Note : Coucou tout le monde ! J'espère que tout va bien chez vous. Perso, je procrastine tous les trucs pénibles que j'ai à faire en corrigeant cette fic, une très bonne méthode, je recommande. Je vous fais des gros bisous, et on se dit à bientôt pour de nouvelles aventures !
CHAPITRE 5F
Tony se réveilla avec l'impression d'être un énorme gigot. On l'avait attaché avec beaucoup de professionnalisme, les mains derrière le dos et accrochées au mur. Même ses chevilles y étaient passées. De très mauvais souvenirs lui revinrent à l'esprit, mais il avait encore assez de lucidité pour les repousser. Ce n'était pas le moment de paniquer.
Il balaya son nouvel environnement d'un coup d'œil, mais il n'y avait pas grand-chose à voir. La pièce était petite, très grise, des tâches suspectes et brunes au sol et des barreaux devant lui, qui laissaient apercevoir un couloir éclairé par des néons douteux.
« Oh bien, tu es réveillé, le salua la voix traînante de Loki.
Tony se tourna vers lui. Le dieu était tout aussi enchaîné que lui et un vilain hématome sombre décorait sa tempe. Il eut un élan de reconnaissance envers leurs ravisseurs qui avaient décidé de les enfermer ensemble, et non pas dans des cellules séparées. Eux, par contre, risquaient de s'en mordre les doigts.
- Bonjour à toi aussi, soleil de mes jours, lui sourit Tony malgré la situation. Dis-moi, quand tu m'as proposé une petite aventure extraterrestre, je m'attendais pas à finir enchaîné par des gens déguisés en épouvantail.
Loki renifla. Il avait l'air d'un mec qui ne subissait qu'un désagrément mineur dans sa journée. Au moins, l'un d'entre eux avait peut-être une idée sur ce qu'il se passait.
Comme s'il lisait dans ses pensées, Loki lui expliqua.
- Nous sommes entrés dans le système Jakkel sans que je ne m'en aperçoive, lui dit-il.
- Ouais, je m'en souviens, lui répondit Tony qui s'intéressait tout de même de temps à autre à leur itinéraire. Loki leva les yeux au ciel et poursuivit ses explications comme s'il n'avait rien dit.
- Nous visions Rajak, cinquième planète du système. Eh bien, il semblerait que j'aie légèrement oublié de te prévenir que ses habitants étaient adeptes de la piraterie.
- Des pirates de l'espace ?! s'exclama Tony, incrédule. Tu te fous de ma gueule là, Rudolphe. Comment t'as pu oublier de me prévenir qu'on risquait de tomber sur une bande de dangereux hors-la-loi à tout moment ? Tu comptais quand même pas me faire la surprise ?
Loki fit une petite moue. Il n'avait même pas la décence d'avoir l'air gêné de son erreur. Pourquoi est-ce que Tony avait accepté de l'aider déjà ?
- Je pensais que nous en étions encore loin, se défendit-il mollement. J'allais te prévenir, évidemment.
- C'est ça, ironisa Tony qui n'y croyait qu'à moitié. D'ailleurs, c'était ton tour de garde. Je t'ai vu paniquer pour des cailloux un peu gros, t'es complètement parano, comme mec ! Tu peux m'expliquer comment t'as fait pour louper des putains de pirates ?
La moue boudeuse de Loki s'accentua, et il se tortilla dans ses chaînes pour s'adosser plus confortablement au mur.
- Sigmund et moi-même étions arrivés au chapitre le plus important du Portrait de Dorian Gray, marmonna-t-il.
- Sérieusement ?! »
Tony n'était vraiment, mais alors vraiment pas surpris. Il avait juste envie de le tuer sur place. Qui lui avait foutu un idiot snob de la littérature et père Castor pareil ? Bon, c'était peut-être aussi de sa faute, parce qu'il n'aurait jamais dû se laisser embarquer dans ce road trip improvisé. Il aurait été plus tranquille sur cette bonne vieille Terre. Oui, vraiment, que Loki gère sa nouvelle classe de primaire tout seul ! Pendant ce temps, il se serait allégrement bourré la gueule en séduisant des journalistes pour oublier, et tout aurait été très bien dans le meilleur des mondes. Mais non, il avait fallu, encore une fois, qu'il se la joue super-héros. Putain de merde.
« Je veux que tu saches que je regrette tous mes choix de vie, lui dit-il à voix haute. Loki eut l'audace de rire.
- Calme-toi un peu, Stark, je suis sûr que tu t'es déjà retrouvé dans des situations plus dramatiques que celle-là.
- Évidemment, je suis Iron Man, répondit-il crânement. Après un délai de réflexion, il ajouta. Tu sais ce qu'ils nous veulent ? Je veux dire, je veux bien que ce soient des vilains méchants pirates pas beaux de l'espace, mais on a rien à voler sur le vaisseau. À part, peut-être les conserves de haricots rouges, mais ces trucs sont vraiment mauvais. On devrait changer de marque.
- Eh bien, nous avons ton armure, pour commencer, lui rappela Loki.
- Ouais, bah, ils auront pas de chance avec ça. Je l'ai pensée pour qu'elle ne soit compatible qu'avec mon réacteur, expliqua-t-il. Il désigna sa poitrine d'un geste du menton. Je suis littéralement la seule personne de l'univers à pouvoir l'utiliser.
- C'est bon à savoir, acquiesça Loki.
Tony évitait de le regarder, parce qu'il avait encore envie de le frapper, et que voir son visage prendre des couleurs violettes lui faisait un truc déplaisant dans la poitrine.
- Je suppose qu'ils pourraient toujours nous vendre comme esclaves, reprit le dieu. Mais nous n'avons aucun moyen d'en être certains. Les Rajaks ont un gouvernement, mais il est séparé en plusieurs confédérations indépendantes, et elles obéissent toutes à leurs propres règles.
- Ouais, et comme on ne sait pas sur laquelle on est tombé, impossible de dire s'ils font dans l'esclavage ou pas, c'est ça ? Putain, Loki, on est dans la merde.
- J'adore t'entendre dire mon prénom, même lorsque tu es énervé, sourit gaiement le dieu. Surtout lorsque tu es énervé, en fait.
- C'est vraiment pas le moment, là, s'agaça-t-il un peu.
- Tu n'es pas drôle, se plaignit le dieu.
- Excuse-moi de ne pas avoir envie de faire de l'humour alors qu'on vient de se faire capturer et enfermer dans un vaisseau de l'espace inconnu ! Et pas juste nous, je te rappelle qu'on a encore la responsabilité de huit gosses ! Oh, et j'ai pas envie de finir mon existence réduit en esclavage sur je ne sais quelle planète de tarés, j'ai une vie sur Terre aussi !
- C'est bon, calme-toi et utilise un peu ta tête Stark ! On a un avantage sur eux, lui répondit Loki.
- Vraiment ? Parce que j'ai pas exactement l'impression d'être avantagé là, râla Tony.
- Vraiment, oui. Figure-toi que ces idiots n'ont aucune idée de qui je suis. Dans les Neufs Royaumes, je n'aurais pas bénéficié de cet anonymat, mais au beau milieu du système Jakkel, il y avait peu de risques pour que les locaux me reconnaissent.
- Et alors ? Bravo à toi, tu vas pouvoir continuer à faire croire à tout le monde que tu es mort en toute tranquillité. Très utile quand tu seras vraiment mort, espèce d'enfoiré !
- Je t'ai dit de réfléchir Stark ! Tu paniques pour rien du tout, personne ne va mourir.
- Excuse-moi de ne pas avoir de très bons souvenirs de la dernière fois où je me suis retrouvé enfermé ! S'écria-t-il, à bout.
Loki resta bizarrement silencieux. Tony se résolut à le regarder, pris entre panique et curiosité. Le dieu s'était figé, comme la fois sur Korbin où le gars avait mentionné l'attaque de… Comment s'appelait-il déjà ? Ah oui, ce malade de Thanos. Ça devait être son mécanisme d'auto-défense, juste rester là, immobile et les yeux dans le vide à attendre que ça passe.
- Oh, tu m'écoutes ? l'appela-t-il pour essayer de le secouer un peu.
Il avait beau l'énerver, Tony n'aimait pas le voir ainsi, blessé et apathique. Il essaya bien de cogner son épaule contre la sienne, mais le dieu était trop loin.
- Je suis désolé, finit par articuler Loki au bout de très longues secondes. Je ne voulais pas te replonger dans des souvenirs douloureux.
Tony pinça les lèvres parce que ça devenait définitivement trop bizarre à son goût.
- C'est moi ou tu viens de t'excuser Rudolphe ? T'es sûr qu'ils t'ont pas cogné trop fort sur ta jolie tête ?
Il aurait beaucoup donné pour que Loki se mette à froncer son nez comme à l'ordinaire et lui retourne une des répliques sarcastiques dont il avait le secret. Mais le dieu le regardait à présent avec une certaine douceur dans les yeux, et peut-être même un peu de peine. Oh non, songea Tony, parce qu'il avait autre chose à foutre que de se faire prendre en pitié par Loki, de toutes les personnes du monde.
- C'est bon, ça va ! T'as raison, on va s'en sortir, pas de problème, les gars ont l'air d'être de vraies crèmes, pas du tout des meurtriers en puissance ! Est-ce que tu peux arrêter de me regarder comme si j'étais gravement malade maintenant ? C'est perturbant.
À sa grande surprise, Loki sembla immédiatement se reprendre. Il avait même l'air un peu satisfait de lui-même.
- Donc, comme je disais, nous sommes trop éloignés des Neuf Royaumes, et ces idiots n'ont aucune idée de qui je suis, ou de mes capacités. Ce qui veut dire qu'ils m'ont menotté avec les mêmes accessoires que toi, Stark. J'ai encore accès à ma magie. Ils ont restreint Sigmund et sa sœur, parce qu'ils ont compris qu'ils avaient des pouvoirs, mais ils ont sûrement pensé que, comme toi, je n'étais qu'un midgardien, et ils m'ont attribué des menottes classiques. Ils doivent rationner leur matériel, ces gens manquent toujours de fonds. Cela ne serait jamais arrivé sur Asgard, nous enfermons tous nos prisonniers à l'aide de menottes anti-magie.
- Attends une seconde, l'interrompit Tony qui avait du mal à comprendre ce qu'il venait de se passer. Est-ce que tu viens de me manipuler ?!
Loki fronça son joli nez.
- Si j'avais voulu te manipuler, Stark, tu ne l'aurais jamais su. Je voulais simplement te rappeler que paniquer en te sentant oh si désolé pour ce qui t'était déjà arrivé, n'allait pas nous aider.
- Je vais sérieusement te tuer un de ces jours, le menaça-t-il. Il ne savait pas si l'efficacité de la mesure l'énervait ou l'impressionnait.
- Tu peux essayer, mais je dois te prévenir que la liste de ceux qui ont déjà essayé est longue. Oh, et je connais des gens qui ont de bien meilleures raisons que toi de souhaiter ma mort.
Tony leva les yeux au ciel.
- Pourquoi est-ce que ça me surprend pas ? T'es vraiment qu'un enfoiré.
- Je préfère être un enfoiré que le soleil de tes jours, lui répondit Loki du tac au tac.
- Je te déteste, l'informa Tony.
- Je saurai me faire pardonner, sourit-il.
Tony prit le temps de la réflexion. Elle ne fut pas longue, parce que le dieu était un enfoiré vraiment, vraiment très attirant.
- J'ai changé d'avis. »
Loki éclata d'un rire sonore qui résonna dans leur petite cellule. Tony ne put s'empêcher de sourire à son tour.
« Vous m'avez l'air bien joyeux là-dedans, commenta une voix inconnue.
- Oui, je me suis toujours senti une vocation de comique, renchérit Tony, sans trop réfléchir. Demandez à votre chef, je pourrais être votre bouffon officiel ?
Le garde qui venait d'apparaître avait l'air vaguement concerné par leur état mental. Il n'était pas beaucoup plus vieux que Signy, sûrement une nouvelle recrue à qui les autres avaient refilé le sale boulot.
- Vous n'êtes pas sérieux ? le questionna-t-il, incrédule.
- Non, moi, c'est Iron Man, pour vous servir.
Loki était hilare.
- Qu'est-ce que… C'est un nom de code ?
- Non, c'est mon nom de super-héros de la mort qui tue, lui répondit crânement Tony.
Sa réponse laissa planer un long silence, durant lequel il eut l'étrange impression de se faire juger par un lycéen pirate de l'espace. Loki se calmait lentement à côté de lui, mais de temps à autre, un petit rire le reprenait, et il devait inspirer longuement pour l'arrêter.
- Vous n'êtes pas un peu vieux pour jouer au super-héros ? finit par demander leur kidnappeur. Tony se sentit outré.
- Et tu n'es pas un peu jeune pour faire le pirate ? Sérieusement, c'est quel choix de carrière, ça ?! Tu sais quoi, va nous chercher tes responsables, je commence à en avoir marre de tes conneries ! Les grandes personnes doivent parler ! »
À sa grande surprise, le gamin déguerpit, non sans leur avoir jeté un dernier coup d'œil curieux. Tony supposa que, quand même, après presque un mois à jouer à la nounou, il avait fini par apprendre à se faire un peu respecter. Du moins, il l'espérait.
« Le pauvre, s'amusa Loki. Il a raison, tu sais. Tu es un peu vieux pour jouer au super-héros.
Tony leva les yeux au ciel. Loki ne pouvait juste, pas laisser passer une occasion de se foutre de sa gueule. C'était fatigant.
- Oh allez Rudolphe, je pensais t'avoir déjà prouvé que j'étais en pleine forme physique, blagua-t-il en soulevant les sourcils d'une manière qu'il savait ridicule.
Loki eut un petit rire.
- Tu as raison, comment ai-je pu oublier tes performances spectaculaires ?
- Oui, comment as-tu pu ? Tu me vexes beaucoup, Rudolphe, je crois bien que je vais mourir tant mon cœur saigne.
- Ne sois pas si dramatique. » Le morigéna le dieu, même si son effet était gâché par le sourire qui pointait dans sa voix.
Ils furent interrompus dans leur oh, si intelligente conversation, par l'arrivée de six types à la mine patibulaire, bien moins impressionnés par leurs conneries que l'avait été le garde précédent. Tony nota que l'un d'entre eux portait ce qui ressemblait à un masque de plongée comme ceinture, et qu'un autre avait littéralement une montre en guise de boucle d'oreilles.
« Dites, commença-t-il. Je n'ai pas l'habitude de donner des conseils aux gens qui m'enlèvent, parce que c'est pas très très gentil de leur part, mais vous pourriez peut-être songer à installer un code vestimentaire ? Ça m'agresse la rétine et vous avez l'air de bouffons. Comment voulez-vous faire peur à qui que ce soit si vous savez même pas vous habiller ? Vous avez l'air de sortir du cirque du soleil.
- C'est peut-être culturel, lui fit remarquer Loki de sa voix la plus innocente. Tu ne devrais pas te moquer des traditions d'autrui, Stark.
- Oh, je vois qu'on a affaire à des petits rigolos. Vous savez quoi, j'ai une meilleure idée. Toi, dit l'un des colosses en pointant Tony du doigt. Tu arrêtes de nous donner des conseils vestimentaires, et en échange nous, on réfléchira à l'idée de ne pas vous tuer sur place. Vous avez des langues bien pendues pour des prisonniers.
Tony voulut répondre un truc comme laissez-moi y réfléchir, je vais d'abord demander à ma secrétaire personnelle, le dieu du chaos, ou c'est ma langue qui fait mon charme irrésistible, mais il se souvint à temps qu'il avait la responsabilité de huit gamins.
- Ouais, faisons comme ça alors. » Grommela-t-il avec réticence.
Ils furent détachés du mur, amenés sans douceur dans une autre pièce froide, et installés devant une table vide. On les assit sur deux chaises solidement soudées au sol. Tony jeta un coup d'œil au dispositif, parce que c'était quand même du travail de professionnel. Loki avait l'air moins impressionné.
Tony reconnut sans mal le capitaine sans peur et sans reproche de la joyeuse petite bande de délinquants lorsqu'il entra dans la pièce. Il était environ dix fois mieux habillé que le reste d'entre eux (ou moins bien, selon les perspectives), et il lui semblait presque discerner une lueur d'intelligence au fond de ses yeux sans couleur. L'un des sous-fifres le présenta comme le terrible Sapper, quoique cela puisse vouloir dire. Tony n'en avait vraiment, mais alors vraiment rien à foutre de savoir comment le gars pouvait bien s'appeler, il voulait juste se tirer d'ici.
Par chance, Loki se montra un peu plus diplomatique que lui. Le dieu acquiesça poliment aux présentations et demanda dans le plus grand des calmes les raisons qui poussaient leurs ravisseurs à les garder ici. Le terrible Sapper lui répondit d'un ton tout aussi civil :
« Vous avez raison de vous questionner à ce sujet, mes amis, commença-t-il.
Tony voulut protester qu'ils n'étaient pas ses amis, mais peut-être bien que le gars avait reconnu en Loki une autre crapule et qu'il exprimait une forme de solidarité bizarre. Ou qu'il était juste tordu.
- Nous ne faisons pas d'ordinaire dans le trafic humain, même si j'ai des doutes quant à votre intégrité en la manière.
- C'est plutôt pas mal, parce que je préfère vous prévenir toute suite : je n'ai jamais fait la vaisselle de ma vie et je compte pas commencer maintenant, intervint Tony. Il ne pouvait juste pas s'en empêcher.
Il entendit Loki grogner à côté de lui. Il était certain que, si le dieu était encore libre, il l'aurait frappé.
- Nous ne touchons pas à cela plus, ajouta Loki, non sans avoir adressé un regard d'avertissement à Tony au préalable.
- Vraiment ? Parce que ce n'était pas ce que la nature de votre cargaison laissait présager. On rencontre rarement deux hommes adultes qui transportent autant d'enfants de races différentes par bonté de cœur.
L'un de ses larbins lui tira une chaise à l'air beaucoup plus confortable que celle sur laquelle les fesses de Tony souffraient en silence. Sapper s'y installa en prenant son temps et s'alluma un cigare. Génial, ils étaient tombés dans Le Parrain, songea Tony avec amertume. Loki expliquait posément à côté de lui.
- C'est moi qui les ai trouvés sur Sszardil, en compagnie d'un vieil ami. Je lui ai dit tout le bien que je pensais de ses méthodes, et j'ai sollicité l'aide de Tony Stark, un ami midgardien ci-présent afin de les retourner à leurs familles. Du moins ce qui en reste.
L'homme eut un petit rire gras qui ne sembla pas déstabiliser Loki.
- Mes propos sont facilement vérifiables. Interrogez-les gentiment, et vous verrez que je dis la vérité.
Sapper chassa la fumée qui l'entourait d'un geste négligent de la main. Il les considérait comme s'ils n'étaient que le divertissement télévisé de son mardi soir, ce qui avait le don d'agacer Tony. L'extraterrestre s'accorda une nouvelle bouffée de tabac et un instant de réflexion.
- Vous semblez entretenir l'idée que nous, dit-il en désignant le reste des truands qui l'entouraient, sommes de sympathiques philanthropes. Mais je vais vous dire un petit secret : personne ici ne s'intéresse à ce que vous faites ou non avec ces gosses. Ici, on ne fait pas dans l'esclavagisme, mais si ça botte les autres, eh bien c'est tant mieux pour eux.
Il s'interrompit pour prendre une autre bouffée de son stupide cigare. Tony s'impatienta.
- Eh bien, qu'est-ce que vous voulez alors ? Nous voler nos boîtes de conserve et le contenu de nos armoires ? Ou vous êtes peut-être en manque de draps ? On en a pleins les lits, surtout, faites-vous plaisir, vous pourrez toujours les recycler pour vous faire des fringues potables !
Il ne reçut même pas un autre regard sombre de Loki, le dieu lui-même devait commencer à s'impatienter.
- Stark a raison, si vous n'avez aucun intérêt dans le trafic d'esclaves, il n'y a rien que nous puissions vous offrir, raisonna-t-il.
Tony n'aima pas, mais alors pas du tout, l'air moqueur qui apparut sur le visage du super et terrible chef lorsqu'il se mit à regarder Loki avec plus d'attention. Il allait lui casser la gueule s'il osait lui faire quoi que ce soit. Il avait la priorité dans la liste des gens qui devaient se venger de Loki, et il ne laisserait personne lui passer devant.
- Vous avez raison, leur concéda l'autre Vito Corleone. D'ailleurs, nous avions bel et bien prévu de vous relâcher faire vos petites affaires scabreuses, lorsqu'un détail a attiré mon attention.
- Pas d'affaires scabreuses par ici, le rectifia Loki, nez froncé.
- Oui, oui, si vous voulez. Enfin, voyez-vous, j'ai demandé à mon ami Magei ci-présent, vos noms, parce qu'il aurait tout de même été impoli de ma part de me présenter à vous sans cela, et il m'a répondu la chose la plus étonnante. Il m'a dit que lui-même et ses hommes n'avaient pas pris la peine de vous interroger à ce sujet, mais qu'il lui semblait que l'un de vous deux portait le charmant prénom de Loki. Vous, il me semble très cher.
Tony cessa de respirer, alors que Sapper désignait son amant d'un geste négligent de son cigare. Il se souvenait nettement avoir employé le prénom du dieu devant leurs assaillants, mais il avait espéré que sa réputation n'était pas arrivée jusqu'ici, ou simplement que les autres débiles avaient été trop occupés pour y faire attention. Lui et sa grande bouche.
- Je n'ai effectivement aucun intérêt à capturer deux quidams et leur pauvre cargaison. Le second prince d'Asgard, par contre, que les rumeurs disent mort, ça, c'est un type qui vaut son pesant d'or. Je ne sais pas ce qui se passe au sein de la famille royale d'Asgard, mais je sais une chose : Odin paiera toujours très cher pour la tête d'un de ses fils. Maintenant, pouvez-vous me dire pourquoi votre ami midgardien vous appelle ainsi ?
Tony s'attendait à ce que Loki nie tout en bloc, mais le dieu le surprit en laissant échapper un petit rire mélodieux.
- Mais parce qu'il s'agit de mon nom, pourquoi d'autre ? s'amusa-t-il en se penchant au-dessus de la table, malgré ses attaches.
Sapper eut un mouvement involontaire et presque imperceptible de recul. Le sourire de Loki s'élargit, tout plein de dents et de bords tranchants.
- Alors, vous avouez ? contre-attaqua le pirate en essayant de reprendre contenance.
- Avouer quoi ? se moqua le dieu. Que je m'appelle Loki ? Cela ne saurait être considéré comme un crime, et encore moins comme la marque de mon appartenance à la famille royale d'Asgard. Vraiment ? Vous pensiez avoir affaire à un prince ? Mais écoutez-vous une seconde. Vous avez vous-même avoué qu'il était mort, et il réapparaîtrait à bord d'un vaisseau quelconque, au beau milieu du système Jakkel, à des galaxies entières de sa planète d'origine ? Accompagné d'un midgardien et de huit enfants inconnus ? De qui vous moquez-vous ?
Tony jeta un œil au pirate. S'il n'était pas convaincu, il commençait à douter, et sa belle assurance fondait comme neige au soleil. Loki reprit sans merci.
- Donc, quel était votre plan exactement ? Vous présenter à Asgard avec un inconnu qui ne partage avec le prince que son nom ? Oh, je suis sûr qu'Odin serait prêt à payer très cher pour le revoir vivant. Mais que pensez-vous qu'il arrivera lorsque vous lui montrerez ma pauvre personne ? Je ne le connais pas, mais je ne peux que supposer que le souverain des Neuf Royaumes risque de ne pas apprécier que vous lui fassiez ainsi perdre son temps.
Le chef des pirates écrasa son cigare sur la table nue. Il avait l'air plongé dans des réflexions intenses. Loki ferma la bouche, un sourire flottant sur ses lèvres fines.
- Je dois vous dire que vous avez de bons arguments monsieur Loki… ?
- Je n'ai ni père, ni mère, désolé de vous décevoir, mentit-il aisément.
- Comme c'est pratique, remarqua Sapper en singeant le sourire du dieu. Enfin bon. Une autre chose pratique, à laquelle je viens de penser, c'est que nous avons justement la chance d'avoir un asgardien dans notre équipage. Une addition récente, mais qui pourrait se montrer utile dans le problème qui nous oppose. N'importe quel asgardien saurait reconnaître son prince, qu'en pensez-vous ?
Tony regarda son amant. Il n'avait pas cillé. Peut-être quelque chose dans ses yeux, un calme avant la tempête.
- C'est une excellente idée en effet, reconnut poliment le dieu.
- Allez donc me chercher ce Fandral, ordonna Saper à deux sous-fifres. Et quelque chose à boire pour nos invités, on est des pirates, pas des barbares, hein !
Ouais, Tony avait de sérieux doutes là-dessus. Il faudrait le payer très cher pour qu'il accepte de boire quoi que ce soit tant qu'il se trouvait dans cet enfer de la mode qu'ils osaient appeler vaisseau.
- Nous n'avons pas soif, merci, déclina-t-il sèchement.
- Comment vont les enfants ? s'enquit Loki comme s'il était un train de prendre le thé chez un vieil ami.
- Ma foi, nous ne les traitons pas trop mal, enfin pour des pirates ! lui répondit Sapper.
Loki rit à cela, ce qui conforta Tony dans sa théorie de solidarité bizarre entre vilains. À titre personnel, il ne trouvait rien d'amusant dans cette histoire.
- D'ailleurs, nous en avons un avec nous qui vient de Rajak, l'informa le dieu. Et aucune idée de ce que nous devrions en faire. Le pauvre n'a plus ses parents depuis belle lurette. Nous avions pensé chercher des organisations qui s'occuperaient de ce problème en atterrissant là-bas, mais vous pourriez peut-être mieux nous conseiller ?
- Je pourrais passer un message radio aux collègues, oui, lui répondit aimablement l'horrible pirate. Tony était tombé dans une dimension parallèle, ce n'était pas possible autrement. On est toujours à la recherche de mousses ces temps-ci. Et puis vous savez ce que l'on dit, un équipage, c'est un peu comme une grande famille.
- Donc on va le laisser à ces dégénérés ? intervint Tony qui sentait le peu de sens moral qui lui restait s'égosiller.
Loki haussa les épaules malgré ses liens.
- Il m'a dit lui-même qu'il voudrait faire pirate en grandissant. Vois ça comme une opportunité professionnelle.
Cela fit rire Sapper qui se ralluma un cigare. Tony nota qu'il lui manquait plusieurs dents. Charmant.
- Des mots d'une grande sagesse, mon ami, approuva-t-il. Vous savez, beaucoup de garçons de son âge rêveraient d'une opportunité pareille. »
Leur discussion étrange fut interrompue par le retour des deux hommes, suivis d'un blond à l'air affable. C'était bel et bien un asgardien. Il portait une armure semblable à celles de Thor et Loki, quoique sa cape fût étrangement bariolée. Il avait certainement passé trop de temps chez ces maudits pirates.
« Ah, Fandral mon ami ! s'exclama Sapper en tirant sur son cigare. Toi qui te vantes toujours du temps que tu as passé aux côtés du grand Thor, tu pourras peut-être éclairer notre lanterne ! Vois-tu, cet homme, dit-il en désignant Loki de son cigare. Prétend n'avoir aucune affaire avec ton royaume doré, et encore moins en être le prince !
- Enfin, nous partageons tout de même notre prénom, précisa Loki.
- Oui, oui, c'est cela même. D'où notre confusion, tu comprends ? Nous comptions demander un bon prix pour sa tête, mais s'il devait s'avérer qu'il n'était qu'un simple péquenaud, c'est Odin qui aura la nôtre !
Et il partit d'un rire gras, loupant du même coup l'expression de pure panique du dénommé Fandral. Tony n'avait encore jamais vu quelqu'un passer du sourire à une expression proche des larmes si rapidement. C'était presque drôle. Loki avait son meilleur air menaçant, mais pas trop, une expression serrée, qui pouvait passer pour neutre si on oubliait ses yeux froids.
- Oui, monsieur, Thor et moi-même sommes bons amis, répondit le dénommé Fandral. Il parlait vite, sa voix était montée dans les aigües, ses yeux sautaient d'un bout à l'autre de la pièce et se posaient partout, sauf sur Loki.
- Eh bien ? Tu peux nous dire si ce Loki est le bon ou pas ?
Loki lui adressa un sourire tranchant. À la place du gars, Tony se serait chié dessus.
- Je connaissais bien Loki, c'était un petit serpent vicieux, grogna-t-il en s'essuyant le front. La honte de tous les dieux et de tous les hommes. Je n'oserais pas comparer cet homme innocent à un pareil personnage.
Eh bien, Tony pouvait officiellement ajouter un prénom à la liste des personnes qui détestaient Loki, parce que ça, c'était pas sympa. Le dieu inclina la tête.
- Vous faites un bien vilain flatteur, dit-il, de sa voix grave et moqueuse. Tony jurerait qu'il y avait ajouté juste un soupçon de séduction, ce qui le rendit instantanément suspicieux. Il s'éclaircit la gorge.
- Eh bien, voilà une bonne chose de faite. Maintenant que nous sommes tous sûrs que le Loki ci-présent n'est pas le prince du royaume doré des colonisateurs, vous pourriez peut-être nous détacher, non ?
Fandral avait bien l'air un peu énervé de se voir qualifié de colonisateur, mais comme il ne semblait pas vouloir les dénoncer pour le moment, Tony l'ignora. S'il pouvait supporter une cape aussi hideuse, il s'accommoderait bien d'une ou deux descriptions réalistes du passé de la noble Asgard.
- Bien sûr, bien sûr, où avais-je la tête, lui répondit Sapper en tapant dans ses mains. Oh, mais j'avais presque oublié. Voyez-vous, nous avons une petite tradition à bord. Trois fois rien, une formalité, vraiment, mais l'équipage y tient.
Ouais, Tony n'aimait pas ça du tout. Le gars lui tapait de plus en plus sur les nerfs. Un tic nerveux s'agitait sous l'œil vert de Loki.
- Vraiment ? demanda le dieu, la voix traînante.
- Oui, vous voyez nous avons quelques petits problèmes de… Comment dirais-je ? Ah, de recrutement. Nous avons donc mis en place une petite routine pour les prisonniers avant de leur rendre leur liberté. C'est assez simple, vous allez voir. Nous leur offrons le choix que je vais vous soumettre à présent. Je dois avouer que j'ai un petit faible pour la deuxième option.
Il se redressa, un plaisir un peu tordu au visage.
- Vous avez donc deux choix. Ou vous restez avec nous quelque temps et vous nous donnez un coup de main pour les tâches ingrates…
- Je vous ai déjà dit que je ne savais pas faire la vaisselle, l'interrompit Tony, parce qu'il n'y avait vraiment aucun monde où il se mettait à récurer des toilettes de pirates extraterrestres.
- C'est pas si mal, précisa Fandral de son poste d'observation.
- Et quelle est notre seconde option ? demanda Loki qui ne perdait pas le fil de la conversation.
- Eh bien, vous pouvez gagner votre liberté à effet immédiat en participant à un petit duel de rien du tout. C'est très divertissant, vous verrez.
Tony échangea un regard avec le dieu. Aucune des deux options ne lui plaisait, mais il avait comme dans l'idée que Loki avait déjà fait son choix.
- Nous prendrons l'option deux si cela ne vous fait rien. J'espère que vous survivrez à ce manque de personnel, annonça-t-il.
- Oh, mais vous êtes bien aimable de vous en inquiéter. »
Loki lui répondit par un sourire tranchant, et Tony se surprit à prier pour qu'il sache dans quoi il les embarquait.
