Chapitre 7 - Avancer


Après que Chloé se soit occupée de l'organisation de l'enterrement, tous se séparèrent pour rentrer chez eux. Adrien aurait aimé pouvoir raccompagner Marinette, seulement son père lui avait demander de rentrer, il avait besoin de lui pour la confection d'un nouveau modèle. Marinette ne lui en voulait pas, elle comprenait parfaitement, cela la rendait juste un peu plus triste. Elle portait avec elle la Miraculous Box qu'elle était retournée chercher avant de rentrer chez elle.

Quand elle monta chez elle, ses parents étaient dans le salon, regardant la télé. Elle dit un petit bonjour, qui fit tout de suite se retourner sa mère. Son instinct maternel avait été rapide, elle arriva auprès de sa fille et lui demanda :

"Ma chérie, qu'est-ce qu'il se passe ?
-Rien... C'est juste que..."

Marinette se remit à pleurer, sa mère la prit immédiatement dans ses bras pour la réconforter.

"Calmes-toi Marinette, respire un bon coup et raconte-moi ce qui s'est passé aujourd'hui."

Il fallut quelques minutes à Marinette pour se ressaisir, puis elle fit.

"Un... un vieil homme que je connaissais est mort.
-Oh non. Je suis désolée. Qui est ce ? On le connaît ?
-Non... C'est..."

Marinette ne pouvait pas réellement expliquer de qui il s'agissait. C'était lié à son côté super héroïne, chose dont sa mère n'était pas au courant.

"Est ce que c'est lié à tes activités extra-scolaire ?
-Oui, en quelques sorte.
-Marinette, tu sais, je suis ta mère, tu peux tout me dire.
-Malheureusement, pas là...
-Je suis au courant. Je sais que tu es Ladybug. Annonça sa mère en lui remettant une mèche de cheveux.
-Que... Comment ?
-Je suis ta mère, je sais tout. Est-ce que c'est lié à Ladybug ?
-Oui... La personne qui... qui nous a donné nos pouvoir est morte.
-Je comprend, ce n'est pas facile. Mais tu es forte, je sais que tu arriveras à surmonter ça.
-Est ce que j'aurais vraiment la force ? Demanda Marinette les larmes aux yeux.
-J'en suis certaine. Et surtout, tu n'es pas seule, tu as Adrien, tes amis, et tu pourras toujours compter sur tes parents. Déclara Sabine pleine de tendresse. Ce sera difficile au début, mais ne t'en fait pas le temps t'aidera.
-Merci maman."

Marinette posa la Miraculous Box sur la table et alla enlacer sa mère, et son père vint se joindre à elles. Après ce câlin de réconfort, la mère de Marinette lui proposa d'aller se reposer, elle lui monterait un chocolat chaud ainsi qu'une viennoiserie pour la réconforter.

De son côté, Adrien venait de rentrer chez lui, accueillit froidement par son père car il avait cinq minutes de retard. Ils se rendirent tous deux dans le bureau de travail de son père, le temps de travail pour son père fut bien plus long qu'Adrien ne l'aurait cru. Heureusement, durant son travail avec lui, son père était un peu moins froid, c'était la petite étincelle restante de passion qui lui restait qui parlait.

Une fois leur collaboration finie, Adrien se dirigea vers sa chambre en déclarant qu'il n'avait pas faim ce soir. Il pourrait ainsi se transformer et rejoindre sa princesse. Seulement.

"Adrien, veux-tu bien jouer un peu de piano pour moi, s'il te plaît. J'aimerais vérifier que ton niveau est toujours bon.
-Bien sûr père." Accepta Adrien à contre-cœur.

Ils allèrent tous les deux dans la chambre du jeune homme. Adrien s'installa au piano, tandis que son père se mit un peu en retrait.

"J'aimerais que tu me joues le morceau de ta mère si tu veux bien."

Avait-il vraiment le choix ? Seulement, il aurait préféré, il n'était actuellement pas dans un état émotionnel propice à jouer ce morceau sans être triste. La mort de Maître Fu lui rappelait des souvenirs, des souvenirs beaux et tristes à la fois.

"Comme vous voudrez."

Ce morceau avait été composé par Émilie, et c'était le premier qu'Adrien avait appris à jouer après avoir appris le solfège. Il commença à jouer, non sans trembler. Ce morceau était plutôt mélancolique, Émilie avait toujours aimé ce genre de musique, cela l'emportait. Mais pour l'heure c'était Adrien qui était emporté, emporté dans un tourment d'émotions qu'il arrivait difficilement à contrôler.

Adrien s'imaginait aux côtés de sa mère, à apprendre ce morceau. Les douces mains de sa mère guidant les siennes sur les touches blanches et noires. Il sentait ses yeux gonfler au fur et à mesure qu'il jouait, il ne voulait pas pleurer, pas devant son père. Il ne comprendrait pas pourquoi, et il ne voulait pas lui parler de ça. Il ne put malgré tout empêcher une larme de couler le long de son visage, qu'il espérait sincèrement que son père n'ait pas vu.

Concentré malgré tout sur son morceau, il fut saisi lorsqu'il entendit des notes supplémentaires, son père venait l'accompagner dans le morceau. Ils jouèrent ainsi à deux pendant plusieurs minutes. Les notes raisonnèrent dans la pièce de manières harmonieuse, les émotions volaient. Adrien était transporté, et ses émotions étaient retranscrites dans ses notes. Il se libérait du poids qu'il avait en jouant ainsi avec son père.

Une fois le morceau fini, Gabriel se leva, posa une main sur l'épaule de son fils et déclara :

"Merci Adrien, tu joues toujours aussi bien ce morceau.
-Merci père." Répondit Adrien le visage baissé, pour pas montrer ses yeux embués.

Son père sorti de la pièce sans dire un mot. Adrien resta ainsi devant son piano à pleurer en silence.

Chloé rentrait chez elle à pied. Si elle n'avait peut-être pas l'affection que les autres avaient pour Maitre Fu, elle n'en était pas moins touchée de cette mort, qui avait été assez brusque. C'était aussi la première fois qu'elle avait vu quelqu'un de mort... Si elle avait réussi à garder son sang-froid devant les autres, parce qu'elle était Chloé Bourgeois, elle faisait actuellement moins la fière en y repensant. C'était la première fois qu'elle était confronté à ce genre de chose. Elle se sentit tremblante, complètement déboussolée.

Perdue dans son esprit, un son la fit revenir à elle. Une succession de notes qu'elle avait déjà entendu. Ces fameuses notes jouées par Luka. Elle ne savait pas comment ni pourquoi, mais ses pas l'avaient conduit au parc où elle l'avait entendu jouer la première fois. Elle se rapprocha un peu plus de la mélodie, elle semblait bien plus mélancolique que d'habitude. Cela lui plaisait malgré tout, ça correspondait à son humeur actuelle. Elle se posa derrière un arbre pour écouter, cachée, cette musique qui l'apaisait, emportée par la mélodie de son cœur.

Il n'y avait pas à dire, ce Luka était doué, et même si son morceau n'était actuellement qu'une ébauche, elle l'aimait beaucoup. Après plusieurs minutes où il travaillait son morceau, il changea de mélodie, pour jouer quelques choses de plus léger, de plus entraînant. Ce n'était pas si mal, ça donnait presque le sourire à Chloé, elle en oubliait ses soucis de base. Elle se sentait plus sereine, cette musique lui permit de reprendre du poil de la bête, pas question de se laisser écraser par ses émotions négatives. Elle était Chloé Bourgeois, elle était forte, cette épreuve elle la surmonterait, elle était peut-être un peu moins touchée que les autres car elle ne connaissait Maître Fu que depuis quelques semaines. Cependant elle serait là pour épauler ses amis.

Chloé se releva après avoir entendu les musiques de Luka pendant deux heures. Elle se sentait parfaitement calme à présent. Elle partit en silence, et toujours discrètement, en le remerciant intérieurement.

Marinette était dans sa chambre, assise dans son lit, son coussin entre les bras, la Miraculous Box à côté d'elle. Elle regardait dans le vide, ses pensées vagabondant. TIkki était blottie contre elle. Sa mère arriva alors avec un plateau qu'elle lui monta dans son lit. Il y avait un chocolat chaud avec de la chantilly, et quelques macarons pour l'accompagner.

"Merci maman. Fit Marinette.
-Peut-on discuter un peu ? J'aimerais en savoir plus sur Ladybug.
-Pourquoi pas, mais il y a certaine chose que je ne pourrais pas dire.
-Je comprend, cela doit rester un secret. Alors dit-moi comment as-tu eu tes pouvoirs ?
-J'ai un jour aidé le vieil homme qui m'a subtilement donné une boîte à bijou. Elle contentait ces boucles d'oreille, et Tikki.
-Tikki ?
-Ah oui, tu peux te montrer Tikki.
-Bonjour madame.
-Oh, c'est ça un tikki.
-Tikki est mon nom, je suis un Kwami. Expliqua la petite créature rouge.
-Ah, excuse-moi. Un Kwami qu'est-ce que c'est ?
-Des créatures magiques comme moi qui représentent un animal ainsi qu'une pensée, un fait. Moi je suis le Kwami de la Création.
-Donc les pouvoirs des héros sont liés à des animaux ?
-C'est ça. Confirma Marinette.
-J'imagine par conséquent que tu es la coccinelle.
-Oui.
-Comment vous êtes vos rencontré avec Chat Noir ?
-Lors du premier Akuma dans Paris, Chat Noir, qui avait aussi eu son Miraculous, est venu.
-Et c'est Adrien ?
-Comment tu le sais ?
-J'ai déjà entendu ces petites visites nocturnes.
-Je... heu...
-Je ne t'en veux pas, tu sais ça m'est déjà arrivé de sortir en cachette pour aller voir ton père. Confessa Sabine. Adrien savait que tu étais Ladybug ?
-Non, pas au début...
-Ce qui explique toutes tes maladresses envers lui alors. Plaisanta Sabine.
-Maman !
-Ce pauvre Chat Noir qui se faisait repousser en plus. C'est toi qui lui as dit ?
-Non, il l'a découvert à cause de mon comportement.
-Malin le petit Agreste. Et la chasse aux Akumas, comment c'est ?"

Marinette expliqua presque tout à sa mère. Sa façon de combattre, son envie de vouloir protéger Paris. Tout ce qui faisait d'elle Ladybug. Lui en parler la soulageait, elle n'aurait plus besoin de mentir sur ses absences, sur ses retards. De plus, ça lui faisait oublier quelque peu sa tristesse.

"Tu sais ma chérie, tu as bien grandi. Tu es plus confiante.
-Tu trouves ?
-Oui, et ça tu le dois à ce Maître Fu, grâce à qui tu es devenue Ladybug, son choix n'a sans doute pas été anodin.
-Mais il n'est...
-Ne pense pas comme ça, pense plutôt à ce qu'il t'a apporté, et les bons moments passé ensemble. Son corps n'est plus là, mais son esprit est toujours avec toi. Quand tu penseras à lui, il sera là."

Un bruit sourd se fit entendre sur la terrasse supérieure.

"Je crois que tu as de la visite. Je vais te laisser. Surtout, reste positive, comme tu peux l'être. Sois confiante et avance. Cette épreuve tu la surmonteras, comme toutes les épreuves que tu as surmontées que ce soit en tant que Marinette ou en tant que Ladybug."

Sa mère quitta alors la pièce au moment où Chat Noir apparut au niveau de la trappe-fenêtre. Elle le fit immédiatement rentrer en se jetant dans ses bras. Si sa mère avait été très réconfortante, les bras de Chat Noir l'étaient tout autant, mais d'une autre manière.

Le jour de l'enterrement arriva. Les parents de Marinette avaient décidé de l'accompagner. Ils ne connaissaient pas cet homme, mais pour avoir eu une telle importance dans la vie de leur fille, cela devait être quelqu'un de bien. Une petite cérémonie se fit, ils étaient peu nombreux, à vrai dire, seulement leur groupe de héros, et les parents de Marinette. Au moment où le cercueil fut mis en terre, Marinette explosa à nouveau en larmes. Le trou se referma petit à petit, jusqu'à ce qu'il soit parfaitement rebouché.

Le moment était difficile, mais elle n'était pas seule, et c'était le plus important.

Ils se retrouvèrent tous chez les Dupain-Cheng pour le repas. Quelque chose de simple et léger. L'ambiance sombre se détendit au fil du temps. Ils n'oubliaient pas, mais les souvenirs resteraient présents autant qu'ils continueraient à vivre. Maître Fu n'avait plus de famille depuis qu'il était jeune, mais eux, avait été comme sa nouvelle famille.

Les jours suivant, il avait été difficile pour Marinette de sourire, et ceux même en présence d'Adrien. Il la réconfortait, il était sa bulle d'oxygène, mais la tristesse restait présente. Tous les jours, elle se rendait sur la tombe de Maître Fu. On disait souvent que c'était lorsqu'on perdait quelque chose, que l'on se rendait compte de son importance. Elle n'aurait jamais pensé que Maître Fu puisse être aussi important pour elle.

Sur sa tombe, elle lui racontait comment elle s'occupait des autres Kwami; c'était elle qui garderait la boîte, afin d'éviter tout risque si les soupçons sur le père d'Adrien étaient avérés. De ce fait, comme ses parents étaient au courant, elle autorisait les Kwami à sortit un peu de la box. Ils connaissaient les risques, et restaient ainsi toujours dans la maison.

"En tout cas, ils sont contents de sortir. Murmura-t-elle. À chaque fois ils ramènent un objet dans la Miraculous Box, la dernière fois c'était le minuteur de la cuisine. Je ne sais pas où vous êtes maintenant, mais j'espère que vous vous êtes libéré de tous vos poids. Je sais que je vous le dis tous les jours, mais je vous remercie de m'avoir choisie comme Ladybug. Ce n'est pas facile tous les jours, mais ça a quelque chose de... puissant."

Elle resta encore quelques instants à murmurer à Maître Fu. Elle s'était coupée du monde ces quelques jours, elle avait besoin de se recentrer, se poser, pour reprendre de bonnes bases.

Marinette laissa couler quelques larmes avant de repartir. Elle croisa rapidement Chloé, elle la salua, s'échangèrent quelques rapides mots avant de repartir.

Chloé était venue elle aussi voir la tombe du vieil homme. Elle n'avait pas pu réellement le connaître, mais elle voulait quand même se recueillir ici. Cela avait été un homme important dans la vie de son ami d'enfance, et de Ladybug. Et c'était indirectement grâce à lui qu'elle était devenue Queen Bee, une version d'elle-même qu'elle avait longtemps refoulée, une version d'elle-même plus altruiste.

Elle déposa un tournesol sur la tombe, un choix qui pourrait se révéler curieux, mais pour Chloé, cela avait du sens. Celui de suivre la lumière du soleil, celui de briller pour ce qu'on est. Elle prit le chemin de la sortie, quand elle vit un peu plus loin un jeune homme. Grand, mince, les cheveux bleutés, une guitare dans le dos. Il ne fallut pas longtemps à Chloé pour le reconnaître. Il se tourna vers elle, puis alla à sa rencontre pour la saluer.

"Bonjour Chloé.
-Salut."

Ils se parlaient peu habituellement, ils se connaissaient de vue, par leurs amis en commun. Chloé faisait surtout qu'écouter la chanson qu'il était en train de composer, ou plutôt, elle écoutait aux portes pour entendre la composition de cette musique sans qu'il ne le sache. En tout cas, une chose était certaine, elle le trouvait encore plus mignon de près. Sa pureté était attractive.

"Je ne pensais pas te croiser un jour dans un endroit pareil. Déclara-t-il.
-Moi non plus.
-Je suis venu voir mon père.
-Je ne savais pas que le père de Juleka était mort. Remarqua Chloé.
-Cela fait quelques temps maintenant, à vrai dire, Juleka l'a très peu connu.
-Je vois, désolée pour vous.
-Tu sais, ça remonte maintenant, le deuil est fait. Mais il continue de nous manquer.
-J'imagine.
-Je te raccompagne ?
-Comme tu veux.
-En fait, j'ai envie de tester un truc, tu permets que je joue en chemin ?
-Si ça t'amuse."

Elle adorait sa musique, pour aucune raison du monde, elle refuserait de l'entendre jouer. Il prit sa guitare, et commença à gratter quelques cordes pour trouver ses accords. Chloé reconnu directement les accords de la musique qu'il était en train de composer, cette musique qui lui transperçait l'âme.

Chloé remarqua qu'il y avait des accords de plus à cette musique. Elle s'apprêta à en faire la remarque, avant de se raviser. Il n'était pas sensé savoir qu'elle écoutait aux portes. Faisant mine de s'intéresser, elle demanda :

"C'est une musique pour quelque chose en particulier ?
-Non, juste un truc que j'ai en tête, mais que je n'arrive pas à retransmettre en musique. D'habitude je n'ai pas de soucis, mais là, je ne sais pas, c'est encore flou. Cela fait un moment que je l'ai en tête, mais impossible de la voir.
-Je vois. C'est... particulier.
-Cela fait partie des charmes de la musique. D'ailleurs, quand j'ai vu la nouvelle héroïne, Queen Bee je crois, ça m'a inspiré quelques autres notes."

Il joua les quelques notes en question, incluses dans sa composition originale. Le cœur de Chloé commença à s'emballer. Alors comme ça, elle l'avait inspiré ? C'était plutôt flatteur.

"Là aussi, j'ai quelques notes qui me paraissent plus clair.
-Mais en fait, quand tu composes, tu n'as pas une feuille pour mettre au clair tes idées ?
-Des fois oui, des fois non. Ici ça me serait impossible, c'est comme une personne, une humeur changeante, comme un soleil qui s'est caché derrière les nuages. Parfois il apparaît, parfois il disparaît au gré de ses souhaits. Impossible de mettre sur papier cette mélodie, elle est jouée avec le cœur.
-Heu... d'accord. Fit Chloé un peu perdue."

Ils continuèrent leur bout de chemin, en musique, avant que Chloé ne rentre enfin chez elle. Une fois dans sa chambre, Pollen sorti et lança :

"Il est gentil ce garçon ! Un futur Roi pour ma Reine !
-Aucune chance Pollen ! C'est un bon musicien, ça s'arrête là.
-Que tu écoutes toutes les semaines.
-J'ai dit que ça s'arrêtait là, j'aime sa musique, point. Ne m'embête plus avec ces histoires.
-Pardon Majesté." S'excusa humblement Pollen.

Chloé bougonna un peu dans son coin tout en murmurant cette chanson qu'elle trouvait plutôt entêtante.