Note : Coucou tout le monde ! On approche de la fin du chapitre cinq et donc du voyage spatial. Il va me manquer, c'était clairement les passages les plus drôles à écrire. Des bisous !
CHAPITRE 5H
La prochaine étape de leur périple fut la planète Ergonar. Ils débarquèrent en pleine nuit parce que le gosse, un certain Glaktu, les avait prévenus que ses compatriotes n'étaient pas ce qu'il se faisait de plus amicales.
Tony avait voulu s'arracher les cheveux en apprenant que la gravité, deux fois supérieure à celle de la Terre, l'empêcherait de poser tout pied sur la planète sans son armure. Oh, et accessoirement, la famille du gosse n'avait pas trouvé mieux que de bâtir leur demeure en plein milieu d'une des nombreuses chaînes de montagnes qui serpentaient dans le pays. De ce fait, ils durent se poser à des kilomètres, sur le seul terrain plat qu'ils avaient réussi à trouver. L'atterrissage prouva à Tony que Loki était beaucoup de choses, mais pas un pilote d'exception. Il avait vu sa vie défiler devant ses yeux.
Ils passèrent une nuit sombre et sportive, à grimper des petits chemins noirs et abrupts, et à se planquer dans des buissons lorsque des bandits apparaissaient. Il y en avait tellement sur cette maudite planète que Tony finit par contempler l'idée de les atomiser à la seconde où ils apparaissaient. Vraiment, pour une question d'efficacité.
Après Ergonar, ils reprirent leur route pour Contraxia, une planète froide et hostile. Tony avait l'impression de se trouver en plein Tokyo, des néons, des bars, des pancartes publicitaires se dressaient partout comme autant d'arbres. Mais un Tokyo qui serait tombé dans l'illégalité.
Au milieu de toutes ces lumières artificielles, Tony repéra une flopée de maisons closes, dont sortaient toutes sortes d'extraterrestres, clients et travailleurs mêlées, et plus chose plus dérangeante, des filles robots. Il fronça le nez lorsqu'un nuage de vapeur douteux et chaud lui arriva au visage. Loki avait l'air de se sentir comme à la maison. Il marchait avec grâce dans la foule alcoolisée et bruyante et traînait avec lui les deux enfants contraxians par la main.
Tony trottinait en essayant de ne pas se perdre dans l'agitation environnante. Il voulut protester lorsque le dieu entra dans un bar à l'air douteux et dont l'enseigne proclamait fièrement Iron Lotus. Il espérait que ce n'était pas une mauvaise blague de la part de son amant, et qu'il avait une bonne raison pour traîner deux enfants dans cet endroit.
Il s'avéra que Loki connaissait très bien les lieux et la maquerelle du coin. Il entra en vive conversation avec elle, tout en sourires et en mouvements de main. La femme, complètement chauve, le visage décoré de marques un peu trop belliqueuses au goût de Tony, finit par céder. Tony la vit se baisser à hauteur des deux gosses qu'ils trimballaient et se mettre à leur parler d'une voix maternelle.
« Donc, maintenant, on les refile à des pirates et à des maquerelles ? demanda-t-il au dieu qui revenait vers lui, armé de deux verres au contenu suspect. Nous sommes de terribles parents.
- Ne sois pas ridicule, le morigéna Loki avec un petit sourire. Madame Sneeper, ci-présente, connaît tous les réguliers du bar, dont quelques officiers encore pas trop corrompus. C'est mieux pour ces enfants d'être remis aux autorités locales, tu ne crois pas ?
- Si, admit Tony. De toutes façons je te fais confiance là-dessus, je sais que tu veux pas qu'il leur arrive trop de mal. Et qu'est-ce que c'est que ces trucs ? reprit-t-il en pointant les boissons que Loki avait posées devant eux.
- Mais mon cher Stark, c'est pour célébrer notre avancée dans notre mission de charité.
- Ça a l'air absolument immonde, remarqua-t-il. Il y a des bouts de trucs qui flottent dedans. Vraiment, je ne serais pas surpris si c'était de la chair humaine ou un autre truc tordu comme ça.
Tony avait froid, même avec son pull, il était entouré de délinquants qui beuglaient des trucs d'ivrognes, des prostituées robots lui tournaient autour, et maintenant, il avait une boisson potentiellement mortelle sous le nez. Donc oui, il était un peu de mauvaise humeur.
- Ne fais pas ta mijaurée Stark, le taquina le dieu. Je suis certain que tu as déjà bu pire dans ta fameuse jeunesse.
Il avait du mal à rester grognon lorsque Loki était de si bonne humeur. Il renifla avec toute la mauvaise foi qui restait en lui.
- Peut-être que je te fais confiance pour les gosses, mais pas lorsqu'il s'agit de t'amuser à mes dépens. Je te connais, Rudolphe.
Loki eut un petit rire où ne transparaissait même pas une once de culpabilité. Il ramassa distraitement ses cheveux avec la bande de cuir que lui avait prêté l'un des pirates, Tony le regarda faire avec intérêt.
- Tu sais quoi Stark ? Je vais goûter d'abord pour te montrer mes bonnes intentions, annonça-t-il en prenant une gorgée. Tu vois ? Pas de problème.
Ouais, Tony n'était pas convaincu. Mais il devait bien avouer qu'il était curieux. Il poussa un long soupir dramatique.
- D'accord, mais c'est bien pour te faire plaisir Rudolphe. »
Tony renifla son verre avec application. Ça sentait fort, comme n'importe quel alcool terrien, mais pas mauvais. Les trucs qui flottaient dedans restaient vraiment trop bizarres par contre.
Il trempa ses lèvres en essayant d'ignorer le regard intéressé que Loki posait sur lui. Presque immédiatement, sa bouche fut attaquée par un parfum terriblement sucré. Le reste de la boisson laissait, de manière plus surprenante, un arrière-goût amer en bouche. Et c'était fort. Il retint une quinte de toux.
« Alors ? demanda le dieu qui croisa ses bras devant lui et se pencha vers Tony d'un air curieux.
- Ouais, c'est pas mal, admit-il, quoique sa gorge le brûlât un peu.
Il avait l'impression de revenir à sa première cuite, genre, des siècles auparavant. Quand exactement ? Il ne s'en souvenait plus. Il prit une autre gorgée, et découvrit qu'elle avait l'agréable effet secondaire de le réchauffer avec plus d'efficacité que son pull. Loki lui jeta un regard goguenard.
- Quoi ? Tu veux que j'admette que t'avais raison, oh grand dieu de la boisson ?
- Par exemple, rit Loki en soulevant son propre verre. Mais j'ai bien conscience de l'effort que ça te demanderait.
- T'es un enfoiré, lui dit Tony pour ce qui lui semblait être la millième fois.
- Oh, comme si tu n'aimais pas ça, se moqua le dieu. Tu me trouverais bien moins intéressant si j'étais un enfant de cœur.
- Eh bien, nous aurions des activités moins intéressantes, si tu étais un enfant de cœur, lui concéda Tony.
Il sentit Loki remuer un peu sur sa chaise, et l'instant d'après les longues jambes du dieu se pressèrent contre les siennes. Tony prit son meilleur air décontracté, quoiqu'il perdît soudainement tout intérêt pour son entourage et sa nouvelle découverte culinaire. Loki lui sourit, d'un air de requin. Tony s'éclaircit la gorge pour reprendre contenance.
- Ça me dit toujours pas c'est quoi ces trucs qui flottent, dit-il pour changer de sujet.
- Oh, ça pourrait être les corps des ennemis de Madame Sneeper, pour ce que j'en sais, lui répondit aimablement le dieu. Ce n'est pas une rigolote.
- Sympa, commenta-t-il en attrapant un des morceaux suspects du bout des doigts.
Il l'approcha de son nez pour un examen approfondi, mais fut interrompu par une brusque sensation moite et gelée sur son visage, accompagnée d'un bruit humide. Il se recula avec un couinement, passa les doigts de sa main libre sur sa joue restée poisseuse. Il n'eût pas à réfléchir pour trouver le coupable.
- Est-ce que tu viens de me lancer une de ces horreurs dessus ?! piailla-t-il. T'es mort Rudolphe !
Et il jeta le bout qu'il tenait encore sur le dieu hilare qui l'esquiva sans difficulté. Le morceau atterrit sur un type à l'air complètement ivre à l'autre bout de la pièce, Tony paniqua et fit soudainement mine d'être passionné par sa boisson, piquant le nez au maximum pendant que le gars tournait la tête à la recherche du coupable.
- Je te déteste, chuchota-t-il à Loki qui riait toujours de manière fort peu discrète derrière son coude. Enfoiré.
- Tu vas devoir apprendre à mieux tirer, se moqua le dieu. Et arrête de faire l'autruche, Stark, c'est inutile. Cet homme est trop saoul pour comprendre quoi que ce soit.
Tony redressa la tête en grognant. Du coin de l'œil, il vit le type en secouer un autre.
- Je crois que je viens de déclencher un combat sanguinaire. » Admit-il.
Loki mangeait à présent l'un des trucs infâmes, très décontracté. Derrière eux, les deux extraterrestres belliqueux poussaient des cris de plus en plus sonores. Tony avança de nouveau sa chaise, et essuya sa joue d'un revers de la main.
Les longues jambes de Loki reprirent leur place entre les siennes. Tony avait un peu la tête qui tournait à cause de la putain de boisson extraterrestre bizarre et il n'avait définitivement plus froid.
« Tu sais, lui susurra le dieu sur un ton faussement décontracté, je déteste ce pull sur toi.
Tony regarda ledit pull d'un air un peu benêt. Okay, c'était pas le truc le plus classe de la galaxie, mais il n'était pas non plus hideux. Et il était très confortable, merci bien. Loki se pencha au-dessus de la table, et ses doigts s'enroulèrent autour des avants-bras de Tony, remontant un peu le tissu de la manche.
- Qu'est-ce que tu dirais de le retirer ? Les chambres de Madame Sneeper ne sont pas trop mal entretenues, proposa Loki.
Tony déglutit et jeta un œil aux alentours.
- C'est pas une mauvaise idée, d'ailleurs, je crois que je commence à avoir un peu chaud. »
Loki lui sourit largement et se leva, laissant là son verre à moitié fini. Tony le suivit avec empressement, ils penseraient à payer leurs consommations une autre fois.
Loki se pencha, armé d'une lampe-torche, par-dessus l'épaule de Tony. Ils fixaient tous les deux le fond de leur soute dans un silence navré.
« On a un problème de provisions, commenta Tony.
- Merci Stark, mais j'avais remarqué, lui répondit sèchement le dieu.
Ils n'étaient pourtant plus que six à l'intérieur du vaisseau. Un nain, Gersimi la petite vane, les deux jötuns et bien sûr Loki et lui-même. Tony, au moment de charger les provisions, avait oublié de prendre en compte le fait que le voyage ne serait peut-être pas un long fleuve tranquille, et ils payaient à présent le prix des petites péripéties qui les avaient retardés.
- C'est pas si grave, tenta-t-il de temporiser, parce qu'il était techniquement responsable de ce manque de prévoyance. On n'aura qu'à se réapprovisionner chez les nains. Comment t'as dit que ça s'appelait déjà ?
- Niðavellir, dit Loki d'un ton morne.
- Gesundheit. Nan, sérieusement, on devrait trouver ce qu'il faut là-bas, non ? Je veux dire, je suis moyen chaud à l'idée de crever de faim au beau milieu de l'espace. À titre personnel, hein. Je juge pas les fantasmes de chacun.
Loki se massa les tempes.
- S'il te plaît, Stark, tais-toi. En théorie, les nains sont des marchands. On n'aurait eu aucun problème si on s'était trouvé en possession de n'importe quoi de valeur, mais ce n'est pas le cas. Je veux dire, regarde cette soute ! On dirait des mendiants !
- Oh, laisse-les mendiants en dehors de ça ! le réprimanda Tony en balayant l'espace de sa propre torche.
Effectivement, il ne s'y trouvait plus grand-chose. Un kit médical que personne n'avait pris la peine de ranger depuis sa dernière utilisation, deux ou trois vêtements, des livres qui devaient appartenir à Loki et beaucoup, beaucoup de poussière.
- On aurait dû voler tout ce que ces maudits pirates avaient de valeur ! pesta Loki.
Tony n'était pas du genre à encourager le crime, mais il devait bien avouer que le dieu avait raison. Juste pour cette fois.
- Ils seront peut-être sympas ? Après tout, on est en train de se taper un putain de road trip pour leur ramener un de leurs gosses.
- Peut-être, mais les nains sont connus pour être pires que des dragons avec leurs marchandises, le contredit le dieu. Et il ne faut pas qu'ils me reconnaissent, on se ferait exécuter sur place, enfant ou pas enfant.
Ça avait tout l'air d'une histoire marrante.
- Qu'est-ce que t'as encore fait, Rudolphe ?
L'expression neutre habituelle de Loki ne parvenait pas à camoufler l'espièglerie qui brillait au fond de ses yeux verts. Tony avait envie de l'embrasser.
- Trois fois rien. Ce n'est pas de ma faute si les termes de leurs contrats sont flous.
- Évidemment. » Ironisa Tony.
Niðavellir était un monde sombre et inquiétant. Ils passèrent au-dessus d'interminables champs noirs, éclairés par une lune très pleine et très blanche. Tony avait l'impression qu'ils venaient de rentrer dans un de ces vieux films, avant l'invention de la couleur.
« Il n'y a pas une ville à l'horizon, remarqua-t-il à voix haute.
- C'est parce que les nains ont construit leurs cités dans des galeries souterraines, il y a de cela des millénaires, le renseigna Loki. La surface de Niðavellir est réservée à la culture de leur nourriture, et à l'extraction de certains matériaux. Peu de nains s'y rendent et encore moins y vivent, car ce travail est considéré comme indigne. Un bon nain est un artiste, un forgeron, et un créateur. Pas un paysan.
- C'est bien de la merde, commenta Tony. Mais bon, au moins on peut se poser n'importe où sans qu'on nous fasse trop chier, ça change.
- Tu as raison, indiqua Loki avec un reniflement moqueur. Savais-tu que certains nains pensent même qu'ils se changeraient en pierre s'ils venaient à émerger à la surface de leurs galeries ? C'est ridicule. »
Les nains avaient beau être des créatures ridicules, comme le disait aimablement Loki, ils n'en restaient pas moins doués. La première galerie fit forte impression sur Tony. Ses murs étaient décorés avec goût. Il apercevait partout des gravures : dans des colonnes taillées à même la roche, sur les murs. Le sol lui-même avait été poli et enrichi de pierres translucides grosses comme son poing. Le tout était éclairé par toute une diversité de feux, torches, ou cheminées encastrées dans les murs, et les sommets des voûtes étaient parés de lampions réguliers et lumineux. Il poussa un sifflement appréciateur qui agaça son compagnon de voyage.
« Attends un peu de rencontrer les propriétaires des lieux avant de t'extasier Stark.
Loki semblait connaître les galeries comme sa poche, mais il n'en tirait aucune joie. Contrairement à lui, l'enfant nain qui les suivait avait l'air, peut-être pour la première fois de leur voyage, positivement enchanté.
- Oh, arrête un peu de râler, le corrigea Tony. Tu dois admettre qu'ils ont meilleur goût que les pirates.
- Les pirates sont hors de la compétition, le contra Loki.
Tony allait pour le contredire, parce que Tony Stark avait toujours raison, mais lorsqu'il se tourna vers le dieu, celui-ci avait disparu. À sa place, se tenait une blonde en armure légère mais richement décorée, et à l'air noble. Tony porta la main à son cœur.
- Putain de merde, ça t'aurait coûté de me prévenir avant ? C'est vraiment dérangeant ton truc-là. Comment ça marche ?
La blonde, ou plutôt Loki puisque c'était lui, lui adressa un sourire moqueur. Le nain entre eux avait l'air vaguement intéressé, quoique pas suspicieux ce qui était toujours une bonne chose.
- Toujours si curieux, Anthony Stark. »
Tony voulut dire quelque chose, mais son cerveau avait temporairement cessé de fonctionner. Putain de magie de merde. Ils atteignirent une porte de métal, à deux volets que Loki poussa sans hésitation.
L'énorme salle qui se dévoila ainsi aux yeux de Tony lui coupa la respiration. Dans une atmosphère suffocante, des dizaines, non des centaines de nains, sombres, barbus, poilus et gueulant s'agitaient dans tous les sens. Tony sentit l'odeur lui assaillir les narines, une odeur sombre de sueur, de feu et de fer qui lui fit tourner la tête.
Partout, des énormes forges comme on n'en faisait plus sur Terre, des feux rugissants, des machines lourdes et des instruments à la fois familiers et inconnus à Tony. Ça devait être une espèce de paradis pour les créateurs comme lui. Il aperçut beaucoup d'armes, mais aussi des bijoux, des décorations de toutes les formes et tailles, des armures, et même diverses pièces qui devaient servir à leur ingénierie, rustique mais complexe.
« C'est décidé, je déménage, annonça-t-il lorsqu'il eut retrouvé ses esprits. Qui a besoin de soleil de nos jours, de toutes façons ?
Loki la blonde leva les yeux au ciel. Tony n'allait jamais se faire à l'idée que le mec avait lequel il couchait était à présent une petite riche en armure, mais c'était bien le cadet de ses soucis concernant Loki. Il avait quand même tenté d'envahir sa planète, alors une petite transformation de plus ou de moins…
- Déménage et je te coupe la tête, le menaça Loki. J'ai peu envie de me faire accuser quand ta chère Terre finira par comprendre que tu n'es pas en vacances.
- Oh allez, personne le saura jamais, Rudolphe. Comment veux-tu qu'ils t'accusent alors que t'es officiellement décédé ?
- Fandral finira par cracher le morceau, raisonna le dieu. Et il t'a vu en ma compagnie. Vraiment, je ne veux pas être là lorsque Thor apprendra toute cette histoire.
- C'est vrai que ça risque d'être compliqué à expliquer, admit Tony, un peu distrait par le spectacle.
- Concentration Stark, concentration, on a des choses à faire ici. » Lui rappela Loki.
Le père du gosse, un certain Brokk, fut particulièrement pénible à trouver. Mais pas parce que personne ne le connaissait, non.
« C'est bien notre chance, râlait Loki en l'empêchant d'aller vérifier un four de trop près.
- De quoi ? demanda Tony qui ne se sentait plus trop concerné par la situation.
- Brokk est une célébrité locale, reconnu parmi les meilleurs des meilleurs artisans de cette maudite planète. On lui doit la fabrication de tout un tas d'armes légendaires. Certains pensent même qu'il aurait forgé Mjöllnir.
- Et bien ? Tant mieux pour nous, non ? Il sera plus facile à trouver.
- À trouver peut-être, maugréa le dieu, maussade. Mais pas à approcher. Il est connu pour être un parfait misanthrope. »
Tony jeta un œil au gamin qui les accompagnait toujours sagement. Ce dernier avait repris son expression habituelle, celle d'un gars qui venait de mordre dans un citron. Eh bien, comme disait le dicton, les chiens ne faisaient pas des chats.
Ils trouvèrent effectivement très vite la fameuse célébrité locale. La porte de son atelier, enfoncée dans un des murs de pierre de la salle et fermée à double tour, était entourée de deux douzaines de nains, et autres extraterrestres, qui patientaient avec plus ou moins d'enthousiasme. Certains mangeaient, d'autres jouaient aux dés ou faisaient la conversation avec leur voisin. Tony vit même un gars jaune qui tapait une sieste. Dans l'atmosphère déjà bien écrasante des lieux, cette petite foule avait de quoi rendre n'importe qui claustrophobe.
Loki la blonde se mit à taper du pied, et Tony nota qu'il n'avait pas perdu sa mauvaise habitude de froncer le nez. Ça avait quelque chose de rassurant.
« Une idée pour nous faire entrer ? demanda Tony au petit nain.
Le gosse secoua la tête en signe de négation. Génial. C'était presque pire que Disneyland, ce qui n'était pas peu dire. Tony avait le sentiment qu'ils pourraient y rester plusieurs jours, ce qui était hors de question parce que premièrement, Tony Stark n'attendait pas, et ensuite parce qu'il leur restait trois gosses affamés au vaisseau.
Loki jeta un regard mauvais au garçon.
- Tu es son fils, à ce que je sache, tu pourrais bien faire quelque chose, non ?
Le gamin resta muet. Tony tenta de temporiser.
- On pourrait peut-être juste s'assurer qu'il nous voie lorsqu'il ouvrira la porte ? suggéra-t-il. Il reconnaîtra bien son fils.
- S'il le fait personnellement, oui, mais j'en doute, raisonna le dieu. Et après une pause, il ajouta en direction du gosse : fais quelque chose, ou je te laisse pourrir ici. Crois-moi, rien ne pourrait me donner plus de satisfaction que de savoir que tu as attendu dans ce trou pendant des semaines. »
Tony lui donna un coup-de-poing dans le bras pour le faire taire. Vraiment, ce qu'il pouvait se montrer acariâtre !
Cela sembla être la goutte de trop pour Loki, qui se dirigea, sourcils froncés et cheveux blonds au vent droit vers la porte. Il poussa tout ce qui se trouvait sur son passage sans hésitation. Tony s'enfonça dans son sillage, accompagné du petit nain, en s'excusant profusément.
« Oh, oups, désolé, vraiment désolé pour votre nez, adressa-t-il à un nain furieux. Pardon ! Non, il oh, je voulais dire elle est de mauvaise humeur ! Ça prendra pas longtemps, on en a pour deux secondes, parole de scout !
Il grinça des dents en voyant le dieu, enragé, se mettre à taper de toute la force de ses poings sur la porte. Clairement, il n'était pas en train de toquer, mais de défoncer la structure innocente. Sauvage.
- Brokk ! brailla-t-il de sa voix bizarrement féminine. Ouvrez cette putain de porte ou je jure par les Normes que je fais sauter cet endroit maudit !
Tony sentit la foule s'agiter autour d'eux. Un gars qui ressemblait à un elfe sortit même un sabre. Une bonne partie de la salle avait cessé ses activités pour regarder l'étrangère blonde qui faisait un boucan de tous les diables.
- Oh mon Dieu, grogna Tony. Ce serait trop te demander d'être civil pour une fois ?
Loki l'ignora superbement.
- J'ai votre insupportable enfant avec moi ! cria-t-il encore. Et je vous préviens que je ne le garderai pas une minute de plus !
À la grande surprise de Tony la méthode musclée et très bruyante de Loki eut des résultats fulgurants. Il entendit le bruit d'un, de deux, de trois et enfin d'un quatrième loquet qu'on déverrouillait, puis deux énormes malabars mal rasés et l'air ronchons sortirent leurs grosses têtes.
- C'est pour quoi faire tout, ce raffut ? grogna le premier en se frottant la barbe. Loki leur jeta un regard noir.
- Étiez-vous en train de dormir ?! Peu importe, laissez-nous passer, ordonna-t-il d'une voix autoritaire. Nous avons avec nous l'enfant de votre paresseux de maître.
Il attrapa ledit gamin et l'avança vers les gardes pour preuve. Les pauvres avaient vraiment l'air mal réveillé.
- Ouais, je suppose que vous pouvez entrer alors. » Dit le deuxième, perplexe.
Loki souffla et s'engouffra dans la porte entrouverte avec le petit nain. Tony s'empressa de le suivre tandis que la foule derrière eux se parcourait de murmures de protestations. Il n'avait pas envie de se retrouver empalé par un elfe, merci bien.
La pièce était chaude comme un four, à peine éclairée par deux torches en fin de vie. Loki avait probablement eu raison en les accusant de dormir, mais enfin, Tony lui-même aurait bien suivi leur exemple à cet instant, en espérant se réveiller avec un compagnon de voyage moins pénible.
« Qui êtes-vous ? leur demanda l'un des deux gardes. Il faut qu'on vous annonce.
- Oh, nous ne faisons que passer, répondit poliment Tony, au même moment où le dieu sortait un poignard.
- Je vous en pose moi, des questions ? l'attaqua-t-il.
Le garde leva les mains en signe d'apaisement et se rendit dans un coin plus éloigné de la pièce. Il contourna une ou deux machines suspectes, un tas de ferraille, et alla toquer à une porte en bois que Tony n'avait pas vue.
- M'sieur ? Y'a une riche d'Asgard qui est là avec votre fils ? Oh, et un midgardien bizarre, j'sais pas trop ce qu'il fait là, aussi.
- Sympa, commenta Tony. Il allait peut-être laisser Loki leur casser la gueule, finalement.
Le dénommé Brokk daigna enfin sortir sa tête. Il était couvert de transpiration et de taches de suie, les vêtements et les sourcils brûlés. Il posa un regard calculé sur eux, puis sur son fils.
- C'est bien mon garçon, dit-il. Que voulez-vous en échange ?
Tony cligna des yeux. Il avait connu des gens calmes et pragmatiques dans sa vie, mais jamais à ce point. Le gars venait de retrouver son gosse disparu, et c'était à peine s'il clignait de l'œil.
- Assez de provisions pour cinq personnes et un mois, répondit Loki sans sourciller. Vos talents sont vantés dans tous les Neuf Royaumes, mais j'en ai ma claque de votre foutue planète, alors je vous fais un prix d'ami.
Brokk se repassa les sourcils du pouce, l'air distrait.
- Vous êtes sûr ? La vie de mon fils n'a pas de prix, ou plutôt elle a un prix bien supérieur à celui que vous venez d'indiquer.
Loki leva le menton, défiant.
- En ce cas, je vous demande une faveur.
- N'importe quelle faveur ? demanda le nain avec un brin de suspicion.
- Dans la mesure de vos capacités physiques et intellectuelles à venir. Non-négociable. J'édicterai et vous obéirez, précisa le dieu.
- Voilà qui me paraît plus raisonnable, acquiesça Brokk, radouci. Eh bien, viens ici mon garçon. »
L'enfant obéit et vint se nicher sous le bras que son père venait de lever. C'étaient vraiment de drôles de gens, songea Tony.
Lui et Loki repartirent donc enrichis de plus de bouffe qu'il n'en fallait et en toute légalité. Loki fut forcé de le traîner par la manche, tant Tony s'arrêtait sur les méthodes de fabrications curieuses des nains. À intervalles réguliers, il protestait :
« Mais c'est la chance de ma vie, tu comprends pas ! Où est donc ta passion pour la science ?
Loki leva les yeux au ciel en le tirant plus fortement. Au bout d'une énième protestation, il finit par craquer.
- Stark, par les Normes ! Le nain le plus influent de cette maudite planète nous doit une faveur ! Tu auras l'occasion de revenir ici, et aussi longtemps qu'il te plaira, je te promets. Maintenant, cesse de geindre et accélère un peu le pas !
Tony eut une intuition subite. Il jeta un regard au dos couvert de cheveux blonds du dieu. C'était assez hors du personnage, mais ça restait plausible. Il sentit un sourire lui monter aux lèvres.
- Oh, Rudolphe, ne me dis pas que tu lui as demandé ça pour mes beaux yeux ?
- Tu délires Stark, lui répondit le dieu qui n'en avança que plus furieusement.
- Mais pourquoi d'autre voudrais-tu retourner sur cette planète ? Je croyais que tu la détestais. Oh, c'est trop mignon Rudolphe, je vais te faire des bisous partout.
Nouveaux grognements. Tony vit le couloir toucher à sa fin avec une certaine déception, mais il fut rassuré par l'idée qu'ils pourraient revenir quand l'envie leur en prendrait. Enfin, lui en prendrait, parce que s'ils écoutaient Loki, ils n'y remettraient jamais les pieds.
- Répète ça à quelqu'un et je te tue. Et puis si tu meurs avant de rentabiliser cette faveur, je lui trouverais une autre utilité. »
Tony éclata de rire alors que Loki retrouvait son apparence avec un plaisir non dissimulé. Toujours aussi charmant.
