Note : Coucou tout le monde ! Ce chapitre a été étrangement rapide à corriger, donc le voici ! Peut-être parce qu'on rentre dans ma partie préférée de cette fic. Je vous fais des bisous !


CHAPITRE 5C

Ils partirent à la première heure du jour. Tony s'assurait que son armure était opérationnelle pendant que Loki vérifiait que tout le monde était bien là. Il regrettait un peu de ne pas avoir eu le temps de transférer JARVIS dans le système du vaisseau, mais il aurait eu besoin de plusieurs jours supplémentaires pour résoudre les problèmes de compatibilité.

« Tout le monde est prêt ? demanda-t-il en se tournant vers l'arrière du vaisseau, plongé dans un joyeux bazar. Vous êtes tous allés aux toilettes ? Personne n'a rien oublié ? Vos ceintures sont bien bouclées ?

Loki rit doucement à côté de lui. Il s'était attribué la place du commandant pour leur premier décollage et Tony avait tenu à assister à la manœuvre de près parce qu'il comptait bien s'y essayer plus tard.

- Laisse-les un peu, ils sont plus débrouillards que tu ne le penses. Après tout, personne n'était attaché leur de notre premier voyage.

Tony lui jeta un regard incrédule, le dieu se justifia avec une petite moue.

- L'entrepôt allait exploser, j'avais un demi-cadavre sur les bras et ils étaient tous à moitié hystériques ou blessés. J'avais autre chose à faire que des vérifier leurs ceintures de sécurité.

- C'est un miracle qu'ils soient tous encore en vie, soupira-t-il.

- Tu peux le dire, oui, lui répondit joyeusement Loki.

Tony ne se sentait pas de se lancer dans une explication de toutes les choses qui n'allaient pas dans cette histoire, parce qu'elles étaient trop nombreuses et que Loki avait un seuil de tolérance au danger bien plus élevé que celui de la moyenne. À la place, il demanda.

- On commence par quoi ?

Loki jeta un œil au trajet qui s'affichait sur le tableau de bord. Tony nota avec une certaine perplexité qu'il ressemblait à l'un de leurs GPS modernes.

- Gunava, c'est la première planète du système Janoth. Il fait partie de ce que vous appelez la voie lactée.

- Corrige-moi si je me trompe Dora l'exploratrice, mais on ne ferait pas mieux de commencer par le plus proche ? Ça me paraît assez loin, et j'ai cru comprendre que vos neuf royaumes étaient plus accessibles.

Loki opina du chef.

- Tu as raison, en théorie. Mais Janoth risque de disapraître dans les prochains mois. Leur soleil est en train de mourir et ses habitants avec. Ils ne pourront pas supporter la baisse soudaine des températures et le froid les emportera. Il faut qu'on se dépêche d'y arriver ou l'on se retrouvera à fouiller tout le système.

- Ça pue du cul, commenta Tony. Et s'ils sont déjà partis ?

- Espérons juste que nous arriverons à temps. » Soupira le dieu.

Comme Tony l'avait suspecté, le système Janoth n'était pas la porte d'à côté. Les calculs estimaient leur trajet à trois jours, même avec leur super moteur à distorsion.

La vie à l'intérieur du vaisseau était tout sauf paisible. L'espace petit, les enfants agités, le bordel augmentait de minute en minute, Tony avait l'impression de passer sa vie à combattre les chagrins, les fringales, les migraines et les vêtements sales. Pas vraiment l'aventure spatiale dont il avait rêvé, même s'il y avait quelque chose de fascinant à contempler l'espace et la bulle qui les entourait.

La nuit était leur seul moment de répit, quoique même là le calme était tout relatif. Les enfants s'entassaient dans des lits superposés, ronflaient, chuchotaient entre eux jusqu'à des heures avancées, se réveillaient pour aller aux toilettes ou parce qu'ils faisaient des cauchemars. Tony et Loki partageaient la même couchette, mais pas au même moment. Ils alternaient les tours de garde, l'un dormait pendant que l'autre s'occupait de l'appareil et de leurs petits passagers.

Tony gardait tout de même un fond de satisfaction lorsqu'il se couchait sur leur matelas, parce que même s'ils ne dormaient pas ensemble, l'odeur de Loki y restait imprégnée. Non pas qu'il le lui avouerait, évidemment.

Ils eurent la chance de trouver Gunava encore debout. Ses habitants, des reptiliens emmitouflés de fourrures surdimensionnées pour leur petite taille, semblaient tous plongés dans les derniers préparatifs de leur départ. Tony ne ressentit rien de la joie qu'il s'était faite de visiter une planète extraterrestre, car celle-ci fut étouffée par les millions de petites scènes tragiques qui se déroulaient sous leurs yeux.

Partout, des gens désespérés entassaient ou jetaient leurs affaires. Certains mettaient le feu à leurs maisons pour se réchauffer, des mères cherchaient leurs enfants à grand cris dans la foule. Ils assistèrent à de véritables scènes d'affrontement devant d'énormes vaisseaux prêts à partir. Ceux qui n'avaient pas pu rentrer pestaient, pleuraient, jetaient ou s'accrochaient aux portes. De la planète toute entière émanait une cacophonie sans nom qui lui remplissait les oreilles. Il avait envie de les aider, évidemment. C'était presque plus fort que lui. Mais un coup d'œil à Loki suffit à lui rappeler pourquoi ils étaient là. Il avait des enfants à ramener chez eux, et il ne pouvait pas soutenir tous les malheurs de l'univers.

Heureusement pour eux le gamin qu'ils accompagnaient, bien qu'au bord des larmes, parvint à garder la tête assez froide pour les guider jusque chez lui. Ils n'y trouvèrent plus que son père, un reptilien à lunettes enterré sous des masses de couvertures, et têtu au point d'avoir refusé de partir avec le reste de sa famille lorsque l'occasion s'était présentée. Apparemment, il avait toujours cru au retour de son fils.

Tony fit de son mieux pour ne pas penser à Howard Stark qui, pour rien au monde, ne serait resté derrière à l'attendre. Mais il eut du mal à ravaler le sentiment d'amertume stupide et irrationnel qui monta dans sa gorge.

« Une bonne chose de faite, dit-il à Loki lorsqu'ils rentrèrent enfin au vaisseau.

La neige avait collé une des mèches de Loki à sa joue, Tony jalousa ce trait noir et courbé qui effleurait ses lèvres. Loki la repoussa d'une main distraite.

- Plus que treize, ironisa le dieu en ôtant une écharpe qu'il portait probablement plus pour la décoration qu'autre chose.

- Allez, on a vraiment eu du bol, je sais pas comment on aurait fait si son père avait décidé de suivre le mouvement. »

Il fut distrait par Signy qui arrivait en trottinant vers eux, l'air positivement décomposée. Ils avaient laissé la petite jötun en charge du reste de ses camarades pendant leur petite escapade. Loki avait été d'avis qu'elle était la plus responsable du lot, et Tony n'avais pu que se ranger devant ses arguments.

« Gersimi s'est remise à flotter, se plaignit-elle. Et je ne sais plus où on a mis l'eau potable, tout le monde s'est mis à se plaindre de la soif.

Tony rit un peu.

- Je vais te montrer, elle est un peu cachée dans la soute, c'est vrai, mais certains de tes amis se sont mis en tête de faire une bataille d'eau hier, alors on s'était dit qu'on ferait mieux de les mettre hors de votre portée.

- Et vous n'avez pas pensé à m'en avertir avant de partir ? râla-t-elle. C'est malin.

- Qu'est-ce que tu veux, on est comme vous, on apprend sur le tas aussi. » Se défendit Tony.

Il salua Loki d'un geste de la tête et alla explorer la soute en compagnie de Signy et d'une lampe torche.


Leur petite compagnie arriva sur Korbin le lendemain après-midi. Les deux gosses originaires du coin se tenaient sagement à leurs côtés. Tony les aimait bien parce qu'ils étaient parmi les moins agités du lot, et aussi parce qu'ils étaient chauves, et qu'il avait toujours trouvé les chauves hilarants.

La planète avait un petit côté New York, enfin le New York d'Independence Day.

« Mais qu'est-ce qui s'est passé ? s'interrogea Tony à voix haute lorsqu'ils se trouvèrent dans les rues. Regarde ces bâtiments, ils avaient clairement la technologie nécessaire pour riposter.

Il montra une des tours à Loki, enfin plutôt ce qu'il en restait. Quelque chose avait complètement emporté son sommet, ne laissant plus que du ver brisé, des poutres, et un tas de câbles qui pendaient lamentablement. Les rues étaient désertes et il régnait autour d'eux un silence macabre.

- J'ai ma petite idée, lui répondit simplement le dieu. Mais nous devrions interroger un des habitants du coin pour en être sûr.

Les deux Kornobites qui les suivaient avaient l'air plus qu'angoissés. Tony tenta de les rassurer.

- Ça va, ce ne sont que des dégâts matériels. On va retrouver vos parents et tout ira bien. »

Ils franchirent un pont instable, Tony et les gosses se penchèrent sur les rails qu'ils pouvaient apercevoir plus bas. Des restes de ce qui avait dû être un train encombraient toute la voie et vomissaient écrous, panneaux électroniques, et ferraille autour d'eux. Il grimaça.

Tony sursauta lorsqu'il entendit un bruit sourd peu plus loin. Par réflexe, il tira les enfants vers lui, mais un regard vers le bout du pont lui appris que Loki venait simplement de défoncer la porte automatique d'une tour à coups de pied.

« Ça t'arracherait la gueule de prévenir avant ?! cria-t-il depuis son poste d'observation, mais Loki disparaissait déjà dans le trou qu'il avait créé.

Tony pesta et alla le rejoindre à petites foulées.

L'intérieur était lumineux et très vide. Il y pénétra prudemment, et entendit les deux enfants le rejoindre quelques secondes plus tard.

- Ohé, cria-t-il. Loki ? N'importe qui d'autre ? Nous venons en paix !

- Cesse de te ridiculiser, lui parvint la voix du dieu. Tony leva la tête pour le voir penché au-dessus du balcon de l'étage supérieur. Ses cheveux flottaient gracieusement autour de son visage.

Malgré son début d'énervement, Tony le trouvait terriblement séduisant. C'était une chose agaçante : peu importait ce que Loki faisait comme conneries et les situations pourtant fort peu pratiques dans lesquelles il se fourrait, Tony ne parvenait pas à le voir différemment que par le prisme de son attirance. Il allait devoir travailler là-dessus, et vite.

- J'arrêterai de me ridiculiser quand toi tu arrêteras de disparaître sans prévenir ! T'as jamais vu un film d'horreur ? Il faut pas se séparer sinon on finit tué dans d'atroces souffrances par des esprits malins ! Tout le monde sait ça !

Loki plissa son nez. Au-dessus de lui, le plafond transparent l'auréolerait d'une lumière blanche et un peu glauque.

- Aide-moi plutôt à trouver quelqu'un au lieu de raconter des bêtises pareilles. Je suis certain d'avoir entendu du bruit. »

Tony n'avait pour sa part rien entendu, mais il obéit. Après tout, c'était Loki l'extraterrestre, il savait sûrement mieux que lui ce qu'il fallait faire.

« Bon, vous avez entendu vous deux ? On cherche quelqu'un qui sait ce qui se passe.

- Votre ami Loki est terriblement impoli. » Lui fit remarquer l'un d'entre eux. Tony retint un rire.

Malheureusement pour leur petit groupe, ce fut Loki qui trouva les habitants de la tour en premier. La découverte s'accompagna de cris stridents, de tirs, et d'un fracas innommable. Tony était partagé entre l'envie de courir pour aller voir si le dieu allait bien, et la pensée qu'il l'avait bien cherché.

À sa grande surprise, il retrouva un Loki intact, en grande conversation avec une petite dizaine de chauves oranges à oreilles pointues. Les débris encore fumants qui les entouraient donnaient à la situation un côté absurde qui amusa Tony malgré lui.

Les chauves, se montrèrent méfiants et peu loquaces au début. Une réaction plutôt compréhensible, pensa Tony. Puisqu'ils étaient rentrés chez eux avec la délicatesse d'un bulldozer. Ils finirent cependant par se détendre en constatant que ce que racontait l'intrus était vrai, et qu'il ramenait deux de leurs enfants avec lui.

Tony et Loki s'installèrent sur une pile de décombres pendant que l'un d'entre eux leur exposait la situation, et que les autres s'affairaient autour des enfants pour vérifier qu'ils aillaient bien, et que les zigotos qui les accompagnaient n'était pas de terribles psychopathes. Tony ne jugea pas très opportun de leur raconter les petites mésaventures terrestres de son compagnon de voyage. Il préférait ne pas connaître leur opinion sur les meurtriers de masse.

« Au début, personne ne s'est méfié, leur raconta le chauve avec un air sinistre. Elles sont arrivées dans un vaisseau énorme, mais on a beaucoup de navires commerciaux, par ici. Leur cargaison prend de la place. Je travaillais à la tour de contrôle, à l'époque. Maintenant, elle n'existe plus, mais je vous assure qu'on avait des cas comme ça tout le temps. On n'aurait pas pu savoir.

Il tapait nerveusement du pied, ce qui horripilait Tony. En plus, il ne voyait pas bien pourquoi le gars lui parlait de son ancien job. C'était peut-être un truc de chômeur.

- Tout s'est passé très vite. Le vaisseau était à peine sur la piste d'atterrissage qu'on a vu une armée en sortir. C'étaient des bestioles affreuses, pas de cette partie de la galaxie. Vous devez savoir que notre peuple a une histoire plutôt pacifique. Personne sur Korbin n'a jamais eu besoin de se battre, le gouvernement a toujours préféré fonctionner à base de négociations. C'était la première fois qu'on voyait ça.

- Oui, vous avez la réputation d'un peuple pacifique, commenta Loki qui jouait distraitement avec un gravier.

Tony fut un peu distrait par ses doigts, blancs et fins, et la manière délicate qu'il avait de les bouger. Une véritable menace pour sa santé mentale.

- Exactement. Enfin, tout ça pour dire qu'on a tous été pris par surpris en les voyant débarquer. Et ensuite…

Il fit une pause. Tony serra les dents parce que les tapotements de son pied s'étaient accélérés, et qu'il avait un peu envie de le secouer pour qu'il accouche.

- Ils ont commencé par tirer sur tous les gens qui étaient là. Des techniciens, des pilotes et même des passagers. Les gens hurlaient, couraient dans tous les sens, il y avait du sang partout. Personne n'y comprenait rien. Moi, je regardais les caméras, j'étais là. Quand j'ai compris ce qu'il se passait vraiment, je veux dire, qu'il y avait une armée entière, et qu'on n'avait aucune chance, je suis rentré chez moi, j'ai pris ma femme et mes enfants et on s'est caché pendant presque une semaine. On ne savait pas ce qu'il se passait dehors, alors on osait plus ressortir, vous comprenez.

Il eut un souffle tremblant qui résonna étrangement dans l'espace vide autour d'eux.

- Quand j'ai fini par sortir, comme vous, j'ai voulu savoir ce qu'il s'était passé. Ça semblait tellement gratuit, tellement injuste, j'avais même du mal à croire que ce n'était pas un énorme cauchemar. J'ai posé des tas de questions à un ami, et on est allés chercher le reste auprès de gens qui étaient là, et qui ont survécu. Ou plutôt qu'ils ont laissé vivre.

Le gravier que tenait Loki tomba au sol, et il cessa complètement de bouger.

- C'étaient les filles de Thanos. Avant, on en avait jamais entendu parler, mais on raconte qu'il n'en est pas à son coup d'essai. Il aurait déjà attaqué plusieurs planètes, très éloignées de notre système et c'est pour ça que personne n'était au courant. Il procède toujours de la même manière. Il sépare la population en deux, et ensuite, il choisit une moitié au hasard, et il la tue. Des mères assistent impuissantes à l'exécution d'une enfant qui s'est retrouvé du mauvais côté, des frères perdent leurs sœurs, et des sœurs leurs frères. Tout le monde y passe. Il ne fait pas de distinction entre les guerriers et les civils, les jeunes et les vieux. Il est sans merci et on dit que la mort elle-même le craint.

Tony se sentait malade. Il avait du mal à croire qu'une espèce de lunatique se baladait en toute liberté et tuait des populations par moitié.

- Je ne sais pas si les parents des enfants que vous nous ramenez ont survécu, reprit le chauve. Vous arrivez à un moment bien sombre de notre histoire.

Loki semblait toujours jouer à un, deux, trois, soleil. Tony se tourna vers lui pour mieux l'observer. Son dos était très droit et sa mâchoire serrée. Il n'avait pas l'air surpris, plutôt celui d'un homme qui venait de recevoir une nouvelle qu'il redoutait depuis longtemps. Tony fut pris d'une suspicion sinistre et vertigineuse.

- Vous avez parlé de bestioles affreuses, se souvint-il. Vous pouvez nous en dire plus ?

- Stark, siffla Loki de sa voix basse.

- Désolé, lui répondit l'homme. On n'a jamais vu cette race dans notre partie de la galaxie alors personne n'a réussi à identifier ces bêtes. Des genres d'hybrides, ils donnaient l'impression d'avoir fusionné avec leur technologie

Tony voulut insister, parce que ça ressemblait quand même vachement à une description des Chitauris. Il reçut un violent coup dans les côtes.

- Continue à poser tes questions stupides et je te coupe la tête. »

Ouais, il n'allait pas prendre le risque. D'autant plus qu'il avait déjà sa réponse. Elle se trouvait dans la posture tendue et défensive du dieu, et dans le pli amer de sa bouche. Il soutint son regard un long moment.

Ils prirent congé des Kornobites, non sans s'être assuré que ceux-ci s'occuperaient bien de leurs petits protégés. Tony leur laissa cette tâche avec reconnaissance, il n'avait aucune envie d'être celui qui devrait leur annoncer que leurs parents étaient peut-être morts, tués par un maniaque génocidaire.


Depuis qu'ils étaient revenus de Korbin, l'ambiance était étrange au sein du vaisseau. Ni l'un ni l'autre n'avait raconté ce qu'ils avaient appris aux enfants, mais ces petits démons semblaient dotés d'un sixième sens les avertissant que quelque chose ne sentait pas bon, et qu'ils feraient mieux de se tenir à carreau.

Ou peut-être avaient-ils simplement remarqué que quelque chose clochait entre les deux adultes. En effet, depuis l'histoire des supposés Chitauris, Loki évitait Tony, non pas comme la peste, mais comme un voisin trop fouineur auquel l'on adressait la parole que pour le strict nécessaire. Tony s'en était vite rendu compte, et n'avait pas eu besoin de son cerveau absolument génial pour comprendre ce qu'il se passait.

Il était clair que Loki connaissait ce malade de Thanos. Trop de choses collaient entre ce qui était arrivé à New York à la planète de ces charmants crânes oranges pour que ce ne soit qu'une mauvaise coïncidence. Il y avait l'invasion, bien sûr, motivée par des raisons vaseuses, voire inexistantes, mais surtout les Chitauris.

Tony ne croyait pas aux coïncidences. Il brûlait d'envie d'attraper le dieu par le col et de le secouer comme un cocotier jusqu'à ce qu'il crache tout ce qui se cachait derrière son joli minois et Loki, qui le savait bien, se tenait sur ses gardes à attendre l'attaque. Tony l'avait surpris à plusieurs reprises en train de le surveiller, l'air d'une souris qui venait de croiser un chat.

Il voulait savoir, mais il n'en pouvait surtout plus des monosyllabes du dieu et de ses airs de chiot battu. La conclusion logique, fut qu'il passerait à l'interrogatoire plus tard, de préférence lorsqu'ils seraient sur une terre ferme et sécurisée. Juste au cas où Loki se déciderait à vraiment lui couper la tête.

« Eh bien, ils ont l'air sympas ceux-là, commenta Tony en regardant la troisième planète de leur itinéraire.

Oorga, planète d'origine du petit Aakon qu'ils trimballaient, disparaissait quasiment sous les vaisseaux spatiaux qui l'entouraient. On aurait dit une énorme fourmilière.

- Pas vraiment, fut la réponse laconique de Loki. Tony leva les yeux au ciel.

- Insupportable ! s'exclama-t-il un peu trop fort, car il vit plusieurs des gosses se retourner et leur jeter des regards curieux, voire un peu effrayés. Il leur adressa un signe de main en guise d'excuse et retourna à son problème principal. Il fit attention à garder sa voix basse.

- Tu vas continuer de bouder longtemps ? l'attaqua-t-il. Sérieusement, quelle tragédie, un stupide mortel met le nez dans tes affaires, c'est ça ? Grandis un peu ! Je te rappelle que t'as littéralement envahi ma planète, et je suis pas là à te faire la gueule comme un adolescent immature alors que j'en ai tous les droits !

- Je ne boude pas, protesta le dieu.

- Vraiment ? Donc t'es passé d'exposer tes grandes théories même quand je voulais pas les entendre aux grognements de Cro-Magnon par pur plaisir ? Tu te fous de ma gueule, Rudolphe.

- Parce que je n'ai pas envie de te voir fourrer ton stupide nez dans des affaires qui ne te concernent pas, s'agaça le dieu. Ce n'est pas si compliqué à comprendre, même pour un cerveau aussi peu évolué que le tien, Stark.

Tony n'avait pas entendu Loki prononcer son nom depuis qu'ils avaient quitté Korbin, deux jours auparavant. Il ne s'était pas rendu compte que cela lui avait manqué.

- C'est juste raciste. Accessoirement, je me retiens de mettre mon nez dans tes affaires juste pour te faire plaisir, espèce de débile.

Loki lui jeta un regard plein de suspicion.

- Tu essaies d'endormir ma vigilance. Que cela te plaise ou non, je commence à bien te connaitre, Stark. Ta curiosité est ton plus gros défaut et tu ne me feras pas croire que tu y renoncerais pour moi.

- Okay, Maugrey Fol Œil. T'as raison, je veux savoir, que ça te fasse plaisir ou non, admit-il. Mais je suis pas assez con pour me mettre à t'embrouiller au beau milieu d'un vaisseau spatial. Je suis sûr qu'il te suffit que d'une seconde pour tous nous envoyer flotter dans l'espace, et ça me tente moyen. Alors voilà ce qu'on va faire : je te fous la paix avec mes questions, et t'arrête de me traiter comme si j'étais l'homme invisible !

À la fin de sa petite tirade, Tony se sentait passablement frustré. Vraiment, qu'est-ce qui lui avait pris de partir en road trip avec un tas de chiards et le mec le plus dramatique de la galaxie ?!

- Je n'ai quand même aucune intention de te raconter l'histoire de ma vie, le contra Loki.

- Ce n'est pas ce que je te demande. Tu réserveras ça pour tes mémoires. Vraiment, je veux juste savoir ce qui s'est passé avec ce malade de Thanos. J'ai le droit.

Comme il vit que Loki semblait sur le point de protester, il insista.

- N'essaie même pas ! J'ai failli crever genre vingt fois à New York, d'ailleurs un tas de gens sont crevés. Et j'aurais pu te laisser sur mon tapis, ou te balancer au SHIELD, ou même t'enchaîner au fin fond d'une cave avec mes incroyables menottes, mais je t'ai laissé le bénéfice du doute ! J'ai le droit à des réponses, plus que n'importe qui.

Il laissa le silence s'installer entre eux. Loki, les lèvres pincés et les bras croisés sur sa poitrine faisait mine d'être absorbé par la contemplation d'Oorga. Au moins, il lui parlait à nouveau. Tony pouvait gérer un Loki énervé, mais un Loki silencieux était bien au-delà de ses capacités.

- Très bien, tu as gagné Stark. Mais juste pour que tu saches, tes stupides menottes et ta cave n'auraient pas suffi à me garder enfermé.

- Ça te tuerait de me laisser le dernier mot pas vrai ? lui dit Tony, mais il se sentait déjà un peu amusé.

- Je suis juste supérieurement intelligent, le nargua le dieu.

- Rappelle-moi qui a ramassé dix-neuf gosses au pif et les a ramenés chez moi en pleurant parce qu'il ne savait pas quoi en faire ? Oh, oui, monsieur l'Être supérieurement intelligent.

Loki lui donna un coup sec à l'arrière du crâne.

- Aïe ! T'es vraiment qu'un sadique, protesta Tony. Est-ce que c'est comme ça que tu montres ton affection ? Parce que ça expliquerait pas mal de trucs.

- Tu es l'homme le plus idiot que j'ai jamais eu le déplaisir de rencontrer, lui sourit Loki, ce qui sonnait comme un compliment.

- Merci ? »

Loki s'inclina un peu vers lui, Tony sentit son bras se presser gentiment contre le sien. Il ferma les yeux pour profiter de l'instant, le retour des choses à la normale, quoique cela puisse dire dans leur univers tout détraqué.

« Tu as un très bon sens de l'observation, tu sais.

- De quoi ? dit Tony trop occupé à savourer pour vraiment se concentrer.

- Les Aakons sont connus pour être de grands guerriers, leur réputation est même arrivée jusqu'à Asgard, ce qui n'est pas peu dire, précisa Loki.

Tony garda les yeux fermés pour l'écouter parler et posa sa tête sur son épaule. Il était plutôt certain que le dieu ne l'aurait pas laissé faire s'il n'était pas en train d'essayer se faire pardonner. D'une manière plutôt tordue, certes, mais Tony commençait à en prendre l'habitude. Ce n'était pas leur première discussion un peu houleuse après tout.

- Ce sont des ennemis historiques des Krees, un autre peuple colonisateur qui hante cette partie de la galaxie depuis des millénaires. Ils ont dû s'adapter. Leur gouvernement est composé d'anciens militaires, des généraux pour la plupart. Je soupçonne Odin de vouloir prendre exemple sur eux, il a toujours considéré ses propres conseillers comme un peu mous.

- Hum. C'est pour ça que t'en sais autant sur eux ?

- En partie, oui. Dans tous les cas, il va falloir se préparer à des discussions musclées. Ces gens sont méfiants, ils nous suspecteront d'être des espions Krees jusqu'à preuve du contraire.

- Mouais. Tu peux me laisser les discussions si tu veux Rudolphe, on m'a toujours dit que ma langue était mon meilleur atout.

Il ne voyait pas le dieu, mais il sentit un petit rire parcourir ses épaules.

- Ou ton pire ennemi, oui. Si tu veux mon avis, tu as la langue un peu trop pendue pour ton propre bien. »

Tony bailla ostensiblement pour lui montrer à quel point il n'en avait vraiment rien à foutre.

« Tu devrais aussi prendre ton armure, lui conseilla le dieu.

- Pourquoi ? On s'attend à des discussions si musclées que ça ?

- La gravité d'Oorga est légèrement supérieure à celle de Midgard. Tu risques de te sentir un peu lourd, enfin, plus que d'habitude, le taquina-t-il.

- Je suis un plaisir de délicatesse, protesta Tony. Mais ouais, t'as raison. De toutes façons, vaut mieux se préparer à toutes les éventualités. »