Note : Coucou tout le monde ! J'espère que tout va bien chez vous ! On se retrouve pour un chapitre un peu chaotique et le début de nouvelles péripéties. Oh, et encore une fois, je n'y connais rien en technologie de vaisseau extraterrestre. Des bisous !
CHAPITRE 6C
Tony se réveilla sans avant-bras. Enfin, ses avant-bras étaient toujours présents, mais il ne pouvait plus les sentir. Du tout.
Loki dormait sous lui. À le voir ainsi, respiration lente et régulière, sourcils détendus, bouche ouverte et cheveux en tous sens, Tony avait du mal à l'associer avec le gars qui s'était pointé avec une putain d'armée sur sa planète. En fait, il n'y arrivait plus du tout s'il était honnête.
Rationnellement, il savait pourtant que le Loki qu'il voyait au jour le jour était bel et bien le même qui avait commis toutes ces choses horribles. Comment, d'ailleurs, aurait-il pu oublier toute la souffrance qu'il avait vue ? Comment aurait-il pu oublier le visage que son amant affichait alors, oublier ses yeux pleins de haine et ses paroles froides comme l'acier, le reflet d'une âme mauvaise et terrible ?
Mais ces souvenirs-là n'empêchaient pas, ou du moins n'empêchaient plus l'affection que Tony avait pour lui de grandir de jour en jour. Il embrassa distraitement le menton du dieu qui se trouvait à sa portée. Celui-ci remua en grognant.
« Bonjour à toi aussi, Rudolphe, le salua Tony, de bonne humeur.
- Qu'est-ce que j'avais dit à propos des marques d'affection, déjà ? articula péniblement Loki qui avait de toute évidence du mal à se souvenir de comment il s'était retrouvé dans cette situation.
- J'ai un trou de mémoire, lui répondit Tony de son air le plus innocent.
- Dégage d'ici, ordonna le dieu, grognon.
Même cela ne parvint pas à froisser Tony qui s'exécuta avec le plus de lenteur possible pour l'ennuyer. Loki menaça.
- Continue comme ça et je vais à nouveau te jeter par la fenêtre !
- Tu n'oserais pas, on finirait par retrouver mon cadavre et remonter jusqu'à toi. Et JARVIS balancera tout à tout le monde, n'est-ce pas J. que tu ferais ça pour ton papa adoré ? demanda Tony en posant les pieds sur le sol froid sous lui.
- On ne retrouverait jamais ton cadavre, maintint Loki en même temps que JARVIS répondait :
- Je dirais surtout que vous l'avez bien cherché, Monsieur. »
Tony se contenta de rire en se dirigeant vers la cuisine et le saint café. Il avait poussé Loki à briser l'une de ses règles stupides, et il avait un vaisseau spatial entier à démonter. La journée ne pouvait pas commencer mieux.
Il prit son petit-déjeuner en téléphonant à une Pepper plus énervée qu'inquiète. Lorsqu'il eut fini ses œufs au plat, elle était déjà passée à autre chose, et s'appliquait à lui expliquer qu'il allait absolument devoir rencontrer ces idiots de la communication dans un futur proche. Tony accepta, parce qu'il était de très bonne humeur et surtout parce qu'il n'avait pas envie de relancer Pepper dans une de ses tirades terrifiantes de bon sens et de morale.
Cette dernière le mit à jour avec son efficacité coutumière sur les affaires de Stark Industries pendant que Tony finissait de mettre un peu d'ordre dans son atelier et cachait la scie sur laquelle il avait vu Loki lorgner la veille. Inutile de tenter le diable. Lorsqu'elle eut fini, et qu'ils se furent souhaités une bonne journée, il s'attaqua au panneau qui devait cacher le moteur avec exaltation. C'était agréable de pouvoir se servir de ses deux mains.
Tony demanda à JARVIS d'effectuer quelques scans sur les composants pendant qu'il finissait de démonter le bordel. Il se demanda avec incrédulité si c'était de la putain d'antimatière qu'il y avait dans ces étranges réservoirs, et même avec la confirmation de JARVIS, il dut s'asseoir pour digérer l'information. L'antimatière n'existait qu'en quantités infimes, dans les rayons cosmiques ou produite en laboratoire. Il ne comprenait pas comment ces fichus extraterrestres avaient pu en produire en telle quantité.
« JARVIS, demande à Loki de descendre, tu veux ? Il doit y avoir une explication pour toute cette merde.
- J'ai bien peur que Monsieur Loki n'ait quitté la tour, lui répondit JARVIS, la voix pas contrite du tout.
Tony se figea et sortit ses pensées de la technologie extraterrestre. Oh, ça ne sentait pas bon. Pas bon du tout.
- Il est nulle part ? Attends, comment ça ? Tu l'as laissé se barrer sans rien dire ?
- Je ne savais pas que vous souhaitiez être prévenu, Monsieur, lui fit remarquer l'IA. Vous aviez l'air de lui faire confiance. »
Tony sentit une migraine pointer le bout de son nez. Ouais, il pouvait voir comment JARVIS en était arrivé à cette conclusion. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même et à ses goûts pourris en matière de conquête.
Mais tout de même, il ne pouvait pas le laisser se promener en toute liberté ! Et s'il se mettait à voler de pauvres commerçants ? Ou à assassiner quelqu'un qui, cette fois-ci, ne serait pas un affreux méchant vilain pas beau trafiquant d'enfants ? Il lui faisait confiance pour ne rien tenter de trop diabolique, mais certainement pas lorsqu'il s'agissait de respecter la loi ou la morale humaine.
« Okay, okay, bon point J. À l'avenir, assure-toi juste qu'il ne se barre pas sans au moins nous dire où il va. Tu peux le localiser ?
- Je peux toujours essayer, Monsieur. »
Il apparut que Loki n'était pas en train de concocter un quelconque plan machiavélique, simplement fourré à la grande bibliothèque de New York. Tony poussa un soupir soulagé à la nouvelle. Si la catastrophe était évitée, il ne pouvait cependant pas continuer à ignorer le problème. Songer à tous les dégâts que Loki pourrait causer si l'envie lui en prenait le rendait malade.
Ce n'était pas qu'il ne faisait pas confiance au dieu, plutôt qu'il s'était aperçu que celui-ci n'avait pas de vraies valeurs morales. Oui, Loki pouvait faire la différence entre le bien et le mal, et oui, il lui arrivait même sûrement de regretter ses actes. Mais il avait aussi tendance à penser que la fin justifiait les moyens et ne reculait devant rien pour s'emparer de ce qu'il désirait.
Sans compter que vivre avec une famille à tendance colonialiste n'avait certainement pas aidé ses standards moraux. C'était même un miracle que les deux frères ne soient pas devenus des maniaques en quête de nouvelles planètes à conquérir. Non, juste Thor en fait, parce que Loki était devenu un maniaque. Il était simplement revenu à un état plus ou moins normal depuis qu'ils l'avaient arrêté à New York.
Même si parfois, Tony le voyait dans son regard, dans la manière qu'il avait de sourire face au danger, il n'était pas si loin que ça de retomber dans ses anciens travers. Il avait beau apprécier le gars, il n'était pas aveugle au point d'ignorer la part d'instabilité qui restait chez lui.
« JARVIS, tu penses que tu peux passer une annonce à la grosse bibliothèque de mes fesses ? Dis-leur que le petit Rudolphe est attendu à l'accueil. Et plus vite que ça. »
JARVIS pouvait en effet passer l'annonce, mais celle-ci n'eut aucun effet sur le dieu fugueur. Résigné, Tony se remit au travail, il verrait cette histoire d'antimatière plus tard. Il avait encore tout un tas de matériaux à scanner à d'ingénierie à répertorier. Cependant, sa belle humeur de la matinée avait disparu, et il travaillait à présent plus par automatisme que par envie.
Il était en train d'inspecter l'injecteur de deutérium lorsque JARVIS lui annonça que Loki était revenu. Il faisait déjà nuit noire, Tony le soupçonnait même d'avoir pris plus de temps que nécessaire dans le seul but de le faire chier. Agacé, il laissa à son IA le reste des relevés d'informations pour analyse et monta trouver Loki. Vraiment, il avait parfois l'impression d'être une baby-sitter face à un ado récalcitrant.
Il l'intercepta dans le couloir qui menait à sa chambre.
« Salut Rudolphe, lui lança-t-il alors que Loki poussait un grognement frustré, et pas de ceux que Tony aimait entendre. Dis-moi si je me trompe, mais je me rappelle pas t'avoir déjà dit que tu pouvais te balader en toute liberté dans la ville que t'as manqué d'atomiser !
Loki, qui avait pourtant déjà sa tête des mauvais jours, parvint à avoir l'air encore plus contrarié.
- Tu es ridicule, Stark, lui opposa-t-il froidement. Je n'ai pas besoin de ta permission pour sortir de cette tour, et même si tu me l'interdisais cela ne m'arrêterait pas. Je te l'ai déjà démontré cent fois. Qu'est-ce que tu vas faire ? Me remettre les menottes ?
Il le provoquait et Tony le savait, mais il ne pouvait pas s'empêcher de mordre à l'hameçon. Vraiment, Loki avait un don pour le rendre fou, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.
- Je suis ridicule ? Vraiment ? Regarde-moi dans les yeux et ose me dire que si nos situations étaient inversées, tu me laisserais partir sur ta planète en toute tranquillité.
- Si nos situations avaient été inversées, je t'aurais laissé mourir sans hésitation, Stark, lui répondit Loki sans même hésiter. Il détachait chacune de ses syllabes avec un soin particulier, et presque avec plaisir.
Tony eut un rire étranglé et surpris à la réalisation qu'il disait la vérité. Il regarda Loki droit dans les yeux, son visage froid et crispé. Il sentait sa propre colère monter. Comment le gars avec lequel il partageait ses journées, ses fous rires, et même son plaisir osait-il lui parler ainsi ? Comment pouvait-il être un tel enfoiré, après tout ce qu'ils avaient vécu ? Avec tous les stupides sentiments que Tony avait pour lui ? Les mots sortirent de sa bouche avant qu'il ne puisse les contrôler.
- Et c'est bien pour ça que de nous deux, je suis le héros et toi le vilain. Parce que tu laisseras toujours tes ennemis mourir, parce que tu ne t'arrêteras jamais. T'es beaucoup trop convaincu d'avoir toujours raison pour remettre en question ta morale pourrie et tes instincts de crevure.
Tony regretta ses mots au moment même où il les prononça. Loki réagit à peine. Une crispation sur le bord de ses lèvres, et ce fut tout. Il releva même le menton, un air de défi froid dans ses yeux. Putain de merde, réalisa Tony. Il venait de lui dire exactement ce qu'il s'attendait à entendre, et probablement ce qu'il avait déjà entendu toute sa vie. Putain de merde, il était un connard incapable de contrôler sa bouche.
- Et alors ? lui demanda le dieu. Au moins ma morale pourrie, comme tu le dis si bien, ne m'empêche pas de dormir la nuit. Ce n'est pas moi qui joue au super-héros parce que je suis trop faible pour supporter mes actions et pour me regarder dans une glace. Tu crois peut-être que tu es meilleur que moi, mais tu te mens à toi-même, parce qu'au fond, tu es comme n'importe lequel de nous autres, les lâches et les égoïstes et les crevures.
Tony voulait l'insulter. Il le voulait vraiment. Mais Loki ne faisait que réagir à ce qu'il venait de lui dire, il devait rester calme et surtout ne pas laisser d'autres merdes lui échapper.
- Je ne voulais pas dire ça, se rétracta-t-il en ignorant les mots blessants du dieu qui résonnaient encore à ses oreilles. Je suis désolé, je ne pense pas que je suis meilleur que toi, ou que tu es une raclure.
Le dieu le fixa un long moment. Les excuses que Tony avait eues tant de mal à prononcer n'avaient eu aucun effet sur lui. Au contraire même, il paraissait encore plus furieux.
- Bien sûr que tu le penses, insista le dieu. Tu te rétractes comme un lâche, mais tu pensais chacun de tes mots, ne me mens pas Stark.
- Je dis la vérité, s'impatienta Tony malgré ses bonnes résolutions. Merde alors, tu penses vraiment que… que je sais pas, moi. Que je partirais faire des excursions spatiales avec un gars dont j'ai une telle opinion ? Que je boirais mon café du matin avec lui, ou que je… Merde, quoi, Loki. On passe nos journées ensemble, on mange ensemble, on couche ensemble, on dort ensemble.
Tony s'arrêta. Il se sentait soudainement vulnérable, à fleur de peau et surtout à deux doigts d'avouer ce qu'il devrait taire. Tu penses que je pourrais avoir des sentiments pour toi, si tu n'étais que cette merde infâme que j'ai vu à New York ? songea-t-il avec amertume.
- Je suis désolé, répéta-t-il, non sans ressentiment. Mais je maintiens ce que j'ai dit tout à l'heure. Je ne peux pas te laisser te balader comme ça, sans la moindre surveillance. La prochaine fois, j'irai te chercher moi-même, et je te repasserais les menottes s'il le faut. »
Il le quitta là-dessus et Loki ne fit rien pour le retenir. Tony se sentait énervé, fatigué, déçu, et surtout, surtout, comme le dernier des imbéciles et le dindon d'une gigantesque farce cosmique. Des sentiments, mais qu'est-ce qui ne tournait pas rond chez lui, au juste ?
Pire encore, il savait qu'il était trop tard pour lui à présent. D'ailleurs, il était trop tard depuis des heures, et des jours, et des mois, depuis que Loki était entré dans sa vie, sans pardon ni permission, avec ses blagues et ses sourires tranchants et tendres, avec ses mains pleines de dons, et ses milliers de sentiments contradictoires.
Trop tard, songea Tony. Et puis, à voix haute, il ajouta :
« Putain de merde ! »
Loki sentit son nez se froncer alors qu'il analysait le comportement de l'insupportable mortel qu'il avait pris comme amant. Celui-ci le battait froid depuis qu'il avait recommencé à vadrouiller en-dehors de sa tour sans le prévenir, et même ses nouvelles recherches sur… Comment l'appelait-il déjà ? Ah oui, son précieux moteur à distorsion, ne semblaient pas suffire à le dérider.
Leur dernière dispute en date avait laissé Loki avec une amertume un peu froide au fond de sa gorge. Il avait pourtant pris toutes ses précautions pour éviter de s'attacher à son amant, mais, comme à l'ordinaire, il avait perdu tout contrôle de ses sentiments.
Il n'avait jamais su ressentir les choses à moitié, songeait-il avec mélancolie. S'il avait mieux géré ses émotions par le passé, alors peut-être que sa vie n'aurait pas pris une tournure aussi dramatique. S'il avait réfléchi avec sa tête, et non pas avec la haine qui l'envahissait, et si… Mais le passé était le passé, et il n'y avait rien que Loki puisse faire pour le changer.
Il avait prévu depuis plusieurs jours un petit voyage chez son oncle à Álfheim. Et par petit, Loki voulait dire qu'il y passerait une semaine, ou peut-être deux, ou peut-être trois. Le palais royal était connu pour abriter la plus impressionnante bibliothèque des Neuf Royaumes, dotée de sections qui feraient pâlir d'envie n'importe quelle personne un peu érudite. Ou n'importe quel mage noir, mais là n'était pas la question, puisque Loki n'oserait évidemment jamais s'approcher de tels ouvrages, il serait un invité modèle.
Il retint un soupir alors que Stark faisait son café le plus bruyamment possible. Le midgardien claqua sa tasse sur la table, bien en face de lui, si fort qu'une partie du liquide s'en écoula. Ensuite, il se mit à boire en faisant des bruits répugnants. Loki fronça le nez.
« Tu devrais vraiment apprendre les bonnes manières, Stark. »
Évidemment, le mortel l'ignora et n'en but qu'avec plus de vigueur. Loki allait finir par l'assassiner, un de ces jours. Quelqu'un qui avait un corps aussi fragile devrait vraiment arrêter d'énerver des gens dix fois plus puissants que lui. Ne serait-ce que par instinct de survie. Mais non, Stark continuait d'être une petite créature énervante. Il était vraiment entêté.
« Je n'ai pas à toujours te dire où je me rends, se défendit Loki face à son silence.
Il n'aimait pas se justifier, mais la situation actuelle pesait sur ses nerfs et les Normes le savaient, il avait les nerfs fragiles. Il détestait Stark lorsqu'il parlait trop, mais il fallait croire qu'il le détestait encore plus lorsqu'il fermait sa bouche.
- Tu sais quoi, Stark ? Je vais te donner ma prochaine destination, mais certainement pas parce que tu as raison. Juste pour que tu arrêtes de faire cette tête pénible et constipée.
Stark finit son café dans un son de liquide aspiré plus que dégoûtant. Il tentait de garder un air neutre, mais une lueur d'intérêt s'était allumée dans ses yeux bruns. Loki savait qu'il avait son attention.
- Sauf si tu ne veux pas le savoir, bien sûr, le nargua-t-il.
Le mortel sembla se débattre un instant avec sa conscience, mais Loki le connaissait trop bien. Il avait cette insupportable manie de toujours vouloir tout savoir. Et comme il l'avait prédit, Stark rompit son silence buté pour demander d'un ton faussement nonchalant :
- Non, vas-y. Dis-moi si ça te fait plaisir, Rudolphe.
Loki lui envoya un sourire moqueur et prit quelques secondes pour savourer sa victoire et faire durer le suspens. Stark avait l'air de vouloir le tuer sur place, mais cela ne fit que renforcer sa satisfaction.
- J'ai décidé d'aller rendre une visite d'ordre familial à mon cher oncle, lui apprit-il.
- C'est une blague ? demanda Stark qui avait bel et bien retrouvé sa langue. Je croyais que tu les détestais tous ? J'espère que t'y vas pas pour le zigouiller… Oh, c'est ça hein, t'y vas pour le zigouiller et tu veux me mettre son meurtre sur la conscience ? Eh bien, pas de chance, oh grand dieu des enfoirés, parce que je vais pas te laisser y aller !
- Évidemment que je n'y vais pas pour le tuer, le corrigea Loki malgré son amusement. Tu crois peut-être que je te donnerais des informations relatives à un meurtre ? Il ne faut jamais laisser de traces.
- Tu sais que c'est vraiment pas si évident que ça. Et pourquoi est-ce que tu changes d'avis ? T'es d'accord pour me prévenir de tes déplacements futurs ou t'essaies juste de rattraper ton comportement tout pourri ?
Loki n'avouerait jamais qu'il avait bel et bien eu un comportement tout pourri envers son amant. Et encore moins qu'il avait envie de se faire pardonner. Il se contenta d'une petite moue sans réponse. De toutes façons, Stark commençait à développer un certain talent pour lire dans son esprit.
- Okay, lui dit finalement le midgardien, excuses acceptées. Mais je vais avoir besoin de plus de détails que ça, Rudolphe. Tu veux un café ?
Loki n'avait pas envie d'un café, mais de voir Stark faire quelque chose pour lui. Il acquiesça.
- Je veux bien, merci. » Répondit-il. Il remarqua avec une certaine surprise que sa propre voix s'était attendrie.
Il apprécia la sensation chaude qui l'emplissait en regardant Stark se saisir de deux nouvelles tasses assorties et se tourner vers la machine. Vraiment, pourquoi avait-il fallut que cet idiot soit mortel ? C'était un véritable gâchis.
« Alors ? Insista Stark en lui passant une tasse chaude et en posant la sienne de manière bien plus délicate qu'il ne l'avait fait auparavant sur la table.
- Alors, tu bois trop de café et tu vas mourir d'une crise cardiaque, l'informa Loki, un peu agacé de l'interrogatoire qu'il subissait.
- Si mon foie ne lâche pas avant, convint Stark.
Loki grogna, parce qu'il ne savait pas s'il trouvait sa remarque amusante ou de mauvais goût. Il décida de ne pas s'étendre sur la pensée d'un Stark mourant parce que l'un de ses organes avait décidé de lâcher.
- Mon oncle vit sur Álfheim, lui apprit-il. C'est le royaume des elfes de lumière et il en est le souverain.
Stark poussa un petit sifflement impressionné par-dessus son café.
- Donc ? Tu comptes retourner te balader dans l'espace ? demanda-t-il. Tu sais que c'est pas vraiment pratique pour moi, je peux pas me téléporter de la Terre à… Alf-Alf… Bref, ton royaume des oreilles pointues là.
- Álfheim, corrigea machinalement Loki, et il vit Stark répéter le mot étranger à voix basse, ce qu'il trouva attendrissant. Et ne t'en fais pas, tu n'auras pas besoin de te téléporter puisque je serai exemplaire.
- Excuse-moi de ne pas te croire sur parole, Rudolphe, grogna Stark.
- Je t'assure, je compte seulement profiter de leur incroyable bibliothèque pour étendre mon savoir, lui expliqua Loki, sans s'attarder sur la nature exacte de ses recherches.
- Ouais, c'est vrai que ça te ressemble, admit-il. Et alors ? Tu comptes y rester combien de temps ?
- Je ne me suis pas encore décidé, avoua Loki. Au moins une semaine, mais cela pourrait durer plus longtemps.
Stark s'étrangla avec son maudit café. Loki en profita pour boire une gorgée du sien avec précaution, parce qu'il était encore chaud.
- Une semaine ?! Désolé Loki, mais tu déconnes ! s'exclama-t-il. Je vais pas te laisser vadrouiller nez au vent pendant une semaine ! Je suis quand même pas stupide à ce point !
Loki avait bien quelques éléments qui prouveraient le contraire, mais il se garda de les exprimer. Il n'avait pas envie d'une nouvelle dispute. À la place, il choisit de se défendre.
- Je ne causerais pas de mal en mon absence, réfléchis un peu Stark, rien au monde ne me pousserait à créer des soucis autour d'une telle collection de livres. Ce serait contraire à mes principes.
- Je ne fais pas confiance à tes principes, lui répondit le mortel, buté.
- Tu n'as qu'à venir me surveiller, si tu tiens tant que cela à jouer à la nourrice ! finit par lancer Loki.
Il regretta ses mots à la seconde même où ceux-ci quittèrent sa bouche, mais il était trop tard pour revenir en arrière. Il avait voulu provoquer Stark, mais n'était parvenu qu'à lui offrir une entrée dans ses problèmes familiaux, et sur un plateau d'argent. Loki jura mentalement contre les mortels trop têtus et pria pour que Stark ne saute pas sur l'occasion. Évidemment, c'était mal le connaître.
- Laisse-moi le temps d'envoyer deux ou trois mails et je me ferais un plaisir de t'accompagner Loki chéri, lui annonça Stark, sourire retrouvé. Je me suis récemment découvert une passion pour le tourisme extraterrestre.
- Le vaisseau n'est plus en état, argumenta Loki parce qu'il savait que c'était son dernier espoir d'un voyage tranquille. Enfin, relativement tranquille.
- J'ai toutes les données qu'il me faut, ne t'inquiète pas pour moi, lui répondit Stark avec décontraction. D'ailleurs, je peux me mettre à la reconstruction dès maintenant. Et ça tombe bien, je n'avais aucune envie de voir mes responsables de communication ce matin. »
Loki maudit les Normes de l'avoir jeté sur ce mortel en particulier, et s'avoua vaincu. Il aurait bien l'occasion de lui faire regretter sa décision plus tard.
Il regarda Stark quitter la pièce, sa tasse à moitié bue en main et le sourire aux lèvres. Il commença à siffloter en entrant dans l'ascenseur. Loki leva les yeux au ciel. Au moins, il avait retrouvé sa bonne humeur, et ils étaient réconciliés.
« Je sens que ça va être incroyable, décréta Tony en se penchant sur la vitre du vaisseau.
Il avait pardonné les petites escapades irresponsables de Loki à la seconde même où la perspective d'un peu de tourisme spatial s'était profilée à l'horizon. D'abord parce que malgré toute sa bonne volonté, il ne parvenait juste pas à résister au dieu et ensuite parce que visiter des planètes extraterrestres était rapidement rentré dans le top dix de ses activités favorites. Tant pis si la Terre entière pensait à présent qu'il passait ses journées à sniffer de la cocaïne dans des paradis fiscaux. Il n'avait jamais trop fait attention à son image.
Il entendit Loki rire d'un petit rire indulgent à côté de lui. Álfheim, ressemblait beaucoup à Vanaheim de par sa nature sauvage et luxuriante, mais de ce que Tony pouvait en voir, ses habitants ne se contentaient pas de vivre dans des arbres ou des grottes. Ils avaient construit des vraies villes, aux constructions très hautes et élaborées, principalement à base de bois noble et de faïence. Tony était impressionné. Sur Terre, personne n'aurait osé faire aussi grand avec des matériaux si rustiques.
- Ça risque pas de se casser la gueule ? demanda-t-il à Loki.
- Bien sûr que non, lui répondit le dieu avec son habituel air suffisant. Les elfes sont d'excellents mages. Ils enchantent leurs constructions pour qu'elles résistent aux dégâts du temps et des éléments.
- C'est vraiment cool, admira Tony. Donc ça veut dire que ça peut pas prendre feu ?
- Je suis sûr qu'avec un peu de bonne volonté ces sorts peuvent être défaits, gloussa Loki de manière fort peu rassurante. Cela dit, à moins d'avoir affaire à un mage pyromane, les elfes peuvent se considérer en sûreté. Et puis, ils n'ont presque pas de criminalité. C'est un peuple guerrier, mais ils préfèreront toujours de bons pourparlers à un affrontement. Enfin, pour le moment.
Tony haussa les sourcils.
- Tu parles d'Odin ? Tu penses qu'ils pourraient vouloir leur indépendance ou quelque chose comme ça ?
- J'en suis sûr même, confirma Loki. Cela fait des siècles que des rumeurs de révolte courent partout chez les elfes, j'ai moi-même assisté à quelques réunions. Et mon oncle le roi Freyr ne fait rien pour les en dissuader, ajouta-t-il avec un ricanement.
- C'est le tonton cool quoi, commenta Tony. Tu t'entends bien avec lui ?
- Parfaitement, lui répondit Loki et, pour un membre de sa famille, c'était une première. Freyr est une des rares personnes à posséder un peu de bon sens. La question serait plutôt de savoir si lui, s'entend bien avec moi. Mes récents exploits ont dû arriver à ses oreilles, je me doute qu'il ne nous recevra pas à bras ouverts.
- Tu restes son neveu, observa Tony. Je suis sûr que tout se passera bien.
- Que les Normes puissent te donner raison, Stark. »
Ils se posèrent dans une clairière un peu éloignée de la capitale, une ville impressionnante au nom imprononçable de Vídbláin. La nature autour d'eux avait une odeur sucrée que Tony ne se priva pas d'inspirer à pleins poumons tandis que son compagnon de voyage faisait toutes sortes de trucs bizarres autour de leur pauvre vaisseau. Tony sentit les poils de sa nuque se hérisser lorsque celui-ci disparut de son champ de vision. Pratique.
Ils ne reçurent pas un regard suspicieux alors qu'ils pénétraient dans la ville. Les rues étaient larges, propres et agréablement décorées. Tony voyait partout des arbres, du lierre et des fleurs. Les elfes eux-mêmes semblaient s'être adaptés à leur environnement. Un peu plus grands que la moyenne humaine, ils étaient tous bien habillés et leurs visages avaient quelque chose de lumineux. Tony ne fut pas surpris de leur trouver des oreilles pointues.
« Arrête de les fixer, le morigéna Loki. Tu vas nous attirer des ennuis, on dirait un vrai touriste.
- Techniquement, je suis un touriste, rétorqua-t-il. Aussi, cet endroit est flippant, j'ai l'impression d'être tombé dans le monde parfait. Dis-moi qu'eux aussi, ils font des trucs pas glamour genre, je sais pas moi, vomir partout après avoir trop abusé de la bibine ?
- Tu as raison, les elfes ont l'horripilante manie de toujours tout bien faire, soupira Loki. Ça manque de charme. »
Le palais de l'oncle de Loki était très plat. Au milieu de toutes ces constructions élevées pour toucher le ciel, il se démarquait par son absence totale d'étages, quoiqu'il possédât tout un tas de bâtiments pour rattraper le coup. Tony supposait qu'ils avaient chacun leur fonction.
« Freyr peut être très taquin, lui expliqua Loki lorsqu'il lui fit part de ses observations. Ce palais que tu vois a été construit par l'armée asgardienne lorsqu'Odin a mis Freyr sur le trône. Freyr n'était évidemment pas ravi à l'idée de gouverner un pays dont il ne savait rien, mais il était pieds et poings liés. Aussi demanda-t-il à ce que l'on construise le palais le plus modeste qu'il soit. Odin n'aima pas beaucoup cela, il avait prévu quelque chose de beaucoup plus majestueux pour représenter la puissance d'Asgard.
- Vous avez vraiment des problèmes de colonialistes, râla Tony. Mais je suppose que c'est marrant.
- Marrant et très pensé de sa part. La population a compris de quel côté il se tenait avant même son investiture officielle. » Rit le dieu.
Tony était prêt à admettre qu'il était impressionné. Par l'oncle de Loki, et aussi par la paire de gardes qui se tenait devant l'entrée du palais, une entrée boisée, pleine d'arches chaudes et de pavés beiges, oranges et irréguliers. Loki se dirigea droit sur eux. Tony avait des doutes quant à sa technique d'approche, parce que les gars avaient des lances et l'air de prendre leur travail au sérieux.
« Bonjour à vous, les salua Loki, large sourire aux lèvres. J'aimerais m'entretenir avec votre souverain. Maintenant. »
« T'as vraiment des idées de génie, j'espère que tu le sais ! Attaqua Tony alors que les gardes refermaient derrière eux la porte de leur nouvelle cellule haute technologie et vraiment trop parfaite.
- J'aurais aimé t'y voir ! se défendit Loki qui triturait machinalement sa toute nouvelle paire de bracelets.
Ceux-ci avaient l'air de bien meilleure qualité que les menottes des pirates de Rajaks. Tony était sûr que les elfes n'avaient pas de problème de financement et qu'ils étaient anti-magie. Génial, même pas de plan de secours.
- Je pense que oui, j'aurais pu trouver mieux. C'était quoi le plan exactement ? Oh salut les gars, je ne sais pas si vous me reconnaissez parce que je suis sensé être mort, mais j'aimerais parler à mon tonton qui se trouve être le roi de votre putain de planète ! Oui, j'ai envahi la Terre et je suis un dangereux criminel, mais vous pouvez bien faire une exception pour cette fois, hein ?
- C'est bon, j'ai compris Stark ! s'agaça le dieu. Tu es calmé, maintenant ?
Tony fit un effort pour essayer de relativiser la situation. Non, il n'était pas calmé, mais s'énerver davantage ne leur servirait à rien. Avec un grognement défait, il se laissa tomber contre le mur de leur toute nouvelle prison.
Celle-ci se rapprochait plus d'une chambre d'hôtel que d'un véritable cachot. Large et blanche, on y avait disposé une paire de lits déjà faits, trois chaises, un fauteuil, et même un bureau. Ils n'avaient pas à se plaindre, mais tout ce luxe ne parvenait pas à effacer la sensation d'enfermement.
- Mon oncle est simplement en train d'essayer de jouer à un de ses petits jeux de pouvoir, le rassura le dieu. Il veut nous montrer qui a le contrôle de la situation. Lorsqu'il s'en sera lassé, il nous relâchera.
- C'est pas une bonne nouvelle, Rudolphe. C'est un truc de gros tordu, objecta Tony.
- Oh allez, au moins, il ne nous fera pas combattre à mort.
Tony renifla, un peu amusé par le souvenir.
- Comme si ça t'avait dérangé, le taquina-t-il. T'étais bien trop content de tester tes nouveaux joujoux, ne le nie pas.
- Pas du tout, je suis un pacifiste dans l'âme, nia Loki.
- C'est la chose la plus ridicule que j'aie entendue aujourd'hui. C'est comme si je prétendais que je n'avais jamais touché à l'alcool de ma vie. »
Loki rit un peu et s'installa confortablement sur l'un des lits. Tony le vit fermer les yeux avec un certain désespoir parce que ouais, le gars n'en avait vraiment rien à foutre qu'ils soient enfermés chez des elfes flippants. Vraiment, Loki avait une capacité d'adaptation aux situations angoissantes un peu trop élevée au goût de Tony. Il écouta sa respiration se faire de plus en plus régulière jusqu'à être certain que le dieu était bel et bien en train de taper une sieste. Putain d'enfoiré.
