Une sensation étrange de ne pas être à sa place grandit avec son nombre de pas. Pourquoi ce serait à elle d'aller lui parler d'abord ? Elle a dû lui parler deux fois dans sa scolarité. Mais parfois, il lui sourit au coin d'un couloir, et elle doit être l'une des seules à lui rendre son sourire. Il est solitaire, mais n'en a jamais l'air triste. Et puis, il énonce ses opinions avec une conviction sans faille, et parfois un peu d'orgueil.

Elle voit à présent clairement Lovegood avec ses longs cheveux attachés qui se penche sur une plante, et note quelque chose sur son carnet. Dans une inspiration, elle franchit à son tour la porte de la serre.

Le bruit fait sursauter le jeune homme qui relève vivement la tête vers elle. En la reconnaissant, il affaisse les épaules mais semble plus serein, ses mains ne sont plus crispées autour de son carnet.

Un instant, elle ne sait plus très bien pourquoi elle est là, ni si elle a eu raison de déranger le calme de Lovegood. Il la regarde sans gêne, avec une expression neutre, attendant qu'elle parle. Mais lui non plus ne parle pas.

Alors ils restent en silence à se fixer, un peu sur le qui-vive. Le vent froid de février s'introduit par la porte que Pandora n'a pas fermée. Dehors, on entend les hiboux de la volière qui crient, et les autres bruits sombres de la Forêt interdite.

Enfin, Lovegood repose son carnet sur la table et ouvre la bouche :

- Bonsoir.

- Bonsoir Lovegood, je ne dérange pas ?

Il fronce les sourcils, puis lui sourit vivement.

- Non, non, je prenais des notes sur les Mandragores. On dit qu'elles conduisent aux Sombrals les nuits de demi-lune.

Il désigne le ciel et Pandora relève la tête. La lune brille bien au centre du ciel maintenant noir. Mais elle n'est pas sûre que ce soit un devoir de la part de Madame Chourave. Premièrement, parce qu'elle n'en a jamais entendu parler et elle ne pense pas que le professeur ait changé son programme depuis l'an dernier, deuxièmement parce qu'elle ne sait même pas ce qu'est un Sombral.

- Comment ? se surprend-elle à demander.

- Il faut réussir à tresser leurs feuilles, elles s'articulent ensuite dans la direction du Sombral le plus proche.

Il a un espèce d'aura de folie. Pandora sait qu'elle aussi a une aura, presque apaisante, qui gravite autour d'elle, comme si elle était sous drogues douces.

D'un geste las, il attrape à nouveau son carnet et recommence à la fixer. Elle remarque qu'il n'a pas sa cape et ferme la porte de la serre.

- Tu étudies aussi les Mandragores ?

Il a hésité avant de poser sa question. Pandora sourit un peu et avance d'un pas.

- Non, je te cherchais.

- Moi ? demande-t-il, sincèrement surpris. Pourquoi ?

- Tu sais qui est Narcissa Black ?

Il paraît à présent contrarié par le nom.

- Oui. C'est elle qui t'envoie ?

- Pas vraiment, répond Pandora qui torture à présent ses doigts, par malaise. C'est sa sœur, Andromeda.

- Nettement plus vivable, fait remarquer Lovegood.

Pandora ouvre la bouche pour répliquer, mais tout ce qu'il dit est vrai. Il relève un regard timide vers elle et voit qu'elle n'est pas fâchée, ce qui le soulage.

Il la trouve jolie Pandora, avec ses cheveux très clairs, et ses grands yeux bleus presque transparents. Jamais elle ne s'est agacée, contrairement aux autres, devant ses opinions impopulaires, et parfois, elle lui sourit. Il ne voudrait pas la vexer.

- Qu'est-ce que voulait Andromeda ? reprend-il pour l'encourager.

- Te dire que Narcissa t'attend à neuf heures dans la bibliothèque pour faire votre retenue.

Lovegood soupire et se laisse tomber sur le banc. Pandora se demande vaguement ce qu'elle a dit de mal et s'avance encore d'un pas.

- Elle est incapable de venir me le dire toute seule, quelle enfant, cette Narcissa.

Encore une fois, Pandora s'étonne de l'entendre énoncer si franchement ses opinions.

- Tu as raison, approuve-t-elle, mais je préfère venir te voir que subir une autre crise.

A présent, elle se trouve juste de l'autre côté de la table, et ses mains en effleurent le bois.

- Moi aussi, je préfère que ce soit toi qui viennes.

Cette fois, elle éclate franchement de rire, et ça fait sourire Lovegood.

- Je peux t'appeler Pandora ?

Elle s'arrête dans son éclat de rire et descend son regard étonné sur Lovegood. Il est sérieux et attend patiemment sa réponse.

Pandora le trouve étrange, mais dans le bon sens, différent des autres élèves, pas plus fou. Elle réfléchit et ne trouve rien pour objecter à cette demande, et puis ça ne la gêne pas.

- Si tu veux.

- Alors tu m'appelles Xenophilius aussi.

- Si tu veux, répète-t-elle avec douceur.

Un nouveau silence prend place et Pandora laisse ses yeux tomber sur le croquis entre les doigts de Xenophilius. C'est bancal, le trait n'est pas sûr, et plutôt brouillon. Il suit son regard et soupire.

- Je ne suis pas très doué en dessin.

- Ce n'est pas ça, le problème ce n'est pas vraiment le dessin, mais plutôt l'idée. On dirait que tu en as mélangé plusieurs.

- Je sais, répond-t-il avec entrain, ravi de voir qu'elle s'intéresse à lui, à ce qu'il fait. J'avais trop d'idées sur comment tresser les feuilles, et je ne sais pas quelle est la bonne manière de faire, alors j'ai tout mélangé.

- Tu ne devrais pas...

Pandora pince ses lèvres pour éviter que la suite ne franchisse la barrière de sa bouche. Puis, elle jauge Xenophilius du regard, elle peut bien lui demander, non ? Curieusement, elle n'est plus mal à l'aise, elle a envie de rester un peu. Mais elle n'a pas vraiment le temps.

- Je peux voir ton dessin ?

Xenophilius hoche vivement la tête et lui tend papier et crayon. Sans oser le regarder, Pandora trace quelques courbes, en rectifie d'autres. Quand elle est satisfaite, elle lui rend. Il la regarde un moment avant de poser les yeux sur son carnet.

Tout est rectifié, presque parfait.

- Toi par contre, tu es douée, reconnaît-il avec joie.

- Pas vraiment, j'ai juste pris l'habitude d'organiser mes pensées comme ça.

- Tu peins aussi ?

- Ah non, je ne sais pas faire, et je ne me débrouille pas du tout.

Xenophilius lui sourit. Pandora rosit un peu et détourne le regard vers le château. Il faut vraiment qu'elle rentre. La fin de son devoir l'attend ainsi qu'une expérience qu'elle n'a pas encore tenté qui dort dans ses propres carnets.

- Je vais devoir rentrer, annonce-t-elle alors que ses pupilles reviennent vers lui. J'ai des devoirs à finir.

Il hoche la tête.

- Rentre bien, Pandora.

- Merci, Xenophilius, répond-t-elle en souriant avant de franchir la porte.

Elle court presque vers le château, la neige jusqu'aux genoux. Mais elle n'a plus vraiment froid. Il est étrange, Xenophilius Lovegood, mais il n'est pas méchant.

Et ce soir-là, elle réussit son expérience.