Note : Coucou tout le monde ! J'espère que tout va bien chez vous ! On se retrouve pour un chapitre plutôt de transition avec un petit caméo de Thor. Des bisous !


CHAPITRE 6B

Tony arriva dans les quartiers du SHIELD de mauvaise humeur. Oh, ce n'était pas qu'il n'avait pas envie de revoir ses chers collègues, mais il ne se souvenait déjà plus de la dernière fois où il avait dormi, il avait un trou dans son plafond, et on entravait ses recherches scientifiques de haute importance qui lui vaudraient un prix Nobel et le respect infini de ces cons de la NASA.

Il avait pris la peine d'une douche et d'un petit changement de vêtements. Parce que Loki lui avait confirmé, que oui, il avait bel et bien une sale mine. Et puis, il ne tenait pas spécialement à ramener encore plus l'attention à lui. Il avait déjà disparu deux mois et Cap avait aperçu des trucs louches le matin même, aussi préférait-il rester prudent et ne pas venir couvert de poussière suspecte.

Avec un soupir exagéré, Tony rajusta les lunettes de soleil qui glissaient sur son nez. Il avait peut-être abusé du café parce que ses mains tremblaient un peu. Mais qu'est-ce qu'il était en train de raconter ? On ne pouvait pas abuser du café.

Il ne s'attendait pas à trouver un comité d'accueil, mais il fut quand même déçu de ne trouver que Natasha et Steve, affairés autour de sandwichs et d'un tas d'écrans. Il ne reçut que deux regards inexpressifs à son arrivée. Charmant.

« Je dois dire que je suis surprise que tu sois encore en vie, constata Natasha en guise de bonjour. Ses cheveux avaient encore changé de couleur, elle les avait teints en noir.

- Quel enthousiasme ! S'il-vous-plaît pas tous à la fois, ironisa Tony.

Une once d'amusement passa dans les yeux de l'espionne et elle se leva pour lui donner une brève accolade. Tony sourit largement.

- Je préfère ça. Et toi, Steve ? J'ai pas le droit à un bisou après ma longue et énigmatique disparition ? Avoue que je t'ai manqué.

Le Capitaine leva les yeux au ciel. Un de ces jours, Tony arrêterait de le faire chier, mais pas aujourd'hui. Il y avait quelque chose de profondément satisfaisant à énerver le gars auquel votre père vous avait comparé toute votre vie. Pas que Steve en soit responsable, mais Tony était du genre à traîner ses rancunes jusqu'à la mort. Pas très mature, mais très satisfaisant.

- Longue et énigmatique, ce sont les termes, oui, releva Steve en pliant les emballages qui jonchaient la table avec méticulosité. Tu voudras nous dire ce que tu as fait tout ce temps ou tu préfères garder le mystère ?

Ouais, il n'y avait aucun monde où Tony avouait ce qu'il a avait fait pendant ces deux mois. Et encore moins avec qui il l'avait fait. Il se contenta d'un sourire innocent.

- Crois-moi Cap, tu veux pas savoir. Et je m'en voudrais d'abîmer tes chastes oreilles.

- Mais tu es de retour dans l'équipe, n'est-ce pas ? l'interrogea celui-ci.

C'était une question intéressante, Tony n'y avait pas beaucoup réfléchi. Probablement parce qu'il n'avait pas besoin d'y réfléchir, en fait.

- Évidemment, je sais bien que vous êtes perdus sans moi.

- On s'est très bien débrouillés jusqu'ici, le nargua Natasha. D'ailleurs, pour une fois, les réunions commençaient à l'heure. C'était un changement assez plaisant.

- Ha, ha, je vois que tu t'es aussi acheté un sens de l'humour en mon absence, la tacla Tony de manière fort peu mature. Steve soupira.

- Assieds-toi, alors. On a des résumés à te faire. » Lui enjoignit-il en se penchant sur l'un des écrans. Tony vit tout un tas de dossiers à l'air barbant défiler sous ses yeux. Oh joie.

Il s'avéra que les Avengers n'avaient pas chômé en son absence. Il écouta d'une oreille distraite Steve lui parler d'une nouvelle organisation terroriste, officiellement sous contrôle, mais qu'ils surveillaient encore, histoire d'être certains qu'aucun de ses membres ne puisse refaire surface. Ils avaient également découvert plusieurs armes chitauries dans le sous-sol d'un habitant du Bronx. Cela réveilla un peu l'attention de Tony.

« C'est mauvais, remarqua-t-il. Et le gars ne sait pas comment elles sont arrivées là ?

- À ce qu'il dit. J'ai tendance à le croire. On parle d'un père de famille, pas d'antécédents judiciaires. C'est possible qu'elles soient arrivées là par accident. Le problème, c'est qu'on a aucune idée de combien d'entre elles sont encore dispersées partout dans la ville, et aucun moyen de les localiser. Entre de mauvaises mains, ce seraient des armes redoutables.

- Parce que le SHIELD se contente de les garder en décoration ?

- Tony, le reprit le Capitaine. Nous sommes du même côté, tu te souviens ?

Natasha calma les choses en intervenant.

- Nous sommes bien en train d'effectuer des expériences sur ces armes, mais pas dans le but de les reproduire Stark. De toutes façons, ce sont des armes biotechnologiques, elles ne sont pas adaptées à l'organisme humain. »

Tony n'était pas rassuré, mais il décida de ne pas rajouter de l'huile sur le feu et laissa Steve reprendre ses résumés à la con. Il questionnerait Loki plus tard à ce sujet. Après tout, si quelqu'un devait s'y connaître, c'était bien lui.

Lorsque Steve eut fini ses petites histoires, et scrupuleusement précisé qu'ils avaient mis en place un planning d'entraînement en équipe, Tony demanda de son plus bel air innocent :

« En parlant d'équipe… C'est pas que j'apprécie pas votre délicieuse compagnie, les gars, mais vous sauriez pas où sont les autres ?

- Pourquoi ? Tu nous as ramené des paquets souvenirs de tes interminables vacances ? demanda Natasha.

Steve répondit plus sérieusement. Tony en arrivait à penser que ce gars pouvait ennuyer les gens jusqu'à la mort, et non, il n'était pas dramatique, juste un peu fatigué. Et il avait besoin de trouver Thor pour des raisons personnelles.

- Bruce est parti en voyage la semaine dernière. Une histoire de recherches biologiques et de plantes rares, de ce que j'ai compris.

- Clint fait une sieste, intervint Natasha, blasée.

- Et Thor doit être à l'étage. Un des agents du SHIELD lui apprend à se servir d'un ordinateur, compléta finalement Steve.

Tony ne put pas s'empêcher d'éclater de rire, parce que sérieusement ? L'idée d'un pauvre agent donnant des cours d'informatique au dieu du tonnerre était hilarante. Et il connaissait quand même un peu Thor, le gars n'était pas une lumière. Il souhaitait bonne chance au gars qui s'en occupait.

- Ce n'est pas drôle, le reprit Steve de son air pincé.

- Tu rigoles ? C'est à se pisser dessus. Tu dis juste ça parce que t'aurais bien besoin d'un cours ou deux toi-même, se moqua Tony. Bon, j'espère que vous ne m'en voudrez pas, mais il faut absolument que j'aille voir ça. Je ne veux rien rater. »

Steve le salua poliment, quoique toujours un peu froissé, et Natasha avec juste un peu plus d'enthousiasme. Tony les quitta en sifflotant sous les néons glauques des couloirs du SHIELD. Vraiment, ces espions… Peut-être qu'ils ne faisaient pas le travail le plus réjouissant du monde, et ouais, ils mourraient par paquets de douze, mais ce n'était pas une raison pour transformer leurs locaux en morgue. Merde à la fin.

Tony trouva sa cible dans un des étages supérieurs. Au moins, l'ambiance y était un peu plus chaleureuse. Le dieu fixait un des ordinateurs dernières technologies du SHIELD d'un air un peu benêt, ce qui fit sourire Tony. On l'avait installé dans une des rares pièces dotées de baies vitrées et de plantes d'intérieur. Par contre, il n'y avait aucune trace de l'agent supposé s'occuper de lui.

« Comment ça va Ducobu ? le salua Tony en entrant dans la pièce. T'as fait fuir ta maîtresse ?

Thor tourna le regard vers lui, et se fendit d'un large sourire. Tony ressentit une brève pointe de culpabilité, mais il l'oublia lorsqu'il lui fallut esquiver une claque dans le dos. Amicale, certes, mais surtout potentiellement mortelle.

- Je n'ai aucune idée de qui est ce Cobu, mais je suis heureux de vous revoir, homme de fer ! s'exclama Thor, tout transporté.

- Oui, oui, moi aussi, mon gros, lui répondit Tony, un peu sous le choc dans tant d'allégresse. Tu m'as pas dit, il est où ton prof ?

- Oh, vous parliez de mon instructeur ! Il m'a dit qu'il allait prendre un peu de repos. Il devait vraiment être fatigué, parce qu'il n'est pas revenu.

Tony rit un peu et attrapa une chaise. Il s'y installa de face et posa son menton sur le dossier. Il n'avait jamais été très doué pour tourner autour du pot, aussi attaqua-t-il avec fort peu de finesse :

- Et donc ? Du nouveau dans ta vie ? Ça fait longtemps qu'on t'a pas vu par ici.

Thor se rembrunit presque immédiatement. Le gars avait vraiment besoin de prendre des cours de théâtre, songea distraitement Tony en tapotant du bout des doigts l'arrière de son siège.

- J'ai bien peur que rien de très réjouissant ne me soit arrivé depuis la dernière fois où nous nous sommes vus, mon ami, l'informa Thor. La noble Asgard a subi l'attaque des redoutables elfes noirs de Svartalfheim durant la Convergence. Menés par le terrible Malekith, ils ont causé bien des dommages à mon peuple et ont emporté de nombreux guerriers avec eux. Nous pleurons encore la perte de ma mère, la reine Frigga, et…

Loki ne lui avait pas parlé de leur mère. On pourrait penser qu'après des mois de cohabitation, le dieu aurait fini par aborder le sujet, mais il n'en était rien. Il n'avait même jamais mentionné son nom. Tony eut une brève pensée émue pour sa propre mère, Maria, et se souvint du chagrin qui l'avait submergé à l'époque. Comment Loki pouvait-il faire son deuil ainsi, en silence ? Il en était un peu vexé, mais pas surpris. Cela lui ressemblait bien. Il était du genre à considérer le chagrin comme de la faiblesse.

Il ne dit rien et se contenta de fixer l'expression chagrinée de Thor. Ce dernier se racla la gorge.

- Mon frère Loki est mort également, il s'est vaillamment battu contre nos assaillants, précisa-t-il avec un brin de défi.

Tony s'était toujours demandé comment Loki s'était retrouvé sur son tapis. En fait, non. Il n'en avait d'abord rien eu à foutre, parce qu'une part de lui pensait que le dieu méritait son sort, mais à présent qu'ils étaient plus... eh bien, intimes, il était réellement curieux.

- Eh bah, Bob le bricoleur, c'est une sacrée histoire. Toutes mes condoléances pour ta mère… et ton frère, ajouta-t-il après un délai de réflexion, parce que ouais, il ne voulait pas attirer de suspicions sur lui, mais il n'avait pas non plus envie de se comporter comme un parfait connard.

Ensuite, parce qu'il voulait vraiment comprendre comment Loki en était arrivé là, il demanda :

- Tu pourrais expliquer toute cette histoire de Convergence au pauvre petit humain que je suis ?

Thor parut un peu surpris de sa demande et du changement de sujet, mais il s'exécuta gracieusement.

- Bien sûr, homme de fer, je vois que vous avez gardé votre esprit scientifique coutumier. Ce que nous appelons Convergence est un événement cosmique très rare : l'alignement parfait des Neuf Royaumes. Il n'a lieu qu'une fois tous les cinq mille ans et provoque des effets encore inexpliqués dans nos réalités. Les frontières entre nos royaumes se brouillent, je ne saurais pas très bien l'expliquer, mais un objet qui se trouverait par exemple chez vous, sur Midgard, pourrait arriver à Asgard par une sorte de déplacement.

Oh, c'était intéressant, songea Tony. Et cela expliquait comment Loki s'était retrouvé propulsé dans sa tour. Il devait vraiment avoir une chance pourrie, parce que, quelle était la probabilité, pour que, d'entre neuf royaumes, Loki arrive sur Terre, et encore plus sur sa gueule ? Quel genre de divinité vengeresse avait-il bien pu provoquer dans une vie antérieure ? La coïncidence était improbable.

- C'est flippant, se contenta-t-il de commenter, parce qu'il ne savait pas trop quoi en dire. J'aurais pas aimé me retrouver téléporté dans un autre monde.

Thor eut un rire sonore à son commentaire, Tony grimaça lorsqu'il lui frappa l'épaule avec camaraderie.

- Et vous avez bien raison ! Bien des climats sont inhospitaliers à vos corps de midgardiens frêles.

Tony se retint de lever les yeux au ciel. Charmant. Mais il devait avouer que Thor avait raison sur ce point. Il n'aurait pas survécu à une transportation impromptue sur, au hasard, Jotunheimr. Ça aurait été la fin du grand Iron Man.

Tout à ses pensées, Tony ne remarqua pas qu'un silence pesant s'était installé entre eux. Thor gigotait dans sa périphérie, inconfortable.

- Je voulais vous remercier, ami Tony, commença ce grand idiot. Bien peu de gens ont offert leurs regrets quant à la fin tragique de mon frère. Enfin, je les comprends. Il a causé beaucoup de chagrin dans ses derniers moments.

Soudainement gêné, Tony tenta de désamorcer la situation.

- J'en suis sûr Bob, acquiesça-t-il d'un signe de main qu'il espérait nonchalant.

- Mais vous savez, je m'étais fait la réflexion que vous lui ressemblez beaucoup, reprit Thor, impitoyable.

Tony faillit s'étouffer. Il allait mourir d'une crise cardiaque.

- Je ne voulais pas vous offenser, ami Tony, se rattrapa Thor qui interprétait sa toux comme une réaction vexée. Je ne faisais que pointer que vous et mon frère partageait certaines similarités, voilà tout.

Il se garda bien de demander lesquelles mais cela n'arrêta pas ce bon vieux Thor.

- Vous avez le même esprit, s'épancha-t-il, la même curiosité, l'envie de toujours tout savoir. Et vous avez un humour très similaire, même s'il n'est pas toujours très drôle pour les autres.

- Là, je t'arrête tout de suite, parce que je suis hilarant, Point Break.

Thor lui répondit par un bon gros rire. Lorsqu'il se calma, il avait l'air un peu trop ému au goût de Tony qui n'avait jamais été bon consolateur. Que quelqu'un le sorte de là.

- Vous savez, parfois, je repense au jeune homme qu'était mon frère. Je me souviens qu'il était souvent seul. Il disait qu'il n'aimait pas la compagnie d'autrui, mais je soupçonne que ce n'était qu'un mensonge de plus pour cacher ses vrais sentiments.

Tony n'avait aucun mal à l'imaginer.

- Avec du recul, je me dis que si vous aviez été là, vous auriez été bons amis. Et alors les choses n'auraient pas si mal tourné. »


« Comment s'est passé ta petite réunion de super-héros ? lui demanda Loki lorsqu'il rentra enfin.

- Thor était là, enfin, je lui ai parlé quoi, lui répondit Tony sans s'embarrasser des politesses d'usage. Ils savaient tous les deux ce que Loki voulait réellement savoir.

Du coin de l'œil, il le vit se figer.

- Il pense vraiment que tu es mort, continua-t-il, non sans une pointe d'amertume.

Il se sentait toujours coupable de cacher la vérité au dieu du Tonnerre et encore plus à présent qu'il avait vu à quel point ce dernier se sentait mal. Le pauvre n'essayait même pas de cacher son deuil.

- Tu ne peux pas être surpris, lui répondit Loki sur la défensive. Tu as vu toi-même l'état dans lequel je me trouvais en arrivant sur votre planète. Si tu n'étais pas intervenu, je serais bel et bien mort.

- Je sais, et je peux comprendre pourquoi tu tiens tant à le rester, reconnut Tony. Mais tu n'as pas vu l'état dans lequel il se trouvait. Sérieusement, Rudolphe, on ne peut pas le laisser comme ça ! Ce que je ne comprends pas, c'est comment tu peux savoir que ton propre frère souffre à ce point et ne rien faire !

- Vraiment, Stark ? Parce que tu lui as avoué quelque chose, toi ?

Devant son silence coupable, il s'énerva.

- C'est bien ce que je pensais ! Tu viens me faire des leçons de morale, mais tu n'as même pas eu le courage de lui dire quoi que ce soit ! Tu le laisses souffrir autant que moi !

- Parce que ce n'est pas mon frère abruti ! C'est le tien ! Je ne vais quand même pas résoudre vos problèmes de famille ! se défendit Tony.

Ce fut la phrase de trop, celle qui fit sortir Loki hors de ses gonds. Tony sentit ses cheveux, se hérisser sur sa nuque, la pièce se chargea d'une électricité nouvelle et menaçante.

- Thor n'est pas ma famille, s'emporta Loki. Il ne l'a jamais été, et il ne le sera jamais. Tu veux savoir ce que j'en pense vraiment ?! Je lui souhaite de souffrir, et je lui souhaite de souffrir longtemps, autant que son égocentrisme le lui permettra ! J'espère que les remords l'empêcheront de dormir la nuit, que mon spectre le poursuivra jusqu'à sa tombe, et que plus jamais, il ne puisse vivre en paix. Je veux qu'il souffre comme j'ai souffert.

Tony recula d'un pas, malgré lui. Il ne pouvait pas y croire.

- Tu ne penses pas un mot de ce que tu dis, l'accusa-t-il.

- Je les pense comme je te vois maintenant ! C'est trop facile, pour lui, de se remettre en question une fois que je n'existe plus ! Il est arrivé trop tard, ajouta-t-il, quoique cela puisse bien vouloir dire.

Je me souviens qu'il était souvent seul, avait dit Thor. Tony sentit sa poitrine se contracter.

- Tu mens, Loki. Je sais que tu mens, et il n'est jamais trop tard. Vous êtes tous les deux, là, vivants, tu vas rater une opportunité et tu y penseras toute ta vie, parce que tu devras continuer sans lui.

Loki secoua la tête avec véhémence. Il avait soudainement l'air d'un enfant pris en faute et démuni, les poings serrés et les sourcils tordus d'émotion.

- Je n'ai plus besoin de Thor. Je ne suis plus l'homme qu'il a connu, et j'ai appris à vivre loin de lui. Je ne peux plus faire marche arrière Stark, je ne peux plus l'aimer, je ne peux plus lui faire confiance.

- Bien sûr que si, essaya de le rassurer Tony.

Dans une tentative un peu maladroite de l'apaiser, il lui prit gentiment la main et la serra dans la sienne. Il la sentit se contracter nerveusement, mais Loki ne la retira pas.

- Non, je ne suis pas si fort que ça. J'ai coupé nos liens, et si nous venions jamais à nous réconcilier, et qu'une fois de plus il me décevait, alors je ne sais pas si j'y survivrais. Je ne peux plus lui pardonner. Peut-être qu'au fond de moi, j'aimerais pouvoir le faire, mais je ne le peux plus. »

Toujours si dramatique, pensa Tony entre indulgence et tristesse. Il le tira à lui et ne rencontra aucune résistance lorsqu'il son front se posa contre celui du dieu. Ils respirèrent longtemps ensemble. Tony sentait la tension retomber autour d'eux. Il caressait lentement le haut de la main de Loki, qu'il tenait dans la sienne, traçant des petits ronds de son pouce.

« J'ai comme l'impression qu'il me manque une partie de l'histoire, là, Rudolphe.

Loki, le regard baissé, fixait leurs mains jointes. Il avait les lèvres serrées.

- Je n'ai pas envie d'y repenser, protesta-t-il d'une petite voix. Tony ne pouvait juste pas résister à cette voix.

- Ça va, lui dit-il. C'est vos problèmes personnels, t'as raison, j'ai pas à mettre mon nez dedans. Je voulais juste aider, tu me connais, super-héros et tout ça. Je ne peux pas m'empêcher de fouiner.

- C'est très réussi. » Ironisa le dieu. Sa voix s'était légèrement raffermie.

Tony soupira et décolla leurs fronts. Il réfléchit un instant à la manière dont il pourrait décoincer la situation.

« Tu sais quoi, vas te faire un thé, je vais te raconter une histoire.

Loki haussa les sourcils, surpris par le tour que prenaient les choses.

- Vraiment ? demanda-t-il.

- Vraiment, confirma Tony. Je t'ai déjà parlé d'Obi ?

Il secoua la tête en signe de négation. Tony lui sourit, porta sa main à ses lèvres pour en embrasser les rotules avant de la relâcher. Il n'avait pas hâte de cette discussion, mais il avait comme dans l'idée que Loki pourrait en tirer quelques enseignements.

Ils s'installèrent dans ce que Tony avait commencé à nommer mentalement leur canapé. Loki n'avait pas eu envie de thé, mais d'un martini, ce que Tony pouvait comprendre. Lui-même se prit un verre, et s'amusa de voir son amant insister pour qu'il y plonge une olive.

- Tu sais que tu n'as aucune obligation de partager cela avec moi, remarqua Loki malgré l'évidente curiosité qu'il affichait.

- Je sais, mais j'ai envie que tu le saches quand même. » Lui expliqua Tony.

Il prit une gorgée de martini et une grande inspiration.


« Est-ce qu'il est mort ? demanda Loki lorsque Tony eut terminé de parler.

Tony était un peu saoul, mais il pensait encore clairement. Vers la moitié du récit, ils avaient commandé des donuts, sucrés et réconfortants. Tony avait mal au ventre parce qu'il en avait trop mangé, Loki se léchait les doigts pour les nettoyer d'un air distrait. Il avait un faible pour les sucreries, même s'il le cachait bien.

- Malheureusement oui, soupira Tony.

- Pourquoi malheureusement ? Tu devrais être heureux de te trouver débarrassé d'un homme aussi vil, raisonna le dieu.

- Déjà, parce que je suis contre la peine de mort, plaisanta un peu Tony. Et ensuite, eh bien, je suppose que j'aurais aimé avoir des réponses.

Loki eut un petit sourire amusé malgré la lourdeur de leur conversation.

- Toujours si curieux, Stark.

- Je crois que tu comprends pas bien, le corrigea Tony. Je connaissais le gars depuis ma naissance, il était plus un père pour moi que n'importe qui d'autre. Il était là pour les moments les plus importants de ma vie, les meilleurs comme les pires. Je l'ai déjà appelé en pleurant, tu captes ? Il me connaissait par cœur, et je sais toujours pas pourquoi…

Il ne comprenait pas ce qu'il avait fait de travers, ce qu'il n'avait pas vu, comment ils en étaient arrivés là. Loki le coupa gentiment dans ses pensées.

- Oh, Stark. Crois-moi, je connais bien ce genre de personne. Tu aurais pu être… Comment l'appelez-vous déjà ? La mère Teresa elle-même, que cela n'aurait rien changé à ce qu'il s'est passé. Peut-être bien qu'il aurait même agi encore plus tôt.

- Je dis pas que c'est de ma faute, se défendit Tony. Mais Loki voyait clair dans son petit mensonge.

- Je suis sûr que tu le sais, lui céda-t-il. Mais peut-être que tu n'en es-tu pas complètement convaincu. Je tenais juste à te rappeler que rien n'aurait pu changer les plans de cet homme, çe n'a jamais été à propos de toi, mais de ta compagnie et de ton argent.

Ça faisait bizarrement du bien à attendre, surtout venant du psychopathe en chef. Tony finit son verre.

- Ouais, j'suppose que t'as raison, merci.

- J'ai toujours raison, lui répondit Loki avec suffisance. Crois-moi, même s'il était encore en vie, il ne pourrait pas t'apporter les réponses que tu cherches. »

Tony leva les yeux pour observer le dieu. Celui-ci semblait songeur, les yeux dans le vide. Ses doigts jouaient distraitement avec le cure-dent qui avait autrefois épinglé l'olive de son martini. Il avait ramassé ses cheveux en arrière, une habitude de plus un plus fréquente chez lui, et portait une chemise de bonne qualité, qui faisait ressortir la peau crémeuse de son cou et de son bras.

Il était tout aussi attirant qu'à l'ordinaire, mais à cette heure où le soleil s'était déjà couché et où Tony se sentait drainé, la faute à une journée un peu trop riche en émotions, il se surprit à regarder son corps sans désir sexuel particulier, mais plutôt avec une sorte d'attirance douce, langoureuse et chaste. C'était inhabituel pour lui, même un peu dérangeant, mais pas désagréable. Juste nouveau.

« Est-ce que je peux t'embrasser ? l'interrogea Tony avant d'avoir eu le temps de trop réfléchir.

Loki sortit de ses songes pour lui lancer un regard surpris.

- Depuis quand tu demandes la permission, Stark ? demanda-t-il assez justement.

Tony haussa les épaules.

- J'ai pas envie de sexe, répondit-il honnêtement. Mais j'ai envie de t'embrasser alors je demande, parce que je suis un gars poli comme ça. Aussi, je suis fatigué, j'ai pas envie d'une autre embrouille stupide, même si j'avoue qu'elles sont parfois assez drôles. Ça donne du piment.

Loki sembla considérer sa requête avec attention. Tony n'y croyait qu'à moitié, vue la réaction de rejet à laquelle il s'était déjà heurté sur Vanaheim, mais à sa grande surprise, il vit Loki poser son cure-dent, et se rapprocher de lui. Tony retint son souffle lorsque les mains du dieu se posèrent tout doucement sur ses joues. Il n'osait pas y croire, mais l'instant d'après, ses lèvres fines, froides, et câlines se posèrent sur les siennes en une caresse presque timide. Tony sentit son cœur faire un saut violent sous le réacteur et il ferma les yeux avec l'impression d'être dans une stupide comédie romantique.

- Content ? lui demanda le visage de Loki proche du sien. Tony pouvait compter les cils qui bordaient ses yeux verts à cette distance.

- Très, chuchota-t-il pour ne pas gâcher l'instant.

Il décida de profiter de sa chance et glissa ses mains derrière le dos de Loki. Il poussa un peu, le dieu tomba mollement dans le canapé, et Tony profita de sa surprise pour s'installer confortablement sur lui. Il posa sa tête sur son torse et glissa ses jambes entre les siennes. Loki grogna, avec juste un peu de contrariété.

- Je te sens un peu trop en confiance là, Stark. Je te préviens, je suis gentil pour le moment, mais ne t'attends pas à ce que cela dure toute ta vie. » L'avertit le dieu.

Tony n'en avait absolument rien à foutre et se sentait très satisfait de lui-même. Okay, peut-être qu'il avait dû offrir une partie de son histoire oh combien tragique, mais il avait réussi à pousser Loki à modifier un peu les stupides règles qui plombaient leur relation, alors ça valait cent fois le coup.

Il l'entendit pousser un soupir vaincu sous lui. Puis, Loki fit une chose surprenante, c'est-à-dire qu'il leva la main et, avec un million d'hésitations, il la posa sur le dos de Tony comme si ce contact seul pouvait suffire à la mettre en feu. Tony retint un rire, parce que c'était un peu ridicule. Il lui avait vraiment fait pire que ça.

« Tu sais, je m'étais demandé pourquoi tu portais une source d'énergie aussi puissante incrustée dans ton corps. C'était étrange de faire cela pour alimenter une armure, lui dit Loki.

Il donnait un peu l'impression de penser à voix haute, sa main s'était mise à tracer des mouvements alambiqués sur le dos de Tony. Celui-ci acquiesça.

- Ouais, eh bien tu sais tout maintenant. Ça m'empêche de… tu sais, crever comme une merde.

Loki se redressa pour lui jeter un regard dégoûté, nez et regard plissés. Tony l'ignora, trop occupé à savourer la sensation de son corps sous le sien. Il risquait de ne pas la retrouver avant un moment, après tout.

- Tu n'as jamais songé à le retirer ? voulut-il savoir. C'est dangereux que de porter ce qui te maintient en vie aussi ostensiblement sur toi.

- Si j'y ai réfléchi, mais l'intervention va causer un tas de problèmes techniques et pas glamours, et elle risque de me mettre hors service pendant un moment, alors je continue de la reporter, lui expliqua-t-il.

- Tu aurais l'air stupide à mourir ainsi, insista Loki, et si Tony ne le connaissait pas si bien, il aurait pu jurer qu'il s'inquiétait. Juste un peu.

Il devait se sentir aussi fatigué que lui, parce que sa voix avait des accents traînant et vaporeux. Tony lui-même se sentait somnolent. Il ferma les yeux pour répondre et réajusta sa tête contre la chemise moelleuse de Loki. Il devait lui reconnaître d'excellents choix vestimentaires.

- Je vais m'y mettre. » Promit-il à voix basse.

Loki ne répondit rien. Sa main s'était endormie sur son dos, et Tony en ressentit une profonde satisfaction.