Note : Coucou tout le monde ! Ce chapitre est un peu plus long que les autres, mais j'ai pas réussi à trouver un bon endroit pour l'arrêter, donc tant pis. C'est surtout qu'ils parlent beaucoup ! Je vous fais des bisous !
CHAPITRE 7B
Même avec toute la mauvaise foi du monde, Tony n'aurait pas pu trouver un seul défaut au lit qui lui avait été gracieusement attribué. Il se mariait parfaitement avec le reste de la pièce, immense et chaleureuse, toute en bois et en verdure, bourrée de meubles sculptés, de tapisseries, et dotée d'un plafond haut et plein d'arches délicates.
Il avait des doutes sur la cheminée, parce qu'il faisait quand même super chaud dans ce pays, il transpirait comme un cochon, et l'air était moite et stagnant. Mais il supposait qu'ils avaient des hivers plus rudes que chez eux alors ouais, elle avait peut-être son utilité.
On avait mis de l'encens à brûler avant son arrivée, ce qui agaçait Tony parce que l'encens ne puait même pas. Sérieusement, il avait même l'impression qu'il aidait à rafraîchir la pièce, ce qui n'aurait pas dû être possible. Il pesta intérieurement contre ces cons d'elfes trop parfaits qui lui foutaient les jetons et passa un doigt maniaque sur le bras d'un fauteuil en bois, à la recherche d'éventuelle trace de poussière. Il grogna à voix haute lorsqu'il constata que celui-ci restait propre.
Enfin, il se consola en se disant que les elfes avaient au moins oublié quelque chose. Pas les boissons, car il trouva un cellier vers la porte, ni les verres, ni le nécessaire de toilette, mais bel et bien Loki, son dieu du chaos personnel.
Tony quitta sa chambre en sifflotant. Il ne savait pas s'il avait le droit de se balader nez au vent dans le palais, mais il décida que oui, du moins jusqu'à ce que quelqu'un lui dise explicitement le contraire. Trouver Loki ne serait peut-être pas facile dans ce dédale de couloirs, mais il était un génie, et il avait du temps à perdre.
Il s'avéra très vite que Tony n'avait pas besoin de son énorme cerveau pour retrouver le dieu. Au bout d'une demi-douzaine de couloirs, décorés de bougies, d'encens, de banc, de bois, de fontaines, et de vraiment beaucoup de plantes, il tomba sur une porte immense, verte et dorée. Tony s'arrêta pour la contempler, incrédule. Sérieusement ? C'était le truc le moins discret qu'il ait vu de sa vie.
Il entra sans frapper et poussa un sifflement impressionné parce que Loki, non content d'avoir sa porte personnalisée, avait également une putain de suite pour lui tout seul. Il entendit sa voix raisonner depuis une autre pièce.
« Stark ? Tu sais que tu as ta propre chambre, n'est-ce pas ?
- Je viens juste vérifier que mon lit est bien meilleur que le tien, lui répondit Tony en parcourant le vestibule du regard.
Il entendit les pas de Loki se rapprocher, et sentit un début de sourire germer sur ses lèvres. Oh putain, réalisa-t-il distraitement, je suis vraiment baisé. Le gars n'était même pas encore là qu'il se sentait déjà stupidement heureux.
Loki émergea au travers d'une porte, l'air beaucoup moins content de le trouver là. Il avait remonté ses cheveux et fronçait son nez devant ce qu'il considérait sans nul doute comme une intrusion très impolie de la part de Tony.
- C'est vraiment un million de fois plus grand que ma chambre, lui fit remarquer Tony. Je vais me perdre là-dedans, tu me fais visiter ?
- Évidemment Stark, je reste le prince héritier d'Asgard, lui répondit Loki avec suffisance. Et pas un agent immobilier, d'ailleurs.
- Tu sais ce qu'est un agent immobilier ? » S'étonna Tony.
Il ignora la réponse vexée du dieu, et préféra aller explorer les lieux. En plus du vestibule, Loki disposait également d'une cuisine avec environ vingt fois trop de nourriture pour un seul homme, d'un salon bourré de trois bibliothèques et d'un tas de meubles à l'air confortables, d'une chambre, et de deux salles de bains. Le tout était évidemment conçu avec goût et avec beaucoup, beaucoup de vert.
« C'est vraiment énorme, commenta-t-il en faisant le tour de la chambre. Oh, est-ce que c'est ton lit ?!
- Que veux-tu que ce soit d'autre Stark ? grinça le dieu derrière lui.
Le lit en question, en plus d'être gigantesque et de disposer de draps et de couvertures d'excellente qualité, était littéralement encastré dans un des murs en bois sombre de la pièce. Son entrée était à moitié dissimulée par deux rideaux, évidemment verts, que Tony dégagea pour mieux voir l'intérieur. C'était une véritable petite niche, et on y avait disposé des étagères ou, surprise, Tony vit encore plus de livre. Il se jeta immédiatement à l'intérieur pour le plaisir d'entendre Loki râler derrière lui.
- Quel âge as-tu Stark, honnêtement ?
Le matelas était parfait, Tony s'y vautra avec aise. Il ne bougerait plus jamais d'ici.
- Ce lit est vraiment incroyable, décréta-t-il. Mais tu sais, je crois qu'il a quand même un problème.
- Pardon ? demanda Loki qu'il apercevait dans sa vision périphérique.
- Il est beaucoup trop grand pour toi Rudolphe, tu vas te sentir très seul, lui répondit Tony. Il se redressa pour soulever ses sourcils de la manière la plus séduisante possible. Je veux bien venir te tenir compagnie, uniquement par altruisme hein.
Loki secoua doucement la tête.
- Espèce d'idiot. »L'insulta-t-il, mais Tony nota que ce n'était pas un non.
Tony était à moitié en train de s'assoupir sur son tout nouveau lit lorsqu'il fut tiré de sa petite sieste par le bruit d'une porte que l'on faisait glisser. Il se redressa péniblement pour voir que Loki avait ouvert une sorte de garde-robe, séparée du reste de la pièce par un panneau en bois. Tony avait lui-même un dressing beaucoup plus grand que ce que la décence permettait, mais Loki était à un tout autre niveau. En plus, il était prêt à parier qu'il en avait des armoires pareilles sur genre vingt planètes différentes. Au moins. Une vraie diva.
« Tu vas vouloir te changer pour dîner, l'informa le dieu lorsqu'il le surprit à regarder dans sa direction. Pour une raison inconnue, mon oncle ne t'apprécie déjà pas beaucoup et tu aggraverais les choses si tu te présentais en portant les mêmes vêtements qu'il y a quatre jours.
Tony porta le tissu de sa chemise à son nez pour constater les dégâts. Ouais, il puait un peu, mais franchement, on avait connu pire. Il se plaignit.
- Il n'avait qu'à pas nous enfermer, et puis sérieusement, je pue pas tant que ça, si ?
Loki était en train d'examiner une cape avec un beaucoup d'attention. Tony retint un rire en le voyant froncer le nez de dégoût et la reposer avec le reste des vêtements. Il trouvait ses petites galères vestimentaires toujours très drôles.
- Premièrement, si, tu sens extrêmement mauvais, Stark. Et ensuite, je ferais vraiment un effort à ta place, parce que les gens qui contrarient trop mon oncle sont connus pour disparaître du palais d'une manière ou d'une autre.
- Très rassurant, se moqua Tony. Vous avez vraiment des problèmes dans cette famille. Okay, je suppose que je changerai au moins le haut.
- Laisse ma famille en dehors de ça Stark, et puis si tu tiens vraiment à le savoir, je pense que ce sont plus des dérives de la royauté et du pouvoir qu'autre chose. »
Tony avait tout sauf envie de laisser les histoires de famille de Loki tranquilles pour le moment. Leur petit passage dans la salle du trône avait soulevé beaucoup de questions et il savait déjà qu'elles allaient le torturer jusqu'à ce qu'il obtienne des réponses. Loki n'y réagissait genre, jamais très bien, mais il était Tony Stark, et il se sentait obligé de savoir. Il s'éclaircit la gorge.
« D'ailleurs, à propos de problèmes de famille, commença-t-il, mais il fut instantanément coupé par son amant.
- Je le savais, pesta-t-il, tu ne peux juste pas t'en empêcher, pas vrai Stark ?
Tony retint un petit rire en voyant qu'il avait abandonné ses vêtements et s'était retourné pour le fixer, les poings sur les hanches et les sourcils réprobateurs.
- Tu sais que ta maudite curiosité finira par te tuer un de ces jours, n'est-ce pas ?
- Oh allez Loki ! se plaignit-il. Vous êtes là à parler comme dans une tragédie du dix-neuvième siècle et moi, j'y comprends rien ! C'est pas juste, je peux même pas décider de quel côté je suis, j'ai l'impression d'être une plante verte, c'est chiant !
- Nos querelles familiales ne sont pas un divertissement Stark. Tu te comportes comme si tu regardais un de vos films midgardiens.
Tony haussa les épaules et s'assit convenablement sur le lit. Il plaça un coussin derrière son dos pendant que Loki se rapprochait de lui.
- Je ne dis pas que c'est un divertissement, mais t'avoueras quand même que c'est mystérieux. C'est quoi cette histoire de couronnement ? Et de Jotünheimr ? C'est la planète de Sigmund et de Signy, pas vrai ? T'as vraiment essayé de tous les tuer ?
Loki avait l'air d'avoir avalé un citron. Tony s'attendait à ce qu'il se mette à l'insulter pour dévier la conversation, comme il le faisait d'habitude, mais le dieu se contenta de s'installer au bord du lit. Il allait lui raconter, réalisa Tony avec une forme d'excitation un peu tordue, parce que ce n'était certainement pas une jolie histoire. Après des mois à galérer, Loki s'ouvrait à lui, et il avait à peine eu à insister. C'était Noël avant l'heure. Il n'osait plus respirer.
- C'est un peu plus compliqué que cela, dit-il en passant une main dans ses cheveux déjà bien débraillés. Tu te souviens de quoi, concernant les relations entre Asgard et Jotünheimr ?
Tony fit un effort pour se remémorer la conversation qu'il avait eue avec Signy un peu avant qu'ils n'arrivent à Jotünheimr.
- Hum, que ça pue la merde ? Signy m'avait expliqué deux ou trois trucs. Que vous étiez en guerre, que sa planète était complètement isolée des autres et que vous vous détestiez mutuellement. Elle était assez surprise que tu ne sois pas une espèce de grosse brute assoiffée de sang aussi.
- Oui, et bien, j'étais personnellement très surpris de constater qu'ils n'étaient pas des espèces de monstres, et qu'ils étaient capables d'autant d'intelligence que nous, lui répondit Loki, acerbe.
Tony ne put s'empêcher de reculer un peu, choqué par les paroles du dieu.
- Mais enfin Rudolphe, c'est complètement débile ! Protesta-t-il. T'as jamais réagi comme ça avec les autres enfants, qu'est-ce qui se passe dans ta tête, exactement ?
- Je sais que c'était un raisonnement stupide Stark, merci beaucoup. Mais je ne pouvais pas m'en empêcher. Nos planètes sont en guerre depuis des siècles, que crois-tu que l'on raconte à Asgard sur les Jötuns ? Qu'ils sont de pauvres opprimés, que leurs enfants sont adorables et que leurs guerriers sont nobles ? Non, on nous apprend dès l'enfance, que ce sont des monstres, plus proches de la bête que de l'homme, qu'ils n'ont ni cœur ni intelligence, et qu'ils mangent les petits Asgardiens qui ne se tiennent pas sages ! C'est avec cette menace que mes nourrices m'envoyaient au lit le soir, tu comprends ?
Tony comprenait plus ou moins, mais ça restait tordu.
- Vous êtes des grands malades, grogna-t-il en repensant aux deux gosses avec lesquels ils avaient passé plusieurs mois. Mais ouais, je suppose que je capte, t'avais pas de point de comparaison, alors t'as pas vu que c'étaient des conneries racistes.
Loki ne le corrigea pas, mais il s'était sérieusement obscurci, les yeux dans le vague. Tony s'étendit pour lui donner un léger coup de pied dans les côtes et le secouer un peu et il s'ébroua.
- Et donc ? le relança-t-il. Je veux dire, même si t'avais une mauvaise opinion d'eux, je suppose que tu t'es pas juste réveillé un beau matin avec une envie de génocide ?
Loki passa une nouvelle fois la main dans ses cheveux. À ce moment précis, Tony n'était pas sûr de se sentir très désolé pour lui, parce que ouais, il avait juste été un gros con raciste.
- Je ne suis pas sûr de vouloir en parler Stark, lui expliqua-t-il, ce qui était bizarrement honnête de sa part. D'abord, parce que j'ai honte de mes actions, et ensuite parce que tu risques fort de changer d'opinion à mon sujet.
Tony aurait bien voulu lui dire que non, et que rien de ce qu'il pourrait lui raconter ne changerait leur relation, mais il était assez sûr que cela serait mentir.
- Je l'apprendrais bien d'une manière ou d'une autre, raisonna-t-il à la place. Et tu l'as dit toi-même, on ne peut pas changer le passé.
Loki avait l'air bloqué, hésitant, le cul entre deux chaises. Tony soupira. D'où il se tenait, il n'apercevait que son profil, plus loin, au bord du lit et entre les rideaux.
- Je peux juste promettre que j'essaierai d'écouter ton point de vue, okay ? Je veux juste comprendre ce qu'il se passe ici, t'es pas devant un tribunal.
- Très bien, très bien Stark. Tu as gagné, admit le dieu. Laisse-moi une minute pour rassembler mes souvenirs, cette période est un peu floue.
Tony se redressa en avant, intéressé. Il resta silencieux pour ne pas perturber les réflexions de Loki.
- Eh bien, commença Loki. Comme l'a dit mon oncle, tout a commencé lors du couronnement de Thor.
- Thor n'est pas Roi, l'interrompit Tony, ce qui lui valut une œillade agacée.
- Ne commence pas à tout commenter, Stark. C'est une longue histoire et on ne va pas s'en sortir si tu m'arrêtes toutes les cinq minutes.
Tony leva les mains en signe de reddition.
- Désolé, je ne peux pas m'en empêcher, tu me connais.
- Donc, comme je le disais, reprit Loki, non sans avoir levé les yeux au ciel. Tout a commencé lors du couronnement de Thor. Pour une raison qui m'échappe encore, Odin avait décidé qu'il était prêt à être Roi. Il avait donc décidé d'organiser une cérémonie pour officialiser la transition.
Tony avait un peu de mal à imaginer Thor en tant que Roi. Même s'il était très sympa, le gars restait du genre impulsif. Sans compter qu'il ne savait toujours pas utiliser un ordinateur. Par comparaison, il avait vu Loki commander des quantités de fringues énormes sans l'aide de personne. Beaucoup trop de fringues, et réflexion faite, à l'aide de sa carte bleue, mais il digressait.
- Évidemment, la nouvelle de cet événement me contrariait beaucoup, continua Loki. Tu commences à bien connaître Thor, mais crois-moi, c'était un homme bien différent à l'époque. Il était arrogant, impulsif, toujours à chercher la gloire et les honneurs dans la bataille, et il n'avait pas une once d'intérêt pour la politique. Tu n'es pas obligé de me croire, mais c'est ainsi que je le voyais, et comme je pensais encore que le bien d'Asgard passait avant toute chose, et que Thor n'était… Eh bien, pas le souverain idéal pour mon peuple, du moins, pas encore, j'estimais qu'il était de mon devoir, en tant que prince héritier d'arrêter ce couronnement que je voyais comme une folie.
- Oh, je suis sûr qu'il a adoré, commenta Tony en ricanant un peu. Loki grogna.
- Bien sûr que non, mais j'y reviendrai plus tard. Enfin, je dois préciser que j'étais aussi très jaloux de lui. Vois-tu, Asgard n'a pas les mêmes règles de successions que la plupart de vos royaumes midgardiens. Le droit d'aînesse n'existe pas, ce qui veut dire que j'étais tout autant prétendant au trône que Thor.
- Ouais, tu pensais que tu méritais plus d'être Roi que lui, j'avais capté.
- Parfaitement, admit Loki. À tort ou à raison, enfin, il n'en reste pas moins que j'ai planifié le sabotage de son couronnement de manière à ce qu'il soit au moins reporté d'une décennie ou deux. C'est là que les Jötuns interviennent dans l'histoire. J'avais besoin d'ennemis d'Asgard et ils étaient des candidats parfaits. Je suis donc allé trouver leur roi, Laufey, en secret et je lui ai donné les meilleurs chemins d'accès à Asgard. Je savais qu'ils sauteraient sur l'occasion, et cela n'a pas manqué. Ils se sont introduits pendant la cérémonie qui a donc été interrompue, ce qui a rendu Thor fou de rage. À ce stade, je n'avais plus qu'à le pousser dans la bonne direction pour qu'il prouve à la planète toute entière et à Odin, qu'il était incapable d'être Roi.
Tony était vraiment très investi dans l'histoire. Il demanda avec empressement.
- Et alors ? C'était quoi la suite du plan machiavélique, Rudolphe ?
Loki fit une petite moue. Il avait presque l'air amusé par le souvenir de ses conneries. Tony devait admettre que pour l'instant, c'était plus distrayant que dramatique.
- Machiavélique est un terme un peu fort, j'étais plein de bonnes intentions, le rectifia-t-il.
- Oh, arrête de faire durer le suspens, tu veux ?
- Toujours aussi impatient, se moqua Loki. Enfin, Thor était très remonté et prêt à en découdre avec ceux qui avaient interrompre son grand jour, je n'ai eu qu'à souffler un peu sur les braises pour qu'il prenne son stupide marteau et ses stupides amis et qu'il se rende sur Jotünheimr demander réparation.
- Ouais, brillante idée de sa part, ironisa Tony. Et de la tienne aussi, Rudolphe.
- Merci, eut l'audace de lui répondre le dieu. Mais pour être tout à fait juste, je ne m'attendais pas à ce que la situation dégénère autant, quoiqu'avec du recul, c'était à prévoir. Thor se retrouve donc face au Roi de Jotünheimr qu'il méprise, et dont il est méprisé en retour. Il l'accuse publiquement, Laufey nie toute implication et saute sur l'occasion pour insulter Thor, qui ne peut pas laisser passer cela, car sa fierté légendaire en souffrirait trop. Nous sommes donc à présent six à nous battre contre une armée entière, ce qui, comme tu peux l'imaginer, ne se passe pas très bien.
Tony leva les yeux au ciel, entre amusement et exaspération. Ce genre d'impulsivité un peu stupide ressemblait beaucoup à Thor.
- Maintenant, tu ne le sais sans doute pas, continua Loki en changeant de sujet. Mais les Jötuns ont la peau si froide qu'elle est connue pour pouvoir brûler celle d'un Asgardien.
- Vraiment ? objecta Tony, sceptique à la nouvelle. Parce que j'ai déjà touché les lardons bleus et il ne m'est rien arrivé.
- J'ai remarqué, oui, acquiesça Loki. Je pense que c'est une capacité qu'ils n'utilisent qu'en combattant, mais j'avoue être mal informé sur le sujet. Comme tout le reste d'Asgard, d'ailleurs.
- C'est vraiment bizarre, on aurait dû leur demander tant qu'on le pouvait encore, maugréa-t-il.
- Eh bien, excuse-moi si je n'avais pas la tête à mener des expériences biologiques avec ces enfants, renifla Loki. Enfin, nous sommes en pleine bataille, Thor met des coups de marteau à tout le monde et j'essaie de survivre comme je peux lorsqu'un de leurs soldats m'attrape l'avant-bras. Évidemment, je m'attends à mourir d'une mort atroce et glaciale, mais il ne passe rien.
Tony n'avait aucune idée de ce que toute cette histoire de brûlure avait à voir avec une tentative de génocide, mais il sentait qu'ils étaient à un moment clef du récit. Il regarda le visage neutre de son amant avec plus d'attention.
- Mamain, Stark, ma propre main, avait changé de couleur. Est-ce que tu as la moindre idée de la sensation qu'on éprouve lorsque l'on se retrouve face à un bout de son corps qui nous est soudainement étranger ? Ma main était bleue. Exactement de la même couleur que leurs mains à eux.
Le cerveau de Tony tournait à cent à l'heure. Il voyait Loki, à quelques centimètres de lui, la peau toujours aussi blanche, l'air toujours aussi Asgardien. Il sentit ses neurones griller un peu.
- Quoi ? Mais c'est pas possible ? objecta-t-il.
Loki se tourna vers lui. Il ressemblait toujours à Loki. Il avait toujours les yeux verts de Loki et il le scrutait avec méfiance.
- Ce fut également ma première réaction. Je ne pouvais pas y croire, je n'étais plus sûr de rien, est-ce que tu peux imaginer cela ? Mon existence ne s'écroulait pas encore, mais elle tremblait autour de moi. Je comprenais doucement que je n'étais pas comme eux, ni le fils d'Odin et de Frigga, ni le frère de Thor, et surtout pas le prince héritier du trône, mais que j'étais peut-être l'exact opposé de tout cela.
Putain de merde, Tony avait cru que Thor blaguait lorsqu'il avait dit que son frère psychopathe était adopté. Putain de merde, il était complètement stupide.
- T'es un Jötun, dit-il à voix haute, pour confirmation.
Loki acquiesça d'un signe de tête. Cela n'avait de toute évidence pas l'air de lui faire plaisir, et il attendait la réaction de Tony pour continuer.
À dire vrai, Tony était trop surpris pour réagir. Le gars avec lequel il couchait depuis des mois était genre, bleu, à défaut d'autres termes, et sa famille était composée d'un tas de tordus et de gros racistes qui l'avaient poussé à détester son peuple d'origine. Ouais, c'était vraiment, vraiment, méga tordu.
- Okay, finit-il par juger parce que Loki restait toujours muet. Et donc, après ?
Loki haussa un sourcil méfiant.
- Okay. C'est tout ce que tu trouves à dire Stark ? l'interrogea-t-il.
- Qu'est-ce que tu voudrais que je dise d'autre ? Je suis humain, je te rappelle. Ça veut pas dire grand-chose pour moi que tu viennes de Cassiopée ou d'Andromède, c'est toi qui as un problème avec ces trucs-là, pas moi, lui rappela Tony.
Loki se détendit soudainement, la réalisation filtra sur son visage comme le soleil au travers de nuages d'hiver. Il avait eu peur que Tony ne se mette à pousser des cris de dégoût, ou quelque chose du genre, réalisa ce dernier. Putain de merde, qu'est-ce qu'il disait déjà ? Méga tordu.
- C'est vrai, admit Loki. Je ne sais pas comment j'ai pu oublier cela.
Il se reprit avec un petit bruit de gorge embarrassé.
- Je vais essayer de te résumer le reste de mon mieux. Odin est intervenu pour mettre fin à la bataille qui faisait encore rage et que nous perdions lamentablement. Nous sommes ensuite retournés sur Asgard, et il a exilé Thor sur Midgard en guise de punition pour ses actes inconsidérés. Je t'avoue que c'était exactement ce que je visais, lorsque j'ai fait pénétrer les Jötuns dans Asgard et que je pensais tirer une grande joie de ce moment. Il n'en fut rien. J'étais incapable d'ôter mon esprit de la vision de ma main devenue bleue.
- Ouais, enfin, c'est compréhensible, essaya de le consoler Tony. Je pense que je péterais aussi un peu un câble à ta place.
Loki eut un petit rire sec.
- Comme tu peux te l'imaginer, j'avais besoin d'explications. Oh, bien sûr, au fond de moi, j'avais déjà mes réponses. C'était presque un soulagement, en fait. J'avais passé des siècles pesants et interminables, incapable de comprendre ce qui clochait chez moi. Je me demandais, encore et toujours pourquoi je n'étais pas assez bien pour la noble Asgard et pour celui que je considérais encore comme mon père. Celui qui passait son temps à me comparer à Thor, mon soi-disant frère. Et j'avais ma réponse. Je n'avais rien fait de mal Stark, c'était ce que j'étais le problème. Un des ennemis d'Asgard, un de ces monstres du froid.
- Oh, Loki, l'appela Tony qui commençait à se sentir un peu mal pour le dieu. Tu sais que c'est des conneries, maintenant.
- Bien sûr que je le sais Stark. Mais même aujourd'hui, je n'arrive pas à me défaire de toutes ces croyances stupides. Elles me reviennent inconsciemment, tu vois ? Comme des mauvaises habitudes.
- Je suis sûr que ce n'est qu'une question de temps.
Tony quitta son mur pour se rapprocher, parce qu'il avait du mal à l'entendre raconter des trucs aussi sordides. Il s'installa à côté de lui et posa sa tête sur son épaule, pressant son flanc contre le sien.
- Tu pues, Stark, protesta le dieu. Mais sa voix manquait de conviction.
Tony rit un peu et prit sa main dans la sienne. Loki ne se débattit pas, Tony pouvait le sentir se couler contre lui avec une certaine précaution.
- J'attends encore la partie génocide, remarqua-t-il.
- Je suis sûr que tu peux deviner comment j'en suis arrivé là tout seul, lui répondit Loki à qui son attitude sarcastique habituelle revenait lentement. J'ai confronté Odin au sujet de ma découverte, et ce vieux fou n'a rien eu à dire pour sa défense. Il prétend m'avoir trouvé dans un temple quelconque. Laufey m'y aurait laissé mourir parce que j'étais né trop petit et trop faible.
- Minute papillon, que vient faire le Grand Stroumph là-dedans ? demanda Tony que toute cette histoire commençait à embrouiller.
- À ton avis, Stark ? C'est mon père biologique. Enfin selon Odin. J'avoue ne pas lui faire totalement confiance à ce sujet.
- Donc t'es le Prince de deux Royaumes, c'est ça ? Un seul ça te suffisait pas ? le nargua Tony, parce que ce genre de trucs ressemblait bien à Loki.
- Oh, ça va, ce n'est pas comme si j'avais choisi, râla Loki. Mais est-ce que tu peux me laisser finir cinq minutes ? Tu es bien trop bavard Stark.
- Oui, oui, je me tais. Sage comme une image. Motus et bouche cousue.
- Donc, suite à notre petite discussion, ce vieil idiot ne trouva rien de mieux que de sombrer dans le Sommeil d'Odin. Non, Stark, l'arrêta-t-il alors qu'il ouvrait la bouche. Ne demande pas. C'est comme une sieste, juste très longue, maintenant, arrête avec tes questions stupides. J'ai été couronné Roi le temps de la régence. Comme tu peux t'en douter, je n'étais pas dans le meilleur état d'esprit à ce moment précis. En fait, j'avais un peu de mal à me reconnaître, et c'est là que j'ai commencé à mettre en place un second plan, qui, je le pensais, m'aiderait à gagner enfin la reconnaissance de mon père. C'est te dire si j'étais complètement fou, je cherchais encore à lui plaire alors qu'il n'est qu'un, qu'une…
- Qu'un gros con raciste de merde ? le compléta Tony. Ouais, je suis d'accord.
- Un gros con raciste de merde, répéta Loki, ce qui sembla très thérapeutique, parce qu'il le dit une seconde fois. Exactement, un gros con raciste de merde. Bon, je cherchais donc à retrouver ma place parmi eux, alors j'ai fait ce qui me semblait la solution la plus évidente. J'ai invité Laufey sur Asgard en lui expliquant qu'Odin était dans un état vulnérable et, lorsqu'il est arrivé, je l'ai tué.
- Laufey, ton père ?! s'étrangla Tony. Attends, tu viens bien de me dire que tu as tué ton père dans le plus grand des calmes, là ? Et tu vois pas le problème ?
- Je ne le voyais pas sur le moment, confirma Loki. Cet homme ne m'était rien, si ce n'est le représentant d'une race monstrueuse et celui qui m'avait laissé pour mort des siècles auparavant. C'était même parfaitement logique. En le supprimant, je montrais à Odin qu'il était mon vrai père, à qui allait mon allégeance, et plus important encore, je lui prouvais que je n'avais rien en commun avec ces monstres.
Tony était effaré. C'était putain d'intense, là.
- Okay, okay admettons, et après ?
- C'est… délicat à expliquer. Je t'ai dit que je ne voyais pas le problème, mais avec le recul, il est fort possible que tuer Laufey ne m'ait pas laissé aussi indifférent que je l'aurais souhaité. Quelque chose s'était brisé en moi. J'étais déjà fou, mais à voir son corps sans vie… Ce qui s'est passé par la suite… Je ne comprends pas comment les choses en sont arrivées à ce point.
Loki fit une pause dans son récit. Tony le sentait respirer contre lui, un rythme irrégulier et lourd, et lui-même ne comprenait pas comment ils pouvaient encore se trouver aussi proches, alors que Loki lui avouait ses crimes un par un. S'il avait eu un peu de bon sens, il aurait fui, mais il ne parvint qu'à s'accrocher plus fort à sa main.
- Si Thor ne m'avait pas arrêté, je les aurais tous tués, avoua-t-il enfin dans un souffle. J'ai décidé d'utiliser la puissance du Bifröst pour détruire complètement leur planète. Encore aujourd'hui, je ne connais pas l'étendue des dégâts que j'ai causés.
Tony ne pouvait plus rien dire. Il aurait aimé se sentir dégoûté, énervé, parce que ce serait toujours mieux que l'immense indifférence qu'il ressentait.
- C'était eux ou moi, continua Loki, alors que Tony pensait qu'il ne développerait pas plus. Je ne le comprenais pas à l'époque, mais maintenant, je le sais. J'éprouvais une telle haine pour celui que j'étais, cette part de moi que je venais de découvrir, ce monstre, que cette haine obscurcissait toutes mes pensées. Je ne pouvais plus le supporter, c'en était trop pour mon esprit, alors j'ai préféré tuer mes semblables. Je les tuais eux, ou je me tuais moi. Voilà ce qu'il s'est passé Stark. Je suis sûr que tu es très heureux d'avoir demandé, n'est-ce pas ?
- Pas vraiment en fait, admit-il. Mais enfin, ouais ça explique pas mal de trucs. Je préfère le savoir, de toutes façons.
Loki se dégagea un peu de son étreinte pour lui jeter un regard de travers. Il n'avait pas l'air de se sentir très bien, mais après tout, ils venaient de passer quatre jours emprisonnés, et maintenant, il lui racontait ses histoires de famille tordues et sa tentative de génocide, alors ouais, c'était plutôt normal. Tony lui-même ne se sentait pas vraiment au top de sa forme.
- Donc c'est ça que tu reprochais à ton tonton Legolas, tout à l'heure ? voulut savoir Tony.
- Oui, il connaissait ma véritable filiation, tout comme ma mère d'ailleurs, et ni l'un ni l'autre ne m'ont jamais rien dit à ce sujet. Je pense juste que… Eh, bien, tu sais, que ma vie aurait pris une tournure différente si j'avais su plus tôt ce qu'il n'allait pas chez moi. Cela aurait évité à tout le monde bien des souffrances.
- Rien ne cloche chez toi Loki, le corrigea Tony. Enfin, deux ou trois trucs clochent chez toi, mais je pensais plus à l'armée que t'as ramenée sur terre et à la tentative de génocide qu'à un truc de naissance, tu vois. D'ailleurs, tu devrais peut-être te renseigner sur les dégâts que tu as causés. Juste au cas où.
- Je n'ai pas envie de rajouter plus de morts à mon compteur, merci beaucoup, lui répondit Loki. Tu sais, je me suis souvent demandé si j'avais tué des connaissances de Sigmund et Signy lorsqu'ils étaient avec nous. Peut-être même des membres de leurs familles.
- C'est possible, admit Tony. Mais raison de plus pour enquêter, n'est-ce pas ? »
Loki ne lui répondit pas et se laissa tomber en arrière. Tony le regarda s'étaler sur le matelas en grognant, ses cheveux en désordre, son visage blanc et une légère pellicule de sueur sur son front. Il devait avoir chaud, réalisa-t-il.
« Je peux demander pourquoi t'es genre… pas bleu ?
- Tu viens de le faire, lui fit remarquer le dieu. Je suis très doué en métamorphose, ce que tu vois est ma forme asgardienne. Pendant longtemps, j'ai cru que j'étais né dans ce corps, mais j'ai appris que c'était un sort d'Odin qui m'y retenait.
- C'est vraiment un gros connard, dit Tony juste pour voir Loki sourire un peu. Et du coup t'es coincé là-dedans ? Genre, tu peux pas te retransformer en bleu si t'en as envie ?
- Tu poses vraiment beaucoup de questions… Et pourquoi voudrais-je me transformer en Jötun exactement ?
- Je sais pas moi, pour savoir quelle tête t'as. Je serais curieux à ta place. D'ailleurs, je suis curieux, et je suis même pas à ta place, argumenta Tony.
- J'espère vraiment que tu n'es pas en train de proposer ce à quoi je pense, grogna Loki. Parce que c'est hors de question.
- Oh allez, quoi, tu vas juste être un peu bleu. C'est vraiment pas la mort ! Et je suis sûr que ça t'aidera à surmonter tous les préjugés racistes et débiles avec lesquels t'as grandi. Ou peut-être que t'as trop les chocottes pour le faire ? Le provoqua-t-il.
- Stark, je sais ce que tu es en train de faire et c'est toujours un non. Aussi, je suis un dieu, alors non, je n'ai pas les chocottes, je n'ai juste pas envie, se défendit Loki.
- T'es sûr qu'Odin a ramassé un Jötun et pas une poule mouillée ?
Loki tendit sa main, et la seconde d'après un oreiller frappait méchamment l'arrière du crâne de Tony.
- Aouch, pourquoi tant de violence ? Bon, j'avoue, je l'ai peut-être bien méritée celle-là. Mais quand même.
- Tu ferais bien de te souvenir que la poule mouillée pourrait t'assassiner si l'envie lui en prenait, le menaça Loki même si ses menaces tombaient toujours dans le vide.
- Et donc ? insista Tony, bien décidé à ne pas perdre le fil de la conversation.
- Et donc quoi encore Stark ? s'agaça le dieu. Tony craignit un second coup d'oreiller. Ces trucs faisaient plus mal qu'il n'y paraissait, surtout maniés par des dieux à force surhumaine.
- Bah, je peux voir ? Par curiosité scientifique. Purement scientifique.
Loki bondit de sa position allongée et quitta le lit. Il se retourna vers Tony, rouge de colère. Oups.
- Par les Normes, Stark ! Tu es insupportable ! Stark veut savoir ceci, Stark veut voir cela ! Honnêtement, est-ce qu'il t'arrive de prendre des pauses des fois ? déblatéra-t-il à grand renfort de gestes furieux.
- Quand je dors ? proposa Tony.
Loki émit un son étrange, inarticulé, entre rage et hilarité. Tony ne put s'empêcher de ricaner à son tour. Il allait se faire tuer de la manière la plus stupide, et il ne le regrettait qu'un tout petit peu.
- Très bien, mais souviens toi que tu l'auras voulu ! céda le dieu. Et ne t'approches pas, c'est dangereux. »
En toute honnêteté, Tony s'attendait à un truc plus dramatique. Loki sembla se concentrer une demi-seconde, et l'instant d'après sa peau se gorgea d'un bleu profond, couleur encre, exactement comme un buvard. Oh, et il avait des cornes, pas aussi grosses que celles de son casque, mais délicates et courbées. Tony avait un peu envie de les toucher, pour voir.
Il fut cependant un peu perturbé par ses yeux. Il s'était habitué à lire dans le regard vert de Loki, pour savoir comment il se sentait, s'il allait s'énerver ou l'embrasser, s'il pensait à faire une connerie ou simplement à dormir. Tout ce rouge lui donnait un côté indéchiffrable qu'il n'était pas sûr d'aimer, mais eh, au moins c'était raccord avec son armure !
« Alors ? demanda Loki, poings sur les hanches et une minuscule trace d'anxiété dans la voix. Ta curiosité scientifique est satisfaite, Stark ?
- Je suppose, mais c'est un peu décevant. Tu sais que ça change pas grand-chose ? T'as genre exactement la même tête, lui dit-il, et il fut charmé de le voir froncer son nez bleu.
- Vraiment ? l'interrogea Loki en portant une main à son visage, et ouais, couleur à part, il avait aussi les mêmes doigts, Tony se souvenait très bien de ses doigts, merci beaucoup.
- Ouais, confirma-t-il. T'es juste très bleu, ça te va pas si mal. Moi qui pensais que le vert était ta couleur.
- Hilarant Stark, je m'écroule de rire, ironisa le dieu.
- T'es sûr que j'ai pas le droit de toucher ? Toujours par expérience scientifique. Je me demande si t'es froid.
- Est-ce que tu as oublié le moment où je t'ai raconté que les Jötuns brûlaient à mort leurs ennemis ? Tu n'entends vraiment que ce que tu veux entendre, n'est-ce pas ? Et évidemment que je suis froid Stark, je suis un géant de glaces. Tu sais, l'élément qui ne se forme que sous zéro degré ?
- Okay, mais aucun des deux autres petits glaçons ne m'a brûlé. T'as dit toi-même que tu savais pas comment ça marchait. T'as déjà touché quelqu'un comme ça ?
- Bien sûr que non Stark, j'étais trop occupé à tuer mon père biologique et à anéantir ma race de naissance. Et je n'ai pas exactement songé à expérimenter après l'affaire, j'avais une autre planète à envahir.
- Deux secondes et je te jure qu'on arrête tout s'il y a un problème, promit Tony, en ignorant le ton plus que sarcastique de son amant. Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer.
- Tu iras en enfer quoique tu fasses Stark, soupira lourdement Loki.
- C'est un oui, conclut Tony en bondissant du lit à son tour.
Il fit face au dieu et lui tendit la main de son air le plus assuré, même s'il avait quand même secrètement peur des engelures. Loki le regardait comme s'il avait perdu l'esprit, mais il l'avait probablement trop lassé avec ses bêtises pour qu'il puisse protester.
- Allez Rudolphe, je prends toutes responsabilités. » Le taquina-t-il en agitant les doigts.
Loki avança précautionneusement sa propre main, le bout de ses doigts effleura sa paume, durant une demi-seconde. Tony ne sentit presque rien. Il lui sourit pour l'encourager, et les miracles devaient bien se produire, parce que Loki finit par poser sa main sur la sienne. Tony fut saisi de la pensée étrange que c'était la première fois de sa putain de vie qu'il touchait volontairement quelqu'un sous cette forme. Et que ce quelqu'un était lui.
Une chose était sûre, Tony n'avait jamais touché la main de quelqu'un d'autre avec une telle précaution non plus. Il y avait quelque chose de lourd autour d'eux dont il ne parvenait pas à se défaire. Lentement, Tony leva la main et celle de Loki glissa avec la sienne. Il entrelaça leurs doigts, et passa son pouce sur le dos de la main du dieu, puis pressa gentiment.
Tony contempla longtemps leurs mains, les ongles sombres de Loki et sa peau bleue sur la sienne. Sa main était froide, bien sûr, mais rafraîchissante comme le carrelage des étés trop chauds. C'était agréable.
Loki le regardait, s'aperçut-il. Avec ses nouveaux yeux aux cils très noirs, et ses lèvres, son nez, et ses sourcils. Tony lui rendit son regard avec un petit sourire.
« Je vais t'embrasser, lui annonça-t-il. T'es libre de me frapper si tu veux. »
Il attendit un peu, mais Loki ne bougeait pas d'un poil, alors il se dressa sur la pointe des pieds et, avec toutes les précautions et la tendresse du monde, il effleura les lèvres fraîches et entrouvertes de Loki. Cela dura une petite seconde, mais Tony aurait voulu que le moment s'étende pour toujours, parce qu'il avait conscience que jamais aucun baiser n'avait été si précieux.
Loki papillonna des yeux lorsqu'il se recula, Tony lui sourit de toutes ses dents, et le regarda s'éclaircir la gorge d'un air gêné.
« T'es pas trop froid du tout, Rudolphe, l'informa-t-il. L'expérience est concluante.
- Je suppose que oui, réfléchit le dieu à voix haute.
Il regardait Tony comme s'il le voyait pour la première fois, avec curiosité et un brin d'émerveillement. Et Tony ne pouvait pas empêcher de le regarder de la même manière.
- Merci Stark, lui dit-il finalement, et il détourna les yeux alors que sa peau reprenait sa teinte habituelle.
- Quand tu veux Rudolphe, quand tu veux. » Lui répondit-il.
Tony se sentait encore sourire stupidement, mais il n'essaya pas de s'en cacher.
