Note : Coucou tout le monde ! Je vous présente enfin la fin du chapitre cinq ! Oh, et il doit contenir ma scène préférée de toute cette histoire, accessoirement. Vraiment, je l'aime. Je vous fais des bisous et on se retrouve très vite pour la suite !
CHAPITRE 5I
« C'est vraiment super beau !
Le nez pressé contre la vitre froide de leur vaisseau, Tony détaillait le paysage de Vanaheim qui défilait à sous ses yeux. La planète grouillait de forêts déchaînées, vertes à lui en blesser les rétines, de lianes, d'animaux volants et colorés, d'habitations brunes anarchiques qui poussaient comme des champignons semés au vent. Tony avait les yeux si grands ouverts qu'ils lui brûlaient , mais il ne parvenait pas à se lasser du spectacle. C'était le genre de nature qu'on ne trouvait plus que dans des coins reculés sur Terre, et qui lui faisait dire que le monde était un ingénieur bien plus compétent que lui-même. Enfin, la question restait ouverte. Il ne fallait pas abuser, non plus.
- Je te l'avais bien dit, commenta la voix suffisante de Loki.
Tony se tourna vers le dieu qui l'avait rejoint. Il portait son habituelle chemise fonctionnelle et avait attaché ses cheveux qui commençaient à devenir encombrants. Il essayait d'avoir l'air indifférent, mais Tony pouvait voir la petite lueur d'appréciation qui brillait au fond de ses yeux verts. Il le taquina.
- Pas à moi, Rudolphe, pas à moi. »
Loki ne lui répondit pas, mais il sourit. Ces derniers temps, son sourire se faisait moins moqueur. Au début, Tony avait été déstabilisé, il avait cherché ses bords instables, ceux qui apparaissaient en creusant des traits menaçants autour de sa bouche. Mais ceux-ci avaient complètement disparu pour laisser place à quelque chose de plus serein. Tony ne savait pas quand le changement était arrivé, mais il était mauvais pour son cœur. Parfois, il s'emballait sans qu'il ne puisse rien faire pour l'arrêter.
Il reporta son attention sur le paysage et sentit Loki en faire de même. Pendant de longues minutes, tout le reste disparut.
Tony avait beau adorer son armure, il fut heureux de pouvoir sortir et respirer un air différent de celui filtré de leur vaisseau. L'atmosphère n'était pas exactement agréable, saturée d'humidité et d'odeurs qui lui grattaient le nez, mais c'était un changement excitant. La terre s'enfonçait sous ses pieds et il se sentait heureux comme un enfant.
Gersimi semblait partager le sentiment. La petite Vane sautillait entre eux, excitée comme une puce. Loki, pas tant que ça. Il avait commencé à froncer le nez à la seconde où les portes du vaisseau s'étaient ouvertes, et une mince pellicule de sueur commençait à se former sur son front.
Tony le regarda discrètement ouvrir les deux premiers boutons de sa chemise. Cette planète était bénie.
« Concentre-toi Stark, le réprimanda le dieu à qui rien n'échappait.
- Oui, concentre-toi Tony, le singea Gersimi avec sa petite voix. Il faut qu'on retrouve ma tata ! »
Tony admirait sa résistance. Les deux parents de la fillette s'étaient faits tués trois mois auparavant, mais elle était restée parmi les enfants les plus faciles à vivre du vaisseau. S'il on oubliait ses tendances à s'envoler, bien sûr. Même maintenant qu'elle était revenue sur la planète où avait eu lieu le drame, elle ne semblait pas y penser.
« La mort a une place très particulière au sein de la société vane, lui avait expliqué Loki lorsqu'il l'avait interrogé à ce sujet. Bien sûr qu'ils pleurent leurs pertes, mais les Vanes ont un tel lien avec leur environnement qu'ils voient la mort tous les jours. Dans les fleurs qui fanent, les insectes qui disparaissent, les arbres qu'ils abattent. Pour eux, la mort n'est qu'une partie nécessaire de leur bien-aimée nature, pas une tragédie. »
Les Vanes vivaient en petites communautés, dans des villages plus construits par la forêt que par ses habitants. Ceux-ci se contentaient de profiter des arbres creux, des grottes, des ruisseaux et s'établissaient en fonction de ce que la nature leur offrait. Ils ne croyaient pas non plus aux adresses ou aux numéros de rue et avaient tendance à beaucoup bouger, changeant de domicile au rythme des saisons.
« Tu es sûre que c'est par là ? demanda Loki sur un ton grognon à la petite Gersimi. Nous marchons depuis des heures.
- Peut-être que oui, répondit-elle gaiement. On ne peut pas se perdre, de toutes façons. Tata disait toujours que lorsque l'on voulait trouver quelqu'un, il suffisait de l'aimer assez et alors les obstacles n'avaient plus d'importance.
Tony se retint de rire en entendant Loki jurer. Lui-même commençait à avoir les jambes en compote et à suer un peu, mais il appréciait trop la balade pour se plaindre.
Le plus étrange fut que la fillette avait raison. Ils arrivèrent épuisés et suants à la tombée de la nuit au sein d'un village entièrement suspendu dans les arbres. Tony flippa un peu lorsqu'il fallut grimper l'échelle qui les menait au sommet, surtout avec le vent qui leur sifflait aux oreilles, mais Loki était passé devant lui. La vue le motiva.
La tante de Gersimi était une femme très droite et très vieille. Elle avait du lierre plein les vêtements. Lorsqu'elle les aperçut à sa porte, elle n'en manifesta pas la moindre surprise. Elle dit simplement à sa nièce.
« Tu as raté le souper.
Gersimi, loin d'en être perturbée eut un rire comme un nuage et se précipita pour l'enlacer. Ensuite, elle les présenta.
- Voici… Oh, je n'ai pas le droit de le dire ! se rattrapa-t-elle au dernier moment. Mais ce sont eux qui m'ont aidée à venir jusqu'à toi.
Tony inclina la tête, un peu embarrassé.
- Enchanté, et désolé d'avoir débarqué comme ça chez vous. »
La vieille chassa ses excuses d'un geste de main. Ils furent invités à rester souper.
Lorsqu'ils quittèrent l'étrange cabane de Gersimi et sa tante, les étoiles étaient déjà hautes dans le ciel. De sa vie, Tony n'avait jamais vu de ciel plus net ou plus brillant. Il se démonta le cou pour mieux voir.
« Je n'ai jamais vu ça sur Terre, dit-il à Loki qui le regardait faire. On a toujours de la pollution lumineuse…
Son pied ne rencontra plus que du vide. Tony bascula avec un glapissement surpris.
Sa chute s'arrêta brutalement. Il se sentit tiré en arrière par la taille et la seconde d'après il se cognait contre la masse ferme de Loki. Tony porta une main choquée à son cœur.
- Putain de…
- Regarde ou tu marches, pesta le dieu derrière lui.
Tony se pencha pour constater que, effectivement, la plateforme où ils se trouvaient s'arrêtait quelques centimètres plus loin et qu'il ne s'en était pas aperçu, trop occupé à admirer la vue. Putain de merde, pensa-t-il encore en évaluant la distance qui le séparait du sol noir et moussu. Il avait failli mourir de la plus stupide des manières.
- Je suis un idiot, oh mon Dieu, je suis un putain d'idiot, paniqua-t-il, avec un peu de retard.
- Nous avons établi ce fait il y a longtemps Stark. Allez, viens par là.
Il sentit les mains de Loki l'entraîner plus loin du bord. Elles le serraient toujours, presque au point de lui faire mal. Avec un soupir tremblant, Tony porta son poids vers l'arrière. Ses jambes menaçaient de le lâcher.
- Je te tiens, lui dit encore le dieu. »
Tony fut frappé de cette réalisation. Loki le tenait et il ne lui suffisait plus que d'une poussée pour le projeter dans le vide et se débarrasser de lui. Peut-être ce stupide blond de Fandral parviendrait-il à faire le lien, mais qui le croirait ? Personne ne saurait jamais vraiment ce qui se serait passé. Pas sur Terre, parce qu'il avait brouillé les pistes en racontant à tout le monde qu'il était parti en vacances, et nulle part ailleurs parce que le reste de l'univers croyait Loki mort.
Ce serait le crime parfait. D'ailleurs, Loki devait le savoir. Et pourquoi n'en profiterait-il pas ? Après tout, Tony était conscient qu'il représentait un danger pour lui. Il lui suffisait d'un mot à l'un des Avengers, ou au SHILED, et sa vie était foutue.
Tony devrait vraiment bouger de là, mais il n'en avait aucune envie. Il sentait le vent frais de la nuit sur son visage, les odeurs de forêt, la respiration de Loki dans sa nuque, son torse un peu moite contre son dos. Il ferma les yeux.
« J'espère que tu ne t'es pas évanoui Stark, l'interrompit Loki.
- Non, non, tout va bien. Je profite d'être encore en vie, tu permets ?
Loki rit gentiment. Pris d'une inspiration soudaine, Tony se retourna, attira son visage entre ses mains et posa ses lèvres sur les siennes. Il le sentit se tendre, mais cela ne dura pas. Tony se hissa sur la pointe des pieds, pour l'embrasser plus profondément. Loki émit un petit bruit de gorge, et descendit ses mains dans le creux de ses reins pour le tirer vers lui. Tony sentit un petit frisson le parcourir. Sa tête lui tournait.
Il l'embrassa longtemps et y mit toute son application. Du pouce, il traça gentiment des cercles sur les joues fraîches et humides du dieu. Après leur repas, Loki avait le goût des fruits d'été et les lèvres sèches. Tony les retraça avec les honneurs qui leur étaient dus, passa sa langue par-dessus et entre elles.
Lorsque Tony rouvrit les yeux, il vit que Loki avait l'air un peu perdu. Il ne put s'empêcher de poser un petit bécot sur ses lèvres.
- Vois ça comme un remerciement, Rudolphe, lui offrit-il en guise d'explication.
Loki se racla la gorge, le regard fuyant. Pour un peu, Tony aurait juré qu'il rougissait, mais c'était difficile à évaluer à la seule lueur des étoiles. Il aurait pu le laisser partir, mais il aimait leur proximité et il aimait le voir gêné, lui qui était d'ordinaire si sûr de lui. Ça avait quelque chose d'excitant.
- On devrait y aller, finit par dire le dieu. Il est déjà tard, Sigmund et Signy doivent s'inquiéter.
C'était la pire des excuses, Tony rit un peu.
- Oh, allez, on a déjà fait bien pire.
Loki lui jeta un regard suspicieux. Tony sentit le vent tourner lorsqu'il le vit plisser son nez. Oh, ce n'était jamais bon signe.
- Tu sais que nous ne sommes pas en couple, n'est-ce pas Stark ?
Ouais, il était très fort. Tony retira ses mains pour mettre une distance raisonnable entre eux. Loki fit mine d'effacer les plis de sa chemise.
- Je suis au courant, oui, grommela-t-il un peu gêné. Pas la peine de monter sur tes grands chevaux Rudolphe, j'avais juste envie de…
- De quoi ? le coupa le dieu. De m'embrasser ? Nous n'avons pas ce genre de relation Stark. Je suis prêt à admettre que je te trouve désirable. Et pourquoi pas, que nous pourrions peut-être nous considérer comme amis. Mais ça s'arrêtera là, je ne veux pas de romance entre nous.
- C'est bon, c'est bon, j'ai compris ! se défendit-il. J'étais pas en train de te proposer le mariage, non plus.
- J'espère bien, trancha le dieu. Puis, un peu radouci, il ajouta. Ce serait une très mauvaise idée. Pas juste pour moi, mais pour toi aussi. Crois-le ou non, mais je te suis reconnaissant de m'avoir aidé jusqu'ici, et je ne tiens pas à te voir souffrir parce que tu te serais mis en tête l'idée que je suis l'homme de ta vie.
- Tant de considération pour ma si petite personne, tu me flattes, ironisa Tony.
Il y avait comme un froid dans sa poitrine.
- Oh, Stark, si tu savais les choses que je ferais pour ta petite personne… » Lui répondit le dieu. Sa voix était douce, plus douce qu'à l'ordinaire.
Tony n'aurait pas dû tourner la tête pour le regarder. Il n'aurait pas dû, mais il le fit quand même, et il le vit, là, plongé dans les étoiles, ses cheveux mouillés de sueur, les deux boutons de sa chemise, et son sourire, oh son tout nouveau sourire, son sourire tendre, celui qui n'était réservé qu'à lui, Tony Stark, de toutes les personnes du monde.
Ouais, Tony était un putain d'idiot.
Ils retournèrent au vaisseau dans un silence lourd comme la nuit. Tony entendait leurs pas résonner dans la forêt. Il aurait voulu dire quelque chose, n'importe quoi, mais les mots l'avaient abandonné. Il se sentait étrange, triste, peut-être énervé et peut-être déçu, mais il n'aurait pas dû, parce que ça ressemblait vraiment à Loki de le rejeter pour ensuite lui faire des compliments par-derrière.
Il était perdu. Ses sentiments étaient un bordel sans nom, et bientôt, leur voyage interstellaire toucherait à sa fin. Ils se retrouveraient tous les deux à la tour, à se regarder dans le blanc des yeux et à se laisser bouffer par tous les mots qu'ils ne disaient pas.
Tony leva les yeux. Loki marchait devant lui sans se retourner, sa silhouette se découpait dans la lumière des étoiles. Ensuite, il sentit un étrange sentiment de détermination monter en lui. Et il se sentit mieux. Loki pensait qu'ils iraient mal ensemble, mais Tony pouvait lui prouver le contraire. Il avait déjà fait des choses plus impossibles.
L'aube se levait lentement autour d'eux.
…
Tony passa la journée suivante enveloppé dans une sorte de nuage vaporeux. Il n'avait pas dormi de la nuit et le petit épisode du baiser ne cessait de lui tourner en tête. Il se prenait tantôt à rêvasser, à repenser à l'expression vulnérable qui était apparue sur le visage de son amant, pour plonger immédiatement après dans ce qui s'apparentait vraiment plus à un cauchemar. Loki, Loki et ses mots froids, et ses rejets, et ses retours, allaient le rendre fou. Le pire dans tout cette histoire, c'était que Tony lui-même restait plus qu'enthousiaste. S'il avait eu une once de bon sens, il aurait pris ses cliques et ses claques et ne serait jamais revenu.
Ils mangèrent ensemble aux repas, Tony tenta de son mieux de contrôler les regards qu'il ne pouvait s'empêcher de jeter dans la direction du dieu de temps à autre. Il donnerait cher pour savoir ce qu'il se passait dans cette tête démoniaque. Qu'était-il réellement à ses yeux, lui, Tony Stark, stupide et éphémère midgardien ? Un divertissement passager ? Ou quelque chose d'autre, de plus profond ? Est-ce que lui aussi, ressentait cette attraction permanente entre eux ? Ce besoin viscéral de toujours le toucher ? De l'embrasser ?
Loki finit de couper la viande de Sigmund et leva les yeux vers lui. Il souriait un peu, avec les yeux. Oui, Tony était foutu, et s'il ne faisait rien, il allait finir le cœur brisé comme dans les pièces dramatiques que Loki aimait lire à voix basse.
Le soir même, alors qu'il dormait du sommeil des justes dans le lit qu'ils partageaient, il sentit Loki se glisser à ses côtés. Un peu perdu, il se tourna vers lui. L'espace était étroit et il n'avait pas beaucoup de marge de manœuvre. Son dos lui faisait mal parce qu'il s'était endormi n'importe comment, mais il se sentait trop bien sous les couvertures pour vouloir bouger.
« C'est déjà mon tour de garde ? chuchota-t-il, un peu frustré.
- Dans cinq minutes, lui répondit le dieu. Tu as encore un peu de temps.
Tony fut surpris lorsqu'il le sentit glisser une main dans son dos et le ramener à lui. Encore plus lorsque le dieu embrassa gentiment le creux de son cou, sa joue, ses lèvres. Tony émit un petit soupir bienheureux.
- Je vois que tu as trouvé une idée d'occupation, remarqua-t-il en glissant ses mains le long du torse offert. Il ouvrit avec précaution la chemise du dieu, retirant chaque bouton avec soin.
Loki le regardait faire, absorbé. Il passait ses doigts frais dans le dos de Tony, un petit sourire aux lèvres.
- Tu sais, Stark, ce qu'il y a de bien avec toi, c'est que l'on ne s'ennuie jamais, le taquina-t-il.
Tony savait que son entourage entier aurait donné beaucoup pour, justement, qu'il calme ses ardeurs, et qu'il leur laisse la chance de s'ennuyer. C'était étrange d'avoir quelqu'un qui ne rechignait pas à partir dans toutes sortes d'aventures à ses côtés. Il ôta la chemise du dieu et apprécia le torse nu qu'il venait de découvrir. C'était toujours un peu comme creuser le sable et tomber sur un trésor. Il embrassa la clavicule.
Ils passèrent de longues heures sous la couverture chaude, des heures pleines de baisers et de désirs, et surtout, pleines de mots jamais prononcés. Tony espérait, entre chaque respiration, chaque soupir, chaque silence, que Loki l'entendait tout de même. Il avait l'impression de partager un langage secret avec lui, un langage qu'eux seuls pouvaient comprendre.
« Vous ne trouvez pas cela étrange ?
Tony sortit de sa contemplation de la planète que Loki appelait Jötunheimr. D'où ils étaient, elle ressemblait à un énorme glaçon entouré de vapeur.
Depuis qu'ils avaient rendu Gersimi à sa famille, ils n'étaient plus que quatre à l'intérieur du vaisseau. Tony avait un peu de mal à s'habituer à l'atmosphère redevenue calme. Il y avait comme une sorte de vide dans leur espace.
- De quoi ? demanda-t-il à Signy qui venait de s'asseoir à ses côtés.
Celle-ci regardait en direction du cockpit où se trouvaient Loki et son frère qui, comme à leur habitude, s'étaient plongés dans l'une de leurs histoires glauques. Loki faisait des gestes enthousiastes, il semblait expliquer quelque chose au garçon qui l'écoutait avec attention.
- Ça, dit-elle simplement. Tony se garda de lui faire remarquer qu'elle avait pris de Loki la vilaine habitude de plisser son nez lorsque quelque chose lui déplaisait.
Il réfléchit un instant à la question. Signy avait raison, Loki semblait avoir adopté son frère sans vraies raisons, d'autant qu'il n'avait pas particulièrement marqué d'attachement particulier envers les autres enfants.
D'ailleurs, Tony suspectait d'avoir trifouillé leur itinéraire de route pendant qu'il avait le dos tourné et d'avoir échangé Vanaheim et Jötunheimr, juste pour pouvoir passer un ou deux jours de plus avec Sigmund. Il avait trouvé ça trop mignon pour protester et avait fait mine de ne pas l'avoir remarqué.
- Un peu, mais c'est Loki, on peut pas lui demander d'avoir des explications rationnelles tout le temps. Je veux dire, entre nous, s'il avait suivi sa logique, il vous aurait laissés avec l'autre taré sur sa planète d'esclavagistes, raisonna Tony.
- Ce n'est pas rassurant, remarqua assez judicieusement la jeune fille.
Tony changea d'angle d'attaque.
- Pourquoi tu me demandes ça d'un coup stroumphette ? T'as un problème avec Loki ?
- Plutôt le contraire, en fait, répondit-elle. Après tout, il nous a sauvé la vie, je serais stupide de ne pas lui en être reconnaissante. Et il peut être assez compréhensif, quand il en a envie. Je lui ai raconté, une fois, ce qui s'était passé sur Sszardil. Je veux dire, en détails, je n'arrivais pas à dormir. Et il avait demandé.
Elle secoua la tête, comme pour chasser de mauvais souvenirs.
- Il m'a écouté sans rien dire, mais à la fin, j'ai vu que ça l'avait atteint. Il était énervé, et triste aussi. Après, il m'a dit que ce n'était pas de ma faute.
Tony la regarda. Elle avait l'air un peu émue. Ses yeux rouges brillaient.
- Je le savais. Mais quand il l'a dit à voix haute, ça m'a quand même soulagée. Je ne sais pas pourquoi je me sentais aussi coupable. Peut-être de ne m'être pas assez battue, de les avoir laissés entraîner Sigmund, alors que je sentais que je devais le protéger. Enfin, c'est juste dire que je l'aime bien, Loki.
- Il avait raison de te dire ça, lui répéta Tony juste au cas où ce n'était pas assez rentré dans sa petite tête bleue. Mais du coup, j'avoue que j'ai du mal à comprendre ton problème.
- Oui, j'avais oublié que vous étiez midgardien, dit-elle avec son froncement de nez. Que savez-vous des relations entre Asgard et Jotünheimr ?
- Pas-grand-chose, mais j'ai cru comprendre que c'était tendu. Je sais pas si tu te souviens des filles qui étaient avec nous au début ? La grande rousse a parlé d'une guerre ou quelque chose du style. Son père était comme vous, du genre bleu, précisa-t-il un peu maladroitement.
Heureusement pour lui, Signy ne s'en vexa pas.
- Tendu n'est pas le mot qui conviendrait. Nos peuples se détestent depuis la nuit des temps. J'ai moi-même été élevée dans la méfiance, plutôt la haine des Ases. Vous n'avez bien sûr pas tous les outils pour comprendre, mais je vous assure que ces sentiments sont motivés par des raisons bien légitimes.
Ça ne surprenait pas tellement Tony, dans la mesure où il avait récemment appris que le papa Odin avait tout un tas de squelettes dans ses placards.
- Ils ont beaucoup pris à notre peuple. Encore aujourd'hui, des Jötuns meurent de faim et de pauvreté partout dans le pays et c'est une conséquence directe de ces vols. Et Asgard a convaincu le reste des royaumes de nous exclure des circuits de commerce traditionnels. On vit en autarcie complète depuis la guerre. Sans parler des incidents réguliers dans lesquels nos soldats disparaissent mystérieusement. Je ne suis pas en train de dire que nous n'avons pas notre part de responsabilité, mais il est certain qu'Asgard profite de son ascendant pour nous tuer à petit feu.
Eh bien, ça avait l'air joyeux. Et c'était une fillette bien calée en politique, songea Tony.
- Donc, j'ai beau savoir que Loki ne veut pas être mêlé à tout ça, parce que c'est ce qu'il nous a dit, et qu'on n'avait pas intérêt à raconter qu'il était vivant, et qu'il ne voulait rien savoir de ce qui se passait entre nos planètes, eh bien, ça reste bizarre. Parce que c'est le prince d'Asgard, tu vois ? Je m'attendais à ce qu'il soit horrible envers nous, parce que tout le monde sait qu'un asgardien va descendre un Jötun dès qu'il en a l'occasion, parce que ces gens sont des guerriers assoiffés de sang, enfin, c'est ce que je pensais, quoi.
- Ouais, je comprends, la rassura Tony qui la voyait perdue. Enfin, je pense pas que tous les asgardiens soient des guerriers assoiffés de sang, comme tu dis, mais je peux voir d'où vient l'idée. C'est normal que tu aies été un peu perturbée quand t'as vu que Loki était relativement normal.
- Mais le problème, n'est pas juste qu'il est normal, le corrigea-t-elle. C'est qu'il est gentil envers nous, mon frère surtout.
Elle désigna Sigmund pour prouver son analyse. D'où ils étaient, il pouvait voir son profil souriant. Loki était de dos, mais ils entendaient tout de même les échos de sa voix amusée.
- Je ne sais pas trop quoi te dire, lui répondit Tony, parce que c'était vrai. Enfin, si ça peut aider, je sais qu'il a des gros problèmes avec Asgard et sa famille. C'est peut-être pour ça que c'est plus facile pour lui de se détacher de toutes ces histoires de racisme spatial. Ou alors, c'est juste un de ses trucs de Loki, tu sais.
- Il est vraiment bizarre. » Conclut-elle, l'air toujours un peu contrariée.
Loki se tourna vers eux à ce moment précis, l'air à nouveau sérieux. Sigmund s'était calé sur son attitude et se tenait très droit.
« Si vous pouviez arrêter vos cachotteries le temps d'attacher vos ceintures, nous allons bientôt arriver. »
Ils atterrirent dans ce que Signy appelait les plaines de Glæsisvellir, et que Tony renomma la maison du père putain de Noël. Le paysage était terrible, des arbres plus gros que tout ce que Tony connaissait, noirs et imposants, de la neige depuis longtemps transformée en glace et d'épaisses couches de nuages sombres au-dessus de leurs têtes.
Loki avait froncé ses sourcils en le voyant dans son armure. Depuis qu'ils étaient entrés dans l'atmosphère, il semblait s'être renfermé.
« Je ne suis pas sûr d'aimer ça, dit-il en donnant un léger coup sur le plastron.
- C'est ça où je me transforme en glaçon Rudolphe, l'informa-t-il.
- Je m'en rends bien compte et c'est précisément ce qui me dérange. Tu ferais mieux de rester dans le vaisseau, la plus petite faille te serait mortelle.
Tony leva les yeux au ciel.
- Arrête de jouer aux oiseaux de mauvais augure, tout va bien se passer. Et puis, je suis sûr que je peux compter sur mon prince charmant en cas de problème, pas vrai ? »
Cela ne parvint pas à dérider le dieu, mais au moins, il le laissa tranquille. Tony soupira. Il y avait des jours où il avait l'impression de connaître Loki depuis des années et d'autres où il se transformait en complet étranger sans prévenir.
La marche fut longue jusqu'à Utgard, mais Tony ne pensa pas à s'en plaindre. Signy à ses côtés l'entretenait des diverses bestioles extraterrestres qu'ils pouvaient apercevoir dans le paysage, heureusement trop méfiantes d'eux pour s'approcher. Tony l'écoutait distraitement, une partie de son attention focalisée sur les informations que l'armure récoltait et affichait devant ses yeux.
Devant eux Loki marchait à bonne allure, la main de Sigmund dans la sienne. Ni le dieu ni le garçon ne parlaient, mais Tony pouvait les voir s'échanger des regards de temps à autre.
Lorsque la ville fut en vue, un énorme amas de maisons tordues, sombres et anarchiques entouré d'un mur croulant, Tony se sentait fatigué et mélancolique. Sigmund s'arrêta le premier.
« Vous pouvez nous laisser ici, les informa Signy. Nous n'aurons pas de problèmes pour retourner chez nous. D'ailleurs, c'est peut-être mieux que l'on ne nous aperçoive pas en votre compagnie. Sans vouloir vous offenser, bien sûr.
- Vous êtes sûrs que ça va aller ? demanda Tony, un peu inquiet.
- Bien sûr, nous connaissons les lieux comme notre poche.
Loki se pencha vers Sigmund et passa une main affectueuse dans ses cheveux. Tony n'osa pas leur dire qu'ils prirent quelques secondes de trop pour se fixer, yeux dans les yeux, au beau milieu de la neige. Il avait le cœur un peu lourd.
Lorsque le dieu rompit le contact, il avait les lèvres serrées. Il s'adressa aux enfants.
- Vous serez gentils de garder nos identités pour vous, n'est-ce pas ? leur rappela-t-il.
Signy fit une petite moue gênée.
- Je n'aime pas mentir.
- Personne ne te demande de mentir, enfant. Tu peux dire la vérité si cela te chante, mais souviens-toi simplement d'ajouter que les hommes qui t'ont ramené ici n'ont pas voulu que tu répètes leurs noms parce que cela pourrait leur causer des ennuis, insista Loki.
- Si vous y tenez, marmonna-t-elle.
- Bon bah rentrez bien dans vos igloos les gosses !
Oui, Tony n'était pas ce qui faisait de mieux en matière d'adieux. Mais eh ! Il fallait bien que quelqu'un s'y colle.
Signy lui sourit maladroitement et prit son frère par la main.
- Merci Stark, et à vous aussi Loki. Je prierai les Nornes pour que nos chemins se recroisent un jour. »
Elle sembla hésiter un moment, se décida pour incliner la tête en signe de reconnaissance et partit, entraînant Sigmund avec elle. Tony s'attendait à ce que Loki se redirige vers le vaisseau, mais il resta un long moment à les contempler alors qu'ils disparaissaient vers la masse grouillante de la ville.
Il jurerait avoir vu Sigmund se retourner, lui et son regard impénétrable, mais Loki gardait ses lèvres si fermement crispées qu'il n'osa rien dire.
Après deux mois de périple, ils rentraient à la maison.
