de guerre dehors, ma mère est souvent malade, mon père se met en danger à longueur de journée, Sirius est en danger, même ELLE est en danger et je n'ai pas le temps de rajouter autre chose à mon plat.

- Ecoute, sois patient, je suis sûre qu'elle tient à toi aussi.

- Tu en es sûre vraiment ? Lança-t-il en ricanant. Sûre ? Elle te l'a dit ? Vous avez eu une nuit blanche où vous avez partagez vos sentiments les plus profonds ? Elle a partagé avec toi son histoire avec son Damian ? Ou ses sentiments envers qui ou quoique ce soit ?

Marlène qui voulait défendre son amie, réalisa avec effroi qu'il avait raison. Le grand défaut de Lily, tout garder pour elle. Elle resta silencieuse et James finit par lancer un regard victorieux.

- Tu vois ? Personne ne sait. Personne n'est sûr. C'est une carpe, mais moi par contre, je sais. Elle a dit devant toute l'école, qu'elle préférait le calamar à moi, c'est ridicule comme comparaison je sais. Mais merlin, elle préférerait être en danger de mort que... Elle m'a répété pendant toute l'année qu'elle ne voulait pas de moi, alors excuse-moi si je ne crois pas en tes certitudes.

Marlène réalisa tout d'un coup que James Potter était beaucoup plus atteint par son amie qu'il ne laissait paraitre, James Potter était blessé, il avait tenté de le dissimuler en se montrant brave et fier et le revers de la médaille fut qu'il finit par exploser, parce que James Potter était authentique, comme elle. Leurs émotions se peignaient en ouvrage sur leurs visages, et leurs paroles étaient sans filtres issues directement de leur cœur qu'elles soient mauvaises ou bonnes. Pas comme Sirius, pas comme Lily. Les tombeaux qui cachaient tout. James n'avait peut-être pas insulté Lily, James avait peut-être seulement mis un point sur une évidence de la manière la plus crue et humiliante qu'il connaisse, comme ce que faisait Marlène.

Contre toute attente, la jeune fille s'approcha de lui et le serra dans ses bras. D'abord surpris, il ne bougea pas, puis l'étreinte réconfortante de la jeune fille eut raison de son orgueil et il plaça ses mains autours d'elle.

- Je vais bien Marlène, je t'assure.

- Je sais, moi aussi, je vais bien. C'est pour ça que je me mets à distribuer des câlins gratuits. Moi, Marlène Mckinnon qui déteste les gens tactiles.

Ils se sourirent et sortirent du vestiaire.

James leva la tête au ciel et vit Lily voler avec une nonchalance qu'il ne lui connaissait pas et malgré sa rancœur, ce qu'il vit envoya un coup de cognard à son cœur et il soupira.

- Je ne savais pas…

- Qu'elle sait voler. Je sais, elle dit que ça lui fait du bien de se prendre des coups de vents réels plutôt que métaphorique. Déclara Marlène.

Avec plus aucune once d'humour ou de malice, les adolescents s'affairèrent à finir le travail de forcené qui leur était donné, et une entraide implicite prit place. Ron, Garret et Marcus décidèrent d'aider à Alice a finir plus tôt pour pouvoir peut-être rejoindre Frank. Dorcas avait aidé Rémus et en avait profité pour rire avec lui sans l'œil réprobateur de son petit-ami. Lily, Evelyne et Emma avaient fini leurs taches et vérifiaient après les autres pour ne pas avoir à tout refaire. Sirius et Peter avaient rendu l'herbe neuve et fraiche et James et Marlène avaient récuré les vestiaires de fond en comble. A midi, lorsque les premières gouttes de pluie se mirent à tomber, les Gryffondors étaient devant le hall d'entrée attendant que Rusard ramène leurs baguettes de chez Ayni, qui préféra venir elle-même.

- Tu vois, ce n'est pas perdu. Lança Ronald à l'adresse d'Alice. Tu peux toujours aller voir ton petit-ami.

- Je dois lui envoyer une autre lettre.

Chaque adolescent prit une destination différente, seuls Rémus et Dorcas décidèrent d'aller manger d'abord avant de se changer, de travailler, de sortir ou tout autre activité prévue pour un samedi après-midi. Se promenant côte à côte le long du hall menant à la grande salle, ils discutaient sans se douter qu'une oreille attentive les suivait.

- Tu ne te rappelles pas ? Demanda Dorcas. Elles avaient fait des t-shirts avec nos deux têtes qui rougissaient.

- Ah si ! C'était l'idée de Liesbeth, elle disait qu'on était les deux seuls timides de Gryffondors.

- Ce n'est pas vrai, moi, je ne suis pas timide. Se défendit Dorcas.

Rémus fit semblant de l'analyser en passant une loupe invisible sur son crâne puis son visage.

- Tu ne l'es plus autant.

- Enfin ça dépend avec qui. Par exemple avec toi, je me sens à l'aise donc ça va.

Rémus sourit en ignorant la sérénade que chantait son cœur.

- D'ailleurs, je dois leur demander si elles ont encore ces t-shirts, elles font des choses magnifiques, les jumelles. Franchement des t-shirts avec des langues qui bougent, c'est de la belle magie quand même.

- Effectivement, tu leur en commanderas un pour moi.

- Avec la langue ou avec nos deux têtes caricaturées ? Demanda Dorcas.

Ils pouffèrent en même temps et Rémus hésita à lui demander de combiner les deux, mais avant qu'il ne rajoute un mot, le petit-ami de la jeune fille intervint.

- Je dérange peut-être ?

Rémus tenta d'offrir un sourire courtois à son camarade, mais ce dernier n'était pas d'humeur à être poli.

- A chaque fois que je la cherche, je la trouve avec toi. Il faut que je prenne des autorisations auprès de toi pour la voir ou quoi ? Demanda Bilius d'un ton que ni sa petite-amie, ni son camarade de maison ne lui connaissaient.

- On était en retenu ! S'exclama Dorcas.

- Encore, ben, voyons. Et encore vous deux… Et puis tu aurais pu me laisser un mot, au lieu que je te cherche partout. Non… Il se passe quoi à la fin ?

- Hey, calme-toi Bilius. Raisonna Rémus. Tu n'es pas au courant qu'hier, il y'avait une bagarre générale au bal ? On était quatorze en retenue !

- Et il n'y a que vous deux comme survivants ! Ecoutez, faites ce que vous voulez, mais ne prenez pas pour un con. Dorcas, je pensais que tu étais différente…

Il pivota et se mit à marcher rapidement quand Dorcas le rattrapa.

- C'est mon ami, c'est tout. Pourquoi tu me fais toujours un plat pour ça ?

- Parce qu'avant j'étais ton ami aussi et au cas où tu l'aurais oublié, je suis au courant que tu en pinçais pour lui ! Hurla Bilius.

Rémus sourit imperceptiblement et s'imagina s'avancer vers eux, tirer Dorcas par les bras et déclarer.

- Et c'est réciproque, alors si tu pouvais te casser !

Puis, il aurait tiré la jeune fille par la main, ils auraient couru jusqu'au parc, où ils se seraient embrassés jusqu'à la tombée de la nuit. Mais il était évident qu'entre ce que rêvait Rémus et ce que faisait Rémus, une tour pouvait prendre place.

- Et pourtant, je sors avec toi ! Entendit Rémus.

Il haussa les épaules et laissa tomber le déjeuner puis monta directement à sa salle commune.

Au même moment, Alice courait à la volière lorsqu'elle aperçut un visage familier.

- Benjy !

Le jeune homme s'approcha d'elle lui offrit une étreinte et posa toute sorte de questions concernant les nouvelles entourant Alice Fawley.

- Et toi ? Toujours en torture avec les aurors ?

- Toujours !

- Mon petit copain s'en sort ou je dois le secouer ?

Benjy hésita à lui dire que Frank n'avait pas encore trouvé ses repères ; pensant qu'il n'était pas de son devoir de le faire, il mentit.

- Je ne le vois pas souvent. Moi, je suis sur le terrain maintenant. Lui, il a de la chance de ne pas y être encore.

- Tu as une énorme bosse sur ta joue, ce n'est pas très joli, tu sais.

- Je sais ! C'était une descente qui s'est malheureusement mal terminée.

- Des morts ? Demanda Alice.

- Non, mais des disparus. Déclara Benjy.

Ils parlèrent ainsi pendant une dizaine de minutes, puis Benjy lui proposa d'aller discuter dans un bistrot, quand Alice réalisa effarée qu'elle devait aller à la volière justement redonner rendez-vous à son petit-ami, elle s'excusa auprès du séduisant jeune homme et partit à toute jambe.

Lily prenait un bain dans la salle des préfets quand quelqu'un entra.

- Il y'a déjà quelqu'un ici ! Comment vous êtes entrés ?

- Lily, c'est Rémus.

- Et ben reviens après, ce n'est pas parce qu'on a vécu sous le même toit qu'on va prendre des douches ensemble maintenant !

- Mais tu es folle, je vais dans une cabine, je ne vais pas te voir t'inquiète.

Rémus s'enferma dans une cabine de douche à l'extrémité de la pièce, pendant que Lily jouait avec ces bulles en silence.

- Ça va aller ? Demanda Rémus.

- Ne me parle pas, alors que tu es nu ! Hurla Lily.

Il éclata de rire, puis elle déclara.

- Au fait, tu peux venir si tu veux, j'avais peur que quelqu'un vienne, donc je mets une tenue de natation.

- Natation. Très moldu ça !

Rémus arriva quelques minutes plus tard, tout propre et entièrement vêtu, il ne regarda pourtant pas vers Lily, respectant son premier souhait.

- Oui, je faisais ça quand j'étais petite avec Pétunia. Elle me gagnait toujours à la brasse, mais je la battais toujours au Crowl.

- Tu ne vas pas faire du Crowl ici rassure-moi.

- Non, sinon, faudra que je nettoie les débordements.

- Les elfes reviennent après nous, t'inquiète.

- Ce n'est pas une raison.

- Ok, madame. Ça ira ? Pas très en colère ?

- Non. Ça va.

Rémus hésita avant de réaliser qu'elle avait toujours été honnête avec lui, elle l'avait toujours poussé à prendre les bonnes décisions, l'avait aidé avec Dorcas et ne lui mentait pas pour le ménager, il décida alors de lui rendre la pareille.

- Il a un peu raison, tu mens beaucoup !

- Quoi ? S'écria Lily.

- Ben, j'ai un peu exagéré, mais tu mens là, c'est clair que ça ne va pas.

- Je sais, mais ça ira.

- Tu es sûre ? Tu ne veux pas en parler ?

- Il n'y a rien à dire vraiment.

- Il a été dur avec toi et je sais que ces dernières semaines vous commenciez à vous entendre un peu mieux.

- C'est Potter.

- ça veut dire quoi ?

- Je ne m'étais pas trompé sur son compte, c'est tout.

- Comment ça ?

- Je ne veux vraiment pas débattre de ça, s'il te plait Rémus.

- Ok. Tu sais où me trouver si tu as besoin de jouer à ton jeu moldu qui te défoule.

- Ok. Merci, Rémus. Ah oui ! Au fait, Bilius cherchait Dorcas. Elle n'était pas avec toi par hasard ?

- Ouais, il l'a trouvé. Soupira Rémus.

- Et toi ça ira ? Demanda Lily en le taquinant.

- Je crois que oui. Et au fait, il est jaloux de moi. Déclara Rémus fièrement ce qui arracha un rire à Lily.


J'ai aimé écrire ce chapitre, j'espère que vous l'aimerez aussi.