Chapitre 3 : Carbone-les-Mines
Le temps était frais et sec même si la pluie des derniers jours avait enfin laissé place au soleil. Lily Evans réprima un frisson en levant les yeux vers le ciel bleu, le vent s'engouffrant dans sa longue chevelure auburn.
Elle salua quelques têtes familières sur le chemin principal alors qu'elle rentrait paisiblement chez elle. Carbone-les-Mines était un tout petit village ouvrier un peu terne, mais elle aimait y revenir pour les vacances, après tous, elle y avait passé toute son enfance. Tout le monde se connaissait plus ou moins et c'était toujours agréable de se promener dans ses rues paisibles.
Ses parents avaient expliqué aux voisins qu'elle allait toute l'année dans un pensionnat privé en suisse pour enfant surdoué. Elle avait toujours trouvé cette explication cocasse, lui rappelant les bandes dessinées que son père collectionnait et qui parlaient d'être avec des pouvoirs hors du commun, regrouper dans une telle école.
Elle inspira profondément la brise qui lui amena une odeur d'été, alors qu'elle traversait le pont qui séparait le village en deux. Elle longea lentement la rivière, perdue dans ses pensées, alors qu'elle atteignait un parc au bout complètement de la rue de l'impasse du tisseur. Elle avait l'habitude de venir ici étant enfant et Pétunia et elle se couchait dans l'herbe, laissant leurs pieds traîner dans l'eau de la rivière.
C'était une belle journée d'été et elle avait envie d'en profiter, de se vider l'esprit. La dernière année avait été plutôt mouvementée et elle était heureuse de simplement pouvoir décompresser. Dans quelques semaines, Marlène McKinnon viendrait la rejoindre et elle terminerait les vacances ensemble, elle pourrait dire adieu à sa tranquillité, Marlène était une fille qui aimait faire les choses hautes en couleur.
Une fois à destination, elle fronça les sourcils lorsqu'elle remarqua une silhouette aux cheveux noirs allongée sur l'un des bancs, les mains derrière la tête. Elle soupira fortement, visiblement agacée et elle s'approcha rapidement, ses yeux émeraude lançant des éclairs en direction de la personne.
— Severus ! gronda-t-elle alors, faisant sursauter la silhouette alors que la personne se relevait en position assise, dos à elle. — Je croyais avoir été claire ! Je ne veux plus rien… Elle poussa alors un cri de stupeur et recula d'un pas lorsque la personne se tourna enfin vers elle. — Black ! s'exclama-t-elle les mains plaquées devant la bouche.
— Qui est-ce que tu appelles Severus !? Lui répondit Sirius sur un ton outré, la regardant drôlement. — Evans ? Qu'est-ce que tu fais ici ?
— Toi qu'est-ce que tu fais ici !? Où étais-tu passé ! lui cria-t-elle en le regardant des pieds à la tête. Il avait les cheveux ébouriffés, il était sale, pâle et maigre. Il semblait sur la défensive, aux aguets, comme un animal prêt à fuir au moindre signe de danger.
— Excuse-moi ? dit-il en fronçant les sourcils. — Comment ça, où est-ce que j'étais passé ? lui demanda-t-il, la regardant comme si elle venait de dire la chose la plus stupide au monde.
— Où étais-tu passé ! répéta-t-elle un peu plus fermement en secouant la tête, semblant reprendre ses esprits. — Tout le monde ne parle que de ça, tout le monde te cherche ! Comment as-tu atterri ici ?
— Attends… Quoi ? Comment ça tout le monde me cherche ? Mais de quoi est-ce que tu parles Evans !? Et puis, je ne sais même pas où je me trouve ! Difficile de te dire comment j'ai bien pu atterrir ici.
Lily soupira, semblant pourtant toujours inquiète et elle fouilla dans l'une de ses poches pour lui tendre la Gazette du Sorcier. Sirius arqua un sourcil en prenant le journal et son cœur manqua un battement.
L'héritier de la Maison Black toujours manquant
Monsieur et Madame Black ont rapporté aux autorités sorcières la disparition de leur fils aîné, Sirius Orion Black, il y a trois jours. Nous tenons à rappeler, à la communauté magique de rapporter tout indice qui pourrait permettre de localiser l'héritier de la Noble et très Ancienne Maison des Blacks. À ce jour, nous n'avons toujours aucune idée de l'endroit où pourrait bien être détenu Sirius Black et ses parents craignent le pire. Walburga Black, la matrone de la maison, tiens à mentionner que…
Sirius éclata alors d'un rire hystérique sans terminer l'article de journal, le rendant à Lily. — C'est la meilleure, je n'arrive pas à y croire ! s'exclama-t-il plus pour lui-même que pour Lily. — Super vraiment, elle a osé ! Si elle pense… c'est terminé… hors de question que je rentre, plus jamais ! Il se calma, aussi soudainement qu'il avait éclaté de rire et rabattit sur sa tête la capuche de sa veste. — Je dois partir d'ici. Dit-il sérieusement.
— Mais… mais attends ! Attends ! lui cria Lily en le retenant par le bras alors qu'il allait partir. — Que se passe-t-il !? Black, je peux t'aider… si tu as des problèmes, je peux t'aider. Que se passe-t-il ! insista-t-elle en le transperçant de son regard vert.
— Je n'ai pas disparu, je n'ai pas été enlevé ! cria-t-il, Lily lui faisant signe de baisser le ton. — Je me suis enfui, Evans ! Et maintenant, cette folle a alerté le monde magique au grand complet pour être certaine que je retourne là-bas ! Je n'y retournerai jamais, est-ce que tu m'entends !
Lily le détailla de la tête aux pieds une seconde fois. Il était affolé et elle pouvait presque sentir son cœur se débattre dans sa poitrine. Elle hocha lentement la tête dans sa direction et vint doucement lui prendre la main. — Viens, tu as l'air affamé, tu es sale et tu es gelé. Lui dit-elle. — J'habite ici. Lui dit-elle pour le rassurer. — Ma maison est juste de l'autre côté du petit pont, regarde, on la voit d'ici.
Sirius la regarda, hésitant, mais finit par acquiescer. Elle était douce, elle lui souriait gentiment et semblait vraiment inquiète pour lui. C'était bien différent de l'air qu'elle affichait à Poudlard lorsqu'elle devait lui parler. Il l'a suivi néanmoins jusque chez elle, une petite maison, dont l'entrée était bordée de pétunia et de fleur de lys.
— C'est joli. Dit-il en regardant autour de lui, une fois au salon, les mains dans les poches. — Où sont tes parents ?
— Parti, en week-end de pêche ! J'ai horreur de ça, alors je leur ai dit que je resterais pour faire mes devoirs. Elle lui sourit et lui fit signe de s'asseoir lui apportant une tasse de thé et un bol de soupe encore fumante. — Black… qu'est-ce…
— Est-ce que tu crois que je pourrais t'emprunter ton hibou ? La coupa-t-il, sachant très bien qu'elle allait lui demander ce qui s'était passé et il ne croyait pas avoir la force de le lui raconter. Elle acquiesça à sa demande et lui apporta une plume et un parchemin, continuant de le regarder avec intensité. — Merci. Dit-il en continuant de sentir son regard le brûler. Il essaya de l'ignorer du mieux qu'il put alors qu'il écrivait sa lettre.
Lunard,
Je vais bien, ne crois rien du tout, Cornedrue est inaccessible pour le moment, je suis avec sa fleur. On serra ensemble à la prochaine lune. Promis. Passe le message à Queudver. Désolé.
Patmol
Il enroula le message et le donna au petit hibou noir qui décolla aussitôt pour aller porter son message. — Cornedrue, c'est bien Potter ? Ne put s'empêcher de lui demander Lily. Sirius se contenta d'acquiescer. — Sa fleur, je suppose que tu parles de moi ?
— Écoute Evans. Soupira-t-il alors. — Je sais que ça ne te plaît pas, mais je n'ai pas le choix. Remus comprendra le message, personne d'autre ne le pourra, c'est plus sûr comme ça. Tu peux être certaine que les hiboux sont vérifiés si le monde magique est à ma recherche. James est en vacances. Dit-il pour répondre à sa question muette.
Ils restèrent là un moment sans parler, Sirius terminant ce qu'elle lui avait donné à manger. Puis il finit par abdiquer et lui raconta, en gros, ce qui s'était passé chez lui et ce qui l'avait poussé à partir. Elle l'écouta sans l'interrompt, ayant de la peine pour lui. Comme tout le monde, elle avait entendu des choses, des rumeurs, mais rien qui ne puisse être aussi terrible.
— Mais… pourquoi n'as-tu pas… je ne sais pas, simplement pris de la poudre de Cheminette pour te rendre directement chez Potter ? se risqua-t-elle à demander et elle ne put s'empêcher de sentir idiote, ses joues prenant feu lorsqu'il éclata de rire en la regardant.
— Premièrement, tu crois vraiment que l'on peut simplement entrer et sortir comme on le veut de Grimmauld Place ? Elle haussa les épaules et il secoua la tête comme s'il essayait d'expliquer quelque chose de compliquer à un enfant. — Le réseau de poudre de Cheminette a été bloqué pour être certain que personne ne puisse entrer là-bas sans y avoir été invité et ma mère à soigneusement condamner la sortie pour justement, éviter que je ne fasse ce que j'ai fait. Mes parents peuvent l'utiliser, mais pas Regulus et moi.
Ensuite, est-ce que tu crois aussi que l'on peut entrer chez les Potter comme ça à l'improviste alors qu'ils ne sont même pas au pays ? Le père de James est à la tête des Aurors, on n'entre pas chez lui comme dans un moulin Evans, il faut avoir été invité à Godric's Hollow. Quoi ? demanda-t-il face au drôle d'air qu'elle affichait.
— Rien, je ne pensais pas que son père pouvait avoir un poste aussi… aussi… bref de toute façon ! dit-elle en se relevant. — Tu as grandement besoin d'une douche et d'un peu de sommeil. Mes parents seront de retour dans quatre jours seulement, tu peux rester si ça peut t'aider, je ne crois pas que ta famille aurait dans l'idée que tu sois caché chez une Sang-de-Bourbe.
— Tu n'es pas une Sang-de-Bourbe ! s'indigna-t-il.
— Mais pour eux si, alors tu es quand même en sécurité… enfin, en quelque sorte, jusqu'à ce que tu puisses rejoindre Potter. En attendant, tu te laves, parce que sérieusement Black… tu sens le chien mouiller et tu es en train d'imprégner cette odeur partout dans le salon.
Il éclata à nouveau de rire qui était plus près de son rire habituel, celui enjoué, qui ressemblait à un aboiement de chien. Il prit le chemin qu'elle lui indiqua jusqu'à la salle de bain. Le soir venu, lorsqu'il se coucha dans la petite chambre d'amis qui se trouvait en face de sa chambre à elle, il se sentit léger pour la première fois depuis qu'il avait quitté Poudlard.
Il comprenait pourquoi James n'avait d'yeux que pour elle. Elle était féroce, mais pouvait se montrer si douce et attentionnée, compréhensive sans aucun jugement, aucune méchanceté. Voilà pourquoi Remus avait cédé et lui avait révélé son secret. Sans elle, il serait toujours dehors à la belle étoile à essayer de repérer la sienne.
C'était un beau hasard qu'il se soit retrouvé là, à ce moment précis. Depuis qu'il avait quitté la demeure de ses parents, il avait comme seul but de mettre le plus de distance possible entre Grimmauld Place et lui sans vraiment faire attention à la destination finale.
Il avait erré, la plupart du temps sous sa forme animagus. Personne ne savait qu'il en était un, puisqu'il n'était pas déclaré. Il n'aurait jamais pensé que ça puisse lui rendre autant service. Les journées semblaient moins longues sous sa forme de chien, ses pensées, qui lui faisaient bouillir la tête, étaient plus simples, moins humaines, plus faciles à supporter.
James revenait dans trois jours, dans trois jours, il serait possible de le contacter par le miroir et il pourrait enfin rentrer. La tête que ferait Euphemia Potter lorsqu'elle le verrait. Il n'avait qu'une envie, sentir son étreinte de mère autour de lui, qu'elle lui flatte les cheveux en lui répétant que tout était fini, que tout irait bien à présent.
Il pensa à la tête que ferait James lorsqu'il saurait qu'il avait passé quelques jours chez sa belle Lily. Le pauvre, il aurait probablement une attaque. Sirius rigola, mais son rire se mourut dans sa gorge en repensant à Remus. Il devait être mort d'inquiétude après avoir vu les gros titres de la Gazette du Sorcier et Peter devait le harceler pour savoir s'il avait eu des nouvelles. Eux aussi dans l'incapacité de rejoindre James, ça devait être le chaos.
