DES VACANCES SOUS L'EAU

Partie 1

Par Juliabakura

Les aventuriers vadrouillaient ensemble depuis quelques temps déjà à travers le royaume. Ce jour-là, comme beaucoup d'autres avant, il pleuvait. L'automne était arrivé. Trempés jusqu'aux os par des vêtements lourds et humides, les voyageurs tremblaient froid.

L'une des rares sources de chaleur venait de B.O.B, qui utilisait son bâton-torche pour essayer de les réchauffer un peu, bien qu'il sût que sous la pluie battante, ses efforts restaient vains. Théo pensait de lui, qu'il était une sorte de poêle à faire chauffer les lieux, à cela près qu'il ne fournissait pas assez de chaleur et que son cheval, bien que composé de flammes, n'en produisait que des froides... Shin aussi, de toute évidence, puisqu'il avait retiré son haut trempé et jeté au visage son ami pour qu'il le sèche. Ce qui commençait à lui courir sur le haricot.

— Bon, je peux avoir un peu d'air et d'espace ? s'agaça le mage.

— Réchauffe-nous et ferme-la, répliqua le guerrier qui n'avait pas envie d'un énième débat.

Face à ces remarques, B.O.B s'offusqua envers le paladin :

— Oh l'autre, là ! C'est lui qui dit ça, le grand machin sur son cheval ! C'est toi l'ampoule de service qui brille quand personne ne l'a demandé ! T'as qu'à le faire ! Je t'en foutrais, moi, marmonna le demi-diable dans sa barbe, révolté.

— Ou sinon, on pourrait tous se coller pour se tenir chaud ? proposa Grunlek, déjà lassé de leurs enfantillages, avant de voir le regard noir du paladin. Ou ça pourrait être mal interprété ?

— Tout le monde sait que les nains sont homosexuels ! Tu ne m'auras pas comme ça, plaisanta le mage en comprenant la taquinerie de son ami nain.

Les aventuriers n'étaient pas loin de la ville de Lyzandr, dans les forêts. Ils n'étaient pas encore connus dans la région, n'ayant pas la mauvaise notoriété qui les avaient suivis dans leurs précédentes aventures. Tant qu'ils ne faisaient pas de vagues, ils espéraient que cela reste la même chose dans ces bois.

Ils avaient décidé de partir vers l'Ouest de la région, à travers différentes forêts, pour essayer de se reposer suite aux récents événements compliqués auxquels ils avaient dû faire face. Une occasion unique de prendre des vacances. Sauf que voilà, l'automne, la pluie, les averses...

— Qui a pensé que passer des vacances en pleine nature, c'était la meilleure idée du monde ? Bordel de merde ! ragea le mage en sautillant sur son cheval. Quand on est aventurier et qu'on a des thunes, on passe les vacances dans un bordel ! C'est fait pour ! Non ? Faut pas déconner ! Allez les mecs, on fait demi-tour ? Je suis sûr qu'il n'est pas trop tard pour retourner vers une grande ville. Allez, déconnez pas.

Tout cela commençait à peser sur le moral. Heureusement, Grunlek avait prévu les réserves ainsi que les exigences du mage.

— Arrête de te plaindre, on va dans un endroit sympa là. C'est juste le chemin qui n'est pas terrible. On n'a pas trouvé de moyens de transport, ça arrive, et on est obligé d'y aller par nous-même. Ce n'est pas grave. Profite des jolis arbres et des grandes montagnes plutôt.

Pour autant, Shin pouvait attester, avec ses connaissances de la vie dans la nature, qu'il était très rare que la pluie soit aussi épaisse que celle qui leur tombait dessus. Comme il avait plaisanté plutôt, ce n'était plus des cordes, mais des hallebardes qui tombaient du ciel. Ce qui ne semblait pas déranger le demi-élémentaire, qui virevoltait torse nu autour du groupe, dans son élément.

— Et toi là ! Personne ne veut voir tes seins ! râla le mage. Remets ta tunique, je ne suis pas ton porte-bagages !

Le demi-élémentaire soupira. Ce n'était pas comme s'il avait retiré tous ses vêtements non plus ! Ce qui étonnait par ailleurs ses alliés, qui ne l'avait jamais vu entièrement nu. Même pour se laver dans la rivière. Shin tenait à rester pudique. Ce mystère faisait que ses compagnons débattaient toujours pour déterminer s'il s'agissait bien d'un homme ou d'une femme. Pour le pyromage, il était extraterrestre et n'avait pas de parties génitales. Mais il doutait également que Grunlek soit un nain mâle ou femelle, et donc son opinion était globalement ignorée. Il réalisa aux regards courroucés des autres membres non-humains de son groupe qu'il venait de penser tout cela à voix haute.

— Un extraterrestre ! Franchement, je pensais qu'on était au-dessus de ça, pleurnicha Shin.

— Mais, non, ce n'est pas ça, tenta de se rattraper le mage.

— Et les naines avec une barbe c'est une légende, rajouta le nain, vexé.

Théo soupira. Ils étaient ici, pour se reposer, dans un endroit calme, serein pour l'esprit et le corps, et ses idiots de compagnons trouvaient encore le moyen de se battre. Après tout, ils avaient quitté la partie du monde avec la Vieille Tour, avec la Cité des Merveilles, afin de laisser tout ça de côté et penser à autre chose.

L'idée venait de B.O.B, qui malheureusement n'avait pas correspondu aux attentes du reste du groupe. Le mage aurait préféré aller dans un bordel, alors que les autres voulaient camper en pleine nature. Le paladin devait avouer qu'il avait contredit le mage pour qu'il arrête de faire son citadin. De faire la chochotte, comme il l'avait présenté avec ses propres mots fleuris.

Ce qui avait conduit à laisser Shin organiser les vacances, étant le spécialiste de la nature. Il avait choisi un lieu qui lui plaisait, à profiter de l'eau, au grand désespoir du mage, qui ressemblait à un chaton mécontent et détrempé sous la pluie. L'archer avait promis que les paysages étaient jolis et même qu'ils s'arrêteraient dans un bordel à un moment ou un autre pour satisfaire Balthazar. Le mage commençait à comprendre qu'il n'avait dit ça que pour le faire taire : le paysage était le même depuis le début de leur voyage et il faisait toujours aussi moche.

— C'est bien joli, mes amis, mais cela ne résout pas notre problème, grogna le mage. Nous sommes paumés au beau milieu du royaume, en train de suivre une route que l'on ne connaît pas. J'ai froid, j'ai faim et il pleut. Ça me fait chier et j'en ai marre de marcher. Je vous propose qu'on se réfugie sous un arbre. Mais l'autre n'arrête pas de dire que si on y va, la foudre va nous tomber dessus, comme s'il n'était pas un paratonnerre de toute manière.

Théo accepta l'idée de monter un camp, à contre cœur et pour le faire taire avant qu'il ne commence à avoir des idées de meurtre. Il regarda dans les environs afin de trouver un lieu pour le monter. Les chevaux étaient en train de s'embourber et il avait peur d'abîmer leurs pattes. Celles de sa monture tout du moins, il se fichait bien du cheval magique de B.O.B. Après tout ils avaient encore une demi-journée de marche avant la prochaine ville, et avec un cheval blessé, ils n'iraient pas loin.

Théo proposa un espace, avant d'entendre à nouveau le mage protester.

— C'est bien beau de monter un camp. Mais comment monter un camp, si tu ne peux pas faire de feu sous cette putain de pluie !

Théo montra la falaise et l'arbre avec agressivité, proposant de faire le feu sous l'arbre, avant d'entendre le nain le contredire. La falaise était dans le mauvais sens et la boue pourrait couler sur eux s'il était à côté. Théo bougonna à son tour, laissant les autres se débrouiller pour choisir l'emplacement. Calme. Voyage calme. Il ne devait pas les étriper tous.

— Shin ! Est-ce que tu pourrais geler cet arbre ? Il est assez humide, ça ne devrait pas être trop compliqué ? Comme ça, on sera protégés un peu de la pluie et l'eau ne nous tombera pas complétement dessus, proposa le mage.

— Oh ! Comme un igloo ! sourit le nain, les yeux brillants.

— Mais vous allez avoir froid, non ? s'inquiéta l'archer.

— Non, tu gèles les feuilles, pas nous. L'arbre sera mort, mais on sera protégés.

— Qui s'en bat les couilles ? hurla le paladin en levant la main, faisant sourire Grunlek.

— C'est vrai qu'on pourrait encore marcher. Une demi-journée, ce n'est pas long, argumenta Shin, qui n'aimait pas trop le conflit.

— Non, mais je vais crever moi ! râla à nouveau le mage, avant de se préparer à allumer un feu de camp, que ses compagnons le veuillent ou non.

Grunlek et Shin finirent par accepter de devoir dresser le campement. Théo, sur son cheval de bataille, ne bougea pas, têtu. Il s'en battait les mollets de ces intempéries, même s'il sentait que son armure lui pesait malgré l'expérience amassée. L'eau avait réussi à pénétrer et il était également trempé jusqu'aux os et commençait un peu à avoir froid. Refusant toujours de s'approcher des autres, il se plaça sous l'arbre avec son cheval.

— Vire ton cheval de là, j'ai une idée. Vous allez vous mettre contre moi, je vais essayer d'utiliser ma magie pour augmenter ma chaleur corporelle pour essayer de devenir une bouillotte.

— Ah bah, on revient à mon idée de tout à l'heure, rit Grunlek avant d'entendre les cris de protestation de Shin et Théo.

— Ouais... Mais si on y va tous ensemble, ça sera moins bizarre, enchérit le mage. Alors que si on y va qu'à deux, je ne te parle pas de toutes les histoires...

— Oh oui, fait briller ton cosmos, se moqua Shin d'une voix faussement dramatique.

— Oh, la ferme, grogna le mage.

— Oui, d'accord. Alors à quatre c'est moins tendancieux, continua le nain envers le mage.

Théo finit par obtempérer à contre cœur. Par réflexe, Lumière se dirigea vers un autre arbre en voyant son maître et ses alliés se rapprocher. Braise fit sa vie également, n'étant que peu affecté par ce genre d'événement météorologique.

— Tu peux chauffer autant que tu veux, argumenta le paladin, mais au lieu que ce soit de l'eau froide qui tombe, ça sera de l'eau chaude. On sera toujours mouillés.

— Oui, mais au lieu de se chopper une pneumonie, en étant légèrement inconfortable, on va survire sans chopper une pneumonie en étant légèrement inconfortable, maugréa Balthazar. Et ça va toi, avec ton armure et la flotte qui a entre tes interstices, tu fais le même bruit qu'une vieille dans un concert de Michèle Sardouh (une magnifique ménestrelle qui visite les dames d'un certain âge.) S'il te plaît. Viens là, c'est vraiment n'importe quoi. Tu vas choper la mort.

Grunlek constata que tout l'équipement était trempé et la plupart des vivres immangeables. Il jura dans sa barbe, mécontent. Shin semblait être le seul à ne pas être trop affecté par la pluie. Il était sur une branche en train de regarder les environs et de se mordiller les doigts en se rappelant, de certains contes dont il avait entendu parler sur les monstres qui rôdaient dans les forêts les jours de pluie. Avec leur chance légendaire, il craignait qu'ils en tombent sur un.

B.O.B se concentra sur sa magie et tenta d'ignorer la gêne de Théo. En effet, paladin et demi-diable continuaient de se lancer des regards angoissés, trop proches l'un de l'autre, tandis que Grunlek, peu embarrassé par ce rapprochement forcé veillait un peu sur les environs, tout comme Shin un peu plus loin. Les deux compagnons entendirent soudain, au loin, une voix déformée par le vent et par la pluie.

— Au secours ! Aidez-moi ! Fuyez ! Fuyez ! Fuyez !

Grunlek identifia la voix comme venant de derrière eux.

— Shin, tu as entendu ? s'alarma le nain.

— Oui, je pense que ça vient de par-là, à deux ou trois cents mètres.

Théo qui comprenait que quelque chose se passait, semblait avoir repris une nouvelle énergie.

— Allez on va voir, se décida-t-il.

— Non, mais ça ne va pas ! On est en train de crever de froid ! chouina B.O.B. qui n'avait aucune envie de bouger.

— Bah justement, ça nous réchauffera.

— Mais non ! on a trouvé un proto abri !

— On ne va pas rester sous cet arbre comme des connards, alors qu'il y a un truc qui est en danger.

— Très bien... soupira le mage en colère, tandis que Shin partait en éclaireur vers la source du son.

Balthazar prit la peine de monter sur son cheval avec Grunlek, tout comme Théo, qui rejoignit Shin au galop à l'avant. Le paladin et l'archer furent les premiers à remarquer une charrette qui étaient en train de foncer à toute allure, une masse informe à sa poursuite. Théo plissa les yeux pour identifier la masse. Une créature qu'il avait déjà combattu par le passé ?

— Araignée ? demanda le paladin, qui partageait la même pensée que le mage en arrivant.

— Et merde ! lança Balthazar en constatant qu'il s'agissait bien d'une créature arachnoïde.

Théo arriva non loin de la charrette, et chargea l'araignée. La concentration était de rigueur, le paladin savait comment battre ce genre de créature... Avant de constater que cette créature ne suivait pas réellement le carrosse. Il remarqua derrière l'araignée, une créature encore plus gigantesque, dans le flan de la vallée. Une créature qui devait faire à peu près quatre fois la taille de cette araignée géante et qui était de type draconique ou reptilienne.

En voyant cela, Théo essaya de faire un dérapage avec son destrier pour réaliser un demi-tour. Il tira sur la bride de son cheval, qui se cabra littéralement. Heureusement, par ses connaissances et expérience en équitation, il resta dessus, malgré la pluie et la selle glissante. Il voulait récupérer le poney de la charrette pour le faire guider et le faire détaler, mais resta à côté de la charrette où se trouvait une jeune femme terrorisée, le suppliant de faire quelque chose.

Théo hurla pour prévenir ses compagnons.

— UN DRAGON ! C'est un putain de dragon !

— Quoi ?! gémit Balthazar, surpris par la voix effrayée de l'inquisiteur, très inhabituelle.

Shin recula en voyant la patte de l'araignée se faire happer par une immense mâchoire. La pauvre araignée géante secoua ses mandibules, comme pour appeler à l'aide, lançant des cris de souffrance vers les aventuriers.

« C'est une araignée, ça n'a pas d'émotion. », pensa B.O.B, tandis que Shin pensait à un autre récit avec une araignée toute gentille. L'archer se ressaisit et se prépara à courir pour monter sur la charrette auprès de la jeune femme.

Grunlek voyait le bien partout et ne voulait pas être hostile envers la créature. Il se disait qu'il ne valait mieux pas blesser le dragon et fuir simplement, au grand désarroi de B.O.B, admiratif à la fois de la gentillesse du nain et de sa grande naïveté lorsque l'immense créature les observa d'un œil qui disait « Je vais tous vous bouffer. » loin d'être pacifique. Grunlek n'avait pas assez de connaissance sur ce genre de reptile pour aider.

Le mage avait lui identifié que le dragon ne portait pas encore d'ailes et que c'était une femelle. Elle était par conséquent encore jeune et à l'état reptilienne plus que draconique, donc plus sauvage. Il se rappela de ses anciens cours qui lui attribuaient une intelligence relativement bestiale. Par conséquent, la dragonne avait des réactions plus proches de l'instinct. Il en conclut qu'elle devait défendre quelque chose, ou qu'elle avait mal pris le passage du carrosse sur son territoire de chasse. Ce qui effraya Balthazar était davantage que ce genre de jeunes individus se trouvait rarement seul et qu'une maman dragon beaucoup plus imposante et dangereuse devait donc se trouver dans les environs.

— Si on bute le bébé, on va avoir la mère sur le dos, marmonna le mage. Il vaut mieux fuir.

Grunlek observa la réaction du dragon une fois qu'il a récupéré l'araignée, pour savoir si ce dernier s'arrêtait pour la manger. Mais le mage n'eut pas le temps de continuer ses divagations, il récupéra sa concentration, afin de pouvoir ordonner à son cheval de pivoter et de revenir sur la même direction de la course que la charrette.

— Bon, cherchons un moyen de détourner son attention.

— Pour le moment, il est concentré sur l'araignée. Essaie de t'enfuir, s'il faut je détournerai l'attention, répondit Grunlek.

Le nain proposa d'essayer de dompter le dragon pour en faire un familier, mais son plan fut rejeté à l'unanimité par le reste du groupe d'un grandiloquent « Mais tu es complètement taré ! » colérique.

Shin, quant à lui, continua sa course vers la charrette afin de se rendre auprès de la demoiselle en détresse et tenter de la rassurer, même si pour elle, il ressemblait à un voleur, avec son visage camouflé d'une capuche et d'un masque. Il bondit d'un mètre, et sauta à l'arrière du véhicule, de justesse. Même s'il était fier de son action, il se rappela qu'une mini-seconde de retard et il passait sous les roues de la charrette. Théo, qui guidait le poney à l'avant, n'hésita pas par ailleurs à le lui rappeler d'un regard noir.

Grunlek, en arrière du cheval de B.O.B – qui réussit à diriger Brasier dans le bon sens de marche –, put constater que la dragonne avait un regard intéressé. Ces petits chevaux qui couraient semblaient avoir attiré son attention et elle avait envie de jouer. Le nain informa son compagnon de cavalerie. Ce dernier émit immédiatement un cri de surprise :

— On va se faire bouffer ! On va se faire bouffer ! paniqua le magicien en cravachant les hanches de son cheval.

— Je vais tenter de lui tirer dans la tête, suggéra le nain.

— Non, attends ! répliqua le mage. Fais pas ça, fais pas ça, fais pas ça !

Des idées décousues fusèrent entre les deux groupes pour trouver une solution. Balthazar voulut lancer son bâton au dragon, Théo voulait lui sauver en urgence la jeune femme. Comme toujours, ils finirent par simplement crier sans s'écouter et durent agir dans l'urgence.

B.O.B dirigea son cheval pour réaliser le contour de l'arbre, tout en mettant le feu à son bâton et le donner à Grunlek. Le nain l'agita pour attirer l'attention de la créature sur eux et l'éloigner pendant que les autres évacuaient la charrette.

Théo voulut lui saisir la jeune femme. Il tendit sa main, leurs phalanges se touchèrent, mais alors qu'elle tendait le bras, elle essaya de dire quelque chose qu'il n'arrivait pas à comprendre. Aucun des deux n'arrivait à se saisir. Shin fit un pas en avant pour aider. Il était sur l'accroche entre le cheval et le carrosse, en équilibre. Il se figea lorsqu'il se rendit compte que la créature draconique avait les yeux rivés sur eux.

Balthazar jura en voyant que leur plan avait foiré. Il avait peur de devoir aller plus au-devant du danger avec Grunlek. Le mage n'était pas exactement le plus robuste des aventuriers.

Comprenant qu'il était le seul à pouvoir sauver la femme, Shin se concentra davantage. Il sortit sa dague elfique. Alors que le dragon tournait son regard vers eux, Shin saisit la demoiselle en détresse à la taille. Il monta en parfait équilibriste sur le cheval, puis donna un coup de lame sur l'attache. Le carrosse tomba en biais. L'archer se retourna pour prendre les rênes de la monture.

Grunlek se concentra fortement et envoya le bâton enflammé sur la calèche et malgré la pluie torrentielle, il réussit à enflammer le seul centimètre carré encore sec du carrosse. La dragonne fut immédiatement attirée par la charrette en flammes, ce qui leur donna largement le temps de partir.

— C'est la victoire totale ! Bravo, Grunlek, sourit B.O.B. Magnifique.

— Heureusement qu'on n'a pas compté sur Théo, taquina Grunlek assez loin, pour que l'inquisiteur ne puisse l'entendre.

Même si dans le fond, il était le seul à avoir remarquer le plus important : l'ennemi à fuir. Sans le paladin, ils seraient partis à combattre l'araignée comme des glandus, avant de remarquer le dragon, probablement trop tard.

Après un certain détour, ils ralentirent l'allure, l'esprit apaisé, presque enjoués finalement. Malgré la pluie et le froid, cette rencontre plutôt inopportune, ils avaient réussi haut la main cette entrée en matière dans leurs vacances.

— Des vacances normales, en fin de compte ! s'enthousiasma Shin, tandis que Balthazar grimaçait.

— Ouais, super tes vacances, Shin, se plaignit le paladin, désabusé.

— Oui… Oui et non. J'espère qu'elles en valaient la peine très sincèrement. Je suis toujours mouillé, j'ai toujours froid, j'ai peur et je suis perdu. ET… J'AI PERDU MON BATON ! chouina le mage.

— C'est vrai, ajouta Grunlek.

— Oh, c'est qu'un bout de bois, reprit le paladin. Prends-en un autre, on est dans une forêt, il y en a plein.

— Ce n'est pas juste un gros bout de bois, espèce de balourd, répondit Balthazar. Il faut le tailler, ça prend du temps, c'est magique… C'est comme si on venait de bazarder ton bouclier. Tu ne peux pas prendre un caillou et dire que c'est pareil !

— On va trouver quelque chose dans la forêt, le rassura le nain.

À l'avant, Shin prenait le crédit de tout ce qui venait de se passer et assura à la jeune femme qu'ils étaient des professionnels et qu'il était celui qui sortait tout le monde du pétrin constamment.

Alors que les aventuriers le raillaient, et pointaient ses nombreuses autres erreurs du passé, les aventuriers se dirent que ces vacances ne commençaient au final pas si mal que ça. Et pourtant, ils ignoraient encore tout de ce qui les attendaient sur le chemin.