Mille et un pêchés 4 : Rune

Envie :

Quand ils n'étaient encore que des enfants confinés dans cet orphelinat, le petit Rune âgé seulement de cinq ans était en admiration totale devant Minos. Ce garçon avait tellement de prestance, de talent, surtout pour ce qui était de conter les histoires, apprendre des chansons ou même être une oreille attentive quand il y avait des chagrins à épancher. Sans que personne ait su trop pourquoi, tous deux étaient rapidement devenus inséparables.
Ils avaient rapidement eu la possibilité de partager la même chambre. Minos lui avait montré comment bien écrire, avant qu'il ne commence ça en cours. Et Rune ne se privait jamais de jouer avec lui, ou de chercher des idées pour improviser avec les jouets des spectacles.
Ils avaient cru quand des familles étaient venues que jamais plus ils ne se reverraient, qu'ils ne seraient plus l'un pour l'autre qu'un souvenir qui deviendrait évanescent.
Alors quelle avait la joie du plus jeune quand ils avaient fini par se retrouver, deux grains de lumières tourbillonnant dans le même rai, pour briller dans l'éclat du soleil d'Hadès.
Plus grand avait été son bonheur quand il avait appris qu'il devrait l'assister.
Envieux et enchanté, Rune se promit d'être aussi compétent, encore plus, dans cette lourde tâche qu'était le jugement des morts.


Orgueil :

« Chargé d'envoyer dans l'Enfer qui leur convient, les personnes qui arrivent ici… Coupables ou innocents ? Mais jamais ceux qui ne viennent ici ne sont innocents ! »
De tous temps, les pêcheurs qui avaient pu traverser le Styx affluaient, de tous endroits du globe, de toutes sortes, avec des fautes diverses et plus ou moins lourdes. Et à chaque fois, quelqu'un avait eu la lourde tache de juger les âmes, et d'avoir l'assistance sans faille de quelqu'un pour cela.
Peut être n'était il pas au dessus de sa seigneurie Minos et aussi de celui qu'il considérait comme son grand frère adoré depuis son enfance, peut être n'était il qu'un simple rouage dans un engrenage plus vaste et plus sophistiqué. Qu'un jour viendrait où lui aussi aurait à ployer le genou devant Dieu et lui confesser tout ce qu'il avait fait.
Mais il était Rune du Balrog de l'étoile céleste du talent ! Dans tout ce qu'il faisait concernant cette tâche, il s'y donnait à corps et cœur, entièrement, faisant du mieux possible son travail.
Il recevait souvent l'approbation de Minos de par son esprit fin de déduction d'analyse, ce qui lui réchauffait le cœur.
Petit à petit il avait pris confiance en lui, devenant plus assuré et se sentant réellement indispensable. Si il n'était pas un des trois juges suprêmes, il avait quand même suffisamment de prestance de sérieux et de conscience pour être quelque peu plus au dessus des autres spectres.


Colère :

Un des plus amers souvenirs de l'orphelinat qui était inscrit à l'encre indélébile dans sa mémoire d'enfant restait encore dans son esprit d'adulte : les châtiments corporels.
Il revoyait encore des enfants qui n'avaient peut être pas plus de six ans s'être fait fouetter, jusqu'au sang. Pour avoir seulement osé s'aventurer dans la forêt voisine, juste une seule fois !
D'avoir senti les morsures du fouet comme d'autres, accusé alors qu'ils n'avaient rien fait. Que c'était un autre pensionnaire qui avait volé de l'argent dans le portefeuille de quelqu'un. Son dos et ses jambes lui avaient fait atrocement mal pendant une bonne semaine.
Alors à présent, ceux qui niaient leurs fautes, refusant de reconnaître qu'ils étaient des pêcheurs comme les autres, ou des sots incapables se savoir se modérer, pour ceux là, il n'y avait qu'une seule solution.
Même si il le faisait à contrecœur, en enfermant sa colère et sa rancœur, ayant plus que jamais horreur de ce procédé. Mais parfois quand le déni restait, le fouet du Balrog aidait dans le jugement.


Gourmandise :

De temps en temps, Rune appréciait de passer du temps avec les autres spectres, pas tous bien entendus, mais certains étaient un peu plus dignes d'intérêt et de bonne compagnie que d'autres.
Ce qui était le cas de Valentine de la Harpie dont il appréciait le côté consciencieux et sérieux, l'énergie qu'il déployait pour épauler de son mieux sa seigneurie Rhadamanthe.
Et comme tous les quinze jours, ils se retrouvaient pour une pause déjeuner dans une salle isolée, alternant entre le plat et le dessert à amener.
Et ce jour là, en terminant de délicieuses boulettes de viande avec des macaronis relevés par une bonne sauce arrabiata, Rune observa avec curiosité le dessert que Valentine venait de poser devant lui.
Un petit gâteau au chocolat, nappé de chocolat blanc, que Rhadamanthe appelait « muffin » Il n'était pas spécialement friand du chocolat, mais le « goûte tu vas avoir une surprise » ponctué d'un regard tendre le convainquirent. Il en prit une bouchée.
Finalement, c'était meilleur que ce qu'il pensait, peu de sucre, on sentait les arômes et la saveur du chocolat, et ces morceaux de framboise dans la pâte, la petite dose de confiture juste ce qu'il fallait ! - C'est tout simplement un très bon dessert. Mais ce n'est pas lui qui me surprend le plus, c'est toi.
La mine aux anges de Valentine redoubla l'intensité de ce bon moment entre collègues.


Paresse :

Quand après une très longue semaine ou une journée particulièrement chargée au tribunal, le Balrog pouvait enfin se permettre le plaisir de se détendre.
Quoi de mieux pour cela que de nourrir tous ses gracieux petits pensionnaires, de chercher un livre dans son immense bibliothèque et enfin de s'asseoir dans son canapé de cuir, savourant la danse de ses poissons et le rythme des mots.
Très souvent, Minos aimait se joindre à lui, il l'écoutait parler de ses achats, de tel ou tel auteur. Et là, Minos se sentait attendri en le voyant parler avec flamme de « L'Étranger », lui proposer de lui en lire un passage.
A cet instant, Rune sentit une main ébouriffer ses cheveux bien coiffés, et surprit un regard espiègle, complice que lui adressait Minos.
- Et si de temps en temps tu essayais la fantaisie ?
- Je ne vois pourquoi, ce n'est pas un genre que j'apprécie grandement.
- Ça, c'est parce que tu n'as jamais lu quelque chose de vraiment bon et captivant à lire, la voix était rieuse, comme celle d'un grand frère adorant embêter son aîné.
Et pour une fois qui était aussi une exception, le Balrog écouta le Griffon raconter la fantastique épopée de Bilbon le Hobbit…


Luxure :

Tout n'était que calme et paix, même le paisible gargouillis de l'eau n'était en rien incommodant.
Le jacuzzi n'était que pour eux et pour eux seuls, l'eau juste assez chaude, bref un moment agréable. Surtout que c'était leur première sortie en couple !
Et que Valentine l'avait convaincu de prendre soin de lui, de se dorloter, qu'il n'y avait rien de mieux pour ça pour se sentir encore plus en forme.
Mais bon, être ici dans un bain bouillonnant, même avec quelqu'un dont on était amoureux et dont on devinait le corps, ça avait quand même quelque chose de pas facile !
Au moins Valentine ne s'était pas plaint en lui disant qu'il n'avait jamais vu quelqu'un d'aussi prude. D'ailleurs, il restait sagement assis à côté de lui, ne le quittant pas du regard.
-Ca… Ne te dérange pas ?
-Mmmhh, quoi ? Les yeux mi clos, de toute évidence Harpie savourait ce moment.
-Que je ne fasse rien ? D'autres en seraient vexés, tu sais…

A cet instant, le Balrog sentit un index caresser doucement sa joue et ne put s'empêcher de frissonner de plaisir.
-On est ensemble, on est quand même autre chose que des lapins, tu ne crois pas ? Et c'est mieux de prendre son temps, sur ces mots il lui chatouilla doucement l'épaule.
Sans trop savoir pourquoi, peut être l'envie de rendre encore meilleur se moment, Rune se rapprocha doucement, posant sa tête sur l'épaule de la Harpie, et se laissa aller au bonheur de ses caresses. Finalement, c'était quelque chose à refaire des sorties de ce genre…