Chapitre 5 : Des guimauves et une guerre.
Lorsque Sirius émergea des flammes, James à sa suite, il fut agrippé par deux mains qui le tirèrent vers l'avant. Euphemia Potter le détailla de haut en bas, les yeux rougis encore pleins d'eau, visiblement elle avait pleuré. Sirius sentit une vague de culpabilité l'envahir en la voyant ainsi, sachant qu'elle s'était inquiétée pour lui.
– Je suis désolé. Dit-il d'une petite voix, ne sachant plus où se mettre, n'osant pas la regarder dans les yeux.
— J'ai eu tellement peur qu'il ne te soit arrivé quelque chose et qu'on ne te retrouverait jamais ! Le gronda-t-elle en l'agrippant un peu plus fort le serrant dans ses bras.
Ce fut à ce moment que Sirius craqua. Il ne put contenir plus longtemps toutes les émotions qu'il avait refoulées depuis des semaines. Toute la frustration, la colère, la peur et la peine qui l'avaient envahie et qu'il avait fait taire à maintes reprises venaient de resurgir, d'un coup, sans qu'il puisse les arrêter.
Tout son être hurlait de l'intérieur alors qu'il s'agrippait fortement à Euphemia comme un enfant venant de faire un cauchemar. Il n'en pouvait plus, il voulait que ça se termine ici et maintenant. Il ne pouvait en supporter davantage, pas maintenant.
Il ne voulait plus penser à rien et il se calma lentement, le son de sa voix l'apaisant alors qu'il ne comprenait pas vraiment ce qu'elle lui disait, mais il savait que c'étaient des mots de réconfort et ça apaisait son âme.
— C'est terminé, tout va bien aller. Lui chuchotait madame Potter en lui flattant les cheveux, fessant signe à son mari et à son fils de ne rien dire pour le moment, de le laisser se calmer d'abord. Il fut heureux que monsieur Potter et James ne disent rien, parce qu'il avait besoin de cette étreinte, de savoir que quelqu'un, une vraie mère s'inquiétait pour lui.
Après un long moment, Sirius accepta enfin de relâcher son étreinte sûre Euphemia et il resta dos à Fleamont et James, gêner d'être dans un tel état, gêner par toutes les larmes qui étaient encore visibles sur ses joues.
Monsieur Potter s'approcha à son tour et déposa une main bienveillante sur son épaule. — Je vais devoir me rendre au ministère et régler cette histoire avant que la situation ne soit encore plus catastrophique. Dit-il en regardant sa femme.
— Je suis vraiment désolé. Leur dit alors précipitamment Sirius. — Je ne voulais pas vous mettre dans l'embarras je…
— Ne sois pas stupide. Lui répondit madame Potter. — On va s'occuper de ça. Lui dit-elle. — Nous ne te renverrons jamais à Grimmauld Place Sirius, tu m'entends ? Nous aurions dû te ramener ici en même temps que James.
— Walburga ne l'aurait jamais laissé nous accompagner ma chérie, tu le sais. Lui répondit Fleamont. Sirius baissa la tête, se sentant comme un enfant prit en faute. — Mais tu n'y retourneras pas, je t'en donne ma parole. Dit-il en regardant sérieusement Sirius. — De toute façon, il ne reste que quelques semaines avant la rentrée des classes, ensuite tu auras dix-sept ans en novembre et à ce moment, elle n'aura plus aucune emprise sur toi, tu seras majeur.
— Tu devrais partir, Fleamont. Orion sera là-bas, il saura que nous sommes de retour et que Sirius sera ici. Lui dit Euphemia. Monsieur Potter acquiesça et se dirigea vers James. — Je te tiens au courant, essaie de lui changer les idées. Dit-il en lui tapotant l'épaule à son tour. — Tout se passera bien. Dit-il avant de disparaître à nouveau dans les flammes vertes.
— Vous pouvez partir. Leur dit Euphemia en se tournant vers les deux garçons. — Je ferai monter Remus et Peter lorsqu'ils arriveront. Oui, ils sont en chemin. Répondit-elle face à leurs expressions d'incompréhension. — Ce pauvre Remus était aussi inquiet que moi. Dit-elle en leur souriant avant de serrer une dernière fois Sirius contre elle et de se tourner vers son fils. — Je te laisse t'occuper de lui maintenant. Dit-elle en déposant une main dans son visage. — Vous êtes rendu déjà si grand !
— Maman ! s'exclama James embarrassé, ce passant rapidement une main dans les cheveux et il attrapa Sirius par le bras pour le traîner à sa suite dans les étages, jusqu'à sa chambre.
— Je suis désolé, je ne pensais pas que ça allait créer autant de problèmes. Finis par dire Sirius dans le silence pesant qui régnait. — Je…
— La seule chose pour laquelle tu devrais t'excuser en ce moment, c'est d'avoir laissé Evans t'embrasser. Depuis quand vous vous appelez par vos prénoms ! Sérieusement ! s'indigna James en regardant Sirius comme s'il venait de dire le plus gros juron au monde.
Sirius éclata de rire et vint lui ébouriffer les cheveux, le sourire fendu jusqu'aux oreilles. Il s'empressa de lui raconter, comment elle l'avait trouvé au parc et comment elle l'avait confondu avec Rogue, rigolant à nouveau avec l'air de dégoût que fit James. Il lui raconta aussi, comment elle lui avait montré à se servir des appareils moldus et comment elle était, au final, beaucoup plus gentille qu'il ne le pensait.
— Je comprends un peu mieux pourquoi tu as un penchant pour elle. Continua de se moquer Sirius. — Elle est vraiment très gentille.
— Je n'y crois pas ! J'arrive pas à croire que tu as dormi aussi près d'elle ! Il secoua la tête, ramenant une main pour s'ébouriffer les cheveux, mais il arrêta son geste en plein milieu et laissa retomber sa main.
— Je l'ai vu sourire lorsque tu as fait ça tout à l'heure. Lui dit Sirius.
— Elle a roulé des yeux, elle trouve ça complètement insupportable, elle metrouve complètement insupportable. Soupira James.
— Eh bien, avec tout ça, il y a un bon côté ! rigola Sirius. — Maintenant qu'on est amis elle et moi, ça ne peut que t'aider ! Il secoua la tête et vint déposer son bras autour de ses épaules. — Je te promets qu'il ne sait rien passer du tout ! Il éclata de rire lorsque James lui donna un coup dans le ventre, le menaçant de le lancer par la fenêtre si jamais il avait touché à sa Lily.
Au même moment, la porte de la chambre s'ouvrit avec fracas et Sirius se retrouva allongée sur le sol, une furie aux cheveux châtain lui ayant sauté dessus sans lui laisser le temps de réagir.
— Je te jure Sirius Black que je vais te tuer de mes propres mains si tu oses nous refaire un coup pareil ! lui cria Remus, maintenant assis à califourchon sur lui, alors qu'il le secouait sans ménagement.
— Ça va aller Lunard, regarde, je vais bien ! Je suis en un seul morceau, enfin, ma mère aurait bien voulu me découper en petites rondelles, mais heureusement je suis partie avant ! essaya-t-il de se moquer. — Oh allez Rem', ne fait pas cette tête, je te dis que tout va bien. Dit-il en se redressant pour le serrer dans ses bras.
— Aller, ça va aller Rem' lâche le ou tu vas l'étouffer ! rigola Peter en venant retirer Remus de sur Sirius, pour le serrer dans ses bras à son tour. — Je suis content que tu ailles bien.
— Désolé… marmonna Remus. — C'est juste qu'on est sans nouvelle depuis des jours et Euphemia qui ne fait qu'apparaître dans la cheminée de la cuisine, mon père qui nous dit de faire nos bagages le plus rapidement possible. Qu'est-ce qui s'est passé !?
Sirius répondit à l'étreinte de Peter et revint entourer les épaules de Remus de son bras. Le lycanthrope était toujours très émotif, surtout lorsque la pleine lune était à quelques jours seulement d'être pleine. Il s'inquiétait toujours pour eux, pour leurs sécurités, pour tous.
Il regarda autour de lui, heureux de les voir tous, les trois meilleurs amis que l'on pouvait avoir sur cette terre, heureux qu'ils soient là, pour lui. C'était décidément une belle journée. Il vint se rasseoir près de James et entreprit de leur raconter sa décente aux enfers, sans avoir lâché Remus.
Plusieurs soirs plus tard, une fois la pleine lune passée, ils étaient tous les quatre dehors, dans la cour à la nuit tombée, assis devant un feu, une grosse tente monter derrière eux. Ils rigolaient et faisaient griller des guimauves, des saucisses et tout ce qu'ils avaient pu dévaliser de la cuisine avant que la mère de James ne les stops.
Ils se racontaient des histoires, essayant de profiter de leurs vacances, d'essayer de faire oublier à Sirius que Fleamont Potter était revenu du ministère de la Magie le soir dernier avec une tête à faire peur. Il avait simplement répondu à Sirius qu'il n'avait pas à s'inquiéter, mais ils avaient clairement entendu Fleamont dire à sa femme qu'Orion et Walburga Black tenaient à récupérer leur héritier et qu'il reviendrait à Grimmauld Place tôt ou tard.
— Tu es en sécurité ici ! Lui rappela James en lui lançant des guimauves sur la tête pour le faire réagir. — Et ensuite, à Poudlard, tu seras hors d'atteinte, ils ne pourront rien faire contre Dumbledore, tu sais le sorcier le plus puissant que le monde n'est jamais connu !
— Ma mère m'a dit que je devrais me marier dès que j'aurais terminé mes études. Leur dit Sirius qui n'avait pas encore osé leur raconter cette partie. — Et Regulus m'a confirmé que si je ne devenais pas le plus parfait des Blacks d'ici la fin de l'été, qu'ils allaient me changer de collège, probablement m'envoyez à Durmstrang.
Les trois autres restèrent silencieux, regardant le feu crépiter, ne sachant quoi répondre pour essayer de réconforter leur ami. Ça ne servait rien de répéter encore et encore les mêmes choses, la situation se dégradait d'année en année. Chaque jour, Sirius laissait échapper une partie de tout ce qui s'était passé chez lui, rallongeant son récit d'horreur.
— Elle a aussi utilisé le sortilège de torture quand je ne voulais pas coopérer. Continua-t-il sur le ton de la conversation, sentant la main de Remus agripper lentement la sienne. James et Peter ne virent rien dans le noir. — Et j'ai eu droit à un nouveau sort qu'elle a inventé, elle envoie sa baguette par avant. Dit-il en fessant le geste. — Et une espèce de fouet, bleu brillant en sort…
— C'est terminé. Lui dit alors sèchement James, les flammes dansant dans le reflet de ses lunettes. — Tu ne retourneras jamais là-bas. On t'a déjà jeté dans la gueule du lion…
— La gueule du serpent, tu veux dire. Essaya de se moquer Sirius, mais James lui lança un regard noir.
— Ce n'est pas ta faute James. Lui dit Peter. — On savait tous que c'était loin d'être une partie de plaisir chez lui, mais tu aurais voulu faire quoi de plus ? Je veux dire… Essaya-t-il de s'expliquer lorsqu'il se reçut le même regard noir. — Ce sont ses parents… Il n'a que seize ans.
— Ce n'est de la faute de personnes, sauf de la mienne, parce que je suis odieux et que je ne sais visiblement jamais quand me taire, alors arrêter de faire ces têtes d'enterrement, on jurerait que Lily vient d'annoncer à James qu'elle sortait avec Rogue ! Cria Sirius, les trois autres laissant échapper des cris de dégoût, James se laissant tomber à la renverse sur sa couverture, faisant semblant de vomir.
— C'est vrai, tu es rendu tellement intime avec elle maintenant. Tu dois en savoir quelque chose ! Tu te rends compte ! s'exclama James en gesticulant dans le vide avant de soupirer, Euphemia arrivant à leurs hauteurs pour leur dire qu'il était temps d'aller se coucher. — Mais maman ! s'indigna son fils en la regardant. — On est trop vieux pour avoir un couvre-feu !
— Demain on doit aller acheter vos fournitures scolaires et il est passé minuit. Je vous connais ! Si je vous laisse faire, vous ne vous coucherez pas de la nuit et il sera impossible de vous lever demain alors aller hop ! Dans cette tente et je ne veux plus rien entendre. Elle les embrassa tous un à un avant de rentrer.
Ils s'exécutèrent quand même en rouspétant, ce couchant de façon à ce que leurs têtes soient toutes collées, James et Peter d'un côté, Remus et Sirius de l'autre.
— J'ai entendu dire par mon père qu'on avait tenté de pénétrer les défenses d'Azkaban à la fin de l'école. Leur chuchota James après un moment sans les regarder, ayant fermé les yeux et retiré ses lunettes.
— Tu crois que c'était… Tu-Sais-Qui ? couina Peter d'une petite voix.
— Je n'en sais rien, probablement. Les Aurors commencent à être de plus en plus agités, il y a des drôles de disparations que le ministère essaie de cacher, il se fait de plus en plus remarquer. Il est en train de recruter des adeptes, des Mangemorts qu'ils se font appeler. Continua-t-il. — Mon père dit qu'on est à l'aube d'une Grande guerre.
— Il t'a dit ça !? Lui demanda Remus en se redressant légèrement pour mieux le regarder.
— Pas vraiment à moi, mais il parlait avec un collègue qui est passé un soir très tard, il revenait de mission, ça avait l'air d'avoir bardé. Le mec, il saignait de partout, c'était atroce, puis deux autres Aurors ont déboulé, et j'ai juste eu le temps de voir des Médicomages transplaner dans l'entrée. Ouais, dit-il en en sentant Sirius se redresser à son tour, — ils ont transplanés à l'intérieur du domaine, je n'avais jamais vue ça avant, autorisation spéciale de l'état d'urgence, code je sais plus quoi.
— Et après ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Continue ! Le pressa Sirius.
— Et bien après, ma mère m'a vue et elle m'a retourné dans ma chambre. Dit-il en haussant les épaules. — Elle m'a dit de ne pas m'en faire. Il rigola. — Comme d'habitude, ils croient vraiment qu'on ne voit rien et qu'on ne sait rien, mais s'il y a une guerre qui se prépare, nous n'aurons pas le choix d'y prendre part.
Ils ne rajoutèrent rien, fermant les yeux, essayant de s'endormir, réfléchissant aux paroles peu rassurantes de James. Peter se tourna sur le côté, James s'était déjà endormi et Sirius se tourna également, se retrouvant nez à nez avec Remus.
Même les yeux fermés, il pouvait sentir Remus légèrement s'agiter à côté de lui. — Dors. Lui ordonna-t-il dans un murmure. — Ça ira Rem ». Dit-il en venant lui flatter doucement le bras. — Tu sens le chocolat. Rigola-t-il.
— Tu sens le chien mouiller et je te laisse quand même dormir là, laisses mon chocolat tranquille. Rétorqua Remus en ouvrant un œil.
— Fermez-la tous les deux, on va se faire chauffer les oreilles si madame Potter revient. Leur dit Peter.
Les deux autres rigolèrent, Sirius continuant de sourire dans la pénombre, seule la respiration de James se faisant entendre alors qu'il s'endormait lentement, le bout de son nez touchant celui de Remus, quelques mèches de ses cheveux retombant sur le front de celui-ci.
