Note : Coucou tout le monde ! J'espère que tout va bien dans vos vies ! On se retrouve pour un chapitre un peu dramatique, mais avouez que ça se passait un peu trop bien ces derniers temps. Des bisous !
CHAPITRE 8
Il y avait du sang partout. Sur ses mains, dans sa bouche, dans l'air qu'il respirait et il y avait Pepper, et Rhodes et des inconnus par centaines. Leurs corps s'empilaient les uns sur les autres, comme des sacs de blé. Ils l'étouffaient. Leurs yeux étaient vides. Tony se tournait pour essayer d'apercevoir autre chose que la mort, mais il n'y avait rien d'autre que le noir et que le sang. Il ne pouvait plus respirer.
« Observe ton œuvre, Tony Stark, lui susurra une voix familière. Vois ce que tu as fait, c'est de ta faute, s'ils sont ainsi. Ta faute, parce que tu n'as pas pu les sauver.
C'était Loki. Il était là, quelque part. Tony voulut l'appeler, mais il n'avait plus de souffle et sa bouche ne lui obéissait plus.
- Tu crois que tu es un de ces héros, mais tu ne fais qu'essayer de te racheter une conscience, pitoyable petit mortel. Tu ne peux plus les sauver, pas plus que tu ne peux me sauver, moi.
Tony baissa les yeux à l'endroit où se trouvait Pepper quelques secondes plus tôt, du sang dans ses beaux cheveux et sur sa main délicate. Il la vit se métamorphoser. Ses yeux vitreux prirent une couleur verte, une teinte qu'il reconnaîtrait n'importe où, sa peau pâlit, ses traits se firent plus anguleux et ses lèvres plus fines. Loki le regardait de ses yeux morts, une grimace souriante sur son visage.
- C'est trop tard Stark, tu as perdu. »
Tony arrêta de respirer alors qu'un frisson d'horreur le traversait. Il ne voyait plus rien. Le corps de Loki, le sang, Rhodes, tout avait disparu. Il était mort, il devait être mort. Le sol céda sous ses pieds, il se sentit tomber. Tony poussa un cri lorsque sa main rencontra quelque chose de solide et il se recula dans la direction inverse. La seconde d'après, il aperçut une lumière bleue, puis des chandelles qu'on allumait. Il entendit une voix.
« Loki ? croassa-t-il. Il pouvait de nouveau parler. Pendant une seconde, il avait cru qu'il resterait muet pour le restant de ses jours.
- Je suis là Stark, l'appela la voix familière. Regarde-moi.
Tony obéit et ouais, c'était bien Loki, complètement à poil, les cheveux emmêlés et le visage encore froissé de sommeil. Putain de merde, songea-t-il en essayant de chasser l'image de l'autre Loki et de ses yeux morts dans son esprit. Il mit une longue minute à reprendre une respiration plus au moins normale et, lorsqu'un souffle d'air passa sur sa peau, il se rendit compte qu'il était trempé de sueur. Dégueulasse.
- Tu te sens bien ? demanda Loki. Cet enfoiré s'inquiétait pour lui. C'était bien la première fois qu'il l'affichait aussi ouvertement.
- Ça va, mentit-il par réflexe. Je vais… Peut-être laver tout ça. Je dois puer. »
Il le quitta sans plus d'explications, s'aperçut que ses mains tremblaient en ouvrant le rideau et se hâta jusqu'à la salle de bain où il s'empressa de fourrer son visage sous l'eau froide. Mauvaise idée. Il eut immédiatement l'impression de se noyer. Il ôta sa tête du lavabo et l'enfouit dans ses mains en essayant de rassembler ses esprits. Il sentait son cœur battre à ses oreilles et la pièce tournait autour de lui. Tony ferma les yeux dans l'espoir qu'il parviendrait ainsi à fuir la panique qui l'envahissait.
Putain de merde, songea-t-il. Pourquoi fallait-il toujours qu'il ait ce genre de rêves pourris ? Mais qu'est-ce qui clochait chez lui ? Tout se passait bien, personne n'était en danger de mort, mais non, il fallait que son cerveau se manifeste en lui envoyant des trucs horribles ! Et le pire, c'était qu'après tout ce temps, Tony ne parvenait toujours pas à distinguer ses rêves de la réalité et qu'il se retrouvait à paniquer comme un gros débile. Il le savait, pourtant, que ce n'était pas vrai, merde à la fin ! Il n'y avait pas à se mettre dans des états pareils !
Avec un grognement frustré, il se força à se redresser. Tony jeta un regard dégoûté au reflet qui l'accueillit, un reflet plein de cernes, luisant de sueur avec des yeux grands, rouges et injectés. Il se sentit très vieux et très faible. Il avait besoin d'une bonne douche et peut-être d'un peu d'air frais. Il était hors de question qu'il retourne se coucher après cela, sa nuit était foutue.
« Stark ? l'appela Loki de l'autre côté de la porte. Tony ne se souvenait même pas de l'avoir fermée derrière lui.
- Pas maintenant, grogna-t-il en passant une main sur son visage.
La dernière chose dont il avait envie en ce moment, c'était bien que Loki le voie dans cet état. Il avait oublié d'envisager la possibilité d'un cauchemar lorsqu'il avait insisté pour squatter le lit du dieu. Cela faisait plusieurs mois que ses mauvais rêves le laissaient tranquille et il avait naïvement cru qu'il avait réussi à s'en débarrasser pour de bon.
Mais ouais, hors de question qu'il le voie ainsi. D'abord, parce qu'il avait perdu quelques points sur l'échelle de séduction et ensuite parce qu'il se sentait si misérable, si pitoyable, si faible, et si peu héroïque qu'il ne pouvait pas supporter l'idée que quelqu'un d'autre que lui-même puisse le découvrir dans cet état.
Évidemment, Loki ne l'écouta pas. Il entra dans la pièce sans aucune délicatesse, tout juste vêtu d'un pantalon souple qu'il avait dû passer à la va-vite. Tony se redressa et essaya de se recomposer une expression neutre. L'intrusion l'énervait au plus haut point.
- Je t'ai dit de pas rentrer, tu vois, ça, c'est une porte, tu l'ouvres pas, l'attaqua-t-il. Simple comme concept, non ? Qu'est-ce que tu veux ?
- Inutile de monter sur tes grands chevaux Stark, se renfrogna Loki. Je venais simplement te demander si tout allait bien.
Il y avait eu un peu d'inquiétude dans ses yeux verts, mais la ride entre ses sourcils trahissait également un début d'irritation. Tony avait beau reconnaître le signe, pour l'avoir déjà vu et revu lors de leurs disputes précédentes, il préférait encore largement la colère de son amant à sa pitié. Tout, plutôt que la pitié.
- T'as des yeux, non ? répondit-il avec toute l'ironie qu'il possédait encore. Évidemment que ça va pas, et non, tu peux rien faire pour aider. Si tu pouvais gentiment dégager de là, ça serait cool, merci.
- Je te rappelle que c'est ma chambre Stark. Tu n'as pas à me donner des ordres dans mes propres quartiers, lui rétorqua, assez justement le dieu. Et comment se fait-il que tu aies le droit de débarquer à n'importe quel moment dans cette pièce et de me poser les questions les plus privées, et que lorsque moi, je te demande gentiment si tu vas bien, tu te mettes à être aussi odieux ? Oh oui, la communication, c'est important, mais pas quand ça te concerne, c'est ça ? Faites ce que je dis et pas ce que je fais ?
- Oh comme si tu n'avais pas gardé tes petits secrets pendant des mois ! pesta Tony, agacé de se retrouver ainsi face à ses propres contradictions. Arrête un peu de jouer à la victime, tu veux. Je ne sais toujours pas ce qui est arrivé à New York et je n'en fais pas tout un fromage !
Il avait vaguement conscience que remettre le petit épisode l'invasion extraterrestre sur le tapis était un coup bas, mais il comptait dessus pour se débarrasser de Loki qui, cette fois-ci, envahissait la salle de bain. Malheureusement pour lui, le dieu ne semblait, cette fois-ci, pas du tout disposé à fuir la discussion.
- La seule raison pour laquelle tu t'intéresses à New York, c'est parce que tu veux soulager ta petite conscience de super-héros, ne commences pas à jouer à cela avec moi ! lui rappela-t-il. C'est un peu facile de ressortir mes problèmes au lieu de parler des tiens !
- On sait tous les deux que c'est des conneries. Crois-moi, ma conscience de super-héros s'est fait la malle il y a longtemps parce que tu l'as envoyée chier ! Oh bonjour, regardez, c'est moi Loki, j'en ai rien à foutre des problèmes moraux des gens et je les mets dans des situations de merde vis-à-vis de genre toute leur planète parce que je suis un gros égoïste ! l'attaqua Tony.
Loki eut un petit rire sec à sa tirade, Tony vit la fureur luire au fond de ses yeux alors qu'ils se rapprochaient. Enfoiré de merde. Pourquoi avait-il fallu qu'il tombe sur son tapis, déjà ? Et pourquoi avait-il fallu que, d'entre toutes les personnes de ce putain d'univers, Tony choisisse de développer des sentiments pour cet enfoiré en particulier ?
- Comme si je t'avais forcé à quoi que ce soit, ce n'est pas de ma faute si tu penses avec ce que tu as entre les jambes, Stark, siffla le dieu.
Ouais, cet enfoiré ne comprenait vraiment pas le problème.
- Mais t'es con ou tu fais exprès de pas comprendre ? s'emporta-t-il. Arrête un peu deux minutes de tout ramener au sexe, merde ! C'est plus le problème depuis des semaines ! Depuis des mois, même !
Loki se figea en face de lui, l'air d'une biche prise entre deux phares. Tony braqua ses yeux dans les siens. Il avait probablement l'air un peu fou en cet instant précis, mais ses nerfs étaient sur le point de lâcher et il n'en pouvait plus de voir Loki prétendre qu'il n'y avait rien d'autre que du cul entre eux. Encore moins lorsqu'il entrait dans la salle de bain en plein milieu de la nuit, inquiet et demandant de tout savoir sur des horreurs que Tony n'avait jamais racontées à personne.
- Tais-toi Stark, le prévint-il, mais son ton s'était affaibli. Ou tu vas dire des choses que tu vas regretter.
Ce fut la goutte de trop pour Tony. Combien de temps allaient-ils continuer à se mentir, exactement ? C'était ridicule, merde, ils étaient adultes, Loki était littéralement un dieu et Tony le plus grand génie de la Terre.
- Quel genre de chose ? insista-t-il. Tu sais quoi, Loki ? J'en ai marre, j'en peux plus et je vais pas continuer toute cette comédie une seconde de plus. Tu peux peut-être te mentir à toi-même et te raconter toutes ces conneries, mais moi pas, alors va bien te faire foutre ! Et j'ai vu la manière que t'as de me regarder, merde ! Tu le sais aussi ! Est-ce que t'amènes toutes tes parties de jambes en l'air chez ton tonton ?! Est-ce que tu leur racontes tes histoires de familles tordues ?! Et est-ce que tu pars avec eux dans des road trips extraterrestres, est-ce que tu ramènes leurs boissons préférées partout où tu vas, est-ce que tu dors, est-ce que tu manges avec eux ?!
- Stark, par les Normes, tais-toi ! craqua Loki. Sa voix tremblait.
Avec le recul, Tony aurait, effectivement, mieux fait de se taire à ce moment-là. De s'excuser, de baisser la tête, d'aller prendre l'air et d'ignorer, comme il l'avait toujours fait, le sentiment d'amertume un peu tendre qui l'emplissait. Ils continueraient leurs vies comme si cette dispute n'était jamais arrivée. Mais il était lancé, enfin, et avec chaque mot, un poids supplémentaire quittait sa poitrine.
Tony sentit les mains du dieu sur ses épaules. Il fut poussé contre un mur et ne put retenir un sifflement de douleur lorsque son dos heurta la surface derrière lui. Il était essoufflé, par le choc et par ses propres mots, mais il ne pouvait pas s'arrêter. Pas même alors le visage furieux et terrifié de Loki lui soufflait les pires menaces à quelques centimètres du sien.
- Je vais pas fermer ma gueule, Loki ! Pas quand tu fais tous ces trucs pour moi, pas quand t'es stupidement intelligent, et vraiment beau, et putain de drôle, et que ouais, t'es un connard, mais t'as aussi toute cette part incroyablement lumineuse en toi ! Merde à la fin, j'en peux plus, c'est un putain de supplice de t'avoir à deux centimètres et de pas pouvoir te dire ça ! Tu sais le nombre de fois par jour où je te regarde et j'ai juste envie de t'embrasser, comme ça, sans raison ? De te dire que j'ai besoin de toi, à mes côtés, tout le temps ?! Merde, t'as niqué ma vie d'avant, tu m'as montré des putains de planètes et d'univers entiers, comment tu veux que je continue comme si de rien était ?
Loki s'était tu en face de lui. Ses mains relâchaient lentement leur pression, il n'osait même plus le regarder. Il avait baissé les yeux et le visage dans l'espace entre eux, et Tony, qui ne pouvait plus supporter de le voir fuir, prit son menton entre ses mains pour le forcer à lui faire face.
- Tu captes ce que je dis ? C'est fini. Je vais plus jamais prétendre qu'il ne s'agit que de sexe. Plus maintenant. Crois-moi, j'étais pas très fan du concept non plus, mais c'est trop tard, j'ai des sentiments pour toi Loki. Tu comprends ?
Après tout ce temps, Tony était devenu un expert lorsqu'il s'agissait de lire le visage de Loki, et ouais, il comprenait. Ses yeux, qu'il avait d'abord vus en colère, puis las et défaits, prenait une teinte froide que Tony lisait sans mal. C'était un avertissement, le signe qu'il se débarrassait de ses émotions pour mieux contre-attaquer ou fuir. Mais cette fois-ci, Tony n'allait pas le laisser faire. Pas maintenant, pas alors qu'il venait de lui déverser tout ce qu'il avait sur le cœur.
Loki eut à peine le temps d'émettre un bruit de protestation lorsqu'il se pencha pour l'embrasser. Il le sentit reculer, mais non, il n'allait pas s'en sortir comme ça. Avec l'énergie d'un homme qui se noyait, il parvint à attraper ses bras et inversa leurs positions, Loki grogna lorsque son crâne heurta la surface, mais Tony l'ignora. Il resserra son emprise, pressa son corps contre le sien et il l'embrassa férocement.
Tony aurait pu pleurer, parce que les lèvres de Loki sous les siennes étaient parfaites, et parce que Loki, après une seconde d'hésitation terrible, l'embrassait aussi. Parce que ses mains, fines et blanches, avaient retrouvé leur place, dans son dos, sur ses épaules et tout contre sa peau. Il caressa les bras nus du dieu jusqu'à atteindre son visage et encadrer ses joues. Il le sentait tout entier contre lui, bien là. Son corps, ses mains, ses cheveux stupides, ses dents qui agrippaient sa lèvre inférieure, comme pour laisser une trace, et sa langue qui retraçait la morsure juste après. Oui, Tony aurait pu pleurer.
Il sentit Loki se reculer. Tony leva lentement, très lentement, avec appréhension et tendresse, ses yeux vers lui.
Loki le scruta de ses yeux verts. Ce fut un moment hors du temps et Tony comprit, trop tard, qu'il était en train de le mémoriser son visage, pour l'emporter avec lui comme un voleur.
- Non, eut-il le temps de souffler, même pas une supplique, une réalisation terrible et implacable.
- Pour ce que cela vaut Stark, je suis désolé. »
Et les mains de Tony, ses mains qui avaient tenu les joues fraiches et tendres de Loki, une fraction de temps auparavant, se refermèrent dans le vide.
« Où est-il ?! hurla Tony, hors de lui, en entrant dans la salle du trône armure en main.
Freyr était entouré d'une petite dizaine de personnes, toutes mal réveillées, échevelées, à peine habillées, qui s'affairaient sur d'énormes piles de registres. Il y avait une atmosphère lourde de panique autour d'eux, mais Tony l'ignora. Il préféra défier Freyr du regard, histoire de lui faire comprendre qu'il était plus que prêt à déballer tout le linge sale de la famille, s'il le fallait.
- Sortez, ordonna Freyr. Et plus vite que cela. Puis, en s'adressant à Tony : Comment voulez-vous que je le sache ? Cet enfant est parti avec les ouvrages les plus précieux de notre collection. Des ouvrages que nous avions soigneusement cachés ! Des textes millénaires, de la magie noire ! Avez-vous seulement une idée de ce qu'il pourrait faire avec ces documents entre les mains ?!
Tony entendit la porte de la salle claquer derrière eux. Le son ne fit que flotter dans ses oreilles. Sa colère était telle que la réalité ne lui parvenait plus que par bribes, il avait l'impression désagréable d'être passé en pilotage automatique et voyait flou.
- Comme si j'en avais quelque chose à foutre de vos bouquins ! s'époumona-t-il. Je viens de perdre Loki, pas un tas de feuilles poussiéreuses ! Où est-il, putain ?!
- Ni vous, ni moi ne pourrions le retrouver ! protesta Freyr. C'est à croire que vous ne le connaissez pas ! Il n'y a pas une seule personne dans la galaxie plus habile que lui à disparaître lorsque l'envie l'en prend. Toute ma garde, et tous mes mages n'y suffiraient pas !
Tony poussa un grognement de rage. Il n'avait aucun doute sur le fait que le gars disait la vérité et il voyait ses chances de retrouver son amant disparaître de minutes en minutes. Personne dans leur chambre, personne dans le palais, personne dans le vaisseau. Il n'y avait plus rien, rien d'autre que les traces d'un passé jeté aux flammes.
- C'est votre propre putain de faute ! s'entêta Tony. Il ne se serait jamais barré si vous n'aviez pas mis toutes ces conneries de mortalité dans le crâne !
- Vous êtes ridicule, raisonna Freyr. Je n'ai fait que pointer un problème auquel vous alliez devoir faire face à un moment ou à un autre.
- Ce n'était pas à vous de le faire ! cria Tony. Qu'est-ce que ça vous aurait coûté, de vos occuper de vos affaires et de nous laisser résoudre le problème à notre rythme, hein ?! Avec quelques mois en plus, on aurait pu trouver une solution !
Freyr n'avait pas l'air impressionné par ses arguments. Pire que cela, Tony pouvait discerner de la pitié dans son regard. Putain de merde, il allait tuer cet enfoiré.
- Il n'y a pas de remède à la mortalité, Tony, lui expliqua-t-il, comme s'il parlait à un enfant. Ou vous mourrez, ou vous aliénez votre nature et perdez votre esprit. Vous et mon neveu n'aviez aucun avenir. Il a fait le choix le plus raisonnable, celui que vous n'avez pas eu la force de prendre.
- Il y a une solution. Et ni vous ni lui ne m'avez laissé le choix. Si c'est un tel problème que je sois un pauvre petit humain, alors très bien, dites-moi comment faire pour le résoudre, commanda Tony.
Il avait encore une chance de récupérer cet enfoiré de Loki. Une chance minuscule, une chance où il risquait de perdre et sa mortalité, et son esprit, mais une chance tout de même. C'était tout ce qui comptait.
- Vous n'êtes pas sérieux. Je suis sûr que mon neveu vous l'a déjà expliqué, votre lucidité n'y survivrait pas. Vous n'êtes pas fait pour cela. Il est hors de question que je vous apprenne comment faire. Imaginez-vous seulement la colère dans laquelle il se mettrait si je venais à altérer son midgardien préféré de cette manière ? Il me tuerait.
- Gardez votre petit secret, et c'est moi qui vous tue, l'avertit Tony. Et il fut surpris de constater qu'il pensait chacun des mots.
- Je serais curieux de voir comment vous vous y prendriez.
Tony appuya sur la poignée. Le bruit familier de son armure se déployait résonna dans ses oreilles bourdonnantes.
- Je suis sympa, je vais pas vous faire payer la démo. »
Alors qu'il s'élançait vers Freyr, il se rendit compte qu'il avait, dans son emportement, négligé un léger détail. Freyr était super elfe de la mort qui tue. L'oncle de Loki esquiva sans peine son premier coup. L'instant d'après il envoyait un chassé à Tony et il se retrouva encastré dans le mur le plus proche avant d'avoir pu comprendre pleinement ce qu'il lui arrivait. Aouch. Son écran s'affola.
« Prends pas trop la confiance, Legolas, grogna-t-il en se remettant sur pied.
Freyr fut surpris par le rayon du propulseur qu'il lui envoya ensuite, Tony nota que le gars ne semblait pas familier avec la technologie terrestre. Eh bien, parfait, songea-t-il en se rapprochant de lui. Voilà qui devrait lui faciliter la tâche.
Tony esquiva un coup de poing, para le deuxième de justesse, grimaça au son métallique qui s'ensuivit. Malgré son âge, Freyr n'avait aucune envie de rester sagement en défense. Tony reçut un coup dans les côtes, mais il était si enragé que la douleur ne lui parvenait plus.
- Réfléchissez une seconde, Tony, le pria Freyr en l'immobilisant par ses avant-bras. Ni vous ni moi ne sortirons gagnant de ce combat, nous jouons dans la même équipe.
- Je joue dans la propre équipe, siffla Tony. Celle qui gagne.
Il enclencha ses propulseurs pour se dégager, l'impact explosa le carrelage sous eux. Tony bascula en arrière glissa sur le sol, à genoux, et utilisa sa main droite pour se stabiliser. Il profita du fait que Freyr se remette encore de l'impact pour activer ses réacteurs arrières et lui coller un coup de pied dans la gueule. Le bruit qu'il entendit par la suite fut le plus satisfaisant de toute sa carrière de super-héros. Freyr porta la main à son visage ensanglanté, l'air sonné.
- Très bien, négocions Stark, haleta-t-il, en levant sa main libre en signe de paix.
- Vous connaissez mon prix, je veux la réponse à ma question. »
Tony n'aima pas, mais alors pas du tout, l'instant d'incertitude qui flotta sur le visage de son adversaire. Cet enfoiré n'allait jamais cracher le morceau ou quoi ?! Fébrile, il lui sauta dessus, Freyr para un coup, mais la force du second l'envoya à terre. Tony n'hésita pas à le suivre, et il dressa sa main droite juste en face de son visage, laissant le propulseur se charger. Freyr fixait le centre de sa paume, une trace de peur au fond des yeux. Tony profita de son expression terrifiée avec une satisfaction malsaine. Il y avait quelque chose de profondément satisfaisant à réduire à sa merci un homme qui, d'ordinaire, vous méprisait.
« Eh bien, ce fut plus rapide que prévu. Vous allez me donner la clef de l'immortalité ou je vous fais sauter la cervelle, le menaça-t-il.
Il avait la vague impression d'être devenu l'un de ces méchants que l'on voyait parfois dans les films à l'eau de rose. Mais ce n'était que cela, une impression, floue, légère, étouffée par sa colère et par ses souvenirs de Loki. Loki et son sourire, Loki et ses baisers, ses blagues, ses emportements. Cet enfoiré de Loki. Loki.
- Vous n'oseriez pas, le défia Freyr sous lui.
- Et pourquoi, non ? sourit Tony.
- Parce que Loki vous haïra. Que vous m'aimiez ou non, je fais partie du peu de famille qu'il lui reste, argumenta Freyr. Il ne vous le pardonnera pas.
Tony ne retint pas le rire qui lui échappa. C'était nerveux et froid. Un rire douloureux. C'était à son tour, à présent, d'avoir pitié du vieux Roi.
- Vous n'avez rien compris, se moqua-t-il gentiment. Je préfère cent fois qu'il revienne pour me haïr et me tuer. Cent fois. Qu'il me haïsse, mais qu'il ne m'ignore pas. Il n'en a pas le droit.
Freyr le jaugea du regard. Il était ouvertement en train de douter de sa stabilité mentale, mais cela ne lui faisait ni chaud ni froid. D'ailleurs, Tony commençait même à envisager sérieusement de dégommer monsieur je suis tellement meilleur que les humains. Loki reviendrait, furieux, et il lui ferait payer sa disparition abrupte. Comment cet enfoiré osait-il le fuir ainsi ?
Et ensuite… Oh, ensuite, il l'embrasserait.
- Soit, je vais tout vous dire, céda Freyr qui se tenait toujours sous lui. Mais ôtez votre arme de ma tête, cela me met mal à l'aise.
- Qu'est-ce qui me dit que vous en profiterez pas pour appeler votre sécurité ? Vous pensez peut-être que je suis débile, en plus d'être un mortel ?
- Je ne pense pas que mon neveu puisse s'encombrer de personnes stupides, le contredit le vieil homme. Ôtez votre arme, je n'appellerai personne, ni ne tenterai de vous fuir ou de vous mentir. Vous avez ma parole. »
Tony s'exécuta avec réluctance. Il se leva pour permettre à Freyr de se dégager à son tour et le surveilla du coin de l'œil. L'elfe alla péniblement s'asseoir sur son trône. Tony le vit essuyer le sang qui coulait de son joli visage avec une satisfaction sombre. Il resta debout, les pieds fermement plantés au sol et la visière de son armure bien en place afin de garder son visage masqué.
« Vous vous souvenez de l'histoire de Svadilfari, que je vous ai raconté hier ? amorça le vieil homme.
- Je ne vois pas le rapport, lui répondit sèchement Tony.
Freyr fixait sa propre main, rougie de sang, l'air pensif. Tony ne savait pas où il voulait en venir et il ne voulait pas le savoir. Il voulait Loki, et si Loki avait décidé qu'ils n'avaient plus rien à faire ensemble, parce que Tony n'était qu'un pauvre mortel avec des sentiments, eh bien, il allait lui prouver le contraire.
- Loki a brisé son cœur en repoussant sa demande de fiançailles. Il ne s'en est jamais remis, même aujourd'hui, alors que des siècles se sont écoulés. Mais vous connaissez la différence entre cet homme et vous, Tony ? Lorsque mon neveu l'a rejeté, il a supplié, il a pleuré, il s'est effondré sous ses yeux, mais il n'a rien fait pour changer sa décision, car Svadilfari était et reste un homme bon.
- Est-ce que vous me racontez ça pour m'insulter ? demanda Tony, incrédule. C'est osé, de la part d'un mec dont la tête risque de sauter d'un instant à l'autre.
- Il en a pleuré, mais c'était un mal pour un bien, continua Freyr imperturbable. Parce que son cœur était trop bon pour celui de mon neveu.
Il jeta un long regard à Tony et même en étant conscient qu'il ne pouvait pas apercevoir son expression, Tony dû résister à l'impulsion de détourner le visage.
- J'ai cru que vous étiez comme lui, une bonne âme condamnée à aimer sans rien en retour. Mais je vois que, comme mon neveu, vous portez une part d'ombre en vous. Vous pourriez bien avoir plus de chances que ce cher Svadilfari.
- Je n'arrive pas à vous suivre. Un jour, je vais briser son cœur et l'autre, je pourrais bien être l'homme de sa vie, pointa Tony. Vous avouerez qu'il y a de quoi s'y perdre. Enfin, pas que j'aie besoin de votre approbation, parce que je suis Tony Sark et que je fais ce que je veux, mais vous vous contredites, quoi.
- Pas du tout, je n'avais simplement jamais pensé que vous étiez du genre à menacer autrui pour arriver à vos fins.
Tony haussa les épaules. Pour sa part, il n'avait jamais été sous l'illusion qu'il était un ange tombé du ciel.
- Surprise, se contenta-t-il de répondre. Je peux avoir mon super antidote à la mortalité maintenant ? Ou il faut que je recommence à vous menacer ?
- Mais bien sûr, où avais-je la tête ? Je dois avouer que je suis surpris que vous ne soyez pas déjà au courant. Les Asgardiens ont bel et bien un moyen de transformer les mortels en dieux et malgré leurs tentatives de discrétion, toute la galaxie est au courant.
Discrétion… Ouais, Tony avait rencontré Thor. Si tous les Asgardiens lui ressemblaient, leur secret avait dû être rapidement éventé.
- C'est Iðunn qui a inventé ce remède. Vous ne l'avez pas connu, bien sûr, mais moi si, commença Freyr. C'était une jeune fille de bonne famille, la déesse de l'éternelle jeunesse et de la beauté. Elle avait beaucoup de soupirants à Asgard, mais, allez savoir pourquoi, aucun ne l'intéressait. Elle s'était éprise de l'un des vôtres, un mortel du nom de Bragi. C'était un poète, beau comme la rosée du matin et doué avec les mots. Beaucoup le suspectent d'ailleurs d'avoir abusé de ses talents pour séduire la jeune Iðunn, magicienne prometteuse, et ainsi accéder à l'immortalité.
- Il l'aurait manipulée ? demanda Tony qui suivait un peu l'histoire malgré lui.
- C'est ce que les rumeurs racontent, mais pas. Ce qui nous intéresse. Iðunn donc, à qui son amant faisait miroiter une vie de plaisir et de passion à deux, finit un par céder à ses insistances et, contre l'avis des dieux, se mit au travail. Comme je vous l'ai déjà dit, c'était une immense magicienne et une femme brillante. On raconte qu'elle travailla vingt jours et vingt nuits d'arrache-pied, sans voir personne, se nourrir ou donner signe de vie. Lorsqu'elle émergea, elle annonça aux asgardiens qu'elle avait trouvé le remède à la mortalité grâce à la nature elle-même, et elle leur présenta une pomme. Celle-ci était semblable à toutes les pommes, si l'on omettait fait qu'elle était dorée.
- Et ça a marché ? voulut savoir Tony.
- Bien sûr, elle y avait mis tout son savoir et son amour. Elle s'empressa de donner cette pomme à son amant et celui-ci rejoignit les Asgardiens comme dieu de la poésie. L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais je pense que tu peux deviner la suite.
- Ouais, ça finit mal, ironisa Tony.
- Très mal, oui. Bragi se rendit compte qu'il n'était pas fait pour l'immortalité, pourtant tant désirée. Deux siècles suffirent à le rendre fou et Iðunn assista à sa métamorphose avec impuissance. Il voyait chaque jour son monde se transformer sous ses yeux, chaque jour, on l'oubliait un peu plus. Vous, les Midgardiens, êtes des créatures changeantes, mais à Asgard, le temps est pour ainsi dire figé. Ce qui devait arriver arriva, Bragi se donna la mort. On le retrouva au milieu de nombreux poèmes tous plus déprimants les uns et que les autres. Iðunn le suivit peu après. Elle était encore jeune et belle et les dieux la pleurèrent beaucoup. En son honneur, on décida de planter l'une des pommes d'or dans le jardin royal d'Asgard et il est dit qu'à sa place se trouve à présent un arbre capable d'offrir l'immortalité à qui le souhaiterait. Mais personne n'y a touché depuis. »
Tony médita un instant sur l'histoire. Il supposait qu'il devrait y trouver une sorte de morale, du genre ne touchez pas aux pommes, mais il ne parvenait qu'à penser que la solution de tous ses problèmes devait être en train de prendre le soleil dans un jardin bien tranquille à Asgard, alors que lui se faisait casser les couilles par le père Castor en personne.
- Eh bien, ce fut fort instructif et je connais ma prochaine destination, conclut Tony. Sans rancune hein ? Je dirai à Loki de vous rendre vos bouquins quand j'aurais mis la main sur ce petit enfoiré.
- Vous avez l'air bien sûr de vous, observa Freyr.
- Je le suis, confirma Tony. Il ne pourra pas résister, ne serait-ce que parce qu'il voudra me taper dessus.
- Je vous le souhaite, Tony Stark. Mais n'oubliez pas une chose, mon neveu reste un homme dangereux et imprévisible. Et il ne va pas aimer ce que vous vous apprêtez à faire.
- Je suis sûr que non, sourit Tony. Mais je ne suis pas un idiot, vous savez. J'ai compris qu'il ne se permettra pas de m'aimer tant que je serais mortel. Alors je vais tenter mes chances de l'autre côté de la barrière. »
Freyr inclina le visage sur le côté, dans ce qui pouvait bien être un accord silencieux, alors que Tony quittait la pièce. Il avait un vaisseau à préparer et une pomme à voler. Oh, et il allait en profiter pour défaire un tour du côté de l'armurerie.
