Cette fois-ci, Pandora rentre dans la serre plus légère. Comme si elle avait attendu ce moment, bien qu'elle ait eu du mal à avaler de la nourriture ce soir.
Xenophilius ne la voit pas arriver, penché sur ses notes, marmonnant quelque chose. Elle pose son sac au pied de la longue table sur laquelle reposent les Mandragores et s'approche.
- Bonsoir.
- Bonsoir ! répond-il avec enthousiasme. Tu es sûre de vouloir venir ?
- Oui, dit-elle calmement en fronçant les sourcils.
- Tes amies n'avaient pas l'air ravies.
Sa franchise la prend une nouvelle fois au dépourvu. Pourtant, le ton n'est pas accusateur, c'est juste une remarque. Elle se doute qu'à force d'être moqué, chaque ricanement doit glisser sur lui avec douceur.
- Mes amies peut-être. Moi, je suis venue.
Il lui sourit franchement.
- Tu es prête ?
- Oui, mais on doit aller voir quoi exactement ?
- Des Sombrals.
Elle cherche un moment si elle n'a pas déjà entendu ce nom en cours, mais il ne lui dit définitivement rien. Et Xenophilius n'a pas l'air susceptible.
- Ça ressemble à quoi ?
Il fronce les sourcils et paraît chercher un moment.
- Je ne sais pas vraiment, je n'en ai jamais vu. Mais il paraît qu'ils ressemblent à de grands chevaux ailés. On y va ?
Il lui désigne une tige de feuilles entremêlées et Pandora hoche la tête. Elle referme de nouveau sa cape et prend son sac. Xenophilius attrape la tige qui entre ses doigts s'agite comme un serpent végétal.
Elle se rapproche un peu de lui et ils finissent par sortir de la serre, suivant la direction qu'indique l'étrange amalgame de feuilles de Mandragore.
- Lumos ! dit-elle doucement en agitant sa baguette dans le soir qui tombe.
L'éclat éclaire le visage pâle de Xenophilius, à la fois concentré et rêveur. Cela la fait un peu sourire, puis, elle se concentre à nouveau sur les bruits de la nuit.
Pandora n'est pas lâche mais elle est loin d'être courageuse. Elle ne serait jamais venue seule ici, déjà parce que l'idée de rencontrer des Sombrals ne lui aurait jamais traversé l'esprit, ensuite parce qu'elle n'est pas rassurée.
- Tu crois qu'on les trouvera ?
- Je ne sais pas, peut-être que non au final. Mais je pense qu'il faut beaucoup rater pour réussir.
La phrase de Xenophilius résonne parfaitement en Pandora. Elle pense à toutes ses expériences ratées, aux chaudrons éclatés, aux explosions, à la perte de temps de ces erreurs. Mais à côté de la joie lorsqu'elle réussissait, ça valait tout.
- Moi aussi, approuve-t-elle. Mais c'est pas si mal si cette fois-ci on réussit du premier coup.
Xenophilius sourit à son tour et, au final, la situation est étrange.
Elle ne le connaît pas vraiment. Il l'a embêtée plusieurs fois durant leur scolarité, essayant de convaincre Poudlard de l'existence de créatures étranges ou de vendre des matières rares. Elle était l'une des seules à ne pas l'avoir pris pour un fou. Mais pour autant, ils ne s'étaient jamais vraiment parlé.
Peut-être qu'Isla et Maggie ont raison, que c'est idiot comme idée, d'être amie avec Xenophilius Lovegood. C'est une des premières fois où Pandora ne sait plus vraiment ce qu'il convient de faire. Avec amertume, elle pense qu'Andromeda aurait su. Ou peut-être pas. Peut-être qu'elle donnait l'impression comme elle de toujours tout maîtriser, mais qu'elle vacillait aussi.
Si seulement elle savait.
- La forêt interdite ? réalise-t-elle aux premiers arbres, lorsque une branche craque sous son pied.
- Apparemment, confirme Xenophilius. C'est logique d'un côté, de telles créatures ne peuvent vivre qu'ici où nous les aurions déjà rencontrées dans le parc.
Pandora hoche la tête et se rapproche encore un peu, frôlant la manche de sa robe de sorcier. Xenophilius sursaute presque et pose son regard fuyant sur elle. Elle l'évite en fixant droit devant, et il finit par à son tour tourner le regard.
Il fait un peu froid et ils continuent à s'enfoncer dans la forêt. Heureusement, la neige est moins épaisse qu'en début de mois. Ils finissent par arriver à une clairière où Xenophilius s'arrête. Il range scrupuleusement dans son sac les tiges entrelacées et sort un morceau de viande crue.
Pandora fait une grimace.
- Il paraît que ça les attirent, l'odeur, explique-t-il.
Elle hoche la tête. C'est étrange qu'ils sachent toutes ces choses sur des créatures que personne ne voit jamais. Elle aime bien sa manière de penser, que rien n'est restreint. Les gens qui l'entourant ont parfois les idées trop centrées.
Pandora relève les yeux et attend patiemment, soudain, un craquement se fait entendre sur la droite. Elle tourne vivement la tête et distingue un animal qu'elle n'a jamais vu de sa vie. Il approche résolument vers Xenophilius.
- Tu les vois ? souffle-t-il.
Oh oui, elle le voit. Il est légèrement plus grand qu'un cheval et on le dirait affamé, ses côtes transparaissent. Sa peau semble faite de cuir et d'énormes ailes s'agitent lentement le long de son flanc.
- Sur la droite.
Xenophilius tourne la tête, mais un peu trop et manque le Sombral. Pourtant, on le distingue clairement dans la couleur du crépuscule. Elle ouvre la bouche quand l'animal se saisit du morceau de viande du Serdaigle.
Xenophilius sursaute et se tourne vers elle, il a les yeux qui brillent.
- Tu ne les vois pas ? réalise doucement Pandora.
- Non. Il paraît qu'il faut avoir vu la mort pour les voir. Ils ressemblent à quoi ?
Elle tourne de nouveau son regard vers le Sombral. Il déchire doucement la viande.
- Tu as toujours ton carnet ?
- Tu veux le dessiner ?
- Ce sera plus simple que de t'expliquer.
Xenophilius hoche la tête et replonge dans son sac. Il en sort bientôt ce qu'elle lui a demandé et ils s'appuient contre un grand arbre. Bientôt, plusieurs autres arrivent.
Pandora commence à tracer les cornes sur la feuille pendant que Xenophilius s'amuse à jeter ses morceaux de viande à l'aveuglette.
- Il y en a beaucoup ?
- Sept. Tu avais raison, ils sont presque comme tu les a décrit.
- Il paraît que les Sombrals sentent la Mort, et parfois qu'ils l'hébergent.
Pandora arrête son trait pour tourner la tête vers lui.
- Comme dans le conte des Trois Frères ?
Xenophilius a l'air émerveillé et elle sourit à son tour.
- Tu connais les Reliques de la Mort ?
- Bien-sûr, qui ne connaît pas Biddle le Barde ?
- Non, reprend-t-il en secouant la tête, je veux dire, tu y crois ?
Pandora le regarde comme si c'était une évidence. C'est le conte qu'elle a le plus relu. Les pages du livre sont abîmées à cet endroit.
- Qui n'y croit pas ?
- Beaucoup de gens. Si tu savais combien me traitent de fou quand j'en parle.
- Mais, reprend Pandora, un peu déroutée. Elle existe pourtant, la Baguette de Sureau, elle a tellement éclaboussé les pages des livres d'histoire.
- Il y en a beaucoup qui n'écoutent pas Binns aussi. Mais ça, je ne leur reprocherais pas.
Elle rigole et Xenophilius jette un coup d'œil à son dessin.
- C'est marrant leur tête, on dirait qu'ils portant une armure.
- Tu as raison. Et ça ressemble à du cuir, comme si leur peau était tendue.
Il hoche avidement la tête et elle reprend son croquis. Les Sombrals diminuent et dans le jour qui tombe, elle écoute Xenophilius lui raconter comme il savait l'histoire des feuilles de Mandragore.
Il est enchanté de son dessin, et ça la fait sourire aussi. C'est comme si tout est devenu calme, simple.
Ils finissent par rentrer au château quand le dernier Sombral disparaît.
