- Mais puisque je te dis que ça va, Isla, répète Pandora qui commence à être un peu agacée.

Son amie lève un sourcil, absolument pas convaincue.

- Excuse-moi de te contredire, mais tu es couverte de bandages de la tête aux pieds et tu dois faire repousser les os de ton bras droit. Alors vois-tu, je ne suis pas sûre que ça aille.

Elle a presque un air sévère.

Pourtant, la journée avait bien commencé. Flitwick étant malade, la matinée s'était déroulée paresseusement. Thorfinn avait organisé une grande partie d'échec sorcier entre septièmes années et Chuck en avait profité pour leur rappeler le moindre détail concernant la fête. Lucius s'était énervé, mais l'équipe de Pandora avait gagné.

Ensuite, elle, Isla et Maggie étaient allées manger de la tourte à la citrouille en bavardant gaiement et en faisant des paris sur le match de demain où ils affronteraient Gryffondor.

Mais il avait fallu que son expérience, réalisée à la va-vite avant le cours de potions, tourne mal. Elle se souvenait encore de la salle de classe vide qui tournait, et de l'impression de partir loin, très loin.

Pandora inspire et finit par se calmer. Parce que la colère chez elle, c'est compliqué à garder.

- Mais Mrs Pomfresh s'occupe scrupuleusement de moi. Elle dit que demain, je retournerai en cours.

Isla se redresse et soupire. L'infirmerie semble vraiment grande, avec la lumière qui tape contre les murs blancs à travers les immenses fenêtres. Et pourtant Pandora est habituée au lieu.

- Un jour, ça va vraiment mal tourner, Paddy, prévient Isla. C'est bien beau de faire exploser des chaudrons, mais le jour où c'est toi qui explose ?

Pandora n'a pas de réponse et pourtant elle n'est pas inquiète. Elle a besoin de créer, d'inventer et de découvrir. La peur ne l'a jamais traversée, même dans cet état-là.

- Tu n'as pas cours ? demande-t-elle soudain dans l'espoir de changer de conversation.

- Non, normalement Maggie et toi vous avez astronomie théorique à cette heure-là alors je ne fais rien.

- D'ailleurs, elle est où ?

- Je crois qu'Oscar la martyrise encore, répond Isla avec l'air de ne plus savoir quoi faire, désespérée pour son amie.

Pandora soupire et pose sa tête sur son oreiller. Elle a envie de fermer les yeux et de dormir. Ça a quelque chose d'apaisant de s'échapper pour quelques heures. À moins que ce ne soit à cause de toutes les potions qu'elle a avalées.

- Ça ne finira jamais. Je crois que Maggie se dit qu'il finira par la considérer. Elle ne l'aime même pas lui, elle aime son nom de famille. C'est maladif.

Isla hoche silencieusement la tête et elles se taisent. Ce n'est pas la première fois que Pandora se blesse et qu'Isla se retrouve à se faire du souci pour elle et pour Maggie.

Les pas de Mrs Pomfresh résonnent dans le calme et on entend les chuchotements du seul autre élève présent. Dehors, il fait presque beau et mars approche de sa fin.

Pandora finit par fermer les yeux en se disant qu'elle préfère quand même l'infirmerie à la bibliothèque. Peut-être qu'elle aussi elle est bizarre au fond.

- Tu ne sais toujours pas ce que tu vas faire après ? demande soudain Isla d'un ton absent.

- Non. Et toi, toujours des études de médicomagie ?

- Je ne sais même pas si on me laissera travailler.

La réponse ne plaît pas à Pandora qui se redresse en rouvrant les yeux. Isla, assise sur sa chaise, fixe les vitres en évitant son regard. Elle a l'air à la fois triste et apaisée.

- Mais tu vas abandonner alors ?

Isla passe une main embêtée dans ses cheveux noirs.

- Je ne sais pas. Regarde, ta mère ne travaille pas, la mienne non plus, celle de Maggie non plus et ne parlons même pas de celle d'Andromeda. Ma sœur est mariée, elle ne travaille pas non plus. À quoi ça sert ?

Elle a un peu l'air désabusé. Pandora, qui s'accroche à ce qu'elle aime faire, ne comprend pas. Pandora pour qui arrêter d'échafauder des millions de possibilités pour une potion, un sortilège ou autre, revient à se laisser dessécher au soleil.

- Mais ça te plaît.

- Bien-sûr. Je pèse juste le pour et le contre et je me demande si ça en vaut la peine.

- Je pense que oui, si ça te rend heureuse, ça en vaut la peine. Et on ne sait jamais, peut-être que ça servira.

Isla la regarde enfin et elle lit dans ses yeux que, comme souvent, son opinion est important.

- Fais-le, Isla, l'important c'est de faire ce qu'on veut. Et il vaut mieux que ça ne te serve jamais plutôt qu'un jour tu aies besoin de travailler et que tu ne puisses pas.

- J'espère que je n'aurais jamais besoin de travailler alors.

Parce que ça ne va pas aux femmes de Sang-Pur, le travail.

Isla semble partagée.

- Je ne sais pas, Paddy, je ne sais pas.

Elle la regarde encore et Pandora se demande si elle fait bien de la pousser finalement. Ça lui brise le cœur de voir Isla qui répète depuis sept ans vouloir devenir médicomage abandonner au final, en désespoir de cause. Mais est-ce que c'est mieux d'abandonner tout espoir maintenant ou de faire des études et finalement ne jamais exercer alors que c'est ce qu'on voudrait faire de sa vie ?

Pandora cherche quoi dire mais finit par retomber contre son oreiller. C'est dur d'être une femme, c'est dur de sacrifier ses rêves à l'honneur.

Parce que tout le monde sait que ce ne sera pas un mariage forcé, mais ça n'en est pas loin. Depuis des siècles les Sang-Pur se marient entre eux, c'est trop fréquent pour que ce soit un hasard.

Il y a celles comme Maggie qui seront enchantées qu'on leur trouve un mari sorcier, avec une bonne situation, qui vivent pour avoir cet honneur. Celles comme Narcissa et Isla qui accepteront parce qu'elles ne se rebelleront pas, qui ont trop d'honneur pour le sacrifier au bonheur, qui sauront faire avec. Et puis celles comme Andromeda et Pandora, qui suivront les rêves que les autres ont sacrifiés pour le confort.

Andromeda qui si elle va au bout de ses idées farfelues, perdra sa famille. Pandora qui décevra ses parents, mais qui ne diront rien.

- Tu sais, Isla, je crois quand même que tu devrais essayer. Peut-être que ton mari te laissera travailler, et de plus en plus de femmes travaillent.

- Tu ne comprends pas, je voudrais travailler et devenir médicomage, mais pas dans cette situation. En tant que Sang-Pur, je ne veux pas travailler, ce serait me ridiculiser moi et mon mari. Mais si j'étais une Sang-mêlée... C'est ça au final, je le veux vraiment mais pas en tant que Sang-Pur, tu comprends ?

La pression, Pandora comprend, son raisonnement, moins. Mais elles n'ont pas la même famille, pas les mêmes aspirations.

- Je comprends, répète-t-elle pour la calmer.

Isla a un sourire triste, mais apaisé, et elle se remet à fixer le terrain de Quidditch à travers les grandes vitres.

Pandora la regarde avec un léger pincement au cœur avant de céder à la tentation et de s'endormir.

Elle rouvre les yeux quelques heures plus tard, deux yeux bleus penchés sur elle avec bienveillance.

- Tu vois, le sommeil fait du bien.

- Oui, dit-elle en se relevant, merci Mrs Pomfresh.

La première chose qui la frappe, c'est la couleur derrière les grandes vitres. Le ciel est bleu, orange puis tire vers le rose.

- Quelle heure est-il ?

- Dix-neuf heures, répond l'infirmière en s'agitant. Juste cette nuit ici et tu pourras sortir. Et évite de te remettre dans cet état.

Pandora ne répond pas et se contente de fixer le crépuscule. Elle a l'impression que le temps lui a échappé, elle se demande si Isla se torture encore avec des questions pareilles et si Maggie a fini de courir après Riggers.

- Tiens, reprend Mrs Pomfresh en lui tendant le bol qu'elle mélangeait. Avale-ça pour que ça cicatrise plus vite. Ça te démangera peut-être mais surtout ne gratte pas.

Elle avale le liquide sans un mot, retenant à grand peine une grimace. C'est acide et ça brûle la gorge.

- Parfait. Maintenant, tâche de dormir, je vais voir le petit d'à côté, il s'est fait mordre par une dizaine de gnomes mécontents.

Mrs Pomfresh commence à s'éloigner avant de revenir rapidement sur ses pas.

- J'oubliais, il y a un jeune homme qui veut te voir. Blond avec de beaux yeux bleus.

Pandora sent son estomac se retourner.

- D'accord.

L'infirmière lui fait un petit signe de tête accompagné d'un sourire et disparaît. Quelques secondes plus tard, Xenophilius apparaît et s'assoit sur la chaise où était Isla quelques heures plus tôt.

- Ça va ? demande-t-il en fronçant les sourcils.

- Oui, très bien. Comment tu as su que j'étais là ?

- Je ne t'ai pas croisée de la journée, alors je suis allé voir une de tes amies, tu sais, celle qui pose toujours des questions, avec des cheveux noirs au carré.

- Isla ?

- Je crois que c'est ça, répond-il dans un sourire.

Après un petit silence, Pandora soupire, par habitude.

- Je suis content que tu ailles bien, lâche soudain Xenophilius avec sa sincérité absolue.

Elle sent ses joues devenir rouges et ne sait plus quoi dire. Xenophilius cherche un instant dans ses poches et sort plusieurs bonbons qu'il dépose sur le lit, près de la main de Pandora.

- Ils sont à la menthe, tu en veux ?

- Oui.

Mais il aurait tout aussi bien pu demander n'importe quoi, elle aurait répondu la même chose. La scène lui semble irréelle tandis que la nuit tombe de plus en plus.

Les yeux de Xenophilius brillent dans le noir, et elle voudrait qu'il se rapproche un peu plus. Il attrape un bonbon et le lui dépose dans la paume avant d'en avaler un à son tour.

- C'est très bon, déclare Pandora après un instant.

- Oui. Ma grand-mère en faisait quand elle était vivante, avec un peu de sucre de citrouille, c'est très bon.

Pandora agite la tête en avalant son bonbon. Elle a le goût frais sur la langue, ça l'agace et en même temps elle aime bien.

- Il paraît que ça a des vertus pour guérir les plaies, ajoute-t-il en croquant à nouveau dans une sucrerie.

Elle se redresse soudain. Le soleil joue sur sa peau, celle de Xenophilius, et l'infirmerie paraît soudain très calme. Mrs Pomfresh est retournée dans son bureau et l'élève à l'autre bout de la salle, qu'elle ne voit pas, a dû s'endormir.

- Tu connais la légende moldue sur les choses qui aident à guérir ? demande-t-elle soudain.

Elle a les mains moites mais reste parfaitement calme, le regard posé sur lui.

Xenophilius fronce les sourcils, semble chercher, puis abdique :

- Non. C'est quoi ?

- Ils appellent ça des bisous magiques. Ils disent que ça guérit les blessures des enfants.

Il s'était penché vers elle pour l'entendre, si bien que comme elle est assise sur le lit, elle est à présent plus grande que lui. Il doit se retourner et lever les yeux vers elle pour qu'elle y voie un éclat de surprise. Doucement, elle hoche la tête pour affirmer. Elle a l'impression que son cœur va sortir de sa poitrine.

Dire qu'elle a peur serait un euphémisme.

- C'est idiot, poursuit-elle.

- Oui, répond Xenophilius après un moment d'hésitation, la voix un peu plus grave. Ça ne mène nulle part comme théorie.

Pandora laisse son regard glisser jusqu'au sien. Elle retient son souffle. Il la regarde comme s'il la découvrait pour la première fois et son regard est très profond. Elle ne saurait expliquer pourquoi c'est ce mot-là qui lui vient à l'esprit, mais c'est approprié.

- C'est vrai, souffle-t-elle, il n'y a aucune propriété là-dedans.

- Non. Rien de concret. Les moldus sont crédules alors ?

- Je ne sais pas.

Puis, tout doucement, elle se penche vers son visage. Elle sent ses cheveux glisser de ses épaules et tomber sur les joues de Xenophilius.

Il ne fait rien, il la regarde et elle pose délicatement ses lèvres sur les siennes. Ses yeux lui font mal à force de fermer si fort les paupières.

Un instant, elle se demande si elle n'a pas fait une erreur et s'apprête à se redresser quand une main l'attrape par la nuque. Xenophilius presse à son tour sa bouche sur la sienne.

C'est bizarre. Bizarre et très agréable. Ses lèvres sont toutes douces et elles jouent très bien avec les siennes. Il y a aussi cet arôme de menthe.

Puis, il finit par s'éloigner délicatement et elle rouvre ses yeux. Le visage de Xenophilius est toujours à quelques centimètres du sien.

Il est plié en deux sur sa chaise, appuyé d'un coude sur le lit et ses lèvres ont l'air plus rouges. Elle est pliée en deux sur elle-même, appuyée d'une main sur le lit et elle a les yeux plus vifs.

- Finalement, j'aime bien les moldus, renchérit-il sans qu'elle ait eu le temps de formuler une seule pensée correcte. Leurs théories ne sont pas si nulles.

- Oui, j'ai déjà beaucoup moins mal.

Elle le voit sourire et ne peut s'en empêcher à son tour. Il a le regard pétillant qu'elle aime chez lui.

- On devrait recommencer, pour les expériences.

- Moi, je t'écoute. Les expériences, c'est ton domaine.

Il a à peine fini sa phrase que de nouveau, il colle ses lèvres aux siennes. C'est plus pressant, plus taquin. Pandora ferme les yeux, se rapproche et sent que le noeud dans son estomac se défait lentement.

Elle laisse ses mains glisser dans les cheveux de Xenophilius qui pose une main sur sa joue. Il mord un peu sa lèvre et elle rigole. Puis, il recommence à l'embrasser.

Et Pandora se fait la réflexion que son parfum préféré, c'est la menthe.