Voici le premier chapitre, je n'imaginais pas que cette nouvelle allait devenir une histoire aussi aboutie !


Isla crie encore une fois son prénom. Pandora retient tout juste le soupir qui manque de franchir ses lèvres. Elle sait très bien pourquoi elle l'appelle et elle aimerait pouvoir y échapper. C'est toujours la même chose, toujours pour elle, et elle a un devoir de métamorphose à rendre pour demain.

- Pandora ! reprend la voix d'Isla qui, cette fois, arrive dans la chambre, alarmée, retenue à la poignée.

Pandora se trouve assise sur son lit de soie verte, les jambes repliées, penchée sur son parchemin. Une goutte d'encre accrochée à sa plume menace de s'écraser, mais elle n'a pas l'air le moins du monde ébranlée.

- Qu'est-ce qu'il y a encore ?

Isla ouvre la bouche pour lui répondre, mais Pandora tourne enfin la tête vers elle et l'interrompt, répondant elle-même à sa question.

- Maggie et Riggers ?

Isla ferme ses lèvres et hoche doucement la tête, presque triste. Pandora finit par s'adoucir et, dans un mouvement d'abdication, repose sa plume.

- McGonagall va me tuer à cause d'eux, ils vont m'entendre.

Elle se glisse hors de son lit et remet vaguement en place son uniforme.

- Elle est où cette fois-ci ?

- Dans un couloir du troisième étage, répond Isla plus calmement.

La jeune fille marque un temps d'arrêt avant de demander :

- Tu crois qu'elle peut se vider de toute l'eau de son corps par les yeux ?

Pandora lui sourit vivement.

- Mais non, Isla. Mais par contre, elle risque vraiment de perdre toute sa dignité à force, il faut vraiment mettre fin à tout ça. Si je mets la main sur Riggers, je lui dirai deux mots.

Son ton est calme, de nouveau, elle se retrouve embarquée dans tout ça. C'est peut-être aussi pour ça que Maggie la demande à chaque fois, pour son calme et sa perspicacité. Son indéfectibilité.

- J'éviterais si j'étais toi, répond Isla alors qu'elles quittent enfin les dortoirs. Le père d'Oscar a de puissantes relations au ministère, et le tien, assez de problèmes.

- Je sais bien, soupire-t-elle, secouant sa tête blonde comme pour que les mauvaises pensées s'en échappent.

Elles traversent la salle commune et en sortent tranquillement avant d'entreprendre de gravir les étages.

Pandora dégage une espèce de sérénité apaisante. Elle a une capacité immense à enfouir ses émotions, les modifier, et ne faire apparaître que son calme. Une grande empathie aussi, qui fait qu'alors qu'elle court les escaliers avec Isla, Maggie ne l'exaspère plus, elle en a plutôt pitié.

Maggie qui la demande à chaque fois parce qu'elle seule sait la convaincre de revenir, elle seule trouve les mots rassurants qui font qu'elle arrête de trembler. L'air détaché de Pandora est terriblement ancré à la terre, et elle a une sorte d'aura qui tourne autour d'elle, comme une chimère de fumée, lointaine et proche, avec une lumière calme.

- La prochaine fois, je reste avec eux, ça suffit maintenant, s'exclame Isla.

- Tu dis ça depuis des mois, et tu ne l'as jamais fait. Ça dure depuis quoi, septembre ? Et on est le combien ?

- Le trois février, répond-elle avec un regard sur sa montre alors qu'elles mettent les pieds au deuxième étage.

- Donc ça fait six mois que tu dis ça, et six mois que Riggers a compris que pour t'éloigner, il lui suffit d'agiter Liam devant tes yeux.

Isla ouvre de nouveau la bouche mais la referme, muette comme une carpe. Pandora a toujours ce ton calme qui n'accuse de rien, qui fait qu'on se blâme seul à force de son bon sens.

Et en plus, elle a raison. Quand Liam surgit dans les parages, Isla perd à peu près la moitié de ses capacités ordinaires, dont celle de réfléchir. La mesquinerie d'Oscar l'a vite compris. Alors il se sert de Liam pour éloigner Isla, le temps de tourmenter encore un peu la pauvre Maggie.

- Pourquoi Oscar est le seul élève de notre maison que t'appelles par son nom ?

- Parce qu'il ne mérite pas que je l'appelle par son prénom, répond Pandora dans un haussement d'épaules. Précisément pour ça.

Elle tend la main comme pour démontrer quelque chose et des sanglots retentissent soudain. Le troisième étage est atteint.

Isla reprend son air désespéré et se mord la lèvre avant de suivre Pandora dans les dédales des couloirs. Contre un mur, elles finissent par trouver une jeune fille recroquevillée sur elle-même, entourée de ses lourdes boucles rousses, trop épaisses.

- Maggie ?

Elle relève son visage rougi par les pleurs et regarde Pandora avant d'éclater à nouveau en sanglots. Isla s'accroupit et pose une main maladroite sur l'épaule de Maggie. Quand Pandora se laisse tomber à son tour sur le sol, Maggie se jette dans ses bras et la serre à l'empêcher de respirer.

Doucement, elle lui caresse les cheveux, mais elle ne dit rien. Il n'y a rien à dire.

Maggie finit par calmer ses sanglots et se redresse, essuyant du revers de sa main la trace de ses larmes.

- C'est Oscar, il m'a demandé de l'aider à trouver la pièce sans nom.

- La pièce que les elfes appellent Va et Viens ? demande Isla, soudain intéressée.

Maggie hoche honteusement la tête. Personne ne sait où se trouve cette pièce. Trois ans plus tôt, Bellatrix Black a retourné le château pour la trouver, mais n'a pas réussi.

Oscar sait très bien que Maggie est manipulable, et surtout folle amoureuse de lui, du moindre de ses mots, de ses gestes. Alors il en use et abuse, comme d'une marionnette au bout de ses doigts. Il lui promet le monde, elle accepte, et il la brise délicatement.

- Je ne la trouverai jamais, il va me détester, souffle Maggie, la lèvre inférieure tremblante.

Elle semble vraiment terrifiée, et Pandora ressent à la fois de la pitié pour son état et un profond mépris pour Riggers.

- Tu en penses quoi ?

Les yeux de Maggie cherchent son avis, comme toujours. Elle a cet effet apaisant et Maggie s'y accroche depuis le début de cette relation toxique. Pandora, si calme, semble toujours avoir la réponse et n'être inquiétée de rien. Et quand elle n'a pas de solution, elle les crée.

- Tu sais ce que j'en pense. C'est une mauvaise idée de simplement continuer à lui parler. Trois ans à lui courir après, trois ans à essayer de lui plaire, qu'est-ce que ça t'a apporté ?

Maggie soupire et Pandora a encore raison.

- Je n'y arrive pas.

- Je sais, répond Pandora en serrant la main de sa camarade.

Elle ne juge plus, elle compatit. Ça fait des années qu'elle la récupère à la petite cuillère, une fois de plus ou de moins ne change plus grand chose.

- C'est fatiguant.

La phrase de Maggie laisse un petit silence avant qu'Isla ne soupire, à bout de réponses.

- On rentre ? demande-t-elle finalement, mal à l'aise.

Pandora approuve et tend sa main à Maggie qui s'y accroche fermement. Toutes les trois, elles reprennent alors le chemin de leur dortoir, sachant très bien qu'il y aura une prochaine fois aux crises et aux larmes.

Elles passent à temps la porte du dortoir, le couvre-feu commence à cet instant. La nuit a tout mangé derrière les fenêtres alors elles allument les chandelles d'un coup de baguette.

Maggie se mouche amèrement, vide de toute énergie. Pandora avise son état de fatigue et repousse sa dernière expérience en vue, une potion de Régénération améliorée.

Elles se changent toutes les trois en silence, Isla le plus loin des autres. La pudeur est une qualité comme un défaut qui lui est indéfectible. Elle se rapproche au bout de quelques minutes et jette un regard au quatrième et dernier lit de leur dortoir, qui est désespérément vide.

- Tu crois qu'elle rentrera tard ce soir ?

- Je ne sais pas, répond distraitement Pandora.

- Elle disparaît souvent quand même. Elle va finir par se faire attraper par les préfets et Avery va râler. Il déteste qu'on nous enlève des points.

Pour toute réponse, Pandora hausse évasivement les épaules. Elle n'aime pas Avery qui marche la tête trop haute.

Maggie se laisse tomber sur son lit, soupirant en se disant qu'elle aura les yeux gonflés demain d'avoir trop pleuré. Isla tresse lentement ses cheveux noirs coupés au carré, assise en tailleur.

- Je lui dirai quoi demain quand je le verrai ? demande une voix un peu lointaine qui a pleuré.

- Que tu refuses, et qu'il arrête de te mettre dans ces états là, dit doucement Pandora.

Maggie hausse évasivement les épaules devant sa réponse, agite la tête en signe d'accord, et se glisse sous ses draps. L'une comme l'autre savent que c'est faux, mais parfois, on a pas besoin d'entendre la vérité.

Isla jette un regard furtif à sa camarade prête à dormir et souffle à Pandora :

- Tu crois vraiment qu'elle le fera ?

- Je ne sais pas, tu devrais dormir Isla.

- Et ton devoir de métamorphose ? reprend-elle soudainement sans paraître l'avoir entendue.

- Je verrai demain.

Le ton évasif manque de convaincre sa camarade. Pandora choisit de détourner le regard pour mettre un terme à la conversation et tire sa couverture.

- Désolé, fait la petite voix de Maggie, à côté du lit vide.

- Ne t'inquiète pas, s'empresse de répondre Isla, Paddy est très forte en métamorphose, elle réussira très vite.

Un reniflement se fait entendre et Isla lance un regard perdu à Pandora. Celle-ci dévisage la forme du corps de Maggie sous sa couverture, qui tremble un peu, se recroqueville. Avec un sourire triste, elle ajoute :

- Ne t'en fais pas, avec ou sans toi, je n'aurais pas eu le temps de le finir, Liam m'avait demandé de l'aide pour les sortilèges.

Elle voit Maggie hausser les épaules à travers les draps, mais les reniflements cessent. Sur ces paroles que les deux autres attendaient, qui calment leurs cœurs, Isla agite sa baguette et les chandelles s'éteignent.

Pandora laisse enfin tomber sa tête sur l'oreiller quand la porte du dortoir grince. Elle soupire, lasse, et se redresse sur ses coudes.

- Vous dormez ? chuchote la voix.

- Non, répond Isla. Tu veux que j'allume les lumières ?

- Oui.

Le ton s'est fait plus ferme et autoritaire. Isla cède et les chandelles s'enflamment avec un grognement de Maggie qui s'enfonce un peu plus dans son lit. Isla repose sa baguette et l'imite.

Seule Pandora reste à détailler la dernière fille de leur dortoir. Avec condescendance, elle prend sa propre baguette et éteint les chandelles trop proches de ses camarades, seules celles près du lit vide brillent à présent.

- Je vous ai réveillées ?

- Tu nous réveilles toutes les nuits, que tu sortes ou rentres à des heures pas possibles, répond Pandora un peu amère. Tu vas où ?

Sa camarade relève la tête et la fixe dans la lumière vacillante des flammes. Ses cheveux d'un brun aux limites du noir sont libres et un peu fous, un air dur se promène sur ses traits avec, comme chez Pandora, une sagesse indéfectible. Comme si elle savait.

- Je ne peux pas te le dire. Chacun ses secrets non ?

Sur cette phrase, la brune s'approche doucement de son lit et plonge ses pupilles sombres dans celles d'un bleu pur de Pandora.

- Je t'ai vue embrasser Edmond il y a quelques semaines.

Les joues blanches de Pandora rougissent et son interlocutrice lui fait un clin d'œil complice, avant de se débarrasser à son tour de sa cape pour tomber dans son lit.

- Tu marques un point, murmure Pandora un instant plus tard, dans le noir complet.

Un rire léger lui répond et elle se demande depuis combien de temps elle sait.

- Toujours Pandy, répond la voix dans un souffle.

C'est un peu moqueur, taquin, mais parce qu'elle sait reconnaître un adversaire à sa taille. Parce qu'au fond, elles sont un peu pareilles, un peu perdues.

- Bonne nuit, Andromeda.

Un bruissement de couette lui répond et Pandora ferme finalement les yeux.

Isla a raison quand même, il n'est pas fini, ce fichu devoir de métamorphose.