Chapitre 4 : Grille-pain et poudre de Cheminette
— S'il te plaît ! Lily encore une fois ! Je vais écouter ! Je te le promets ! S'il te plaît ! Lily soupira et pour la troisième fois depuis le matin, elle expliqua à Sirius le fonctionnement du four à micro-ondes.
Deux jours s'étaient écoulés depuis qu'elle l'avait trouvé au parc, deux jours durant lesquels, il l'avait suivi partout comme un chien de poche et où elle avait dû lui expliquer, encore et encore le fonctionnement de tous les appareils moldus se trouvant chez elle. Le téléviseur, le téléphone, la cafetière, le grille-pain et son baladeur.
Elle avait abdiqué lorsqu'il lui avait demandé pour au moins la trentième fois, comment mettre une cassette dans le baladeur et elle le lui avait offert. Il avait alors passé plus d'une heure et demie à le tourner entre ses mains en se marmonnant des choses à lui-même, hochant parfois la tête.
Elle ne s'était jamais retrouvée, maintenant qu'elle y pensait, seule avec un Sang-Pur dans un environnement complètement moldu. La mère de Marlène était une moldue, donc, elle savait parfaitement utiliser les objets courants de tous les jours.
La plupart de ses amis étaient tous des Sang-Mêlés et savaient tous, plus ou moins, comment vivre dans un monde sans magie. Mais Sirius ignorait totalement tout cela. Il descendait, de ce qu'elle avait pu lire dans un livre retraçant les familles de sorciers, probablement de la plus ancienne encore existante.
Il lui avait raconté, n'être jamais sorti du côté moldu avant de devoir se rendre à King's Cross. Il avait alors vu, pour la première fois de sa vie, à onze ans, des gens ne possédant aucun pouvoir magique. Sa mère l'y avait amené seule, Regulus étant resté à la maison avec leur père, pour éviter un contact trop prolongé avec le monde non-sorcier.
— Est-ce que tu peux encore faire griller du pain ? Lui demanda alors Sirius, la sortant de ses pensées.
— Ça fera trois fois depuis que l'on est levé, tu ne trouves pas que c'est assez, tu ne le manges même pas de toute façon. Répondit-elle en secouant la tête.
— Non ! Je veux encore voir comment on fait ! C'est vraiment trop génial ! cria-t-il en l'attrapant par les épaules. — Sérieusement, je veux tous ses machins quand je vais être en mesure d'avoir mon propre chez-moi ! Aller refait du pain s'il te plaît !
Elle le fit quand même avec plaisir, se disant que ça avait le mérite de lui changer les idées et il avait recommencé à sourire. Elle savait qu'il essayait quand même de la rassurer, de ne pas craquer et qu'il prétendait que tout allait bien alors qu'au fond plus rien n'allait pour lui.
Parfois, il arrêtait de parler, et semblait perdu dans le vague. Elle le voyait regarder le tatouage sur son bras, celui représentant les quatre animaux. Elle avait remarqué que la lune changeait selon sa phase actuelle, Sirius lui jetant des coups d'œil, comme s'il craignait qu'elle ne devienne pleine avant son temps.
Il lui avait dit que Remus avait été horrifié lorsqu'il l'avait vu et qu'il n'était pas d'accord. Parce que c'était un tatouage permanent et magique et aussi parce qu'il refusait que ses amis ne soient aussi inquiets pour lui. Il avait rigolé et avait continué son récit, en lui disant que Peter en avait un aussi, non terminé parce qu'il avait été incapable de supporter la douleur de l'aiguille.
Elle en avait vu un autre, sur son bras droit qui dépassait un peu de son t-shirt qui semblait, a priori, représenter une constellation. Elle n'aurait jamais pensé qu'il avait autant de tatouages. Lorsqu'elle lui avait demandé s'il en avait d'autres, il avait, encore une fois, éclaté de rire avant de répondre par un simple signe de tête.
Ce fut à son tour de rigoler lorsqu'il poussa une exclamation de surprise lorsque le pain sorti du grille-pain et qu'il échappa les tranches au sol en criant que c'était trop chaud. Elle secoua la tête en continua de le regarder, un vrai gamin !
Alors qu'elle se relevait pour aller l'aider, une voix s'éleva soudain des chambres derrière eux. Elle fut si surprise qu'elle en échappât sa tasse de café au sol et Sirius sursautât si violemment qu'il faillit tomber à la renverse. Les deux se lancèrent le même regard d'incompréhension, avant de fixer le couloir.
- SIRIUS BLACK ! RÉPONDS-MOI MAINTENANT OU JE TE JURE QUE TU VAS LE REGRETTER criait la voix alors que le concerner ouvrit des yeux ronds avant de se précipiter vers sa chambre, Lily sur les talons.
Il ouvrit sa valise et retira tous les vêtements, livres et autres objets qui étaient dans son chemin, ceux-ci se retrouvant aux quatre coins de la chambre. Il attrapa un petit morceau de miroir et elle le vit afficher un sourire de soulagement.
— James ! Cria Sirius, Lily entendant sa voix craquée sous l'émotion et ses yeux devenir vitreux. — Je croyais que tu revenais seulement après-demain !?
— Tu croyais vraiment que l'on allait continuer de faire comme si de rien était après qu'on ait vu les gros titres de la Gazette ? lui répondit James Potter sur un ton de reproche.
— Tu viens d'arriver ? As-tu reçu des nouvelles de Rem' et Pete » ? Lui demanda précipitamment Sirius.
— Non ! On vient de mettre à la maison, on a fait le plus rapidement possible, ma mère est morte d'inquiétude, où es-tu !? Que s'est-il passé !? Mon père vient te chercher ! Dis-moi où tu es ! lui répondit James sur un ton un peu plus pressant.
Sirius leva rapidement les yeux vers Lily et elle hocha la tête. — La chaumière aux fleurs. Dit-elle doucement. — Il peut prendre la poudre de Cheminette, ça fonctionne ici. Sirius répéta le nom qu'elle lui avait donné et James lui répondit de se tenir prêt. Il se releva rapidement et se précipita vers le salon, son cœur menaçant de sortir de sa poitrine.
Quelques secondes plus tard à peine, des flammes vertes se dressèrent dans la cheminée et un homme d'un certain âge en sortit. Lily resta surprise en détaillant monsieur Potter. Elle ne l'avait jamais aperçu sur le quai lors des rentrées scolaires. James était toujours déjà arrivé et seul lorsqu'elle-même arrivait.
Ses cheveux étaient presque entièrement gris, et elle pouvait distinguer beaucoup de rides derrière ses lunettes. Il portait un habit surmonté d'une robe de sorcier gris foncé. Il se tenait droit et imposait le respect simplement par sa présence. On comprenait tout de suite en le voyant pourquoi il était le chef des Aurors.
Des flammes vertes jaillirent à nouveau du foyer et cette fois-ci James en sortit. Lily ne put s'empêcher de rouler des yeux lorsqu'elle le vit se passer une main dans ses cheveux en bataille, mais elle afficha tout de même un sourire en coin, décidément ça ne changerait jamais.
— Je t'avais dit de rester à la maison. Lui dit son père sur un ton plus amusé qu'autre chose.
— Comme si j'allais rester à attendre une éternité que tu reviennes ! Dit-il en levant les yeux au ciel, repoussant ses lunettes sur son nez avant de se précipiter sur Sirius pour le serrer dans ses bras.
Il avait grandi un peu depuis la dernière fois où elle l'avait vue, ne put-elle s'empêcher de remarquer. Sa voix était plus grave, plus profonde, elle secoua la tête avant de remarquer que monsieur Potter la fixait avec un sourire et elle sentit ses joues s'embraser. Il tourna ensuite son regard vers les deux garçons et Sirius vint se serrer contre lui lorsque James accepta de le lâcher.
— Mon garçon. Lui dit monsieur Potter en prenant son visage dans ses mains, le regardant de la tête aux pieds. — Est-ce que tu vas bien ?
Sirius acquiesça vivement, la boule dans sa gorge menaçant d'exploser s'il lui répondait avec des mots. Il se détourna légèrement et se passa une main dans le visage avant d'attraper Lily par la main. — Je vais bien grâce à Lily ! Sans elle, je ne sais pas où je serais en ce moment !
Ce ne fut qu'à ce moment que James sembla la remarquer et il ouvrit des yeux ronds ses joues s'empourprant. Il avait la bouche grande ouverte, comme un poisson hors de l'eau, et son regard passait de Sirius à Lily, ne semblant pas comprendre ce qui avait bien pu se passer pour qu'il se retrouve face à elle à ce moment précis.
— Enchanté Lily, je suis Fleamont Potter. Dit-il en lui serrant chaleureusement la main. — Maintenant, puisque Sirius va bien, je crois que nous pouvons rentrer et cesser d'ennuyer cette charmante jeune fille. S'exclama monsieur Potter en rigolant pour couper le malaise qui s'était installé. Il appuya sur la mâchoire de son fils pour lui faire fermer la bouche. — Est-ce possible de parler avec tes parents un petit moment ? demanda-t-il alors à Lily.
— Ils sont absents, monsieur. Ils sont en week-ends de congé. Répondit-elle en essayant d'ignorer le regard de James sur elle. Elle trouvait la situation plutôt insolite. Elle n'aurait jamais pensé que le chef du département des Aurors se retrouverait un jour dans son salon, pour venir récupérer le meilleur ami de son fils. Fils qui l'avait harcelé durant toute l'année dernière pour qu'elle sorte avec lui.
Monsieur Potter acquiesça et lui sourit doucement. Décidément, James ressemblait beaucoup à son père. — Sirius ? dit-il en se tournant vers lui. — Tu as toutes tes choses mon garçon ? On doit y aller, avant qu'Euphemia ne meure d'inquiétude et qu'elle croit qu'il ne nous soit arrivé quelque chose. Se moqua-t-il.
Sirius se précipita à la chambre qu'il avait occupée ces deux derniers jours et il ramassa ses choses à la hâte, traînant sa valise avec lui. Une fois de retour au salon, il se dirigea vers Lily et la serra dans ses bras, ne pouvant s'empêcher de faire un clin d'œil à James.
— Merci pour tous. Lui dit-il. — Et merci pour le… la chose qui joue de la musique ! rigola-t-il. — Je vais le trafiquer pour qu'il puisse fonctionner à Poudlard.
— Je me doutais bien que tu le voulais pour une raison semblable. Se moqua-t-elle en déposant un baiser sur sa joue. — On se voit dans trois semaines. Lui sourit-elle en le saluant. Elle fit un léger signe de main à James qui était resté anormalement calme et sans mot. — Prends soin de lui Potter. Lui dit-elle alors en ignorant l'air scandalisé qu'il avait affiché.
— Oui, il rentre à la maison, on va s'occuper de lui. Répondit-il finalement en la fixant toujours intensément, n'arrivant pas à croire qu'elle venait juste d'embrasser Sirius, comme ça, sous son nez, comme si de rien n'était! — Merci de ne pas l'avoir laissé seul dehors. Elle hocha la tête, lui faisant signe que ce n'était rien. Il lui sourit et se fit pousser par son père vers la cheminée.
Monsieur Potter les fit passer en premier, tous deux disparaissant dans les flammes avant de se tourner une dernière fois vers Lily. — Je te prierais de ne dire à personne que Sirius était ici. Lui dit-il. — Lorsque tes parents rentreront, j'aimerais tout de même avoir un mot avec eux et si tu le permets, je reviendrai pour m'assurer que tout est sous contrôle. Tu comprends, j'en suis sûr, la gravité de la situation.
— Oui monsieur, je vous ferai parvenir un hibou lorsqu'ils seront rentrés ? demanda-t-elle.
— Excellent ! Merci beaucoup, Lily, pour tout ce que tu as fait pour lui, je t'en suis éternellement reconnaissant. S'exclama-t-il joyeusement. Il lui parlait de Sirius comme il aurait parlé de James et semblait avoir été aussi inquiet que si ça avait été son fils unique qui aurait été porté disparu. Il lui sera de nouveau la main avant de disparaître à son tour dans la cheminer, la laissant seule au salon.
Elle passa une main dans ses cheveux avant de soupirer et de regarder autour d'elle, seul le silence se faisait entendre. Décidément, le reste des vacances allait être morne sans Sirius. Elle devait avouer qu'il était assez divertissant et que les journées passaient en un éclair avec lui.
Elle n'avait pas pris de temps à s'habituer à sa présence et à sa personnalité colorée. Il était plus gentil qu'il ne le laissait paraître et il pouvait être amusant sans être odieux, ce qui était difficile à savoir lorsqu'on ne faisait que le côtoyer à Poudlard. Marlène allait halluciner lorsqu'elle lui raconterait ce qui s'était passé.
