C'est le tout début du mois de mars et il fait encore froid. Pandora tire un peu son écharpe sur son visage, essayant presque de disparaître derrière. Le cours de soin aux créatures magiques se déroule dehors.

- Mais Paddy, tu veux vraiment pas ? insiste Isla qui tient un Botruc du bout des doigts.

Elle n'a même plus envie de soupirer, de toute façon ça ferait de la buée.

- Non, vraiment. Tu sais, je l'aime bien et elle n'est pas méchante, mais parfois elle va trop loin. Elle ressemble un peu à Lucius sur les principes.

Isla fronce les sourcils, outrée, puis leurs regards à toutes les deux reviennent à Maggie, quelques mètres plus loin, en groupe avec Liam et Riggers. Maggie avec qui Pandora s'est pris la tête, chose rare.

- En plus, reprend Isla, je sais que tu n'aimes pas te disputer avec les gens, ce n'est pas dans ton tempérament.

- Exactement, approuve-t-elle calmement, alors peut-on s'il te plaît revenir au dessin et ne pas se disputer à cause d'elle ?

A court d'argument, Isla hoche la tête d'un air bourru et se penche de nouveau sur sa liste des aptitudes du Botruc. Le dessin est bien entendu revenu à Pandora.

- Plus que deux minutes, annonce le professeur frigorifié.

- Quelle idée de nous mettre dans la neige par ce temps, râle Lucius quelques mètres derrière.

En même temps, il ne bouge pas le petit doigt étant donné que Chuck et Thorfinn se chargent du travail. De l'autre côté, Andromeda a le visage profondément fermé, puisqu'elle s'est retrouvée avec Fabian Prewett. Les deux évitent soigneusement de s'adresser la parole, faisant chacun son travail de son côté.

Pandora se rappelle soudain qu'elle est chargée de convaincre les autres préfets de ne pas faire leur ronde près des cachots lors de la fête. Isla doit penser la même chose :

- Je me demande comment Andromeda va faire pour arriver à empêcher Prewett de tourner autour de la Salle Commune. Une fête, c'est l'occasion idéale pour nous enlever des points.

- Je ne crois pas qu'elle parlera à Prewett, informe Pandora en se penchant à nouveau sur son dessin.

- Elle va faire comment alors ?

- C'est Andromeda. Elle va aller voir l'homologue féminine de Prewett, je ne me rappelle plus de son prénom.

Isla relève la tête de sa liste presque finie.

- Enola Goldstein ? Pourquoi ?

- Tu n'as jamais vu comment il la dévore des yeux aux repas, ou comment il s'abstient de nous enlever des points injustement quand elle est dans les parages ?

- C'est pour ça que la semaine dernière, à la réunion des préfets, il ne nous a pas fait ses réflexions habituelles en sortant, réalise Isla. Parce que cette fois-là, elle était juste à côté.

Pandora hoche doucement la tête et le professeur annonce la fin du cours. Elle déchire la page du carnet et tend la main à Isla.

- Je lui rends le croquis et la liste des particularités du Botruc, et toi tu remets le Botruc dans sa boîte ?

- Parfait, conclut Isla en lui remettant sa liste.

Pandora agite ses jambes pour faire tomber la neige accrochée et va rendre leur travail.

- Merci Runopia, vous étiez avec qui ?

- Isla.

- Bien, vous aurez les notes dans une semaine.

Pandora hoche la tête et tourne les talons. Isla revient avec une mine dégoûtée, frottant ses mains l'une contre l'autre.

- Tu sais qu'il a essayé de me mordre ? dit-elle en reprenant son sac.

- Oui, tu l'as marqué dans les particularités.

- Je sais mais enfin, je ne lui ai rien fait moi.

Pandora ramasse son sac à son tour, et elles remontent au château derrière l'amas des autres Serpentards et Gryffondors.

- Tu vas faire quoi de tes deux heures de pause ? demande Isla en donnant des coups de pieds à la neige.

- Je vais aller voir Xenophilius.

- Lovegood ?

- Oui.

Isla a l'air de ne pas vraiment comprendre ce qu'elle lui trouve. Pour elle, il est un peu cinglé.

- Je ne comprends toujours pas pourquoi tu es amie avec ce type.

- Il est différent, répond Pandora en haussant les épaules. Il ne juge jamais, il n'a pas la mine dégoûtée des autres et il ne voit pas le monde comme tout le monde.

- C'est précisément pour ces raisons-là que je l'éviterais. Il a l'air complètement déconnecté.

Elles arrivent au niveau des serres quand Pandora s'arrête brusquement.

- Il l'est un peu, mais c'est ça qui fait son charme aussi. Il m'attend, à tout à l'heure !

Et elle dégringole dans la neige en direction de leur serre habituelle sans avoir le temps de voir Isla, estomaquée, qui répète sans comprendre « son charme ? ».

Xenophilius est penché sur un carnet, comme toujours et elle rentre heureuse, claquant presque la porte.

- Bonjour Pandora.

- Bonjour Xenophilius.

Il l'apaise elle aussi. Comme s'il avait sur elle le pouvoir qu'elle a sur les autres. Elle pose son sac au pied du banc et se laisse tomber en face de lui.

- C'est quoi ? demande-t-elle en désignant une boîte de gâteaux.

- Des croquants à la bergamote, je suis allé les faire en cuisine, pour passer le temps. Les elfes sont très gentils.

- C'est vrai, souligne-t-elle en attrapant un biscuit. Les sorciers les méprisent mais ils sont utiles et prêts à rendre service si on se montre aimable avec eux.

- Tu en as chez toi ?

- Deux. Mais ils commencent à se faire vieux, c'est toujours difficile de s'en séparer.

Xenophilius hoche religieusement la tête et croque à son tour dans un gâteau.

- Je t'ai vue en soins des créatures magiques.

- On devait dessiner des Botrucs.

- Oh, dit-il avec conviction, alors tu auras sûrement la meilleure note.

Elle ouvre la bouche pour répondre, mais la referme finalement, rosissant. Ses compliments sont toujours sincères et spontanés, comme lui.

- Et ta journée ? reprend-il.

- Je me suis fâchée avec Maggie.

- Celle avec les cheveux de feu ?

L'expression et l'air incrédule de Xenophilius la font rire.

- Oui.

- Pourquoi ? demande-t-il en prenant place sur le banc, à côté d'elle.

- Parce que parfois, elle est trop fermée d'esprits. Elle n'est pas méchante et aspire à des choses simples, seulement parfois elle est trop influençable.

Xenophilius la regarde calmement, comme s'il comprenait. Puis, il fronce les sourcils.

- C'est le problème maintenant. Tout le monde pense la même chose, comme si la magie était régie par des lois. Mais c'est le principe même de la magie d'être sans règles, c'est un art.

Pandora lui sourit encore, cette fois, c'est lui qui a du feu dans les yeux en parlant.

- Tu me montrerais comment on dessine un Botruc ?

Elle le jauge un moment, et abdique. Ils savent tous les deux que c'est une excuse, et ça retourne l'estomac de Pandora.

- D'accord, souffle-t-elle.

Elle paraît soudainement se rendre compte qu'il est à côté d'elle, que sa respiration accélère et que son odeur est enivrante.

Xenophilius tend la main et ramène le carnet de leur côté de la table. C'est tellement simple que Pandora se demande comment ils en sont arrivés là, et si elle ne se fait pas des idées.

Sa connaissance de l'amour c'est le divorce de ses parents, Hector Zabini qui lui tenait la main en deuxième année et les lèvres d'Edmond Deauclaire. Alors elle ne sait pas vraiment pourquoi ses entrailles fourmillent, et a vaguement l'impression que son cœur bat trop vite.

Comme si elle avait bu trop de Whisky Pur Feu.

- Tu en as déjà vu ?

- Mon grand-père a un élevage, répond Xenophilius qui est étrangement plus calme que d'habitude. Il en vend à Ollivander des fois.

- Ah oui, pour fabriquer des baguettes, souligne Pandora en se rappelant de ce qu'avait marqué Isla en cours.

Puis, elle attrape la plume et commence une ébauche le plus simplement possible. Elle sent la manche de Xenophilius qui effleure son bras, et son regard attentif. Et oui, c'est peut-être aussi simple.

Elle finit rapidement et se redresse un peu, assez mécontente.

- Il n'est pas beau.

- C'est surtout mille fois mieux que ce que je ne pourrais jamais faire, s'exclame Xenophilius en attirant de nouveau son carnet à lui. Regarde.

Elle lui donne la plume et il entreprend de commencer à tracer les traits avec un regard concentré. Il n'a pas menti, c'est très maladroit. Même en essayant de reproduire ce qu'elle a fait, on ne dirait absolument pas un Botruc.

- Allonge tes traits, dit-elle doucement.

Il s'applique à suivre sa demande mais c'est finalement pire.

- Non, reprend Pandora, plutôt...

Elle tend sa main vers le papier et s'arrête. Cette fois c'est sûr, son cœur va sortir de sa poitrine. Ses doigts sont à quelques millimètres de ceux de Xenophilius et elle ne sait déjà plus pourquoi elle a décidé de faire ça.

- Vas-y, coupe-t-il soudain, concentré.

Alors doucement, elle pose sa main autour de celle de Xenophilius. Il a les mains froides, et elle a l'impression que les siennes sont brûlantes.

Elle reprend alors le schéma et guide sa main sur la feuille, en commentant parfois. Le noeud dans son estomac se desserre, elle a bien fait d'agir. Au final, elle a plutôt l'impression de voler.

Il se laisse faire et elle ne sait même pas que son regard est posé sur elle. Il y a beaucoup de tendresse dans ces yeux-là, et de l'admiration. Mais Pandora ne voit pas et finit par lâcher sa main.

- Là, tu vois ?

D'un coup d'oeil, Xenophilius découvre le dessin.

- Ah, oui, c'est beaucoup mieux. Tu dessines depuis longtemps ?

- Quand j'ai du temps libre, ou que je m'ennuie, répond Pandora avec douceur.

- Tu me montreras à quoi ressemblent ces dessins-là ?

Elle souffle « Si tu veux. » et la discussion repart. Ils parlent de tout, de rien. Du monde de maintenant, de celui d'après, pas trop de celui d'avant, le leur commence tout juste.

Pandora avale les biscuits à la bergamote et Xenophilius la regarde faire. Il se sent compris, pour une des seules fois de sa vie. Il l'a toujours trouvée jolie, Pandora, il a toujours aimé ce respect qu'elle avait pour lui malgré ses opinions étranges. Mais il ne savait pas qu'elle était si merveilleuse.

Et il ne se sent plus seul.

La neige recommence à tomber, mais Pandora parle toujours avec des étoiles dans les yeux. Ça fait longtemps qu'il n'y a plus de gâteau ou de trace dans l'allée vers le château. Xenophilius lui rappelle à temps qu'elle a encore un cours, et elle s'enfuit les joues rouges.

Ce que peut bien raconter le professeur Vector, elle ne sait absolument pas. Il semble que ses mots et ses gestes lui soient étrangers. Elle a toujours la sensation des doigts de Xenophilius contre les siens, et ça suffit.

Mais lorsqu'elle revient dans la Salle Commune, Isla la tire brutalement de son nuage.

- Maggie est partie, s'écrie-t-elle dès qu'elle passe la porte, l'air alarmé.

- Et alors ?

Elle a toujours le goût amer de ses propos sur la langue.

- Non, tu ne comprends pas. Elle a reçu un mot de Dumbledore, je crois que sa mère est retournée à l'hôpital.

Pandora ne sait plus quoi dire. Cette fois, c'est elle qui aimerait réconforter Maggie. Elles ne se sont pas disputées pour grand chose au final.

- Elle revient quand ?

- Je ne sais pas, gémit Isla. Je vais te montrer le mot.

Puis, elle lâche les mains de Pandora et retourne chercher un papier sur la table près du fauteuil où elle l'attendait.

Margaret Holliers,

Je vous serais reconnaissant de bien vouloir vous présenter à mon bureau dès que ce mot vous sera remis.

Mes salutations,

Albus Dumbledore