- Les Joncheruines vivent dans le gui ? demande Pandora en relevant sa tête du livre, surprise.

Mrs Pince passe sa tête à travers les étagères et ordonne le silence avant de repartir.

- Non, la reprend Xenophilius avec un air amusé qu'il cache mal, ça ce sont les Nargoles.

- Mais alors qu'elle est la différence si les deux sont de petits esprits frappeurs ?

Il paraît réfléchir un moment avant de hausser les épaules.

- J'imagine que c'est comme chez les sorciers, ils sont différents parce qu'ils ne vivent pas au même endroit, ou parce qu'ils ne se ressemblent pas.

- C'est compliqué à savoir s'ils sont invisibles, fait remarquer Pandora avec une moue.

Elle referme « Créatures Imaginaires par Titus Tamus ». Xenophilius a une autre pile de livre à sa droite et elle se dit qu'ils n'en verront jamais le bout.

Elle n'aime pas la bibliothèque, surtout cette odeur de poussière qui l'inquiète presque. Ici, elle a l'impression d'être morte. Mais curieusement, en regardant Xenophilius replonger son nez dans « Ce monde que vous ne connaissez pas », elle se rend compte qu'elle n'a quand même pas envie de partir.

Alors elle prend son mal en patience et, le visage lisse, tire un livre dont elle ne voit même pas le titre, et essaye de le lire.

Le temps lui paraît interminable jusqu'à ce que Xenophilius ouvre finalement la bouche :

- Et ton devoir ?

- Pas si mal, mais c'est encore Andromeda qui a eu la meilleure note.

- Oui, mais ta note à toi te plaît ?

A la fois étonnée et ravie qu'il se souvienne de ce qu'elle avait dit, Pandora reste un instant à le regarder bêtement avant de répondre :

- Oui. Oui, c'est très bien.

Il lui offre un sourire franc et elle a une soudaine envie de replonger dans son livre. Mais un bruit sourd à côté d'eux les fait vivement se retourner.

Un élève de deuxième année à Poufsouffle fixe avec horreur la pile de livre qu'il a fait tomber. Mrs Pince rapplique en moins de temps qu'il ne faut pour le dire.

- Qu'avez-vous fait, petit inconscient ? s'écrie-t-elle d'une voix qui à la fois gronde l'élève et respecte le silence religieux.

Le gamin marmonne quelque chose qui n'a pas vraiment l'air d'apaiser la bibliothécaire qui lui désigne la sortie d'un geste autoritaire. Il s'en va, tête baissée et joues cramoisies tandis que Mrs Pince agite sa baguette et que les livres retrouvent leur place.

Pandora le regarde partir avec indifférence, en se disant que c'est quand même la chose la plus mouvementée qu'il se soit passé ici depuis deux heures. Elle aime le calme, mais pas celui-là. Il a quelque chose de pesant pour elle, sans qu'elle sache expliquer pourquoi.

Xenophilius est à nouveau dans son livre et elle se fait la réflexion qu'elle préfère quand c'est lui qui lui explique. C'est plus vivant, plus vibrant. Ce que les livres disent est sûrement intéressant, d'ailleurs elle n'est pas comme Isla, elle ne déteste pas lire, mais l'atmosphère l'embête.

Dans un soupir, elle se lève avec « La vérité sur les créatures de l'invisible » et le livre de Titus Tamus, et va les remettre à leur place. Ils sont lourds et elle fait le moins de bruit possible en les remettant, mais il semble que Mrs Pince vive dans chaque rayon de la bibliothèque. Elle lui lance un regard désapprobateur avant de repartir.

Pandora soupire une nouvelle fois et laisse glisser ses doigts sur les couvertures des livres rangés. C'est rugueux, à l'image du lieu, et vieilli. Elle ne comprend pas qu'on veuille s'enfermer ici.

Son regard pastel glisse sur les noms, ne s'y accroche pas, et recommence. Enfin, un titre attire son regard. C'est « Les expériences du monde ou comment recréer » et ça lui laisse un petit sourire. Elle tire doucement le livre et l'ouvre d'un geste sec.

La poussière s'en échappe et sa bouche se tord dans une grimace, elle manque d'éternuer.

- Tu lis quoi ?

Elle a un petit sursaut mais n'ose pas se retourner. Parce que la voix de Xenophilius lui semble très proche, et qu'elle a l'impression que lui aussi.

- Un livre sur les expériences, chuchote-t-elle en fixant consciencieusement l'étagère devant elle.

Décidément, la poussière n'aide pas à respirer.

- Par exemple, mélanger deux potions ? demande-t-il d'un ton léger en se laissant glisser à côté d'elle, appuyé contre le rebord du meuble.

Cette fois, elle descend ses yeux vers lui qui la regarde d'en bas, tête relevée. Elle se fait la réflexion que ses yeux ont vraiment l'air de briller, même dans la lumière sombre de la bibliothèque.

- Par exemple, répond-elle en haussant les épaules. Ou en créer de nouvelles.

- Tu penses que c'est utile ?

Il fronce les sourcils et réfléchit. L'avis de Pandora lui importe vraiment. C'est l'un des seuls d'ailleurs.

Elle cherche un instant ses mots, puis lâche :

- Je pense qu'on est loin de tout savoir, et encore plus d'avoir tout inventé.

Xenophilius paraît satisfait et sourit avant d'hocher doucement la tête.

- Moi aussi.

Il marque un temps d'arrêt, puis, se redresse soudain.

- Tu veux sortir ?

- Pas forcément, ment-elle.

- Je comprends, moi non plus. Mais j'ai rendez-vous avec Flitwick, pour un entretien sur mon avenir. Je vais devoir te laisser.

Elle regrette d'avoir voulu rester pour lui faire plaisir et le regarde retourner à son sac avec une pointe d'amertume. Pandora attrape le livre des expériences et rejoint à son tour leur table.

- Bonne chance, souffle-t-elle.

- Oh, ce n'est pas à moi qu'il faut dire ça, répond Xenophilius avec sa sincérité désarmante, mais plutôt à lui. Je n'ai aucune idée de ce que je veux faire, il va s'arracher les cheveux. Désolé de devoir partir, à bientôt Pandora.

Son prénom la fait inconsciemment sourire et elle aussi, elle est désolée qu'il parte. Debout près de la table, elle le voit disparaître, puis entend la porte claquer doucement. C'est étrange l'impression qu'il donne quand il est là. Maintenant, elle a l'impression que tout s'est assombri.

Retenant un énième soupir, elle range son livre dans son sac et suit le chemin jusqu'à la sortie en se promettant de ne plus remettre les pieds dans la bibliothèque jusqu'à la fin de sa scolarité.

Il fait plus froid dans les couloirs et elle se met en marche pour les dortoirs. Ce calme-là, elle le préfère, c'est comme si la présence de Maggie, Isla et Andromeda était latente, même si elles ne sont pas là. Comme si tout était plus net dans ce petit bout du château qui est chez elle.

Elle hésite entre passer par la droite plutôt que la gauche pour rejoindre les cachots, quand une voix méprisante s'écrie :

- Thorfinn, je te jure que des fois tu as vraiment des airs de Gryffondor avec ton idiotie.

Il y a un rire et elle sait que c'est celui d'Avery. La voix était celle de Lucius.

Pandora s'apprête à tourner dans un couloir étroit, dont l'entrée est à moitié cachée par une statue de Harpie. En se retournant, elle voit clairement le grand couloir principal, tandis qu'il y a peu de chance pour que de là-bas on l'aperçoive.

- Mais c'est vrai, Lucius, reprend la voix implacable de Thorfinn, on devrait l'empoisonner, assez pour qu'il aille à l'infirmerie au moins. Ou alors un maléfice.

- Réfléchis deux secondes, je viens clairement de montrer mon aversion pour ce Sang-de-Bourbe de StEmrist en public. Si demain il meurt, je serai tout de suite accusé.

- Pas forcément, personne ne l'aime.

- Je sais que tu veux montrer que ta dévotion à la cause n'a pas de limite, coupe Lucius qui commence à être agacé, mais là, c'est de l'idiotie d'essayer de lui faire peur, imagine s'il meurt. Il faut être stratégique. Même si le monde sorcier gagnerait bien entendu à ce qu'on se débarrasse de cette vermine.

La dernière phrase soulève une question malaisante chez Pandora. Parle-t-il seulement de StEmrist ou de tous les nés-moldus ? La possibilité la cloue sur place et elle se rend compte qu'elle a du mal à déglutir.

Elle a du talent pour le mensonge, même si elle s'en sert peu, et de l'ambition. Mais elle n'a pas l'arrogance, la folie des Sangs, qui s'accentue dans sa maison. Elle admire ou côtoie peu de gens, et ne les juge qu'à leur valeur et ce qu'ils peuvent lui apporter. Elle se fiche de leur sang, du métier de leurs parents.

Pourtant elle sait que chez les Serpentards, la tolérance n'est pas omniprésente. Mais ce qui l'oppresse, c'est l'idée de les éliminer qui fait doucement surface.

- Moi, je le tuerais, renchérit Thorfinn qui passe à présent devant elle.

La statue la dissimule toujours. Elle entend Chuck, plus du tout amusé, qui soupire.

- Tu ne le feras pas, rétorqua Lucius avec hauteur. Mais j'ai une autre idée...

La suite disparaît avec le bout du couloir et les protestations de Chuck.

Ils n'ont pas vu Pandora.

Pandora qui a toujours son visage neutre et presque ennuyé, qui a l'air plus calme que jamais, qui commence à réaliser. Elle sait qu'elle a grandi dans un monde qui changeait, mais elle ne s'en est pas trop préoccupée. Elle s'occupe peu des autres, de la politique, elle est assez distante, parce qu'elle a l'air d'être trop sage.

Mais la question se pose, cette fois.

A quoi ressemble le monde d'après ?