Note : Coucou tout le monde ! On arrive enfin au milieu du chapitre cinq. Oui, il est vraiment interminable, je m'étais emballée en l'écrivant. J'ai rien de très intéressant à raconter, sinon que j'ai un peu hâte des chapitres qui arrivent ! Sur ce, je vous fais des gros bisous !

Disclaimer : Comme d'habitude, c'est le retour du rating M. Vous connaissez la chanson, passez si vous êtes inconfortables avec les scènes de sexe.


CHAPITRE 5E

Tony leva les yeux du tableau de bord lorsqu'il entendit les pas familiers de Loki qui le rejoignait. Il s'était installé sur le siège du commandant. Loki se pencha à ses côtés pour vérifier le chemin qu'ils avaient déjà parcouru. D'où il se tenait, Tony avait une vue parfaite de son profil élégant, des cheveux qui l'encadraient, et du petit sourire qui flottait sur les lèvres fines.

Il n'allait pas mentir, ces derniers jours avaient été une torture pour lui. Le vaisseau n'avait pas été conçu pour l'intimité, d'ailleurs l'espace entre le cockpit et la chambre était ouvert. Tony n'avait qu'à tourner la tête pour apercevoir les lits superposés qui se tenaient quelques mètres plus loin.

Il soupçonnait Loki de se plaire à compliquer les choses. Le dieu passait ses journées vêtu d'une chemise sombre et fonctionnelle, dotée d'une bonne dizaine de poches et dont il remontait systématiquement les manches. Tony n'aurait jamais cru que des avant-bras puissent être attirants, mais il en était là. Il avait l'impression d'être remonté à l'époque victorienne où le moindre bout de cheville devenait indécent.

Il tentait de se consoler en se disant que Loki avait des avant-bras particulièrement bien faits : larges, avec ce qu'il fallait de veines, et des poignets fins et adroits. Il essaya très fort de ne pas se souvenir de ce que les poignets de Loki savaient faire.

Pour ne rien arranger, il portait en permanence un pantalon en cuir du genre illégal, parce que vraiment, il attirait le regard. Tony n'était pas un pervers, mais il ne pouvait pas s'empêcher de mater.

Enfin, à la lumière de ces éléments, on ne pouvait pas le blâmer si effectivement, après tous ces jours de torture, lorsque Loki se pencha à cet instant précis sur le tableau de bord, il lui mit une main au cul.

Le dieu se retourna vers lui, l'air outré.

« Vraiment Stark ? chuchota-t-il en ôtant la main offensante. Même pas un bonjour ?

Tony ne parvint pas à se sentir coupable.

- Je me tiendrais plus sage le jour où tu mettras autre chose que ce pantalon, lui rétorqua-t-il sur le même ton.

- Mon pantalon est très bien, protesta le dieu.

- Ton pantalon est trop bien, tu veux dire. J'ai failli me faire empaler par une flèche parce qu'il me distrayait trop !

Loki sera les lèvres dans cette expression qui voulait dire qu'il retenait un rire.

- C'était donc cela… Et moi qui croyais que tu ne faisais que ton devoir de super-héros, tu as l'esprit bien mal placé Stark.

- Je vais vraiment mourir d'abstinence, Loki, insista-t-il. Je suis sûr que c'est ton plan diabolique, ne le nie pas. »

Les épaules de Loki se parcoururent d'un rire silencieux. Lorsqu'il se fut calmé, il posa une main délicieusement froide sur l'épaule de Tony.

Ce dernier fut pris d'un frisson tout particulier, son esprit imaginait déjà la main du dieu se refermer, descendre, oh toujours plus bas, et il se souvenait de la manière dont les longs doigts du dieu le touchaient, parfois allumeurs, souvent fermes.

Tony remua parce que sa position commençait à devenir inconfortable et tourna son regard vers l'objet de ses pensées.

Loki lui faisait son regard impénétrable de la mort qui tue. D'autres hommes auraient plié face à ses airs sombres, mais certainement pas Tony. Il passa sa langue sur ses lèvres sèches et demanda avec le plus d'assurance possible.

« Et toi Rudolphe, comment se passe ton abstinence ?

Il sentit la main du dieu se crisper juste un peu sur son épaule, et entendit la manière dont sa respiration s'arrêta une fraction de seconde. Ce fut tous les signes dont il avait besoin.

- Allez, je sais que je te manque aussi, ronronna-t-il de sa voix la plus séductrice.

Loki aurait pu le frapper, mais il se contenta de pincer les lèvres. Il avait l'air de mener une rude bataille intérieure et Tony ne comptait pas lui faciliter la tâche.

Il se pencha vers l'oreille du dieu et laissa sa voix descendre encore plus. Le pauvre avait carrément arrêté de respirer.

- Toi, tu me manques Loki. Tu veux que je te raconte ce qu'il se passe dans ma tête quand je te vois avec cet incroyable pantalon ?

Le dieu se retira vivement, mais Tony savait qu'il avait gagné. Il n'attendit pas sa réponse pour annoncer :

- Je vais prendre une douche et qui m'aime me suive. »

La salle de bain restait le seul espace à peu près isolé du vaisseau, si on omettait le fait qu'elle n'avait pas de cadenas. Tony n'avait même pas fini de se déshabiller que Loki le rejoignait déjà, calant l'unique tabouret de la petite pièce contre la porte.

« Qu'est-ce que tu fais planté là ? » Siffla-t-il en guise d'introduction. Dépêche-toi, allume l'eau.

Tony ne se le fit pas dire deux fois. Il manqua de trébucher sur son propre caleçon, mais parvint tout de même à rejoindre le petit carré grisâtre en un temps raccord et à allumer l'eau chaude. La pièce s'emplit immédiatement du bruit des gouttes contre le carrelage.

Il n'eut pas le temps de se retourner que Loki l'avait rejoint. Il sentit son torse nu se presser contre son dos et son érection contre ses fesses. Tony se pressa contre lui et tourna la tête. Les lèvres de Loki cueillirent les siennes, ouvertes et affamées. Tony poussa un soupir tremblant et ferma les yeux. Putain qu'il avait besoin de ça, songea-t-il en l'embrassant avec rage. C'était sale, ouvert et un peu violent, mais c'était tout ce dont il avait besoin maintenant. Frustré de l'angle du baiser, il se retourna et prit Loki par la nuque pour l'embrasser plus profondément.

Il sentit les mains du dieu se poser sur son torse et glisser entre eux comme deux serpents. Sa main gauche se posa sur la hanche de Tony, ou plutôt s'y referma tandis que la droite s'enroulait autour de son érection. Ses reins tressaillirent involontairement et il rompit le baiser pour aspirer une bouffée d'air.

« Respire Stark, se moqua le dieu en déposant un baiser papillon sur sa clavicule.

Mais Tony n'eut pas le temps de respirer, parce que la seconde d'après, Loki le branlait vite et fort, le poing fermement serré autour de son sexe. Tony poussa un gémissement et s'agrippa aux épaules de son amant.

- Oh merde, oui, geignit-il sans pouvoir s'en empêcher.

- Tu fais trop de bruit Stark, sois un peu discret, lui murmura le dieu concentré sur son œuvre. Tony essaya d'apercevoir sur son visage, mais il était baissé et il ne voyait que l'arc délicat et mouillé de ses sourcils.

Il inspira pour se retenir, mais Loki était impitoyable. Tony ne savait pas s'il voulait qu'il continue ou qu'il arrête parce que c'était trop, trop de plaisir trop vite et que c'était presque douloureux. Il plongea son visage dans le cou du dieu, en chuchotant.

- Loki, merde, merde, merde et oh oui, c'est bon putain continue comme ça. Loki putain de merde.

Il sentit son orgasme monter, implacablement, une chaleur compacte tout en bas de son estomac. Ses muscles se contractèrent, mais au moment où il ne lui restait plus que quelques secondes pour enfin jouir, la main de Loki disparut brutalement. La surprise et la frustration lui coupèrent la respiration.

- Loki ? demanda-t-il bêtement.

- J'arrive, lui souffla le dieu, laisse-moi juste...

Tony ôta son nez du cou du dieu, et se saisit de son visage à deux mains pour le relever. C'était dur à dire, mais avec ses joues un peu rouges et son regard sombre, il ne mit pas longtemps à comprendre.

Il descendit les yeux vers l'érection du dieu et ressentit un certain amusement.

- On dirait que quelqu'un est inconfortable, le taquina-t-il. Si j'avais su que je te mettais dans de tels états... »

Loki eut l'air de vouloir protester, mais Tony ne lui en laissa pas le temps. Il tomba à genoux et plaça avec plaisir ses mains derrière les fesses du dieu pour le rapprocher de son visage.

Celui-ci émit un petit son étranglé lorsque Tony creusa les joues autour de son sexe. Tony contempla l'idée de le taquiner un peu, mais abandonna vite, et s'y mit avec application.

Il n'avait jamais trop apprécié les fellations s'il devait être honnête, mais sucer Loki le rendait absolument putain de fou de désir sans qu'il ne sache pourquoi. Peut-être était-ce l'odeur sombre qu'il percevait lorsque son nez frôlait ses poils pubiens. Peut-être était-ce la manière qu'il avait de bouger un peu ses hanches, terriblement lascive et excitante. Ou peut-être les bruits qu'il émettait, ou oh mon Dieu le poids de son sexe sur sa langue.

Tony avait terriblement chaud, et il n'était pas le seul. Un frisson de plaisir le parcourut lorsque les mains de Loki passèrent dans ses cheveux et en tirèrent les mèches. Il poussa un petit grognement appréciateur autour du sexe du dieu qui s'empressa de réitérer l'action.

« Stark, l'appela la voix essoufflée de Loki, et il leva les yeux vers lui. Relève-toi.

Tony obéit sans chercher à comprendre. Ses genoux protestèrent, mais il les ignora pour embrasser le dieu. Celui-ci lui répondit avec enthousiasme et pressa leurs bassins ensemble.

Il n'allait plus tenir longtemps. Sa main tremblait un peu lorsqu'il rassembla leurs érections dans son poing. Il bougea lentement, mais fermement, s'assurant qu'il serrait assez. Loki le poussa contre le mur derrière eux, il sentit son contact froid et dur, mais s'y appuya comme un noyé. Le dieu haletait tout contre sa bouche, ses hanches allaient et venaient, son sexe se frottait délicieusement contre le sien.

Tony accéléra la cadence et embrassa Loki, sentit les lèvres de Loki, les dents de Loki, la langue humide de Loki, le torse de Loki, le sexe de Loki. Son monde s'arrêta une fraction de seconde avant l'orgasme, puis disparut.

Loki s'effondra contre lui, sa bouche tombée dans un cri muet. Tony se rendit compte que sa lèvre saignait, et ensuite que le dieu l'avait suivi dans l'orgasme et que leurs semences coulaient, mélangées dans le siphon de la douche. La réalité fut soudaine, dure et crue, il lui sembla réentendre le son de l'eau autour deux pour la première fois.

Tony passa les bras derrière le dos du dieu et ils restèrent immobiles un bon moment, peau contre peau, serrés ensemble sous l'eau chaude et réconfortante.


Lorsqu'ils sortirent de la douche, gloussants, cheveux mouillés et vêtements froissés, Sigmund les fixait. Le Jötun avait quitté son lit et s'était assis à même le sol, il les attendait avec ses grands yeux rouges et interrogateurs. Tony pria pour qu'il n'ait rien entendu, même si en réalité, bruits suspects ou pas, ils étaient probablement cramés. Enfin, il ne savait pas comment fonctionnaient les choses dans l'espace, mais sur Terre, les bons amis platoniques prenaient rarement leur douche ensemble.

« Tu n'as rien vu, dit Loki au petit garçon, et Tony pouvait jurer que celui-ci leur avait renvoyé un sourire narquois en retour.

Il se sentit obligé de supporter le dieu, parce que c'était plus ou moins à cause de lui qu'ils se retrouvaient dans cette situation gênante.

- Répète ça à quelqu'un et les choses vont très mal se passer pour toi, jeune homme, énonça Tony de son ton le plus sévère. Il dressa l'index, comme il avait déjà vu des centaines de parents épuisés le faire à la télé, histoire de montrer qu'il était sérieux dans sa menace.

Sigmund haussa les épaules et les quitta pour aller s'installer dans le cockpit. Tony était prêt à admettre qu'il était agacé.

- Laisse-le, s'amusa Loki derrière lui. Il veut probablement juste la suite d'Hamlet.

- Quel enfant normalement constitué se lève en plein milieu de la nuit pour écouter Hamlet ? Oh, j'ai mieux, quel adulte normalement constitué lit Hamlet à un gosse potentiellement traumatisé ?

Loki eut un petit rire charmant.

- Il aime bien, que veux-tu que je te dise ? Va donc te reposer Stark, la situation est sous contrôle. »

Tony obéit, non sans une dernière récrimination.


Il n'aurait jamais cru qu'il aurait un jour une crise existentielle à cause d'une branlette sous douche d'un vaisseau spatial, mais ce fut exactement ce qui lui arriva quelques minutes plus tard. Allongé sur sa couchette, il cherchait le sommeil tandis que des millions de pensées tourbillonnaient et martyrisaient son pauvre esprit déjà bien fragilisé.

Il grogna en se retournant. Dans la pénombre du vaisseau, il pouvait apercevoir le dos de Loki face à l'espace infini. Le dieu était élégamment assis, un livre en main. Sigmund, malgré sa taille et son poids, s'était installé sur ses genoux. De temps à autre, Tony le voyait pointer quelque chose dans le livre, et les épaules de Loki se secouaient d'un rire. Il parlait lentement, un tas de mots comme des secrets qu'il offrait au garçon. Tony pouvait deviner qu'il y avait quelque chose entre eux, une certaine compréhension qui le rendait toujours perplexe lorsqu'il y pensait trop.

C'était bien sûr loin d'être la seule chose qui l'interrogeait chez Loki. Le dieu était comme une énigme, irrésistible pour son esprit scientifique, un puzzle ou plutôt une vitre, transparente et délicate, brisée en un million de petits morceaux tranchants que Tony ne pouvait s'empêcher de ramasser, au péril de ses doigts.

Le sexe, d'abord. Il n'avait jamais été autant attiré par personne, et Tony avait côtoyé beaucoup, beaucoup de personnes désirables dans sa vie de débauche. Loki avait quelque chose de magnétique, quelque chose que Tony ne parvenait pas à identifier. C'était partout, dans ses mouvements, écrit sur sa peau, gravé sur les expressions de son visage, même sa respiration était sexuelle. Parfois, il lui suffisait de lever ses yeux verts et sombres et de l'effleurer du regard, et Tony était perdu de désir.

C'était pire qu'être adolescent, pire que les passions absurdes et brûlantes dont il s'était moqué toute sa vie. Par moments, il se sentait embarrassé des réactions de son propre corps, comme si celui-ci lui était devenu étranger et qu'il n'obéissait plus à son contrôle, mais bel et bien à celui de Loki.

C'était une sensation terrible que de se perdre face à des gestes si simples. Tony remonta un peu sa couverture sur lui-même, déconcerté. Il en avait presque honte, et surtout, il en éprouvait encore d'agaçantes bouffées de culpabilité.

Tony avait reçu, dans sa longue vie, tout un tas de coups de main. Oh, il appréciait une bonne branlette autant que n'importe qui, mais bon, il n'y avait pas de quoi en faire un fromage. Sauf avec Loki, visiblement. Tony se souvint de la manière dont il avait joui, mais surtout de Loki. Il s'était tendu vers le dieu, comme s'il avait voulu l'absorber ou bien disparaître avec lui. Il se souvint de la sensation qui l'avait écrasé après, comme un vide absolu lorsqu'ils s'étaient quitté. Il ne pensait pas avoir jamais éprouvé de telles choses, alors qu'il arrivait à un âge où il pensait avoir déjà tout expérimenté.

Et c'était bien là le nœud de son problème. La raison pour laquelle il ne pouvait pas se décrocher de Loki. Il lui faisait découvrir des sensations qu'il n'aurait jamais connues autrement. Une autre part d'expériences, et une autre part de lui-même.

Si cela n'avait été que le sexe, comme il en était déjà plus ou moins tacitement convenu entre eux, Tony n'aurait encore pas eu trop de problèmes à s'endormir. Mais il se rendait compte que leur relation allait bien plus loin que ça.

Je n'ai jamais vu un tel lâche, lui avait dit Loki avant qu'ils ne quittent la terre. Tu ferais mieux de faire la paix avec tes actes.

Facile à dire pour lui, songea Tony non sans un certain agacement. Il repensa à l'adolescent qu'il avait été, il repensa à ses colères, ses tristesses, ses dégoûts. Il n'avait que du mépris pour ce gamin égocentrique, si aveuglé par ses problèmes qu'il avait oublié que ses actions avaient des conséquences sur les autres.

Il pensa au Tony d'avant l'Afghanistan, celui qui buvait plus que raison, qui brisait des cœurs et qui avait construit son empire sur des vies brisées. Le marchand de la mort, c'était lui. Il avait fait le sourd, oh oui, et il avait prétendu pendant des années qu'il menait un commerce honnête, mais il avait toujours su que quelque chose de louche se tramait. C'était facile de rejeter la faute sur Stane, mais quand on se prétendait un peu intelligent, on savait que l'argent ne tombait pas du ciel.

Tony inspira pour calmer l'angoisse familière qui montait dans sa poitrine. Il voulait vomir, le monde tournait autour de lui.

Pardonner, articula la voix de Loki. Tony réprima un rire hystérique. Comment pourrait-il jamais y parvenir ? Comprendre et pardonner.

Il pensa à son père, mais c'était si facile, de tout lui mettre sur le dos à Howard Stark. Cet être humain froid et distant, toujours à comparer Tony aux autres, jamais fier de lui. Oh, il n'avait jamais été à la hauteur. Et sa mère, douce Maria, tendre et prévenante, l'amour incarné.

Toujours l'amour, sauf lorsqu'il s'agissait de le défendre face à son mari, évidemment.

Agité par ses tribulations psychologiques, Tony abandonna toute idée de sommeil et quitta son lit. Il rejoignit le dieu, emportant sa couverture avec lui et s'installa sur le siège adjacent. Loki interrompit sa lecture pour l'accueillir.

« Des problèmes à s'endormir, Stark ?

Tony ne répondit pas parce qu'il n'avait aucune envie de déverser les millions de fantômes qui grouillaient dans sa tête. Paisiblement installé sur les genoux de Loki, Sigmund leva un œil vitreux et endormi avant de se désintéresser.

Loki reprit sa lecture :

- Je m'y perds, mon seigneur. Mais qu'il vienne.

Cela réchauffe me mal de mon cœur,

Je vais vivre pour lui dire en face :

« C'est toi le coupable. »*

Tony regardait le vide de l'univers devant lui. Les mots de Shakespeare remplaçaient doucement ceux de son esprit, comme un enfant effaçait la craie de son ardoise.

Le moment qui suivit resterait à jamais gravé en lui, suspendu au-dessus du temps, une oasis dans son désert personnel et la première fois où Tony goûta à la paix. Pas à celle du monde, mais à la sienne.


Après un passage sur Ryneb, planète des Sligs qui se passa étrangement sans accroc (Tony maintenait que c'était parce qu'ils étaient républicains, Loki qu'il était complètement biaisé par les concepts américains.) et un autre chez les Fonabis, des êtres étranges qui ressemblaient vraiment à des sacs à patates, jaunes et mous, à la petite différence qu'ils faisaient cinq mètres, Tony était à deux doigts de croire que leur voyage allait bien se terminer.

Il flottait en plein milieu d'un rêve très agréable, lorsqu'un bruit sourd retentit à ses oreilles. Cinq secondes auparavant, Loki se tenait torse-nu sur un cheval blanc et l'invitait à le rejoindre tandis que des dizaines de petits androïdes leur jetaient du riz, aussi ne pouvait-on pas le blâmer de l'état de confusion dans lequel il se réveilla.

Il n'y avait pas un seul cheval blanc dans le vaisseau, seulement un tas de gars à la peau grisâtre, armés jusqu'aux dents, et entourés de cris paniqués.

« Loki ?! appela-t-il, dans un réflexe qu'il se reprocherait plus tard.

- Stark ! Fais quelque chose bon sang !

Il se redressa, alarmé, parcourut la pièce du regard jusqu'à la voix agacée de son amant. Celui-ci, au sol, l'avait déjà délaissé pour crier toutes sortes d'injures à leurs agresseurs. Sa tempe saignait, il avait pris un mauvais coup.

- Bande d'enfoirés ! s'exclama Tony en sautant hors de sa couchette. Il allait attraper l'armure qu'il gardait planquée sous le lit pour ce genre d'occasion, mais fut coupé par l'un des barbares.

- Bouge et je fais sauter la cervelle du môme. »

Le gars avait tout d'un comédien à qui l'on venait de filer de très mauvais accessoires de théâtre. Il portait des vêtements disparates et un chapeau ridicule. Oh, et il avait un pistolet qu'il pointait sur la tête d'un de leurs petits protégés, un contraxian si Tony se souvenait bien.

Tony leva lentement les mains en l'air. Il n'avait que très moyennement envie d'avoir la mort d'un gosse sur la conscience. Un de plus, lui souffla-t-elle. Il l'ignora.

« Okay tu m'as convaincu Bozzo, dit-il parce qu'il n'avait toujours pas appris à contrôler sa langue depuis Oorga. Qu'est-ce que vous voulez, au juste ? Vous envahissez quand même pas les vaisseaux des braves gens juste pour le fun ? Pas que je sois en train de vous juger, mais un peu quand même. Aussi, d'où viennent ces fringues ? Je te jure que même à la fashion week, ils auraient pas osé, et y'a quand même beaucoup de trucs moches là-bas.

Le gars l'ignora totalement. Tony grogna lorsqu'il lui attrapa les poignets pour les menotter sans douceur.

- Je sais pas pour toi, mais je préfère mes partenaires consentants. »

Il ne reçut qu'un regard légèrement incrédule en récompense. Vraiment, ces gens n'avaient aucun sens de l'humour.

Il se préparait à délivrer une autre réplique héroïque (et assez hilarante pour que le mec et ses potes soient trop occupés à se pisser dessus pour qu'il puisse les assommer en toute tranquillité), lorsqu'il fut distrait par la voix de Loki qui venait de monter de plusieurs niveaux sonores.

« Par les Normes, touchez seulement à un de ses cheveux et je vous ferais regretter le jour de votre naissance !

- Il ne peut pas se contrôler ! protesta une voix qui ressemblait à celle de Signy.

Tony tourna la tête pour voir le dieu, à présent menotté, essayer de se débarrasser de ses liens, et surtout de ses ravisseurs. Les gars étaient quand même à quatre pour le tenir, et l'un d'entre eux portait une sale marque de morsure à la joue. Loki lui avait carrément emporté la peau.

Il ne fut pas long à comprendre ce qui l'agitait tant. D'ailleurs, peu de choses sur le vaisseau auraient pu le provoquer ainsi. Sigmund s'était planqué sous un lit que deux des envahisseurs soulevaient tandis qu'un troisième essayait de l'attraper. Malheureusement pour lui, le petit jötun était coriace, et il avait les deux mains emprisonnées dans des blocs de glace, ce qui rendait la capture d'autant plus compliquée.

- Je vais vous tuer un par un ! écumait toujours Loki. Laissez-le tranquille, il est innocent ! Oh, je jure sur le peu de choses que je tiens encore sacré en ce monde, je vais vous écorcher vif, vos larmes couleront sur votre chaire mise à nu et la brûleront par leur sel ! Je vous retrouverai tous, vous et vos familles de dégénérés mentaux !

Tony haussa les sourcils, un peu impressionné, mais pas surpris. Les gars qui le tenaient n'avaient pas l'air très rassurés, l'un d'entre eux riait nerveusement, et jetait des coups d'œil furtifs à la joue abîmée de son collègue. Ouais, Tony était assez sûr que ce n'était pas des menaces en l'air.

- Vous devriez l'écouter les gras, il a la rancune tenace, indiqua-t-il plus par acquit de conscience que par envie de les aider. De toutes façons, il va rien vous faire, il a genre huit ans. Sérieusement, des grands gaillards comme vous…

- Dites-lui de se rendre et on ne lui fera rien, ni à lui ni aux autres. » Intervint celui qui avait menotté Tony et qui semblait être le chef des opérations.

Tony pesa un instant le pour et le contre. À ce stade de leur voyage, il leur restait huit gosses, tous plus ou moins vulnérables. Des gosses présentement menacés par tout un tas d'armes. Loki était neutralisé, et les gars étaient des adultes dans la force de l'âge. En comptant ceux qui plaquaient le dieu, celui qui s'était occupé de Tony, ceux qui tentaient d'attraper Sigmund, et le reste, tous affairés à menotter ou menacer les enfants, il en arriva à une bonne douzaine. Clairement, ils ne faisaient pas le poids.

Loki semblait être arrivé à la même conclusion parce qu'il ordonna :

« Sigmund, sors d'ici. Maintenant. Et ne vous avisez pas de lui faire du mal !

Il y eut quelques très lourdes secondes durant lesquelles le garçon soutint le regard de Loki du fond de sa cachette. Il avait l'air pitoyablement effrayé, et Tony remarqua avec un pincement au cœur qu'il tenait un bouquin contre lui.

- Allez. » l'encouragea le dieu.

Cela sembla suffire à Sigmund qui sortit lentement de sous le lit. Il garda ses yeux fermement sur Loki, et même lorsqu'on l'attacha, il ne frémit pas. Il avait confiance en lui à ce point, réalisa Tony. D'ailleurs, à en juger par le silence soudain qui pesait autour d'eux, il n'était pas le seul à en être arrivé à cette conclusion.

L'un des assaillants attacha Sigmund sans rien dire. Loki, l'air sombre et ensanglanté, le regardait faire les dents serrées. Celui qui avait les mains gelées soufflait dessus de manière presque comique, comme si cela suffirait à les réchauffer.

Tony serra les dents, ils étaient dans la merde.


*Rendons à Shakespeare ce qui est à Shakespeare, c'est un extrait d'Hamlet.