Chapitre 2 : La fuite

Le lendemain matin, Sirius se réveilla en ayant l'impression qu'un train lui était passé sur le corps. Il poussa un gémissement et se tourna pour enfouir un peu plus profondément sa tête dans ses oreillers, lorsqu'il entendit des coups frapper à sa porte.

Il se redressa si vivement qu'il faillit tomber en bas de son lit, attrapant sa baguette pour se mettre à genoux et regarder la porte, comme un chien sur le qui-vive.

— Ce n'est que moi… entendit-il Regulus lui dire de l'autre côté. — Je… est-ce que je peux entrer ? Sirius poussa un soupir de soulagement et se contenta de grogner en signe d'approbation alors que son jeune frère entrait timidement dans sa chambre. — Heu… je… Il tendit devant lui un plateau qui comportait un petit déjeuner. — Tu dois avoir faim non… ? Je… je sais que maman ne te laisse rien avaler si tu refuses de manger durant les repas alors…

— C'est elle qui t'a envoyé avec ça ? Tu crois vraiment que je suis assez bête pour manger ce qu'elle prépare ? Siffla Sirius, toujours aux aguets, les sourcils froncés en transperçant du regard son frère.

— Non ! Non, c'est moi qui… papa est parti au boulot et maman est allée prendre le thé chez tante Druella… S'empressa de lui expliquer Regulus. — J'en ai profité.

Sirius continua de fixer son frère durant un moment, voyant les joues de Regulus prendre feu alors qu'il semblait nerveux, trépignant d'un pied à l'autre. Il baissa finalement et descendit de son lit pour regarder autour de lui et attraper des vêtements pour les enfiler rapidement sans rien dire.

— Tu sais que maman serait furieuse si elle te voyait avec tout ça sur le corps ? Lui mentionna Regulus, semblant avoir retrouvé un peu de son aplomb. — Tu ne pourras pas lui cacher le nouveau que tu as sur l'avant-bras encore longtemps.

Sirius se contenta de hausser les épaules en jetant un coup d'œil à l'intérieur de son avant-bras gauche. Il était entièrement recouvert d'un tatouage magique qui comportait un cerf, un chien, un loup et en rat sous le clair de lune, les animaux bougeant la tête, la lune semblant scintiller. — Qu'est-ce qu'elle va faire ? Me torturer ? demanda-t-il sarcastiquement en laissant échapper un rire.

Il renifla alors le plateau que son frère lui avait apporté, son ventre criant famine. Il avait pris l'habitude de manger le moins possible ce qu'il y avait dans son assiette lors des repas, lorsqu'un soir elle avait menacé de l'empoisonner s'il n'arrêtait pas de parler. Seulement, Walburga lui avait interdit de manger quoi que ce soit s'il ne mangeait pas ce qu'il y avait dans son assiette.

— Dépêche-toi de manger, j'ai dit à Kreattur que c'était pour moi alors il va sûrement remonter pour venir chercher le plateau. Sirius renifla méchamment à l'entente du nom de leur elfe de maison, ce qui fit rouler des yeux Regulus. — Si tu étais plus gentil avec lui peut-être que…

— Gentil avec cette espèce de petite chose aussi suprématiste que Walburga ? Le coupa froidement Sirius. — Je vais être gentil quand sa tête ira rejoindre celle des autres dans l'escalier, si je pouvais la lui couper et l'accrocher là moi-même j'en serais ravi !

— Sirius ! S'exclama Regulus, mais il ne put continuer son frère lui remettant le plateau entre les mains. — Tu ne pourras continuer encore longtemps à défier papa et maman ! Il se reçut un regard noir. — Je suis sérieux ! Tu es un Black bon sang ! Un Black ! De par papa et maman !

— Ce n'est pas quelque chose de bien ! Lui cria Sirius peut-être un peu plus fort qu'il ne l'aurait voulu. — Ça s'appelle de la consanguinité et à la limite dans leur cas, c'est clairement de l'inceste. Se moqua Sirius. — Tout ce que ça m'apportera c'est probablement une maladie mentale.

— Les Black ne sont pas atteints de démence. Le réprimanda Regulus.

— Tu es venu pour me faire la morale, pour me surveiller ou pour m'apporter à manger ? Faudrait savoir Regulus parce qu'en ce moment j'en ai marre. J'ai déjà assez d'elle à supporter jusqu'à ce que je puisse partir chez les Potter.

Regulus se remit alors à trépigner sur ses pieds lorsqu'il entendit Sirius mentionner les Potter. Il évita le regard de Sirius qui avait remarqué la soudaine agitation de son petit frère et il bégaya qu'il ferait bien de rapporter le plateau aux cuisines avant que Kreattur ne monte voir. L'Elfe de maison se ferait un plaisir de dire à Walburga que Sirius était descendue à la cuisine.

Regulus reprit le plateau rapidement et sortit de la chambre pour se diriger vers le hall, mais Sirius ne l'entendait pas de la même façon. Il l'avait suivi et il l'agrippa brutalement pour le bras pour lui faire faire volte-face. Regulus fut si surpris qu'il en échappa le plateau au sol.

Le tableau de Walburga se mit à hurler, Kreattur fut rapidement en haut en des marches. Regulus essaya de se défaire de la prise de Sirius qui s'était mis à le secouer comme un prunier en lui ordonnant de parler. Sirius pouvait être aussi terrifiante que Walburga par moments et il avait la même lueur de rage noire dans les yeux lorsqu'il était en colère et normalement rien ni personne ne pouvait leur faire entendre raison quand ils étaient dans cet état.

— Tu n'iras pas chez les Potter ! Lui cria alors Regulus repoussant enfin son frère qui tomba au sol. — Tu n'iras pas rejoindre tes petits Gryffondor ! Maman a dit que tu resterais ici et qu'elle te changerait de collège s'il le fallait, mais que tu allais enfin prendre ta place parmi nous ! Bon Dieu Sirius, tu t'attendais à quoi !? Dit-il lorsqu'il vit Sirius afficher une expression d'horreur. — Notre place est avec le seigneur des ténèbres il montrera la voie à tous ! Celle que nous devons tous suivre ! C'en est fini pour nous de vivre dans l'ombre !

— Ferme la Reg, je crois que je vais vomir si tu continues… et pour l'amour du ciel, FAIS TAIRE CE FOUTU TABLEAU ET CET ELFE ! Cria Sirius en se relevant pour venir donner un coup de pied à Kreattur qui marmonnait des choses incompréhensibles depuis son arrivée. L'elfe laissa échapper un couinement et alla se cacher derrière Regulus.

Celui-ci lança un regard noir à Sirius avant de tapoter gentiment la tête de l'elfe et de lui demander gentil de cesser de parler, qu'il pouvait retourner à ses besognes. Il descendit au rez-de-chaussée et il parla au tableau qui consentit aussi à se taire, le silence revenant dans la maison.

— J'espère que tu es prêt Sirius, parce que ta place tu la prendras, de gré ou de force. Lui dit Regulus sans remonter — Ça aurait dû être moi l'aîné, au moins je n'aurais pas fait souffrir nos parents et déshonorer toute notre famille. Il releva la tête, Sirius le regardait avec dédain par-dessus la rambarde. — Tu salis le nom des Black simplement parce que ça t'amuse.

Sirius serra les poings et ne lui répondit pas, allant de nouveau s'enfermer dans sa chambre. Il bouillait de rage, son cœur allait exploser, il avait envie de tuer. Pour qui se prenait-il, cette espèce de futur Mangemort ! Lui filer des ordres lui faire la morale ! — Alors, ils pensent tous pouvoir disposer de moi comme bon leur semble. Cria-t-il pour lui-même en frappant dans le mur.

Il regarda autour de lui avant de frapper une dernière fois dans le mur, un éclair déchirant le ciel, la pluie venant cogner à sa fenêtre. — C'est la seule solution. Se dit-il alors, toujours à voix haute. — Sinon c'est certain, je vais devenir entre plus cinglé que je ne le suis déjà. Il éclata d'un rire hystérique avant de se mettre à courir dans tous les coins de sa chambre, jetant ses affaires les plus importantes dans sa valise.

Il n'avait pas beaucoup de temps. Il était déjà presque l'heure du dîner, Orion serait de retour du travail pour dix-sept heures et Walburga pouvait revenir d'un moment à l'autre. Il en avait assez, c'était terminer. Si sa mère pensait pouvoir l'empêcher de partir chez James pour le reste des vacances, si elle pensait pouvoir continuer à lui infliger l'Imperium et le sortilège Doloris, elle se mettait un doigt dans l'œil !

Sans était fini, il en avait assez, il fichait le camp et il ne reviendrait plus jamais. — Jamais ! cria-t-il de nouveau pour lui-même. — Je ne serai plus jamais à ta merci ! dit-il en direction de la porte, parlant à quelqu'un d'invisible. — Je ne serai plus jamais contraint à rester enfermé ici, c'est terminer tu m'entends ! TERMINER !

Il ferma sa valise d'un coup de pied, un nouvel éclair déchirant le ciel. Au diable avec Regulus, au diable avec son héritage et sa lignée au diable avec tous ceux de sa « famille » il se débrouillerait très bien tout seul. Il attrapa un manteau moldu qu'il enfila rapidement, rangeant sa baguette dans l'une des poches intérieures ainsi que sa valise qu'il avait réduite.

Il adorait les vêtements moldus, c'était beaucoup plus pratique que les espèces d'accoutrements ridicules que les sorciers pouvaient bien porter parfois et puis, ça avait toujours fait enrager sa mère, alors il faisait d'une pierre deux coups. Il sortit de sa chambre sur la pointe des pieds, entendant la voix de son père au rez-de-chaussée. Si seulement il avait la cape d'invisibilité de James. Pensa-t-il amèrement. Il descendit l'escalier, essayant d'éviter les planches qui craquaient, attendant patiemment sur le premier palier que son père entre dans le salon.

Il était accompagné de Regulus, donc ça lui laissait le champ libre pour se précipiter à la porte d'entrée. Orion avait peut-être apposé toutes les défenses connues du monde sorcier pour éviter que quiconque ne puise les trouver, mais il n'en était rien pour sortir, alors ça devrait être un jeu d'enfant. Sirius rigola intérieurement. Comme si les gens normaux auraient voulu les trouver de toute façon.

— Qu'est-ce que tu fais ? lui dit alors une voix froide à l'oreille et il sentit des ongles s'enfoncer dans son épaule. Avec horreur, il tourna la tête pour tomber face à face avec sa mère qui le détaillait des pieds à la tête. — Orion ! Ton sale traître de fils essaie de s'enfuir ! cria-t-elle en sortant sa baguette.

Pris de panique, il la gifla violemment avant qu'elle ne puisse lever sa baguette et il tourna les talons, sautant en bas des escaliers pour laisser échapper un cri, tombant au sol, son père lui ayant jeté il ne savait quel sort. Il sentit sa respiration se couper et il cracha un filet de sang.

Mais il se releva et profita du moment où son père alla aider sa mère, se relevant, des décharges d'adrénaline lui parcourant le corps. Il eut à peine le temps de sortir et il évita temps bien que mal les autres sorts qui firent lancer dans sa direction.

Une fois à l'extérieur il se mit à courir comme jamais il n'avait couru dans sa vie pour atteindre le petit bois un peu plus loin au bout de la rue, la pluie battante ruisselant sur son visage. Il savait que ses parents n'iraient pas plus loin que le seuil de la porte, mais il s'enfonça tout de même dans le bois, le plus profondément possible avant de se laisser tomber contre un arbre.

C'était terminer. Pensa-t-il en essayant de reprendre sa respiration. Il laissa échapper un nouveau rire qui ressemblait plus à un sanglot et il ne pouvait dire si c'était la pluie, ou des larmes qui ruisselaient sur ses joues.

Il prit un moment avant de se relever péniblement, prenant appui sur l'arbre pour regarder autour de lui. Il se débrouillerait, peu importe, il était mieux dehors qu'à l'intérieur avec eux. Il inspira profondément, ses poumons protestants, un filet de sang coulant sur son menton avant qu'il ne prenne sa forme d'animagus, atteignant l'autre côté du petit bois sous sa forme de chien.