Note : Coucou tout le monde ! J'espère que tout va bien dans votre vie, moi pas, c'est la fin des vacances et j'ai beaucoup moins de temps pour corriger tout ce beau bazar. Bref, j'arrête de me plaindre et je vous fais des bisous !
CHAPITRE 7A
Au bout d'une demi-journée d'inactivité, Tony se sentait devenir fou. Allongé sur le lit parfait de ces stupides elfes parfaits, devant un plafond immaculé et trop blanc, il perdait lentement son esprit génial. Ses neurones se suicidaient un par un face à tant de vide intellectuel.
Il était un peu réconforté par l'idée que Loki, malgré le calme qu'il avait d'abord affiché, ne se portait pas mieux que lui. Après sa petite sieste, le dieu s'était réveillé avec trop d'énergie, ce qui l'avait poussé, d'abord à faire le tour de leur cellule, ensuite à essayer chacune des chaises pour déterminer laquelle serait la plus confortable, puis enfin à secouer le fauteuil dans tous les sens pour voir s'il pouvait en faire une arme létale. À présent, il tournait en rond comme un lion dans sa cage, et Tony commençait à craindre pour le mobilier. Il était assez sûr que Loki était capable de tout casser, juste pour trouver une nouvelle distraction.
« Tu peux arrêter de t'agiter comme ça, c'est hyper stressant, se plaignit-il à voix haute.
Le dieu s'arrêta dans sa marche pour lui adresser un regard ennuyé.
- Et que suggères-tu que je fasse à la place ? Suivre ton exemple et contempler le plafond ? Comment fais-tu pour ne pas mourir d'ennui ? râla-t-il à son tour.
- Je meurs d'ennui, répondit placidement Tony. Tu penses que ton super tonton va nous laisser moisir là encore combien de temps ?
Il fut surpris lorsque Loki se laissa tomber à ses côtés. Tony roula sur son matelas pour laisser le dieu s'asseoir. Ils n'avaient pas beaucoup de place, mais cela restait confortable. Quoique. Tony aimait ses matelas moelleux et trouvait celui-ci trop ferme. Il avait des goûts de luxe, après tout.
- Je n'en sais rien, il peut être imprévisible, admit le dieu. Il pourrait décider de nous faire sortir maintenant comme dans des semaines. Le temps qu'il estimera nécessaire pour que nous comprenions qui commande dans ce maudit pays.
- Des semaines ?! piailla Tony. J'espère que tu déconnes ! On finirait par s'entretuer juste pour avoir quelque chose à faire.
Loki s'installa contre la tête de lit et croisa les bras sur son torse, l'air grognon. Tony était bizarrement heureux qu'il se sente assez à l'aise avec lui pour faire ce genre de trucs, malgré tous les différents qu'ils avaient pu avoir. Et puis, il aimait toujours quand Loki se tenait proche de lui.
- Je le sais bien, lui fit remarquer le dieu. Enfin, je finirais par te tuer, parce qu'on sait tous les deux qu'avec ta force de midgardien, tu ne ferais pas le poids. D'ailleurs, où est ton armure ? Ce serait bien la seule chose qui puisse t'aider.
- Tu sous-estimes ma créativité artistique, grogna Tony en levant les yeux au ciel, parce qu'il commençait à en avoir marre que Loki lui ressorte l'argument midgardien à toutes les sauces. Et j'ai laissé l'armure au vaisseau, je pensais qu'on allait rendre une visite de courtoisie, pas se faire enfermer dans un autre cachot sordide.
- Tu avoueras quand même que celui-ci est plus distingué que le précédent, sourit Loki.
- Plus chiant oui, il manque vraiment de saveur. Et puis au moins avec les pirates, tu savais que tu étais enlevé et qu'ils allaient te faire passer un mauvais quart d'heure. Ceux-là c'est des vicieux. Ils t'enferment, mais qu'à moitié, c'est insupportable, s'expliqua Tony.
Loki semblait plutôt d'accord avec son analyse parce qu'il acquiesça vivement.
- J'ai toujours dit à Freyr que son royaume manquait de saveur. Heureusement qu'il y a quelques révolutionnaires dans le tas de ses citoyens, parce que je te préviens tout de suite, ces gens sont ennuyeux à mourir de gentillesse et de bonté. Ils ne savent pas s'amuser. »
Tony posa une main distraite sur la cuisse du dieu et y fit tambouriner ses doigts. Celui-ci lui jeta un regard agacé, mais ne fit aucun geste pour déloger la main insolente. Un vrai progrès.
Ils passèrent les minutes suivantes perdus dans leurs pensées respectives. Tony se demandait si le dieu savait qu'il pensait à lui, du genre beaucoup trop souvent pour que ça soit normal, et s'il savait qu'il passait des heures à torturer son esprit à propos de leur relation tordue. Probablement pas. Loki avait l'air plutôt convaincu qu'il ne se passerait jamais rien de romantique entre eux. D'ailleurs, il s'était sûrement aussi convaincu que Tony pensait qu'il était un vilain méchant pas beau à cause de leur dernière dispute en date. Que tout le monde pensait qu'il était un vilain méchant pas beau, en fait. Tony décida de tâter le terrain. Ils avaient du temps à perdre, après tout.
« Tu sais, je suis désolé de ce que j'ai dit la dernière fois, amorça-t-il prudemment.
- Quelle dernière fois ? demanda le dieu, lui-même perdu dans ses réflexions.
- Tu sais, quand tu t'es barré nez au vent sans prévenir personne, lui rappela Tony.
- Oh, ça. Oui, tu l'as déjà mentionné. C'était bien la première fois que je te voyais autant t'excuser, d'ailleurs.
Tony regarda le profil qui le surplombait pour essayer de juger sa réaction. Pas de chance pour lui cependant, le petit sourire mesuré qu'il avait aux lèvres ne lui indiquait pas grand-chose. Mais Tony pouvait dire qu'il manquait d'honnêteté, parce que ses yeux restaient froids. Il se retint de grogner. Toute cette constipation émotionnelle lui donnait des migraines.
- J'étais énervé et je le pensais pas, c'est tout. Je dis beaucoup de merde quand je suis énervé, insista-t-il.
Loki secoua gentiment la tête.
- C'est bon, Stark. Inutile de te justifier, tu avais raison. Oui, je suis le vilain de nous deux, et oui, ma morale est pourrie et je n'oserais même pas prétendre que mes instincts sont altruistes.
Ouais, c'était bien ce que Tony pensait. Il avait dit de la merde, et maintenant, tout son travail pour faire revenir Loki du côté lumineux de la force partait en fumée. Merde alors, il ne parviendrait jamais à rien avec un Loki qui pensait ces conneries. Avec un soupir, il regarda sa main qui se reposait encore paisiblement sur la cuisse du dieu. C'était un contact ténu, mais au moins, il ne s'enfuyait pas. C'était peut-être bien sa chance. Il choisit ses prochains mots avec soin.
- Tu sais quoi ? Je vais pas te dire que t'es pas un vilain et que ta morale n'est pas toute pourrie, parce qu'on sait tous les deux qu'il y a un peu de ça chez toi. Mais je vais te dire que t'as bien d'autres trucs pour toi.
Loki le regarda, un peu surpris. Il avait un demi-sourire tordu aux lèvres, pas franchement séduisant, mais une nette amélioration par rapport à celui qui l'avait précédé. Tony réfréna son envie de l'embrasser et poursuivit.
- Tu te souviens de ce que je t'avais dit sur le vaisseau ? demanda-t-il. Bah, je le maintiens, ça sert à rien de nier que t'as fait de la merde et que t'as des problèmes dans ta tête, mais je pense toujours qu'il y a du bon en toi. J'ai raconté n'importe quoi parce que j'étais énervé, mais oui, tu peux faire des trucs gentils quand tu veux, Rudolphe. Et t'es aussi genre, assez drôle, mais ne répète à personne que j'ai dit ça, et beau gosse évidemment, et intelligent, curieux. Et ouais, je vais arrêter de parler parce que c'est bizarre, maintenant.
Loki émit un petit rire et se pencha. Tony cessa de respirer en sentant ses lèvres effleurer les siennes. Il devait vraiment avoir l'air d'un poisson hors de l'eau parce que Loki rit encore, et cette fois, c'était moqueur.
- Merci, Stark, dit-il simplement.
- Tu me crois maintenant ? vérifia-t-il quand même au cas où Loki aurait encore envie de penser de la merde sur sa propre personne.
Son cœur avait toujours un peu de mal à se calmer. Vraiment, il n'y avait que Loki pour le faire se sentir ainsi au beau milieu d'une prison extraterrestre.
- Je crois bien que oui. » Répondit-il, l'air un peu surpris de son propre constat.
Tony sentit un sourire stupide monter à ses lèvres. Il n'y avait pas à dire, il était vraiment trop fort. Il s'auto-congratula mentalement pour cette victoire.
« J'ai peut-être bien manqué de tact moi-même, admit Loki à mi-voix. Tu n'es pas le seul à t'être emporté cette fois-là.
Ouais, Tony le savait déjà, mais il était tout de même heureux de l'entendre l'admettre. Il tendit son visage vers le haut, et reçut un second baiser pour sa peine. Loki avait son petit sourire qu'il n'offrait qu'à lui.
- Toujours si demandeur, Stark, le taquina le dieu.
- Est-ce que tu peux vraiment me le reprocher ? Je te l'ai dit, t'es genre, trop beau gosse, c'est injuste pour le reste d'entre nous, se plaignit-il. Et pour ma santé mentale. Tu sais qu'elle est fragile.
- Oh allez, tu n'es pas si mal toi-même, rit Loki.
- Pas si mal ? Attention, Rudolphe, ma tête va enfler sous tant de compliments ! Oh mon Dieu le grand Loki pense que je suis pas si mal, cachez vos femmes et vos maris !
- Idiot. » Lui répondit doucement le dieu.
Tony se plaignit de toutes ses cordes vocales lorsque celui-ci lui asséna une pichenette sur le nez, mais s'il devait être honnête, il n'était pas si mécontent que ça d'être l'idiot de Loki. Quelque chose lui disait que peu de gens avaient ce privilège.
Le reste de leur séjour en prison fut une sorte d'enfer pour le peu d'esprit qu'il lui restait. D'abord, il n'y avait aucun moyen d'avoir un peu d'intimité parce que les gardes faisaient des rondes à des horaires imprévisibles devant leur cellule. Ce qui voulait dire que Tony n'avait juste pas le droit de toucher à son amant. C'était pire que sur le vaisseau, d'autant que Loki avait lui aussi l'air prêt à se jeter sur lui à tout moment. Ça devait être une forme de torture spécifique, que de contempler tout ce désir dans ces yeux verts sans pouvoir l'assouvir.
Même si ni l'un ni l'autre n'avait jamais eu un rythme de vie très sain, cette cellule et ses lumières artificielles permanentes semblait avoir été conçue pour les foutre en l'air. Incapables de distinguer la nuit du jour, Tony et son dieu du chaos personnel se retrouvaient à faire des siestes anarchiques ou à rester éveillés pendant des périodes de temps qui semblaient à la fois longues et courtes. Et il y avait l'histoire du matelas. Tony commençait vraiment à détester ce matelas. Si, au début, il le trouvait un peu dur, il avait à présent la nette impression de dormir sur de la pierre. Certainement un autre de leurs stratagèmes tordus.
Les gardes passaient bien pour les nourrir, et Tony n'avait rien à dire sur la qualité de la bouffe offerte, mais il les suspectait de les servir à intervalles tout aussi aléatoires que leurs rondes, ce qui ne les aidait pas à se repérer temporairement.
Loki et lui-même passaient donc leurs journées à perdre leurs esprits respectifs, entre deux discussions philosophiques ou stupides, fausses disputes et véritables réconciliations. Ils inventaient des jeux idiots auxquels Tony perdait presque systématiquement, parce que Loki ne respectait pas les règles qu'il avait lui-même inventées, et qu'il était un gros vicieux et ensuite Tony faisait la gueule parce qu'il était mauvais joueur, et que non, il n'avait pas perdu, Loki avait triché, et ils se pardonnaient à l'aide de compliments plus ou moins honnêtes et de baisers discrets.
Ce n'était pas si mal, en fait, et personne ne perdit tragiquement la vie au cours de leur cohabitation forcée. Tony fut tout de même soulagé de voir une paire de gardes leur annoncer qu'il venait les chercher pour les porter au roi. En fait, il était tellement heureux qu'il aurait pu embrasser ces deux gros cons. Pas comme il embrassait Loki, cependant. Il n'embrasserait jamais quelqu'un d'autre de cette manière.
L'oncle de Loki était encore un très bel homme et ce fut évidemment la première chose que Tony remarqua en entrant dans la salle du trône. Il avait des yeux clairs et lumineux qui se creusaient de rides lorsqu'il souriait. Il portait sa barbe et ses cheveux très longs. Ils avaient dû être d'un or éclatant dans sa jeunesse, mais aujourd'hui, ils grisonnaient, ou plutôt tendaient vers un argent élégant.
Il portait des vêtements riches mais simples, d'un blanc immaculé. Tony se surprit à souhaiter qu'une énorme bouteille de rouge lui tombe dessus, parce qu'il commençait vraiment à saturer de tous ces stupides elfes beaux et parfaits.
« Laissez-nous, fut la première chose que Freyr dit à leur arrivée.
Les gardes qui les accompagnaient échangèrent un regard confus, et ceux qui peuplaient la salle s'agitèrent avec hésitation. Freyr ne répéta pas son ordre et se contenta d'attendre qu'ils se décident à partir. Lorsque le dernier quitta les lieux, il le rappela.
- Fermez cette porte, et que personne ne nous dérange. »
Le garde obéit et celle-ci bougea dans un grondement solennel. La pièce était grande et majestueuse, toute en bois sombre. Des colonnes et des arches plus claires se dressaient à intervalles réguliers et pensés pour l'espace. Elle était meublée avec soin, Tony compta deux fontaines qui coulaient en un flot apaisant et au sein desquelles flottaient des plantes vertes qui lui étaient inconnues. Une flopée de canapés aux couleurs chaudes, des fauteuils, beaucoup de coussins, des tapisseries partout, et des lampes à bougie pour l'instant éteintes.
Le trône sur lequel siégeait Freyr était fait de bois, délicatement sculpté, et d'une hauteur imposante. Contrairement au reste de la pièce, il ne souffrait d'aucune forme de tissus ou de confort.
L'atmosphère générale était étrange, à la fois imposante et familière. L'air humide et lourd, similaire à celui des climats tropicaux de la Terre. Tony ne savait pas s'il voulait rester ou prendre ses jambes à son cou pour ne plus jamais revenir, mais Loki avait déjà fait son choix. Il s'assit crânement sur l'un des divans et croisa ses jambes. Tony préféra l'imiter plutôt que de rester bêtement debout et s'installa à ses côtés.
« Je vois que tu n'as pas perdu tes bonnes manières mon cher neveu, ironisa Freyr du haut de son siège. Ou est-ce que tu as oublié que l'on se prosterne lorsqu'on s'adresse à son Roi ?
- Vous n'êtes pas mon Roi, lui fit remarquer Loki avec suffisance, et Tony eut envie de la frapper parce qu'ils n'avaient vraiment pas besoin de plus d'ennuis en ce moment. D'ailleurs, je ne reconnais plus aucun Roi.
- Vraiment ? Demanda Freyr d'un ton où perçait, à la surprise de Tony, un certain amusement. Et en parlant de manières, veux-tu bien me présenter ton compagnon, ou tu ne crois plus en cela non plus ?
Tony vit le visage de son amant se contracter alors qu'il réprimait un sourire.
- Bien sûr, où avais-je la tête ? Mon oncle, je vous présente Anthony Stark, un des grands défenseurs de Midgard, inventeur de génie et frère d'armes de Thor.
- Rien que ça, siffla Tony. Ensuite, il se rappela ses propres manières et adressa un salut de la main au grand tonton des elfes. Ouais, salut. Vraiment enchanté.
Freyr n'eut pas l'air très impressionné. Il inclina la tête et le considéra pendant de longues secondes. Le gars avait tout de même un côté flippant qui rappelait à Tony les airs sinistres que prenait parfois son propre amant. Drôle de famille.
- Mes salutations à vous aussi, Tony Stark, je suis bien sûr enchanté de faire votre connaissance. Mais je dois bien avouer que je suis aussi également curieux de savoir comment vous, défenseur de Midgard, d'entre tous les royaumes, vous êtes retrouvé à accompagner mon neveu lors de cette petite visite familiale.
Tony haussa les épaules et fit de son mieux pour garder son visage neutre. Il avait envie de rire. C'était nerveux.
- À en croire votre neveu, je suis juste idiot.
Loki, qui ne partageait pas ses inquiétudes, ne retint pas son propre rire. Tony eut le terrible sentiment d'avoir fait une très mauvaise première impression. Ce qui n'avait aucun sens, parce qu'il était un délice et une merveille de la création, comme chacun le savait. Et il aimait se dire qu'il empêchait Loki de faire trop de bêtises, quoique cela ne soit peut-être qu'un mensonge que son cerveau lui racontait pour apaiser sa conscience, mais c'était un autre débat.
- Si vous le dîtes, finit par dire Freyr d'un ton où le scepticisme pointait. Enfin, dis-moi donc, mon cher neveu, que me vaut le plaisir de ta visite ? Je dois bien avouer qu'elle m'a prise par surprise. Non pas parce que tu as, j'en suis certain, malencontreusement oublié de me prévenir, plutôt parce que ton frère en personne m'a écrit une longue lettre où il affirmait t'avoir vu mourir sur Svartalfheim.
Il avait le ton d'un parent déçu de son gosse, pincé et rêche. Tony le connaissait pour avoir entendu Howard l'employer des millions de fois, et il n'aimait pas ça. Ces remontrances laissaient Loki visiblement indifférent, mais avec un caractère pareil, il avait sans aucun déjà entendu bien pire.
- Je ne vous vois pourtant pas vous réjouir. Vous parliez de politesse, mais jeter son neveu que l'on croyait mort au cachot pendant… Combien de temps déjà ? Oh, je ne pourrais pas le dire, comme c'est étrange. Enfin, cela me paraît tout de même une manière fort indélicate de l'accueillir.
- Oh, veux-tu bien cesser de tout dramatiser, le reprit Freyr avec une certaine impatience. Vous n'y êtes restés que quatre petits jours, croyez-moi, certains ont vu bien pire. Et tu ne peux pas me reprocher un peu de méfiance au vu de tes derniers faits d'armes. Vraiment, Loki, je m'attendais à mieux de ta part. Saboter le couronnement de ton frère ? Tuer le roi de Jotünheimr et attaquer sa population ? Et que dire de l'attaque que tu as menée sur Midgard ? Tes actions sont indéfendables, même pour moi. Sais-tu que je t'ai pleuré par deux fois ? Et aujourd'hui tu reviens, et tu ne prétends même pas respecter les bonnes manières ou ne serait-ce que t'excuser ?
Tony suivit l'échange verbal avec intérêt. Malheureusement pour lui, il soulevait plus de questions qu'il ne lui donnait de réponses. Qu'est-ce que c'était que cette histoire de couronnement et de Jotünheimr ? Et est-ce que Loki avait vraiment laissé croire à sa famille entière qu'il était mort, non pas une, comme Tony le savait déjà, mais deux fois ? Ouais, ça commençait à faire beaucoup. Il pouvait comprendre pourquoi le super tonton les avait jetés en prison. Quatre jours, c'était finalement assez raisonnable.
- Je n'ai pas à m'excuser, maintint Loki, le nez froncé et l'air entêté. Et si vous voulez parler de responsabilités, je pense que vous pourriez également prendre votre part dans ces événements.
Freyr se redressa sur son trône, l'air menaçant.
- Toujours si prompt à juger les autres, à ce que je vois, Loki. Dis-moi donc, qu'as-tu de si grave à me reprocher, et qu'ai-je fait pour te pousser à commettre de tels actes ?
Ouais, Tony se posait la même question, parce qu'il reconnaissait que les paroles du dieu n'avaient pas beaucoup de sens. Ce dernier eut un petit rire cynique. Il avait l'audace de s'examiner les ongles, l'enfoiré.
- Vous posez la mauvaise question mon oncle, je ne vous parle de ce que vous n'avez pas fait, je vous parle de ce que vous ne m'avez pas dit, le rectifia Loki sans hésitation.
Il y eut un instant de flottement où Tony essaya de capter ce qu'il se passait, où Loki examinait ses ongles et où l'air menaçant sur le visage de Freyr vacilla, juste un peu.
- Vous le saviez, n'est-ce pas ? insista Loki en lâchant finalement ses ongles pour observer son oncle avec la même attention aigüe, mais faussement nonchalante.
Tony aurait pu jurer que le gars venait de perdre quelques centimètres. Il n'avait toujours aucune idée de quoi on parlait, mais c'était efficace.
- Je le savais, oui, reconnut Freyr avec une certaine lenteur. J'ai jugé que ce n'était pas à moi de t'en informer, mais à tes parents. Et tu oublies un peu vite que je suis toujours sous la surveillance d'Odin.
Loki eut un second rire malveillant. Il fixait son oncle avec attention, mais il y avait quelque chose d'autre, comme s'il le voyait pour la première fois et qu'il découvrait quelque chose de nouveau chez lui.
- Vous le saviez, répéta Loki. Odin a bon dos, n'est-ce pas ? Qui rejette la faute à présent ? Vous n'êtes qu'un hypocrite et vous ne me ferez pas croire que vous n'auriez pas trouvé un moyen de m'aider, si vous l'aviez vraiment voulu.
- Loki, l'appela son oncle, et il y avait une trace de faiblesse dans sa voix. La situation était plus compliquée que cela, et tu le sais très bien. »
Tony vit que le dieu semblait sur le point de se lever, corps tendu et regard furieux. Ça sentait vraiment pas bon et il n'avait aucune envie de retourner visiter les cachots locaux. Il posa une main sur l'épaule de son amant pour le secouer un peu et rompre la tension qui envahissait graduellement la pièce. Loki se tourna vers lui comme s'il avait complètement oublié son existence. Tony était prêt à parier que c'était le cas.
« Bon écoutez les gars, j'ai aucune idée de ce qu'il se passe, mais peut-être que tout le monde pourrait se calmer et péter un coup ? blagua-t-il sans grand succès. Ou peut-être que vous voulez m'expliquer vos drames familiaux, et ensuite, je jouerais au super juge et je vous dirais qui a tort et qui a raison ?
- Certainement pas, lui répondit sèchement Loki, en même temps que son oncle en rajoutait :
- Excusez-moi si je ne fais pas confiance à votre impartialité.
Tony ne faisait pas confiance à son impartialité non plus, mais au moins sa curiosité serait satisfaite. Il commençait vraiment à en avoir marre de toutes ces énigmes à deux balles que les dieux se lançaient à la tête. Vraiment, qui étaient ces gens qui s'embrouillaient en parlant comme au dix-neuvième siècle ? C'était fatigant.
- Eh bien, dans ce cas, qu'est-ce que vous diriez d'une trêve ? Proposa-t-il. Et devant leurs deux expressions d'agacement synchronisées, il ajouta : Oh allez les gars. Vous, vous devez être content de savoir que, surprise ! Il est pas mort, n'est-ce pas ? demanda-t-il à Freyr. Même si c'était pas très sympa de sa part de pas vous avoir prévenu, je vous l'accorde. Et toi, Rudolphe ? T'es pas content de revoir ton tonton ? Tu m'as dit que tu l'aimais bien. Un câlin et on en parle plus.
- Stark, je n'ai jamais connu d'homme plus embarrassant que toi, et j'ai envie de faire de ton cadavre une serpillière pour laver tous les sols sur lesquels je poserai mes pieds à l'avenir, l'informa Loki avec un sérieux implacable.
Tony déglutit. Un jour, il apprendrait à réfléchir avant de parler, un jour…
- Je crois que je commence à comprendre pourquoi tu l'as amené avec toi, remarqua Freyr en portant ses yeux clairs sur Tony. Mais mon neveu a raison, vous êtes insolent, Stark.
Tony leva les mains en l'air en signe de paix. Enfin, il espérait qu'il s'agissait d'un signe de paix chez les elfes et pas d'une quelconque insulte. Il ne manquerait plus que ça. Heureusement pour lui, Freyr ne fit que soupirer.
- Vous avez raison, lui concéda-t-il. Puis, il reporta son attention sur Loki. Inutile de nous appesantir sur le passé, je suis heureux de te revoir, et encore plus de constater que tu sembles en bonne santé. Mais j'aurais aimé que tu te tournes vers moi plus tôt, Loki.
Loki inclina la tête avec reconnaissance et hésitation. Freyr poursuivit plus tranquillement.
- Nous mangerons ensemble ce soir, je peux compter sur votre présence à dîner, n'est-ce pas ? Je vais donner l'ordre que l'on prépare tes anciens quartiers, ainsi qu'une chambre pour ton compagnon.
- Nous serons là, confirma Loki. Et… nous vous remercions de votre hospitalité.
Freyr ne sauta pas sur l'occasion, pourtant excellente, de lui faire remarquer qu'il avait retrouvé sa politesse.
- Ouais, merci, renchérit platement Tony. Je dois quand même vous signaler que les matelas en cellule étaient un peu durs, vous savez si c'est pareil dans les chambres ou… »
Il fut coupé par Loki qui lui enfonça son coude dans les côtes. Ouais, message reçu, il allait fermer sa gueule. Il espérait vraiment que les lits seraient plus confortables, par contre.
