Note : Coucou tout le monde ! J'ai déménagé le temps des vacances, alors je fais les corrections depuis mon téléphone. Comme vous vous en doutez, c'est pas l'idéal, mais je vais quand même essayer d'avancer au maximum pendant que j'ai du temps libre ! Sinon, un peu d'action et beaucoup de parlote pour ce chapitre. Je vous jure, ils parlent beaucoup trop c'est terrible. Des gros bisous !


CHAPITRE 5G

Tony leva un œil maussade depuis le banc froid sur lequel on l'avait installé. Au fond de l'immense salle, grise et circulaire, il pouvait apercevoir Loki et le dénommé Fandral en grande conversation. Tous deux étaient cachés dans un coin d'ombre. Loki, toujours menotté, s'était penché sur son compatriote. Ses cheveux sombres masquaient son expression, mais Tony pouvait apercevoir nettement celle de Fandral. Son visage de Don Juan était tordu dans une expression dégoûtée, lèvre pendante et sourcils joints. Ils parlaient à voix basse et avec animation.

Il n'était pas sûr d'aimer ça. Autour d'eux, le reste de l'équipage se rassemblait lentement. Certains de ses membres venaient tout juste d'être tirés de leur sommeil, il pouvait le dire à leurs yeux bouffis et leurs traits froissés. Loki le rejoignit à grands pas et s'assit à côté de lui.

« Comment se passent les négociations avec joli cœur là-bas ? attaqua Tony, un peu puérilement.

Loki fronça son nez, ses menottes émirent un petit son lorsqu'il se tourna vers lui.

- Ce ne sont pas tes affaires Stark, remarqua-t-il assez justement.

- Éclaire-moi quand même, au lieu de jouer au type mystérieux.

- Pas très bien, lui concéda Loki. Il ne compte pas nous balancer à ses amis pirates, mais je le connais assez pour savoir qu'il retournera à Asgard la queue entre les jambes dès qu'il en aura fini par ici.

- Tu as peur qu'il annonce à Thor que son cher petit frère n'est pas si mort que ça, devina Tony.

Loki fronça le nez. Tony trouvait toujours amusant cette manière qu'il avait de se rétracter à la seule mention de Thor.

- Fandral lui est très fidèle, oui. J'ai bien quelques moyens de pression sur lui, mais j'ai peur qu'ils ne suffisent pas.

- Quel genre de moyens de pression ? demanda Tony qui ne disait jamais non à une bonne séance de ragots.

- Si je te le disais, ils perdraient de leur efficacité, s'amusa Loki.

- Mais tu peux pas me dire un truc pareil et me laisser sans rien ! C'est cruel, protesta-t-il. Autant ne rien dire !

- C'est la vie qui est cruelle, Stark, rétorqua le dieu, ses sourcils haussés dans une fausse expression professorale. Il leva un doigt sentencieux pour appuyer ses propos.

Tony eut la brève, mais pas inhabituelle, envie de le frapper. Il changea de sujet.

- Est-ce que vous sortiez ensemble ? Ça expliquerait bien des trucs.

Loki toussa si violemment qu'il manqua d'en tomber du banc. Un peu inquiet, Tony fit de son mieux pour lui taper dans le dos, mais il ne reçut qu'un regard sombre et un peu larmoyant en récompense de sa sollicitude. Ça lui apprendrait à être sympa, tiens.

- Par les Normes Stark, d'où te viennent des idées aussi stupides exactement ? Tu es un véritable idiot.

- Je sais pas, il avait l'air d'avoir une sale dent contre toi alors je me suis dit que tu lui avais peut-être brisé son petit cœur. Oh, est-ce que tu ne trouves pas qu'il ressemble à Prince Charmant ? Dans Shrek.

- Que veux-tu que j'en sache ? s'agaça le dieu. Et tout le monde sur Asgard a une dent contre moi. C'est un sport, là-bas.

- Ah, dit très intelligemment Tony. Bah, je peux pas dire que je capte pas le sentiment. T'es pas ce qu'on appelle une crème Rudolphe, alors viens pas te plaindre. »

Loki ouvrit la bouche, certainement pour l'insulter, mais ils furent interrompus par l'arrivée du chef des pirates en personne, Sapper, tout en sourires et cigares. Il avait mis ses meilleurs vêtements pour l'occasion, c'est-à-dire qu'il ressemblait à un épouvantail sorti du carnaval de Rio. Tony poussa un soupir très long et très fatigué. Il se sentait un peu nerveux.

« Je n'aime pas ça, souffla-t-il à Loki.

- Tu préfères peut-être jouer à la femme de ménage pour les prochains mois ?

- Je ne sais pas si ma fierté y survivrait, mais…

- Oh, mes petits comploteurs, les interpella Sapper d'un air bonhomme. Un peu d'attention, je vous prie ! Vous jouez quand même votre liberté… et votre vie !

- Est-ce qu'on peut avoir des règles précises ? demanda Tony qui ne goûtait pas bien à la seconde partie de la phrase du grand manitou.

- Mais naturellement. Il s'agit d'un duel dans les règles de l'art. Vous choisissez votre participant, nous choisissons le nôtre, et les deux concurrents s'affrontent jusqu'à ce que l'un d'entre eux déclare forfait, ou soit temporairement incapacité, ou meure. À la clef : un ticket de sortie pour vous ou de nouvelles recrues pour l'équipage ! Enfin, on a eu des cas où le nouvel arrivant était trop amoché pour être recruté, mais ne nous embarrassons pas de ces détails désagréables. »

Des détails, ironisa l'esprit de Tony. Ces gens étaient complètement allumés.

« Quelles sont les armes autorisées ? se renseigna Loki en quittant sa place.

Tony tenta de le rattraper, mais il avait oublié qu'il était encore enchaîné, aussi manqua-t-il de se casser la gueule. Il siffla à la place.

- N'y pense même pas, je vais m'en occuper, intervint-il.

Loki lui jeta un regard froid, peu impressionné. Sapper les toisait, l'air amusé de leur début de querelle.

- Arrête de vouloir jouer au héros cinq minutes, tu veux ? le réprimanda le dieu.

- Nous avons une préférence pour les bonnes vieilles méthodes, à l'arme blanche ou à mains nues, c'est toujours plus distrayant, continua Sapper comme si de rien n'était. Oh, et ça nous évite de trop endommager le vaisseau, personne n'a envie de finir dans l'espace sans protection.

Les yeux de Loki s'allumèrent comme ceux d'un enfant le soir de Noël. Putain de psychopathe jura intérieurement Tony.

- Très bien, vas-y, je n'aimerais pas te priver de ce plaisir, céda-t-il.

- Comme si j'avais besoin de ta permission, s'amusa le dieu, et il reprit en direction de Sapper. J'accepte, mais je me dois d'abord de vous avouer que je vous avais pris pour d'infâmes barbares. Je constate à présent que vous êtes des gens de goût. »

Tony leva les yeux au ciel, amusé malgré sa légère angoisse, tandis que le chef des pirates partait d'un grand éclat de rire. Fandral grimaçait dans son coin sombre, peu enthousiaste à l'idée de Loki et d'armes blanches réunis.

Il regarda avec envie Loki qui s'étirait une fois que ses menottes lui furent retirées. Le dieu, cheveux en bataille, tempe violette et vêtements froissés avait l'air parfaitement dans son élément.

« Ne t'inquiète pas, je vais te débarrasser des tiennes en un rien de temps, lui sourit Loki en surprenant son air jaloux.

- Ouais, bah, arrange-toi d'abord pour ne pas te transformer en brochette, ce serait bien.

- Tant de sollicitude, ironisa Loki en secouant la tête.

Tony nota que les poignards qu'il avait volés sur Oorga venaient d'apparaître dans ses mains. Le gars qui avait libéré Loki leur jeta un regard suspicieux.

- D'où est-ce que tu sors ça ? le questionna-t-il.

- Je les ai achetés sur un marché il y a peu, lui répondit poliment le dieu. Pas mal hein ?

Le pirate se pencha pour admirer l'une des lames que Loki lui tendait. Il l'attrapa, la soupesa, l'air impressionné et finit par pousser un sifflement en la lui rendant.

- Oui, de la qualité comme ça, on en trouve plus de nos jours. Enfin sauf chez les nains, mais les nains et leur or, hein… Pire que des dragons. Et on a beau dire, pirate ça paie pas si bien que ça…

- Je ne pourrais pas être plus d'accord avec vous, répondit Loki tout sourire. Il est vrai qu'ils font de la bonne qualité, mais les frais sont déraisonnables.

- Ouais, ouais, les nains et tout ça, les coupa Tony, qui avait des choses plus pressantes à penser. Dis-moi Rudolphe, tu devrais faire quelque chose pour ce truc que t'oses appeler cheveux, tu vas rien y voir.

- Je pensais que vous vous appeliez Loki, fit remarquer le garde.

- Ouais, bah, il s'appelle Rudolphe quand il est pénible, rétorqua Tony ce qui fit rire le susnommé. Vous auriez quelque chose pour ça ?

Le garde leur tendit une bande de cuir, l'air vaguement amusé. Loki ramassa ses cheveux pour les attacher en une queue-de-cheval haute et un peu désordonnée, l'air d'un enfant qu'on venait de mettre au coin.

- Je suis assez grand pour me débrouiller tout seul Stark, se plaignit-il.

- Pas assez grand pour pouvoir monter la garde de notre vaisseau correctement, lui rappela Tony.

- Oh, tu peux bien parler du haut de ton mètre dix…

- Je ne vois pas ce que ma taille a à faire là-dedans ! » Protesta Tony qui commençait vraiment à en avoir marre de cet argument.

Ils furent une nouvelle fois arrêtés dans leur dispute par Sapper, ce qui rappela de manière désagréable à Tony que leur situation était loin d'être idéale. Un jour, peut-être, il arrêterait de blaguer lorsque des vies étaient en jeu, mais pas aujourd'hui. D'ailleurs, seule la vie de Loki était en jeu, ce qui était une bonne chose. Enfin, non. Il préférerait y aller lui-même. Mais il savait tout de même quand rester pragmatique sur ses chances de victoire. Il n'était qu'un petit humain fragile et ne se servait de couteaux que pour découper ses biftecks.

« Mon ami Magei se propose d'être votre adversaire, mon cher Loki, annonça Sapper avec une certaine excitation dans la voix.

Tony reconnut un des gars qui les avaient enlevés. Sans être une armoire à glace, il n'avait pas non plus l'air commode. Et contrairement à Loki, il disposait d'une armure et d'une énorme épée.

- Tu crois qu'il essaie de compenser quelque chose ? » Demanda Tony à voix haute, ce qui fit rire le dieu ainsi qu'une partie de leur audience. Le gars grogna en réponse. Pas très loquace.

Loki s'avança vers son adversaire, Tony se leva de son banc tandis que le reste de l'équipage formait naturellement un cercle autour des deux combattants. Son cœur battait désagréablement sous le réacteur arc, il avala sa salive et se retint de faire une autre blague pour détendre l'atmosphère. Il allait vomir, et pas dans le bon sens du terme.

Sapper leva une main enthousiaste pour lancer le compte à rebours, Loki fléchit les jambes et fit tourner ses poignards d'un mouvement souple des poignets. Putain de crâneur, voulut hurler Tony, parce que c'était vraiment pas le moment. Sapper baissa sa main d'un mouvement sec et le dénommé Magei s'élança vers le dieu.

Il fit un large mouvement de lame qui trancha l'air d'un son métallique, Loki se jeta en arrière pour l'éviter et elle lui passa sous le menton. Il manqua d'atterrir dans la foule qui se recula avec des sifflets, le pirate revint à l'attaque. D'un geste vif, Loki attrapa son avant-bras qu'il immobilisa, mais sa victoire fut de courte durée. De son bras libre, Magei frappa le flanc du dieu qui le relâcha avec un bruit de douleur. Tony serra les dents, alors que le reste des spectateurs poussaient des cris d'encouragement.

Loki se redressa, encore grimaçant du coup qu'il venait de recevoir. Il agrippa la main armée de son adversaire et lui asséna un, deux, trois, coups en plein visage. Tony grinça au bruit de chaire brisée, la foule cria et hua le geste.

Magei tomba au sol, se tenant le visage d'une main. Loki s'apprêtait à se jeter sur lui lorsque le pirate se ressaisit et se releva, l'épée dressée pour maintenir une distance raisonnable entre lui et le dieu. Les deux adversaires se firent face, essoufflés.

Le pirate fit mine d'attaquer Loki, se fendit en avant dans un petit mouvement qui n'était qu'une feinte. Loki se recula, mais l'autre était persistant, il projeta sa lame encore plus en avant, effleurant la joue blanche du dieu. Tony l'entendit jurer entre ses dents, puis le vit parer la troisième attaque d'une main. Magei n'eut pas le temps de réagir, de son autre main, Loki attaqua directement son flan.

Il fut forcé de reculer, mais Loki ne le laissa pas reprendre ses esprits. Impitoyable, il revint à la charge, le pirate recula une seconde fois, trébucha et vacilla un peu. La foule retint son souffle.

Loki chargea, trop rapide pour son adversaire qui en était réduit à parer ses coups. Lorsqu'il tenta de contre-attaquer, Loki se baissa dans un mouvement fluide et gracieux et frappa dans les genoux de son adversaire d'un geste puissant. Tony entendit le bruit que firent ses articulations en rendant l'âme et le gars tomba au sol, son arme avec lui. Elle ricocha sur le sol et glissa loin de sa portée, en un son retentissant et final.

Pendant une fraction de seconde, il crut que Loki allait l'achever, mais le dieu se contenta de fondre sur lui et de planter ses armes au travers de l'armure du gars et dans le ciment sous eux pour l'immobiliser. Il y eut quelques secondes de silence, puis le dieu releva son visage de sa proie pour planter ses yeux dans ceux de Tony.

Il était essoufflé, en désordre et sa joue saignait. Mais à ce moment précis, il prit le temps de lui adresser un sourire joueur, et un clin d'œil.

Putain de merde, soulève-moi, songea Tony en priant très fort pour développer un don télépathique dans la seconde.

Son message ne sembla pas passer, parce que l'instant d'après le dieu se relevait pour se concentrer sur son audience toujours silencieuse. Il ouvrit les bras.

« Eh bien ? demanda-t-il. J'ai mérité quelques applaudissements, non ? Même pas ?

Tony entendit le rire gras de Sapper et vit Loki exécuter une courbette railleuse devant lui. Le reste de l'équipage avait l'air moins amusé que son chef, mais Tony supposa que cela n'avait plus d'importance.

Le garde de tout à l'heure s'approcha de lui pour lui ôter ses menottes pendant que Loki célébrait son succès. Tony remua les mains et s'étira, histoire de retrouver un peu de sensations dans son corps fourbu.

« Loki ! appela-t-il une fois qu'il se sentit pleinement délivré.

Le dieu accourut vers lui à petites foulées, un grand sourire aux lèvres, Tony tira sur un pan de sa chemise débraillée pour le pousser à se rapprocher de lui. Il se sentait euphorique et sa tête lui tournait. Pire que tout, il ne pouvait pas empêcher son visage de singer l'expression un peu bête du dieu.

- Tu as aimé le spectacle ? le taquina Loki.

Tony sentit ses lèvres s'étirer stupidement. Il se dressa sur ses talons pour se pencher à l'oreille du dieu et mit sa main devant ses lèvres pour les cacher des éventuels regards curieux.

- J'ai beaucoup aimé, oui, il se pourrait bien que j'aie un faible pour les psychopathes dans ton genre. Maintenant que ceci est dit, tu penses que tu pourrais t'arranger pour me soulever et me baiser contre un mur dans un futur, genre très proche ?

Loki eut un rire surpris et chaleureux, il se recula pour lui jeter un regard lourd de sens.

- Ça pourrait s'arranger, oui. » Répondit-il à voix haute.


« Je suis quand même pas sûr que ce soit une bonne idée de laisser le gamin avec ces tarés de la mode.

Loki leva les yeux au ciel. Depuis qu'ils avaient retrouvé leur petit chez eux, le dieu n'avait cessé de courir d'un gamin à l'autre pour s'assurer qu'ils allaient bien. Le pire de tous restait bien sûr Sigmund, qui refusait littéralement de quitter les côtés de Loki, au grand désespoir de sa sœur qui voyait tout cela d'un mauvais œil.

Ils avaient tout de même réussi à mettre tout leur petit monde au lit à force de promesses de sucreries, et de deux histoires du soir supplémentaires pour Loki.

Le dieu leva les yeux au ciel. Les événements de la journée semblaient enfin l'avoir rattrapé, il était plus pâle qu'à l'ordinaire, et son visage amoché n'arrangeait rien à la chose. Pourtant, il restait beau, avec ses yeux verts et ses traits ciselés. Il devait avoir un espèce de super pouvoir en la matière. Heureusement pour lui d'ailleurs, ou Tony aurait commencé à l'appeler Quasimodo.

- Laisse-le poursuivre ses rêves, relativisa le dieu. Il est assez grand pour décider de ce qu'il veut faire de sa vie. De plus, j'ai demandé à Fandral de garder un œil sur lui avant de partir. Tout devrait bien se passer.

- Oh, tu as demandé son aide à Charmant, me voilà rassuré, ironisa Tony.

Loki lui envoya un coup de coude dans les côtes. Tony fit de son mieux pour ne pas rire.

- Je suis le premier à dire que Fandral a ses défauts, reconnut le dieu, mais il ne supporterait pas de voir un enfant innocent se faire maltraiter. Laisse donc ta maudite conscience en paix pour une fois, nous avons déjà fait tout ce que nous pouvons pour lui. »

- On peut toujours mieux faire. » Le contra Tony en s'installant sur le siège de commandant.

Loki le suivit et prit le siège adjacent. Tony laissa un peu de silence glisser entre eux, et prit son temps pour contempler l'espace qui s'étalait, énorme et imposant et magnifique sous leurs yeux. Il se demanda si un autre humain avait déjà vu une chose pareille, et la réponse était que probablement pas.

« Est-ce que tu vas me dire ce qui est arrivé avec ce Thanos ? le questionna-t-il soudainement.

Ouais, pas son approche la plus subtile. Mais Loki avait l'air calme et ouvert, alors il tentait le coup. La question lui trottait dans la tête depuis Korbin, et il ne parvenait pas à s'en débarrasser. Loki se coula au fond de son siège et se passa une main sur le menton, signe qu'il réfléchissait. Tony attendit patiemment.

- Pourquoi veux-tu tant savoir, Stark ? finit-il par demander.

Tony réfléchit à la question. La réponse de Loki, quelle que soit la forme qu'elle prendrait, ne changerait rien au passé. Peut-être était-ce simplement de la curiosité mal placée de sa part. Ou peut-être qu'il voulait mieux comprendre le gars avec lequel il passait ses journées enfermé dans un vaisseau extraterrestre depuis plus d'un mois.

- Tu vois ? Tu ne sais pas quoi répondre, le nargua gentiment le dieu.

- Bien sûr que je sais quoi répondre, rétorqua Tony qui ne supportait pas d'avoir tort. Je réfléchis, c'est tout.

- Ce n'est pas grave, reprit Loki comme s'il n'avait pas parlé. Parce que je connais déjà tes raisons.

Tony se retint de lever les yeux au ciel. Insupportable.

- Vraiment ? Oh, mais éclaire moi donc sur le contenu de mon propre esprit, Monsieur je-sais-tout, ironisa-t-il.

- Tu te souviens du petit surnom que Fandral m'a donné ? La honte de tous les dieux et de tous les hommes, dit Loki, changeant abruptement de sujet.

- Je veux bien être vieux et petit, mais pas amnésique, lui fit remarquer Tony, un peu déstabilisé. C'était pas très sympa de sa part, mais je vois pas le rapport.

Loki eut un petit rire. Mélodieux, mais froid. Tony détestait quand il faisait ça.

- Pas très sympa mais pertinent. C'est peut-être même la chose la plus intelligente qui soit sortie de la bouche de ce pauvre Fandral.

- Oh allez Rudolphe, t'as pas l'impression d'être un peu dramatique là ? tenta de temporiser Tony.

- Non, crois-moi Stark j'ai fait mon deuil de ce fait, il y a de bien longtemps. Pour en revenir à ce qui nous préoccupait, je veux dire que tu as honte de moi.

- C'est ridicule, grogna Tony en levant les yeux au ciel. Je n'ai pas honte de toi, et tu sais pourquoi ? Parce que Tony Stark n'a honte de rien.

- Vraiment ? Stark, nous en avons déjà parlé, je suis le dieu des mensonges, je sais quand tu ne me dis pas la vérité. Et nul besoin d'être une lumière pour savoir que ta culpabilité te travaille. Tu as honte de céder à tes envies en couchant avec moi et c'est bien normal au vue de ce que j'ai infligé à ta précieuse planète.

Tony était prêt à admettre qu'il se sentait mal à l'aise. Il se força à se concentrer sur l'univers devant lui pour ne pas se tortiller sur sa chaise. Ouais, Loki avait raison de manière très énervante et ouais, il avait du mal à se l'admettre, mais il n'était pas fier de coucher avec lui. Après tout, comment expliquer cela aux centaines de victimes qu'il avait faites ? À ses propres amis qui l'avaient combattu ? Désolé les gars, je sais qu'il devrait être en prison, mais je me suis laissé convaincre parce qu'il est vraiment à tomber par terre et qu'il baise bien ?

Incapable de répondre à cet argument, il tenta de changer l'angle de la discussion.

- Et après ? Peut-être bien que j'aie pas la conscience tranquille, mais je vois pas ce que ça vient faire dans notre histoire de Thanos.

Loki sourit comme s'il venait de ferrer un poisson. Et Tony était le poisson. Putain d'enfoiré de merde.

- Oh, mais ça a tout à voir. Réfléchis un peu, tu avoueras toi-même que toute cette histoire ne te concerne pas, ou du moins qu'elle ne te concerne plus. Mais ce que mes explications pourraient bien faire, par contre, c'est changer la manière dont tu me perçois. Oui, j'ai fait des choses horribles, mais peut-être avais-je une bonne raison, n'est-ce pas ? Et ainsi, ta conscience se retrouverait plus ou moins sauvée.

- Tu racontes vraiment n'importe quoi…, protesta-t-il mollement.

- Je raconte n'importe quoi ? Oh, allez Stark, avoue-le. Tu veux juste que je fasse mon mea-culpa pour que tu puisses soulager ta propre petite personne égoïste. Ce n'est pas bien grave.

Tony regarda le dieu qui avait l'air d'un conquérant, très satisfait de ses beaux raisonnements. Tout son visage s'était fendu en un large sourire, mais un pli amer décorait sa bouche et ses yeux restaient froids. Il pensait avoir gagné, mais il n'en tirait aucune joie, réalisa Tony.

Pour sa part, il n'avait vraiment, mais alors vraiment aucune envie de se lancer dans une conversation émotionnelle avec le dieu. Pourtant, il ravala son malaise et continua :

- T'as un peu raison parce que ça m'aiderait de savoir que t'as pas fait ça pour le plaisir, et ouais, ça me fait vraiment chier de l'admettre, mais c'est beaucoup une question d'ego. Mais d'un autre côté, je te vois sortir tes merdes psychologiques juste pour éviter de parler de ce malade mental et de New York. C'est facile de m'attaquer pour détourner l'attention.

Loki haussa les épaules, il reprenait lentement son expression neutre habituelle. Tony essaya encore.

- Tu sais quoi ? Je n'ai même pas besoin de tes explications, en fait, le provoqua-t-il. Continue à jouer au type mystérieux si ça te chante, parce que j'ai déjà tout ce dont ma conscience a besoin.

- Qu'est-ce que tu racontes Stark ? Tu as pris un coup sur la tête chez nos amis, c'est cela ? demanda Loki.

- Je sais déjà que t'es pas qu'un gros connard qui envahit les planètes des gens pour le plaisir.

- Tu n'en sais rien, lui opposa le dieu, les sourcils plissés de contrariété.

- Oh, j'en sais bien plus que tu ne le voudrais. Est-ce que je dois te rappeler qu'on trimballe tout un tas de gosses qui te doivent la vie ? Rien ne t'obligeait à les sortir de là, encore moins à te casser le cul à les ramener chez eux et pourtant c'est exactement ce que t'es en train de faire. T'as ravalé ta fierté pour me demander de vous aider, tu te souviens ? Je crois pas à ton histoire d'incendie une seule seconde, mon coco. T'avais juste pas envie de passer pour le gentil de l'histoire.

- Stark, arrête-toi une seconde pour réfléchir, tu veux ? Tu nages en plein délire naïf, grogna le dieu, mais sa voix avait perdu de son calme habituel.

- Mais quel délire ? poursuivit Tony qui sentait la frustration pointer le bout de son nez. J'ai peut-être halluciné les histoires du soir ? Et le fait que tu m'aies tiré de la merde, voire sauvé la vie à plusieurs reprises ? C'est le fruit de mon imagination trop fertile et trop optimiste, c'est ça ? Parce que dans ce cas, j'ai une info en exclusivité pour toi, Rudolphe. On m'a accusé de beaucoup de choses dans ma vie, mais jamais d'optimisme. De paranoïa ? Oh ça oui. Et plutôt deux fois qu'une. Mais jamais d'optimisme.

Il s'arrêta pour fixer le dieu, et se rendit compte qu'il était essoufflé. Voyant que celui-ci évitait son regard, il lui attrapa le bras eti le força à se tourner vers lui.

- Écoute-moi quand je te parle Loki. Et crois-moi quand je te dis que je n'ai pas besoin de tes explications pour savoir qu'il n'y a pas que du mauvais en toi. Je le sais déjà. Je n'ai pas besoin que tu me le prouves. Tu m'as déjà reproché d'être lâche, eh bien, je te retourne la faveur. Tu ne veux pas voir qu'il y a autre chose qu'un énorme enfoiré en toi, parce que c'est tellement plus facile de jouer au méchant que de soudainement se mettre à se préoccuper des autres. Et tu sais comment je le sais ? Parce que j'étais pareil. Parce que j'ai vécu dans le déni pendant des siècles. Mais j'ai changé. Tu peux changer aussi, mais pour ça, il faudrait que tu te mettes un sacré coup de pied au cul, c'est tout. »

Lorsque Tony eut fini sa tirade, il avait du mal à respirer. Loki le regardait, les lèvres serrées de rage, de peur ou de chagrin. Tony craignait un peu qu'il se mette à pleurer, ou à l'insulter, mais heureusement pour lui, le dieu resta calme. Un peu trop calme, peut-être, s'il en jugeait par la façon qu'avait son visage de reprendre lentement, mais sûrement, l'expression distante et narquoise qu'il portait par défaut.

« Je n'ai jamais dit que j'étais un parfait connard, finit par soupirer Loki.

Et Tony aurait voulu embrasser la trace de vulnérabilité qui restait au fond de sa voix. Il se sentait terrible, parce qu'il savait qu'il venait de dépasser une des nombreuses barrières invisibles qui se tenaient entre eux. À la place, il répondit, avec une compassion qu'il n'aurait jamais cru pouvoir ressentir pour cet homme.

- Non, mais ce serait tellement plus facile, n'est-ce pas ?

Loki acquiesça doucement.

- Il y a des jours, des moments dans ma vie Stark, où j'aurais tout donné pour vraiment appartenir aux méchants de nos mondes. Cela semble tellement plus simple pour eux. Pas de sentiments, pas de…

- De faiblesse ? le compléta-t-il. Oh, Loki. Je viens de te voir casser la gueule d'un pirate de l'espace les doigts dans le nez. Je t'ai vu mener une invasion sur ma planète. Sauver presque vingt gosses à toi tout seul. Personne ne dirait de toi que tu es faible, c'est stupide. »

Loki soupira longuement, comme si un poids venait de lui être ôté de la poitrine. Tony avait du mal à dire s'il le croyait ou non, mais il avait au moins, l'air plus détendu.

Il fut surpris lorsque le dieu se pencha vers lui et posa son front contre le sien. Tony ferma les yeux et l'écouta respirer. Il avait peur qu'il disparaisse. Qu'il rejoigne l'espace autour d'eux pour ne plus jamais revenir.

« Nous n'avons jamais eu cette conversation, finit par dire Loki en se redressant. Répète ça à quelqu'un et je te tue.

- Oh, ne t'inquiète pas Rudolphe, ton secret de super méchant est en sécurité avec moi. D'ailleurs, je ne vois pas à qui je pourrais le répéter. Ou qui serait assez fou pour me croire. » le rassura-t-il.

Loki rit, pas le son froid de toute à l'heure, mais quelque chose plus hésitant. Tony le regarda faire et pendant un instant, il s'en contenta.