Je vous présente le dernier chapitre de cette histoire. Merci à ceux qui sont parvenus jusqu'ici ;)
Pandora s'aperçoit que ce qu'elle avait pris pour une simple note est en réalité un origami complexe en forme de dragon.
- C'est quoi ? demande Isla en essayant de se concentrer sur le contenu de son verre.
Mais c'est beaucoup trop exiger de sa curiosité. Pandora se contente de hausser les épaules avant de déplier le message. Elle ne l'a jamais vu, mais elle sait déjà à qui appartient l'écriture. C'est fluide, penché, écrit à la fois vite et comme si c'était fait avec simplicité.
Pandora, je suis en haut de la tour d'Astronomie. C'est la pleine lune ce soir, tu crois qu'il y aura quelque chose cette fois ?
- Il faut que j'y aille, lance-t-elle sans même y penser.
- Pourquoi ?
Elle relève la tête avec un petit sourire.
- Oh, réalise Isla, vous m'abandonnez toutes les deux.
- C'est très injuste, je sais. Mais je vais quand même y aller puisque de toute manière, tu vas finir par retourner au buffet sous peu pour ranger à nouveau les plats.
Isla se mord la lèvre. Elle ne niera pas, ça fait déjà quelques minutes que Pandora l'observe jeter des regards inquiets à la table où les élèves changent sans cesse la nourriture de place, détruisant le bel amalgame de couleur.
- À tout à l'heure.
- C'est ça, grogne Isla. Si tu rentres. Et si Maggie rentre aussi d'ailleurs.
Pandora serre un peu plus le papier et affiche une mine désolée en esquissant un pas. Isla articule silencieusement un « Et ne l'embrasse pas » qu'elle fait semblant de ne pas comprendre avant de s'enfuir en dehors de la salle commune.
Un élève de première année que Thorfinn a mis de garde dans le couloir lui rentre dedans sans la voir. Il s'excuse et elle coupe court à ses répétitions, essayant de ne pas faire attention à la douleur dans sa cuisse.
Les escaliers relancent un peu le coup, elle pense s'en sortir avec un beau bleu. Mais l'idée de Xenophilius et l'impression de voler remplacent le reste.
D'accord, elle est amoureuse. Oui, elle est amoureuse. Complètement. Amoureuse de ses idées décalées, de ses certitudes, de son enthousiasme, de ses cheveux au carré, de son parfum de citronnelle.
De tout, de lui.
- Déjà ? s'étonne Xenophilius en la voyant arriver.
Il est assis sur une des caisses en bois qui encombrent la petite pièce circulaire, près de la lucarne. C'est sombre et les bruits de la nuit parviennent comme s'ils étaient à côté.
Pandora se contente de lui sourire pour toute réponse et s'assoit en face de lui. Le sourire de Xenophilius s'étend, si possible.
- J'ai deux nouvelles, une très bonne et une bonne. Laquelle en premier ?
Il fait presque bon, malgré le vent sur ses joues. La soirée a été joyeuse et Pandora n'est pas prête à abandonner tout de suite.
- La très bonne, répond-elle.
- Je sais ce que je veux faire, s'écrie Xenophilius comme si les mots se précipitaient à toute vitesse hors de sa bouche, involontairement. Je vais écrire un journal. Mais pas comme la Gazette du Sorcier, non. Un journal pour raconter aux gens ce qu'ils ne sont pas capables de voir, pour rétablir la vérité.
- Comme les Imaginatus ?
- Exactement, s'exclame-t-il, ravie qu'elle s'en souvienne. Les gens croient parfois que ce sont des morsures d'araignées, il faut leur apprendre à faire la différence.
Un instant, elle a l'impression de se retrouver en face d'elle-même. Comme si la Pandora consciencieuse qui créait en étant persuadée qu'elle pouvait faire quelque chose de bien résonnait sur le visage convaincu de Xenophilius. Au final, c'est ça. La volonté de croire que ce qu'ils font vaut quelque chose.
- C'est une très bonne nouvelle. Je suis sûre que tu sauras le faire. Tu devrais peut-être même commencer dès maintenant, non ? Je veux dire, il te reste une année à Poudlard, je suis sûre que Flitwick te laissera créer un journal pour le château.
Il fronce les sourcils, semble peser le pour et le contre, puis tourne à nouveau ses yeux malicieux vers elle. Et c'est comme s'il lui disait merci.
- Et la bonne nouvelle ?
Xenophilius met la main dans la poche de son jean moldu, paraît chercher un instant, et lorsqu'il met enfin la main sur ce qu'il cherche, il relève le visage vers elle.
Il a un immense sourire quand il déclare :
- Pandora, je veux t'épouser.
S'il y a une réponse appropriée à cette phrase, elle ne la connaît pas. En même temps, elle entend son cœur. Il tape dans ses oreilles, contre son crâne, dans sa cuisse gauche qui lui fait toujours mal, jusqu'au bout de ses orteils. Elle sent son cœur partout en elle, elle est son cœur.
« Pandora, je veux t'épouser. Pandora, je veux t'épouser. »
Elle se répète deux fois la phrase avant de réaliser. Brusquement, son cœur cesse de battre, comme si finalement son corps avait compris avant elle.
Devant une Pandora qui ne respire même plus, muette et sonnée, Xenophilius finit par sortir de sa poche ce qu'il y cherchait.
C'est une bague, une très jolie bague. Elle n'est pas en or, ni argent, ce n'est pas du cuivre ou de l'acier... ni en aucun métal ou matériau connu.
Il s'agit d'un bois particulier, enroulé sur lui-même, puis tressé pour former une bague toute fine. Elle s'étire dans un mélange de brun foncé tirant jusqu'au rouge. Au centre, le bois est condensé encore plus, ce qui lui donne une couleur violette, en un petit rond.
- C'est ma promesse. Je te promets qu'un jour, on se mariera. On élèvera des Joncheruines, on fera de la soupe de Boullus d'eau douce. On pourra même planter des Prunes Dirigeables. Ou avoir des enfants.
Mais Pandora ne fait plus très attention à ce qu'il dit dans le fond, ni même au fait qu'il place la plantation de Prunes Dirigeables au même niveau que leurs futurs enfants. Son cerveau a brusquement compris tout ce qu'il voulait dire et elle a envie de pleurer. De pleurer, de rire, de crier, de sauter. Elle a envie de le dire au monde entier, elle a envie de garder toute cette joie pour elle parce que ça ne dure jamais longtemps.
Alors bêtement, elle se contente de lui tendre sa main.
Xenophilius est différent. L'absence de réponse ne l'inquiète pas, il se contente de passer la bague à son annulaire, de lui donner sa promesse.
Pandora la regarde un instant, elle est pratiquement sûre qu'il l'a fabriquée avec un bois dont lui seul connaît - ou imagine - les propriétés. Avec un sourire, elle effleure la bague des doigts.
- D'accord pour les Prunes Dirigeables, souffle-t-elle finalement, ne pouvant plus empêcher le sourire qui dévore sa bouche.
- Et le reste ? demande-t-il avec dans sa voix, l'émerveillement qu'il a toujours.
- Si les Joncheruines sont de petits esprits frappeurs, je ne suis pas sûre d'être d'accord.
En disant cela, elle relève ses yeux calmes vers lui. Xenophilius Lovegood. Ce nom renferme un univers entier, une partie entière de son univers à elle. C'est un nom qui mange un peu plus chaque jour, son esprit, son cœur et ses pensées.
Ça la fait encore plus sourire. Elle ne pense pas un seul instant qu'elle puisse un jour s'arrêter. C'est comme si chaque cellule de son cœur était en fête.
Soudain, elle rigole. Xenophilius la regarde, puis, se met aussi à rire. À rire parce que la vie les attend, parce qu'ils ont le monde à portée de main.
Il attrape sa main et en caresse le dos du pouce, effleurant la bague.
Pandora se félicite d'avoir échappé à la discussion sur les enfants. Elle a dix-sept ans, elle n'en veut pas. Plus tard, on verra.
- Pour fêter ça, on peut boire du Thé d'Herbe des Chats, propose Xenophilius en sortant une petite gourde cabossée. C'est ce qu'utilisent les centaures pour sceller un moment de la vie.
Pandora a tellement besoin d'enfermer ce bonheur qui court dans son corps qu'elle hoche la tête.
Il lui tend un verre du liquide rouge pâle et elle l'avale en même temps que lui. Elle ne sait pas ce que c'est mais le goût est sucré. Au final, il pourrait tout lui demander, d'avaler un jus étrange, comme la lune.
- Tu crois que ça se fera vraiment ? lance soudain Pandora en le regardant droit dans les yeux. Tu crois qu'on se mariera ?
Il y a une étincelle dans le reflet des iris de Xenophilius. La promesse, ce n'est pas la bague, la promesse, c'est lui.
Pandora sent son corps se réchauffer, du bout de ses doigts jusqu'à son cœur quand il hausse les épaules en lui attrapant la main.
- Je ne sais pas, répond-il. L'important, c'est d'y croire.
Et il a raison, l'important, c'est d'y croire.
