Mille et un pêchés : Miho

Colère :

- Partez d'ici, immédiatement. Vous n'êtes pas la bienvenue dans cette chambre, après tout ce que vous avez fait.
La voix était glaciale et polie, mais elle ne tenait pas à se répéter. Elle était rarement en colère, agacée parfois par les bêtises des enfants, mais là, elle avait une sacrée bonne raison.
Elle lui en voulait tellement à cette gamine pourrie gâtée et imbue d'elle même à cause de qui Seiya était dans cet état. Si elle s'était écoutée, elle lui aurait mis une bonne paire de gifles en la fichant hors de cette chambre d'hôpital par la même occasion.
A cause d'elle, de ses désirs toujours insatisfaits, son meilleur ami était dans une chaise roulante, incapable de faire quoique ce soit. Ça paraissait irrémédiable, sa vie était brisée à jamais, comme si ça n'était pas suffisant.
Alors non, elle ne pourrait rien pardonner à Saori. Absolument rien.


Luxure :

Ils étaient seuls dans une classe à l'abri des regards, sans personne d'autre dans les environs. Pour la première fois, elle avait envie de prendre les devants, de ne plus le laisser respirer.
D'imprimer sur sa peau des griffures, des marques… Elle avait trop longtemps attendu ce moment, espéré, hésité. Maintenant qu'ils étaient enfin un couple, plus question de le partager avec une autre fille.
Être timide, c'était bien dans le travail, la vie de tous les jours, mais pas pour l'homme qu'on aimait et qu'on pouvait choisir sans que les choix ne nous soient dictés.
Peut être que ce soir, ils pourraient profiter après une izakaya* d'une nuit ensemble dans un hôtel qui sait ?

Gourmandise :

Quand ils étaient enfants, l'orphelinat avait organisé une visite au Tsukiji Market. Au moment du déjeuner, elle avait trouvé des mochis qu'elle n'aimait pas, et Seiya avait décidé de partager avec elle un cha taiyaki, parfum qu'elle préférait.
Le jour où il était revenu peu avant le tournoi galactique, ils avaient siroté un kyôbancha avec un cha taiyaki* reparlant du passé.
Et ce jour là, alors qu'ils avaient rendez vous à la gare de Ginza à 15 heures, Miho eut envie d'acheter un assortiment de taiyaki, en espérant qu'il y en ait au moins deux au thé matcha dedans.


Paresse :

Quand c'était l'été, elle n'avait aucune envie de sortir dehors. Même cette année, avec Seika et les autres, ils avaient décidé de séjourner dans un ryôkan*.
Au lieu d'aller chercher des kermesses ou des brochures de festival, elle avait choisi de rester près du jardin zen de l'auberge.
Simplement habillée d'un Yukata bleu à motif de pivoines, des getas aux pieds, avec son ami d'enfance qui était bien plus que ça maintenant, à écouter les cloches sonner sous le vent au dessus d'eux, main dans la main.
C'était peut être ça la magie de l'été, tokidoki ni isogashikunai. Ou de temps en temps ne pas être trop occupé.


Avarice :

Miho était une fille gentille, prête à aider les autres ou à rendre service dès qu'elle le pouvait. Ça la rendait appréciée de ses collègues, pourtant cette fois elle ne regrettait pas de s'être disputée avec Irina, ni de lui avoir dit non de façon si catégorique, même si ça ne se faisait pas.
Mais quand même… Aller mettre mille cinq cent yen dans l'achat du Ribbon de la semaine, pour dix fois trop de shojô, c'était tout sauf une dépense sensée. D'autant plus qu'il était toujours possible de le lire avec le Shonen Jump à la bibliothèque du quartier.
Et que vu la pile impressionnante de magazines, il serait peut être temps d'en mettre quelques uns à la poubelle.


Envie :

Quand elle avait vu cette belle femme avec Seiya, elle s'était sentie écrasée d'un seul coup. Non seulement comme Seiya elle possédait une armure et était capable des mêmes prodiges que lui mais était beaucoup plus belle qu'elle. Séduisante, vive, déterminée, avec de la suite dans les idées. Dix fois plus qu'elle, petite orpheline qui restait dans l'ombre, prenant soin sans qu'on le remarque des orphelins, des enfants sans famille.
Leur apprenant les syllabaires des katakanas et des hiraganas, les cinquante premiers kanjis. Toujours là pour consoler des chagrins, mettre des termes aux disputes. Mais en comparaison, ce n'était que poussière et rien.
Tout en serrant son mouchoir humide, elle se demanda si elle aurait du elle aussi partir s'entraîner, être quelqu'un d'autre. Une fille qui ne soit pas transparente comme elle avait en ce moment même l'impression de l'être.


Orgueil :

C'était bien là le seul domaine où elle était meilleure que Seiya. Et elle avait été la meilleure de sa classe en ce qui concernait la calligraphie. Miho n'avait jamais eu droit à des points en moins parce que ses traits étaient tracés dans le mauvais ordre, ou qu'il y avait un croisement qui n'était pas sensé exister.
Quand les autres s'escrimaient encore avec le style Kaishô*, sur les kanjis des saisons, elle arrivait sans trop de problème à les réaliser en Gyoshô en gardant le rythme. C'était souvent elle aussi qui disait aux autres si la texture de l'encre était bonne ou non, la plupart des enfants n'aimaient pas s'obliger à devoir tourner dans un sens précis leurs bâtons d'encre et être obligés de bien écrire.
Pas elle. Et à présent, elle pourrait essayer d'écrire furu ike ya en Soshô, ce qui n'était pas rien.

Petites explications sur les termes employés.
* Izakaya : il s'agit de petits bistrots familiaux proposant des plats et des boissons bon marché, souvent fréquentées par les salaryman ou les lycéens.
*Cha Taiyaki : le Taiyaki est une confiserie en forme de carpe fourrée à la pâte de haricots rouges, ici la garniture est une crème au thé matcha.
* Ryôkan : Hôtel traditionnel japonais, avec l'architecture classique de même que le mobilier.
*Kaishô, Gyoshô, Soshô : les trois styles de calligraphie japonaise. Le kaishô est le style carré, qu'on retrouve dans la vie de tous les jours, le gyoshô est semi cursif, et le soshô est cursif. Dans le cas du dernier, on peut enlever certains traits pour l'esthétisme.
Les japonais apprennent tous la calligraphie et commencent par cinq à sept ans avec le kaishô avant de pouvoir pratiquer le gyoshô.
Furu ike ya est un haïku célèbre et un sujet de calligraphie très utilisé.