Année 4998, royaume de pluie
Grandeur est assise sur le trône, étant son mois de gouvernance. Malgré tout, elle soupirait grandement.
- Un problème majesté ?
- Je commence à être exaspérée Charmant. Je me fais de plus en plus vielle. J'arrive encore à tenir un mois, mais pour combien de temps ?
- Les autres font du bon travail.
Grandeur le toise avec suspicion.
- Je veux ton vrai avis Charmant. Tu es celui qui me connait le mieux et le plus intelligent de tous. C'est d'ailleurs pour cela que tu es mon conseillers depuis que je suis reine.
- Soit, je pense que vos craintes sont fondées. Mais peut-être auront nous de la chance qu'une d'entre elles puissent s'améliorer.
- Je l'espère, Charmant. Je l'espère, dit Grandeur sans pour autant le croire.
- Sinon, pourquoi ne pas introniser votre dernière fille ?
- La quatrième ? Celle que j'ai eu avant d'arrêter à cause de mon grand âge ? Hm…Elle m'a toujours dit vouloir refuser le trône.
- Peut-être, mais comparé aux autres, elle est de sang royal.
- Nous verrons. Il n'y a pas grand monde aujourd'hui.
- Il est vrai que c'est plutôt calme, dit Charmant jusqu'à voir arriver un dragon. Rectification, vous allez avoir un rendez-vous, majesté.
- Qui est-ce ?
- Papaye.
- Je sais déjà de quoi il va venir se plaindre, dit Grandeur en soupirant.
Un jeune aile de pluie, ayant un peu plus de la dizaine arrive. Il est de couleur verte légèrement jaunâtre, ses aigrettes sont de couleur jaune orangé. Il a les des iris noirs. Il semble inquiet, comme si sa vie était en danger.
- Bonjour reine Grandeur, s'exprime le dragon à bout de souffle.
- Reprend ton souffle, Papaye, lui dit calmement Grandeur. Puis ensuite tu pourras m'énoncer la raison de ta venue.
Il faut un petit moment au dénommé Papaye pour reprendre son souffle.
- Je viens vous voir car la princesse Ararauna m'a menacé.
- Allons bon. Que t'a-t-elle dit ?
- Que si je revenais, elle me retirerait toutes mes serres ! prononce-t-il avec crainte, du vert clair apparaissant sur ses écailles.
- Je vois. Très bien, je vais aller lui parler.
- Majesté, vous ne devriez pas y aller vous-même.
- Ararauna ne viendra pas avant la fin de la journée. Elle restera à son poste de guérisseuse. Elle est butée, mais c'est un caractère que j'apprécie chez elle.
Grandeur quitte le trône avec quelques difficultés. Elle sort du bâtiment, déploie ses ailes et se dirige vers le bâtiment des guérisseurs. Son arrivée est remarquée.
- Majesté, que nous vaut votre venue ? demande un guérisseur.
- Je viens voir ma fille. Je tiens à avoir une conversation avec elle. Seule, finit-elle, insistant bien sur le mot.
Les ailes de pluies comprennent et partent. Une fois partie, elle s'enfonce dans le bâtiment. Comme elle le voulait, sa fille est la seule qui reste.
Il s'agit d'une femelle ayant plus de la dizaine. Elle est bleu turquoise, jaune dorée pour les sous écailles, la tête bleu-vert et les aigrettes blanches. Cette dernière semble ne même pas avoir constaté l'arrivée de sa mère. Elle est concentrée dans la concoctions de remèdes ou autres lotions.
- Toujours autant concentré dans ton travail à ce que je vois, s'exprime enfin Grandeur.
Elle quitte l'attention sur son travail pour observer la nouvelle venue.
- Bonjour mère. Que me vaux votre venue ? Vous êtes malade ou blessée quelque part ?
- Non, Ara. Je ne viens pas pour moi. Papaye est venu se plaindre que tu l'as menacé. Est-ce vrai ?
Ararauna roule des yeux et soupire.
- Oui, dit-elle avec franchise. Je suppose qu'il est venu se plaindre car mes paroles étaient trop dures pour ses pauvres oreilles.
- Ara ! On ne menace pas les autres dragons.
- Mère, il me casse littéralement les serres ! lui répond sa fille, agacée. Je lui ai énoncé cette menace car il venait me voir pour la cinquième fois en même pas une semaine pour une serre un peu tordue.
- Je vois. Je peux comprendre tout à fait ton impatience. Cependant, ne recommence pas. Prend sur toi.
- Facile à dire quand tous ces dragons ne viennent que pour des blessures bénignes. J'essaie de trouver d'autres remèdes plus efficaces, mais ce n'est pas fructueux.
Grandeur observe l'établie d'Ararauna. Elle y voit de nombreuses fleurs, des fruits et des liquides qu'elle soupçonne leur origine. Alors qu'elle inspecte son bureau de travail, elle entend un léger ronflement. Elle découvre un jeune dragon, dormant paisiblement. Elle le reconnait tout de suite.
- Chaméléon ? s'étonne Grandeur. Il arrive à dormir malgré sa malformation ?
- Il peut dormir, mais pas beaucoup. C'est ce qui le rend très irritable.
- Tout comme toi, ma fille.
- Mère ! s'offusque Ararauna. Je ne suis pas à ce point, s'indigne-t-elle.
- Oh, tu en es loin, se moque Grandeur. Et donc, tu as trouvé un moyen pour qu'il puisse dormir plus longtemps ?
- Oui. Cependant, je suis la seule à savoir créer ce médicament ou cette boisson.
- Quel est le problème ?
- Notre clan, tout simplement, lui répond franchement sa fille. Il leur est impossible de mémoriser les ingrédients et les quantités convenablement. Je le sais, j'ai essayé plus d'une dizaine de fois avant de capituler. D'ailleurs, éloignons-nous. Il ne faudrait pas le réveiller.
Elles s'éloignent et Ararauna s'exprime de nouveau.
- D'ailleurs mère, je suis toujours contre le système que nous avons mis en place.
- Ara, je commence à me faire vielle. Le clan, tout comme les autres clans, a besoin d'une reine. Notre particularité nous permet de laisser la chance à d'autres de gouverner.
- Mère, je trouve cela juste stupide et même dangereux de laisser des dragonnes comme elle, dit Ara en faisant allusion à une dragonne en particulier. Notre clan ne va déjà fort bien, mais avec elle cela va être pire.
- Tu fais allusion à Magnifique ? J'aimerais bien savoir ce que tu lui trouves de si dangereux. Mise à part sa mémoire des plus volatiles, je ne vois rien de problématique à son sujet.
- Je ne peux vous l'expliquer mère. Mais mon instinct me dit qu'elle est dangereuse.
- Je prends note de tes remarques, Ara. N'oublie pas que je tolère leur présence, c'est moi qui leur permets d'être sur le trône. Cependant, il y a un moyen assez simple pour remédier au problème. Tu le sais pertinemment.
- Je n'ai pas envie d'être reine, mère. Si c'est pour écouter les plaintes toutes plus ennuyantes les unes que les autres, sans façon. De plus je serais éloigné de mon travail.
- Pourtant, tu pourrais faire une bonne reine. Tu es bien différente de tes trois grandes sœurs, que je peux qualifier vraiment de bonnes à rien. Tu es la seule à prendre soin de Chaméléon. C'est une noble action.
- Tout le monde l'ignore ou l'évite. Il n'y a qu'avec moi qu'il se sente bien. Si vous avez fini mère, je dois aller ranger mon établi et vérifier les quantités des ingrédients.
- Je te libère. D'ailleurs Ararauna, tu devrais te poser des questions sur les raisons qui pousse Papaye à se blesser si souvent.
- Juste qu'il est maladroit et rien d'autre, répond froidement Ararauna.
Grandeur soupire. ''Elle est bien trop butée pour se rendre compte qu'il est amoureux d'elle. Je me demande bien si un dragon arrivera à lui plaire.''
Sans prononcer d'autres paroles, Grandeur repart, laissant sa fille seule. Du moins guère longtemps, car les guérisseurs reviennent pour vaquer à leur occupations, même s'il n'y a pas grand-chose à faire. Sauf de parler.
- Vous ne pouvez pas parler plus bas ? se plaint Ararauna. Chaméléon est en train de dormir.
Les guérisseurs la dévisagent d'incompréhension.
- Un problème à me dire peut-être ? Je suis prête à entendre vos remarques. Après, je ne répondrais pas des miennes, dit-elle avec acidité.
- Princesse Ara, il est…je veux dire Ararauna, se corrige le dragon après que cette dernière l'est foudroyé du regard. Il est étrange. Il ne parvient pas à changer de couleur comme nous. C'est comme s'il était déjà mort.
Il se tait et attend la réponse de son interlocutrice.
- Premièrement, aucun, et je ne dis bien aucuns d'entre vous utilisent le surnom que ma mère utilise pour moi, dit-elle avec agressivité. Deuxièmement, sous prétexte qu'il n'arrive pas à changer de couleur ses écailles, on devrait l'éviter ? Voilà bien des paroles indignes d'un aile de pluie. J'ignore comment pensent les autres clans de nous, mais nous nous respectons. Agir ainsi envers l'un des nôtres pour juste une telle chose futile est honteuse.
Ararauna les toise, tels une juge devant des accusés. Il semblerait que le guérisseur a honte de ses paroles. Voyant qu'elle a éclaircie les choses, elle reprend.
- Je vais chercher plusieurs ingrédients. On manque de bien des choses.
- Princesse Ararauna, s'exprime une guérisseuse, c'est parce que vous faite…des mélanges étranges avec…Ils ont d'ailleurs des effets…tout aussi étrange…
- On ne fait pas du premier coup un remède, répond sur le champ Ararauna. Et puis, avoir mal au ventre ou devenir aphone pendant un moment n'est pas problématique. Au cas où je dois le redire, j'essaie d'améliorer la vie d'un des nôtres.
La guérisseuse se tut et Ararauna partit. Elle revient plus tard, la sacoche remplit de fleurs et de fruits.
''Espérons que je puisse trouver un remède contre la fainéantise chronique du clan.''
Alors qu'elle marche sur une passerelle, elle entend une dragonne s'adresser à elle. C'est bien la dernière qu'elle aimerait rencontrer. Elle se retourne et cache de son mieux le dégout qu'elle éprouve pour la dragonne. Il s'agit de Magnifique.
- Ça alors, s'exclame Magnifique. La princesse Ararauna qui n'est pas à la hutte des guérisseurs. C'est rare. Ravie de te voir.
- Tout le plaisir est pour moi, répond Ararauna froidement, cachant de son mieux le mépris qu'elle éprouve pour elle. Tu te rappelles de mon nom et de ma fonction. C'est déjà ça. Il n'y a donc pas que des courants d'airs dans ta tête, répond avec acidité Ararauna.
- Au moins, j'ai l'esprit léger, répond la dragonne ne semblant pas comprendre l'insulte.
- Comme tu veux. Si tu le permets, je dois retourner à la hutte y déposer mes ingrédients. Je n'ai pas plus de temps à perdre à discuter avec toi, clôt Ararauna froidement la discussion.
Elle déploie ses ailes et s'envole. Alors qu'elle s'envole, quelque chose lui attrape la patte arrière. Elle en perd l'équilibre et tombe sur le sol boueux. Sa chute est mémorable, surtout sa pose. Elle lève la tête, recrachant la boue qu'elle a avalé par mégarde. Elle observe ce qui à perturber son vol. Il s'agit d'une liane.
''Comment ai-je pu me prendre la patte dans une liane ? Il n'y en avait pas, pourtant.''
- Alors princesse, on prend un bain de boue ? demande Magnifique avec simplicité. J'ai entendu dire que cela lustre bien les écailles. Dommage que la boue ici présente ne soit pas trop pratique. J'espère que ta chute n'a pas gâté ta récolte, dit-elle avec nonchalance.
Ararauna se penche sur sa récolte. Tout est recouvert de boue. Tout le temps à récolter ses ingrédients réduit à néant. Elle comprend la raison de sa chute.
''Sale vipère ! C'est elle qui m'a fait chuter…Elle va voir !''
Ararauna laisse la colère lui monter à la tête. Elle vire au rouge vif et toise Magnifique. Elle s'apprête à lui faire payer son acte par une insulte ou une menace finement bien cherchée. Mais alors qu'elle va la crier, elle se ravise.
''Non. J'ai promis à mère de ne pas recommencer. Elle ne perd rien pour attendre, celle-là.''
Ararauna met un moment pour retrouver son calme et surtout ses couleurs.
- Tiens donc, la boue aide aussi à calmer les blurbs !
Magnifique se fait stopper dans sa tirade par un lancer de boue d'Ararauna. Elle a d'ailleurs envoyé la boule avec assez de force pour déstabiliser la dragonne.
- Garde donc cette boue sur le visage. Cela permettrait peut-être à ta mémoire d'être moins volatile.
Elle délaisse Magnifique et rejoints la hutte. Une fois arrivée, elle ne peut s'empêcher de frapper violement la table.
- Cette sale garce…persiffle Ararauna avec colère.
Sa colère lui a fait oublier qu'un dragonnet dort. Le bruit le réveille.
- Hu…que…il est qu'elle moment ? demande le dragonnet encore à moitié endormi.
- Chaméléon…Excuse-moi. Je t'ai réveillé. Tu as bien dormi ?
- Comme un véritable paresseux, dit-il avec un gros sourire. Encore merci princesse Ara.
Si elle a foudroyé du regard le guérisseur pour avoir prononcé son surnom, elle ne dit rien pour Chaméléon. Elle lui sourit même de le voir heureux.
- Je vois. Tant mieux. J'ai enfin créé un remède pour toi.
- Ce ne fut pas drôle quand j'ai dû les tester, se plaint le dragonnet.
- Est-ce que cela en valait le coup ?
- Maintenant oui. Je me sens apaisé.
- C'est ce que je voulais entendre. Tient, prend le reste du remède avec toi.
Ararauna lui tend une noix-de-coco dont le haut a été retiré. Dedans, se trouve un liquide dont Chaméléon n'arrive pas à identifier la couleur.
- C'est ce qui reste. Dilue un peu du contenu avec le jus de fruit qui te plait.
- J'adore le jus de mangue et de papaye. J'ai hâte de pouvoir dormir normalement ! jubile le dragonnet.
- N'en abuse surtout pas, Chaméléon, prévient Ararauna.
- Pourquoi donc ?
- Il est vrai que cela t'aide à dormir. Néanmoins, j'aimerais que tu n'en sois pas dépendant. Si tu en abuses, cela pourrait réduire ses effets.
- Mais je n'arrive pas à dormir à cause de mon museau. Il est même moche, se plaint Chaméléon.
- Pour moi, il est mignon, lui répond Ararauna avec un gros sourire.
Chaméléon serait devenus roses si ses écailles pouvaient changer de couleur. Il est tellement content que quelqu'un prenne soin de lui, qu'il en pleure.
- Je…je t'ai blessé avec mes paroles ? s'inquiète Ararauna.
- Non…sniff…C'est la première…fois que…quelqu'un prend soin de moi…Merci princesse Ara…
- Tu n'as vraiment personne ?
- Mis à part vous, j'ai Acacia. Il est comme vous, il se moque de mon apparence et veut juste jouer avec moi.
- Voilà qui fait bon à entendre. Laisse les autres se moquer de toi. Cela veut juste dire qu'ils sont jaloux de toi. Garde cette joie. Ne laisse pas l'amertume et la colère te contrôler.
- Oui, princesse Ara, dit-il en souriant et remuant frénétiquement la queue.
- Houlà…Doucement, tu vas t'envoler en bougeant ainsi la queue, se moque Ararauna.
Les deux rigolent gaiement jusqu'à ce qu'un autre dragonnet arrive. Sa vue réjouit Chaméléon. Le dragonnet est un peu plus grand que lui. Il est brun sur les pattes, verts sur le corps et jaune pour la tête, lui donnant une drôle d'apparence.
- Acacia ! s'exclame Chaméléon.
- Je t'ai enfin trouvé, Chaméléon, se réjouit son ami. Je pensais que tu étais parti. Je n'avais pas envie de te voir partir.
- Désolé. J'ai testé le dernier remède de la princesse Ararauna et je me suis assoupi.
- Vraiment ? Tu as réussi à dormir ? Mais c'est génial !
- Je pète même la forme.
- Ça tombe bien, car je te cherchais pour jouer. Aller vient !
- J'arrive tout de suite. Laisse-moi juste le temps de déposer cette noix-de-coco dans ma hutte. A bientôt princesse Ararauna !
Le dragonnet s'envole avec son ami. Ararauna ne peut s'empêcher d'être satisfaite du travail long et sinueux qu'elle a fait.
''Il est malin. Il sait comment je réagis avec mon surnom. Il a un bon ami. Maintenant…sigh''
Ararauna observe avec dépit sa récolte ruinée. Elle soupire devant ce qu'elle doit faire, mais c'est mal la connaitre. Elle jette la récolte perdue et repart. Mais avant, elle se dirige vers la hutte royale, voir sa mère. A son arrivée, sa mère est accompagnée de Charmant. Sa mère semble surprise de la voir.
- Viens-tu me voir pour une demande ? demande sa mère.
- Non mère. Je viens vous prévenir que je vais quérir à nouveau des ingrédients.
- Mais, n'es-tu déjà pas parti pour cela ?
- J'ai rencontré une fleur vénéneuse sur le chemin. Et toute ma récolte a été perdue.
Grandeur n'a pas besoin de demander à qui sa fille faisait allusion.
- Très bien. Mais ne tarde pas trop, Ara. Le soleil commence à doucement tomber.
- Ne vous inquiétez pas, mère. Je serais de retour avant la nuit, lui assure Ara.
Sa mère n'en rajoute pas et sa fille part.
- De quoi as-tu peur Grandeur ?
- Tu sais qu'il y a une guerre en-dehors du royaume.
- Oui. Mais tu as peur que les autres clans pénètrent la forêt ?
- J'en doute. De toute façon, elle ne nous concerne pas. Qu'ils s'entre-tuent dans leur combats sans fin. Dans un sens, c'est plutôt appréciable que nous ayons perdu cette violence. Seulement, nous avons perdu en préservation et défense.
- Nous ne pouvons pas tout avoir Grandeur. Mais pourquoi faire allusion à ça ?
- Eh bien, un des nôtres a reçu une griffure. Il a le reçu en se défendant contre un agresseur. Son état de panique n'a pas permis d'identifier son adversaire. Tous pensent qu'il a été attaqué par une panthère.
- Jamais une panthère attaquerait un dragon, même endormis.
- Je le sais. Seulement, cette agression m'inquiète et je préfère m'assurer qu'il n'arrive rien à mes sujets et surtout pas à Ara.
- Ne t'inquiète pas Grandeur, lui rassure Charmant. Ta fille sait se défendre. Mis à part Ara, toi et moi, personnes d'autres n'oseraient utiliser son venin contre un autre dragon. Et en plus, elle a une précision et une portée qui font peur.
Grandeur se permet de rire un bref moment avant de reprendre un visage neutre et sérieux, espérant qu'elle ne s'inquiète pas pour rien.
Ararauna s'envole. Elle commence la récolte. Le temps défile sans qu'elle ne s'en rende compte. Elle trouve une fleur qu'elle n'a jamais vue.
- Tiens donc. Tu es très jolie, toi, dit-elle en complimentant la fleur.
Elle la décroche avec délicatesse et la respire.
- Hm…Et tu sens même très bon. Tu sais quoi, je vais te mettre sur une de mes cornes.
Elle dépose la fleur sur sa corne gauche. Respirer l'odeur de la fleur la calme, tout en la motivant davantage.
- Je vais devoir te trouver des amies pour pouvoir les utiliser dans mes remèdes, parle-t-elle toute seul. Oula, le soleil est déjà assez bas. Ne perdons pas de temps. Je me suis éloigné sans le vouloir du village.
Elle s'apprête à partir quand elle entend une bribe de conservation. Elle tend les oreilles, se demandant si elle ne croit pas rêver. Son attention lui dit que oui. La prudence serait de mise ici, mais Ararauna est curieuse, se demandant bien qui peut avoir une discussion, ici, dans une partie aussi éloigné du royaume. Elle se déplace silencieusement, s'estimant seule. Pourtant, une ombre la suit, bien plus silencieuse qu'elle. Plus elle s'approche et plus la discussion devient audible, non sans qu'elle parvienne à la comprendre. Elle finit par arriver à l'origine. La discussion provient de deux dragons, semblant se disputer. Ararauna remarque qu'ils ne sont pas des ailes de pluies.
Elle fouille dans sa mémoire d'après ce que sa mère lui a expliqué sur les différents clans qui vivaient sur Pyrriah. En voyant la couleur jaune/sable et la présence d'un aiguillon qu'elle finit par deviner.
''Des ailes de sables ? Mais que font-ils ici ? Ils sont bien loin de leur royaume. Peut-être se sont-ils perdus. Autant les aider à retrouver leur chemin.''
Elle se montre à eux.
- Bonjour, s'adresse Ararauna aux deux ailes de sables. Vous êtes perdus ?
Le duo est surpris par l'apparition soudaine d'Ara. Ils se reprennent.
- Bonjour, répond l'un d'eux. Oui, c'est le cas. C'est pour ça que l'on se dispute mon ami et moi.
- Cela tombe bien, je sais comment vous guider vers votre royaume, assure Ararauna. Mais avant…
Ara leur offre un fruit, qu'ils dévorent rapidement. Elle déploie ses ailes et les deux ailes de sables la suivent. Alors qu'elle les guide, ils parlent à voix basse. Ara tend les oreilles pour écouter de son mieux leur discussion.
- ''Elle est parfaite.''
- ''Tu as raison. Il nous aurait tué si on revenait les serres vides.''
- ''Heureusement qu'il s'agit d'une femelle.''
- ''Oui. Le mâle a bien trop paniqué.''
- ''Mais surtout, elle a bien naïve, comme on le pense d'eux.''
''Il est vrai que l'un des nôtres est venu avec des griffures. Il a dit qu'il a été attaqué durant sa sieste. Il était trop paniqué pour décrire son ou ses agresseur(s). On pensait à une panthère, mais maintenant…Soyons prête à se défendre.''
Ils arrivent à la limite de la forêt. Elle se pose, suivi des deux autres.
- Voilà votre royaume. Si vous le permettez, je dois de rentrer à mon village. Il se fait tard.
Elle veut partir, mais les deux ailes de sables semblent ne pas vouloir son départ.
- Désolé ma jolie, mais…
- Tu viens avec nous, dans notre royaume.
- Ai-je la possibilité de refuser cette proposition alléchante ?
Les deux ailes de sables éclatent de rires devant la question des plus naïves d'Ara. Cela ne manque pas de l'agacer.
- Je vais penser que non, répond simplement Ara.
- Tu es amusante, mais non, tu viens avec nous, de gré ou de force.
- Je prends alors la troisième solution.
- Ha, ha, ha, ha ! Vraiment amusante, répond l'autre. Comme si une feignante pouvait…
Ararauna lui envoie un fruit en pleine figure. Ce qui fait rire son camarade avant que cette dernière lui saute dessus. Elle retire sa sacoche et utilise son poing et le frappe en plein visage. Le dragon est sonné. Elle recouvre la tête de l'autre avec sa sacoche remplit de ses ingrédients. Elle s'envole, profitant de l'état de ses agresseurs. Elle maudit intérieurement qu'elle va devoir refaire pour la troisième fois une récolte.
Alors qu'elle fait quelques mètres, une ombre tombe littéralement sur elle. Elle tombe avec violence sur le sol. Le choc lui fait évacuer toute son air, lui coupant le souffle tout en la sonnant. Il lui faut un moment pour se ressaisir.
Quand elle revient à elle, elle sent tout le poids de son troisième agresseur. Il maintient sa gueule fermée et bloque ses ailes, de même que sa queue. Il remarque qu'elle reprend connaissance.
- Bon retour parmi nous, ma jolie, s'exprime son agresseur. Hm…Tu es une vrrraie beauté, dit-il avec une voix teinté de perversion.
Ara le sent lui lécher le cou avec passion. Son sang se glace. Elle éprouve pour la première fois de sa vie, une peur sans nom. Comme un poison, cela la paralyse.
- Et en plus, tu ssssens très bon…Nous avons vraiment de la chance. Allez, du nerfs, bandes d'incapables ! cri-t-il aux deux autres ailes de sables.
Ara n'ose même pas lever la tête, tant elle semble craindre son agresseur. Elle suppose qu'il s'agit d'un aile de sable. Supposition correcte quand elle sent l'aiguillon frotter son flanc.
- Elle nous a pris par surprise, répond celui ayant été assommé.
- On ne pensait pas qu'un aile de pluie savait se défendre, répond l'autre qui retire la sacoche.
- C'est parce que vous avez été assez idiots pour parler.
- Mais on parlait à voix basse ! se défend l'un.
- Pas assez, vu qu'elle a pu se préparer. Heureusement que je surveille. Vautour nous aurez tué si nous rations une telle prisssse.
- Serpent, si Vautour nous a imposé à toi, c'est pour que l'on lui ramène en vie et entière un aile de pluie. De préférence une femelle. Et tout le monde sait comment tu es avec une femelle.
- Cccc'est vrai. J'admets qu'elle m'exccccite beaucoup, répond le dénommé Serpent avec passion.
- Calme tes ardeurs. On doit la ramener entière.
- Je sais bien. Et pour nous assurer que l'on n'ait aucun problème…
Il soulève la tête d'Ararauna et la rabat avec violence au sol. Cela suffit à lui faire perdre connaissance. Avant de sombrer, elle se maudit de ne pas avoir écouter sa mère.
''J'aurais dû…écouter maman…Elle est toujours…très sage…'' prononce-t-elle avant de sombrer dans l'inconscience.
