Pandora regarde encore sa montre. Il lui reste sept minutes avant d'être en retard. Dans le dernier hibou envoyé à son père, elle a demandé des renseignements sur les retourneurs de temps, mais elle n'est pas sûre qu'il réponde vraiment.
Il a tendance à éviter les sujets qui l'embêtent et répondre à côté de la plaque. Elle va donc devoir se résoudre à quitter la serre, faute d'objet pour figer le temps.
Xenophilius est à côté d'elle, concentré sur sa Mandragore. Il a attaché ses cheveux blonds mais des mèches tombent encore devant ses yeux et il porte un grand tablier sur sa robe de sorcier jaune.
- On a presque fini, déclare-t-il en relevant ses yeux sur elle, comme s'il l'avait sentie le regarder.
- J'espère bien, ça fait un heure et demi maintenant.
Elle attrape de petits ciseaux et recommence à couper les tiges abîmées de la plante.
La veille, Chourave a découvert que quelqu'un se rendait souvent dans cette serre sans autorisation. Un sortilège plus tard, les noms de Runopia et Lovegood étaient révélés. Là-dessus, elle avait expliqué qu'elle n'avait rien contre le fait qu'il se documentent sur les plantes pendant leur temps libre mais qu'une autorisation était nécessaire.
Elle la leur avait signée avant de leur coller deux heures de retenue le soir-même. Au départ, Pandora avait pensé qu'ils allaient pouvoir discuter en même temps, mais les Mandragores piquaient, pinçaient et criaient sans laisser une seconde de répit.
Alors dans un calme total, ils avaient entrepris de s'en occuper et, au final, ça n'avait pas été si terrible.
- Tu peux partir, lance Xenophilius en remettant de la terre dans un pot.
- Non, il me reste cinq minutes encore.
Elle a un devoir d'histoire de la magie à rendre pour demain et a réussi à négocier pour partir plus tôt, afin de le finir. Ça l'embête un peu de laisser Xenophilius seul, mais ça l'embêterai encore plus de recevoir une Beuglante de sa mère pour avoir eu un T.
Elle finit sa dernière Mandragore, il est huit heures moins quatre et Binns aura peut-être le devoir à temps. Retirant ses gants et son tablier en cuir, elle secoue ses cheveux et attrape son sac. Xenophilius s'est arrêté aussi et la regarde avec un sourire.
- Je vais y aller.
- T'as de la chance. Quoique, je m'y ferais peut-être, les plantes sont calmes et respectent les opinions.
C'est dit avec sérieux et Pandora acquiesce.
- J'aurais dû dire à Flitwick que je voulais faire de la Botanique.
Puis, il paraît hésiter avant de demander :
- Toi, tu voudrais faire quoi plus tard ?
- Je rêve de découvrir un sortilège très utile, pour la communauté sorcière. Je voudrais gagner ma vie comme ça.
Il hoche la tête, persuadé qu'elle y arrivera. Il n'est pas comme les autres qui la découragent et ne lui désignent que les épreuves.
- Et toi, Xenophilius, tu as répondu quoi à Flitwick ?
L'emploi de son prénom lui fait relever la tête, il lui sourit.
- Pas grand-chose parce que je ne sais pas vraiment. J'aimerais ouvrir l'esprit des gens, qu'ils arrêtent de sans cesse croire les idioties du Ministère. Simplement, je ne sais pas comment faire.
Pandora réfléchit un instant et ramène elle aussi ses jambes en tailleur sur le banc en bois.
- Je te vois bien faire ça.
Un coup d'oeil à sa montre, il reste deux minutes. Xenophilius enlève ses gants et rattache ses cheveux désordonnés.
- Le livre sur les expériences, à la bibliothèque, le mois dernier, tu l'as lu ?
Elle se demande comment il s'en souvient encore et surtout comment il sait qu'elle pense à ça.
- Oui.
- Et t'as fait une des expériences ?
Pandora se mord l'intérieur de la joue et répond de sa voix calme :
- Je vais essayer après avoir fini mon devoir. L'expérience est une du livre, mais je l'ai un peu remaniée. Il y a peu de chances que ça donne quelque chose.
- J'ai un porte bonheur pour augmenter tes chances.
Elle le regarde avec un air scrutateur.
- Lequel ?
Il sourit et s'avance d'un pas lent, sans gêne, en contournant les Mandragores. Puis, il passe une main douce sur sa nuque et pose ses lèvres sur son front. Il reste quelques secondes comme ça, et elles semblent à Pandora les plus rapides de sa vie.
Quand il s'éloigne, elle se demande s'il peut entendre son cœur qui sort presque de sa poitrine. Mais il a son sourire simple, et la regarde droit dans les yeux.
- Là, t'as toutes tes chances.
Même si elle le voulait, elle n'aurait pas pu empêcher l'immense sourire qui s'étale sur son visage.
