Bonjour à tous! Voici le chapitre suivant :)

Natty Caro : Coucou! En effet Aria à de nombreuses attentes vis à vis de sa mère, les retrouvailles seront un moment très important pour elle, il faudra attendre le prochain chapitre pour vivre cette rencontre ;)

Shaniice : Coucou! Le retour de Camille approche à grand pas, il sera dans le prochain chapitre ;) pour le moment profitons encore de notre petite famille où on sent déjà tout de même qu'un changement important se prépare. À bientôt!

Chapitre 14 – Faux-semblants

PDV Magnus

Je vérifiai l'heure sur ma montre tout en ravalant un baillant, il était déjà 3h30 du matin. Allongé en salle de repos des urgences pédiatrique, j'essayai de profiter de l'accalmie afin de me récupérer un peu. Ma garde avait démarré intensément avec deux urgences chirurgicales de nouveau-nés. La pression était toujours la même à chaque intervention à laquelle je participais. Certes, la plus grosse pression reposait sur les épaules du chirurgien en chef qui menait l'intervention, cependant, je me sentais tout autant responsable que lui de la vie de ces petits anges. Sans parler de la charge émotionnelle des parents à gérer qui avaient, à juste titre, d'énormes attentes vis-à-vis du corps médical. Ce n'était jamais des situations évidentes, il y avait la peur, l'angoisse, l'incertitude, parfois la colère et la culpabilité. Tout ce maelstrom d'émotion rendait notre métier très difficile en plus des difficultés techniques qui lui incombaient déjà.

Je soupirai longuement en rêvassant d'un bon bain chaud...un bain chaud accompagné de mon homme me massant les épaules en prime serait le paradis à cette heure reculée de la nuit. Nous avions signé l'acte d'achat de notre maison il y a 10 jours, c'était un accomplissement de plus dans notre vie de couple avec Alec. Après 9 ans de mariage, nous étions propriétaire avant nos 30 ans, un objectif de plus avait été atteint et nous en étions fiers. Cet évènement aurait été parfait s'il n'avait pas été entaché par l'appel que j'avais dû passer à Rafael pour l'informer de la décision d'Aria. Cette dernière ne souhaitant pas perdre une seconde de plus, m'avait littéralement harcelé afin que j'arrange une rencontre avec sa mère au plus tôt. Camille et Rafael vivant désormais dans leur ville natale en Italie, et nous, étant occupé avec le déménagement et l'arrivée de Côme, nous avons convenu de nous rencontrer dans 2 semaines. Plus que 5 jours...les choses se précipitaient irrémédiablement accentuant au passage mes inquiétudes vis-à-vis d'Alec. Il avait étrangement réagi à l'arrivée imminente de Rafael et Camille en France. Je dis étrangement car il n'avait été ni en colère, ni triste ou même impatient. J'avais un mal fou à déchiffrer ses émotions. Il ne laissait rien transparaitre contrairement à son habitude et cela m'angoissait horriblement. J'avais la sensation qu'il s'était comme résigné mais ne savait pas si c'était une bonne ou une mauvaise chose.

Je m'apprêtais à fermer les yeux quand la porte de la salle de repos s'ouvrit. Maé entra à l'intérieur en baillant. Interne en chirurgie pédiatrique comme moi, c'est elle qui avait accepté de me remplacer au pied levé lors de l'hospitalisation d'Aria. Elle semblait complètement exténuée. Nous étions extrêmement chanceux de disposer d'une salle de repos pour le personnel soignant. Deux canapés 3 places en cuir très confortables longeaient le mur du fond, d'où je me situais actuellement. Au centre de la pièce se trouvait une table à manger pouvant accueillir 6 personnes, un espace cuisine avait été aménagé avec un réfrigérateur, un micro-onde et un coin café sur la gauche. Le plus de la salle de repos était la petite pièce attenante de 3 mètres carrés qui accueillait deux lits simples.

— Quelle nuit, soupira Maé, en s'allongeant sur le second canapé.

— À qui le dis-tu, compatis-je.

Elle et moi avons commencé notre internat ensemble. Issue d'un métissage Franco-vietnamien, son rêve était d'être titulariser là-bas. Je la trouvais très courageuse car elle avait toujours vécu en France avec ses parents. Dans sa famille, ils étaient tous dans le milieu médical et c'était donc naturellement qu'elle avait choisi cette voie. Je l'appréciais beaucoup pour sa dévotion et son altruisme.

— Je tuerai pour un latté noisette avec de la chantilly, poursuivit-elle avec envie.

— Laisse-moi deviner, tu as la flemme de descendre à la cafétéria.

— Bingo ! Puis, je préfère dormir un peu. Qui sait quand une nouvelle urgence arrivera.

— Je pensais que ce serait calme ce soir afin de travailler un peu sur ma thèse de fin d'étude.

— Pitié Mag's, ne m'en parle pas ! Je n'ai pas du tout avancé, gémit-elle.

J'éclatai de rire. Il en était de même pour moi. Ça me rassurait un peu de nous savoir dans la même galère.

— Très bien, dormons dans ce cas, c'est préférable.

— Hmm hmm, fit-elle.

Et juste comme ça, elle s'endormit. Mon cerveau lui était bien trop pollué par des pensées parasites. Je sortis mon téléphone dans l'optique d'écouter un peu de musique quand j'y découvris un message. Il était arrivé depuis 21h45.

« Merci ».

C'est tout ce qu'il y avait d'écrit. Confus, je fronçai les sourcils tout en analysant le numéro de téléphone. L'indicatif commençait par +39.

+39 ? L'Italie !

Le numéro de téléphone de Rafael étant enregistré dans mes contacts, ce message ne pouvait provenir que de Camille. Mais pourquoi ne l'avait-elle pas signé ? Je devais en avoir le cœur net. Je rédigeai rapidement un message à Rafael lui demandant de me confirmer que ce numéro appartenait bien à Camille puis je rangeai mon téléphone en soupirant. Pourquoi me remerciait-elle ? Si ça ne tenait qu'à moi, je n'aurais certainement pas organisé cette rencontre. Je ne voulais pas qu'elle me soit reconnaissante, ça me donnait l'impression d'être de son côté et si je l'étais, ça signifiait que je n'étais pas de celui d'Alec. Je faisais ça uniquement pour ma fille et rien d'autre. Je repris mon téléphone, décidé à mettre les choses au clair mais me ravisai tout à coup. Il serait préférable que Rafael me donne confirmation d'abord puis vue l'heure, ils étaient probablement endormis. Faisant preuve de bon sens, je déposai mon téléphone puis fermai les yeux, en espérant réussir à m'endormir.

C'est avec bonheur que je franchis le seuil de notre maison quatre heures plus tard. Il était 7h30. Déménager en banlieue allongeait mon temps de trajet mais en contrepartie, j'étais heureux de retrouver un semblant de verdure et de quitter la pollution, le bruit et les buildings du centre-ville après toutes ces années. La vie était bien plus paisible ici et surtout, cet environnement nous rappelait celui de nos maisons familiales avec Alec, ce sentiment était apaisant. Il est vrai qu'en ce moment, les lieux ressemblaient plus à un entrepôt d'entreposage qu'à une maison chaleureuse tant il y avait des cartons partout. D'ailleurs, j'avais demandé à Côme et Aria de commencer à ranger mais de tout évidence ces deux-là avaient fait tout autre chose. Je les rejoignis dans le séjour où tout le monde était attablé autour du petit déjeuner.

— Waouh visiblement, tu as eu une sacrée nuit, remarqua Côme en venant à ma rencontre.

On se fit notre petit « tchek » habituel pour se saluer. C'est idiot mais ce petit truc nous avait rapproché. Lors de nos premières rencontres à l'hôpital, j'avais beau essayer de lui faire la conversation, je n'avais en retour que des hochements de tête vague ou encore des réponses par mono syllabes. Par moment, je partais carrément dans de longs monologues au sujet de mon adolescence, du groupe, de nos concerts, de comment j'avais vécu à 18 ans ma paternité. Je ne désirais rien lui cacher afin de le mettre en confiance et le pousser à se livrer à son tour mais ça ne fonctionnait pas trop. Cependant, une chose m'avait encouragé à poursuivre et cette chose était son écoute. Même s'il n'en donnait pas l'air, il m'écoutait et même très attentivement car un jour, contre toute attente, il me demanda de but en blanc à quel âge j'avais compris que j'étais attiré aussi bien par les filles que par les garçons et la seconde question qu'il s'était décidé à me poser concernait l'état dans lequel se trouvait sa mère. Il m'avait demandé de lui expliquer ce qu'était qu'être dans le coma et ce que l'on pouvait ressentir. Suite à ça, nous avons commencé à discuter de plus en plus. Ce jour arriva où il me demanda comment il devait me considérer, c'est tout naturellement que je lui avais répondu « comme un ami ». Il m'avait alors enseigné leur façon de se saluer avec ses potes, c'était sa façon à lui de me montrer qu'il avait accepté notre amitié et j'en avais été plus qu'honoré.

J'embrassai ma fille et mon époux.

— Va vite te laver et rejoins-nous, me dit Alec. Je vais te préparer une omelette.

— Je peux en avoir une autre aussi s'il te plait Daddy ? demanda Aria en avalant sa dernière bouchée.

— Euh, moi aussi, fit Côme.

— Avec du fromage sur la mienne, ajoutai-je avec un petit sourire. Merci Mon amour, lui dis-je en filant sous la douche.

Le pauvre, pensai-je tout de même. Il devait cuisiner pour 4 désormais ! À mon retour une omelette fumante m'attendait, je l'attaquai de bon appétit.

— Comment se fait-il que les cartons n'aient pas diminué ? questionnai-je les principaux intéressés.

Aria me regarda d'un air innocent.

— C'est-à-dire qu'on avait prévu de s'y mettre mais il a fait tellement beau aujourd'hui ! commença-t-elle.

— C'était dommage de ne pas profiter de la piscine...termina Côme.

Alec pouffa de rire. Je secouai la tête, dépité. Ces deux-là n'avaient pas mis longtemps à s'entendre comme cul et chemise. Au dîner de rencontre, Aria était trop occupée à faire la tête à Drew pour faire la connaissance de Côme mais entre-temps, il y eut un changement radical aussi bien avec l'un qu'avec l'autre. La guerre froide avait pris fin, Aria et Côme s'étaient rapprochés. Je me demandais si les deux évènements étaient liés.

— Qu'il fasse beau ou pas, aujourd'hui c'est journée rangement. Vous avez tout l'été pour profiter de la piscine. Qui plus est, dans les cartons de l'entrée, il y a toutes les affaires de ta chambre Aria et toi Côme, tu n'as toujours pas défait tes valises.

Il me regarda étrangement une minute.

— Oui c'est vrai...je n'y arrive pas, déclara-t-il enfin.

Alec et moi échangeâmes un regard. J'avais peut-être été trop brusque. Je souhaitais juste qu'il se sente comme chez lui mais peut-être que cette idée l'effrayait et j'en comprenais les raisons.

— Mon grand, aussitôt que ta mère sera rétablie, tu retrouveras ton foyer avec elle. Vous serez de nouveau réunis, le rassurai-je. Défaire tes valises, n'est en rien définitif.

— Et si elle ne se réveille pas ? me demanda-t-il.

— Quoiqu'il advienne, tu auras toujours ta place ici parmi nous. La chambre que tu occupes maintenant est la tienne et elle le sera toujours, que tu repartes ou que tu restes, lui expliqua Alec avec un petit sourire.

— Je sais que ce que tu désires le plus est que ta mère se réveille et que tu puisses retourner vivre avec elle alors moi aussi, c'est ce que je te souhaite sincèrement mais sache que je te considère déjà comme un grand-frère et que je suis très heureuse que tu sois là, lui dit Aria à son tour.

Côme lui fit un petit sourire, il semblait ému.

— Merci à vous trois de m'avoir accepté et accueilli ainsi parmi vous. Je ressens la chaleur d'une famille et ça m'aide un peu à surmonter l'absence de ma mère. Pour être honnête, j'avais peur qu'en défaisant mes valises, je passe pour un mauvais fils. Un fils qui accepte un trop bien la situation, accepte trop facilement cette nouvelle vie...sans elle.

— Côme, on le sait. Ta mère peut se réveiller demain comme elle peut se réveiller dans un an, en attendant, je suis persuadé qu'elle voudrait que tu continues ta vie. Tu es encore si jeune, tu passes en 5e à la rentrée, ta vie est devant toi. Continuer d'avancer ce n'est pas l'oublier, au contraire, c'est lui rendre hommage. C'est lui dire que tous les sacrifices qu'elle a fait jusqu'à aujourd'hui pour te donner une belle vie et une bonne éducation ne sont pas vains. À son réveil, elle sera fière de savoir que tu as continué à rire, à apprendre, à t'amuser comme tu dois le faire, à vivre tout simplement. Une mère souhaite toujours le meilleur pour son fils et jamais elle ne te le reprochera.

— Merci Magnus. Tu as raison, je dois continuer d'avancer... pour elle.

Je lui fis un petit clin d'œil complice. Il était sensible mais en même temps fort, sans être borné. J'appréciais sa personnalité. Après le petit-déjeuner, Alec partit travailler tandis qu'Aria et Côme commencèrent à défaire cartons et valises. Ils étaient officiellement en vacances mais Alec et moi leur avions concocté un programme de révision scolaire qui démarrera officiellement la semaine prochaine. Une heure et demie, tous les jours sauf le week-end. Aria était habituée aux révisons pendant les vacances mais Côme lui, avait un peu râlé. Il m'avait expliqué que sa mère lui en imposait qu'à partir de la mi-août. Il allait devoir s'en accommoder, tant pis, après tout c'était pour son bien.

— Papa, la punition d'Aaron sera bientôt levée. Pourrons-nous lui rendre visite ? me questionna ma fille.

— As-tu oublié que tu étais toi-même punie ? lui demandai-je à mon tour, confortablement installé dans mon fauteuil Lounge Eames.

Aria avait écopé d'une punition classique, corvées et interdiction de voir ses amis pendant 3 longues semaines. Elle avait piqué une crise en disant que l'on restreignait injustement sa vie sociale...franchement, que ne fallait-il pas entendre ! D'une part, une punition n'en serait pas une si elle n'engendrait pas des restrictions et d'autre part, c'était complètement justifié.

— Mais tu as dit que je devais m'excuser, marmonna-t-elle.

— Très juste. Tu auras droit à un appel téléphonique dans ce cas.

— C'est pire que la prison, geignit-elle.

— Oh oui ! La piscine, le patio, le jardin, une chambre de 16 mètres carré avec dressing et salle d'eau. C'est clair que c'est le bagne ici pour toi ! fis-je avec ironie.

Côme éclata de rire. Je vis Aria lui balancer une couverture qu'elle venait de retirer d'un des cartons.

— Hey ! Ne passe pas ta frustration sur moi ! s'indignât-il.

On avait l'impression que Côme avait toujours fait partie de notre famille, ça paraissait étrange et en même temps complètement naturel. Mon téléphone bipa. C'était un message de Rafael. J'avais complètement oublié le mystère du numéro de téléphone.

De Rafael : Ciao Amigo. C'est bien son numéro, elle t'a contacté ?

De Magnus : Ciao Raf', en effet, elle m'a envoyé un message avec un simple « merci » d'écrit mais ne l'a pas signé. L'indicatif du numéro m'a mis sur la voix.

De Rafael : Je vois. Elle souhaite te remercier pour Aria j'imagine.

De Magnus : Elle n'a pas à le faire, je n'y suis pour rien. Je respecte juste la décision de notre fille.

De Rafael : C'est déjà beaucoup, compte tenu du passé. Camille est extrêmement nerveuse mais impatiente, elle compte les jours. Je suis heureux qu'elle puisse avoir une seconde chance, tu verras Mag's, c'est une autre personne.

Je soupirai longuement en lisant la dernière phrase de Rafael.

Camille était-elle vraiment différente ? Et si oui, cela changerait-il réellement quoique ce soit pour Alec et moi ? Le mal avait déjà été fait, il s'agissait maintenant d'avancer et de pardonner mais en étions-nous capables ? Surtout Alec, en était-il capable ? L'unique chose de positive si Rafael avait raison, était qu'Aria rencontrera la meilleure version de sa mère et n'aura pas à souffrir de ce qu'il s'est produit dans le passé. Je ne souhaitais pas qu'elle soit informée de la noirceur de sa mère, de ses crimes, de ses mauvaises actions. Elle se faisait un tel bonheur de la connaitre, de créer des liens. Elle avait tant d'attentes, tant d'espoir. Cette rencontre était d'une haute importance pour elle, si quelque chose se passait mal, ça la briserait.

De Magnus : Pourvu que tu aies raison Amigo...pour notre bien à tous.

De Rafael : Tout ira bien, on se voit dans 4 jours.

Je redéposai mon téléphone puis contemplai ma princesse insouciante et joyeuse qui était toujours en train de se chamailler gentiment avec Côme. Avais-je pris la bonne décision ? Au fond, je n'avais pas réellement eu le choix, la tristesse et la détresse de ma fille m'avaient profondément bouleversé. Mon cœur de père saignait quand elle était malheureuse, je ferai toujours tout pour son bonheur et malheureusement, son bonheur passait également par la présence de sa mère dans sa vie, c'était ainsi, nous devions l'accepter et faire en sorte que tout se déroule au mieux mais je ne pouvais pas m'empêcher d'être inquiet. Le retour de Camille allait forcément raviver des souvenirs douloureux pour Alec, je me sentais complètement démuni et ne savait pas comment l'aider surtout qu'il s'était refermé comme une huître ces derniers temps, faisant comme si tout allait bien mais ce n'était qu'une parade servant à masquer ses émotions. La vie ne cessait de nous mettre à l'épreuve, cependant, j'étais déterminé. Garder ma famille unie était mon unique préoccupation, je devais y arriver, quoiqu'il advienne.

PDV Alec

Sur le chemin de l'université, mes pensées avaient toutes le même objet : Le retour de Camille et de ce petit con de Rafael. Quatre jours. Dans quatre jours ma vie allait de nouveau devenir un enfer, je le savais, je le sentais. Des cauchemars recommençaient à me rendre visite les nuits. Magnus étant souvent de garde en ce moment, je parvenais à le lui cacher. Je parvenais à lui cacher l'enfer dans lequel je sombrais déjà petit à petit. Je me sentais seul et triste mais faisait comme si tout allait bien pour lui, pour Aria et aussi pour Côme qui avait besoin d'être dans un environnement stable, un environnement familial rempli d'amour, de compassion, d'entente sauf que j'avais l'impression d'être un imposteur. Au fond de moi, il n'y avait que colère, désarroi et peine. Évidemment, il y avait aussi de l'amour car j'étais toujours aussi fou amoureux de Magnus et Aria, je l'aime comme ma propre fille mais tout le monde le sait, le sang est plus épais que l'eau et le retour de Camille dans nos vies le confirme bien. J'ai beau avoir élevé Aria depuis sa naissance, l'avoir aimé de toute mes forces, de toutes mon âme, je n'ai pas réussi à combler le manque laisser par l'absence de sa mère, contre les liens du sang, j'étais inéluctablement perdant et cela, dès le départ.

Je me garai sur le parking puis attrapai ma mallette à l'arrière quand j'entendis toquer à ma vitre. Je fis un léger sursaut. David, debout de l'autre côté éclata de rire, je descendis légèrement gêné.

— Toutes mes excuses, je vous ai effrayé, dit-il toujours tout sourire néanmoins.

— C'est ça, la culpabilité te ronge, cela se voit, lui répondis-je d'un ton narquois

— C'est juste que votre petit sursaut était très drôle et plutôt mignon.

Je le regardai d'un air interdit. Mignon ?

— Euh, tu désirais me voir, repris-je en me raclant la gorge.

J'avais de nouveau cette sensation étrange qu'il me draguait un peu mais en même temps je n'en étais pas certain. J'avais toujours été très nul pour détecter ce genre de chose, si cela se trouve il se montrait juste sympathique.

— Pas spécialement, je vous ai vu sur le parking en arrivant et suis venu vous saluer. Votre problème de la dernière fois a été réglé ? Nous n'avons pas pu discuter depuis.

— Oh, oui...ça va maintenant, plus de peur que de mal.

— Ravi de l'entendre. Je me disais que cela avait été sympa de converser autour de la littérature l'autre jour, peut-être pourrions-nous recommencer mais dans un endroit moins formel que l'université. Il y a un bar très tendance en roof top pas très loin d'ici. Il est très fréquenté par les étudiants et même par des professeurs. Le jeudi soir, il y a une scène ouverte pour slamer, chanter, faire du stand-up et le vendredi, il y a des lectures de romans. Je suis sûr que ça vous plairait !

— Waouh, il y a un tel endroit près d'ici ? fis-je réellement intéressé.

— Absolument ! Donc si ça vous dit un soir...

Cela faisait bientôt un an que j'exerçais dans cette université mais il est vrai que je n'avais jamais pris le temps d'en découvrir les alentours car après le travail, ma priorité était de récupérer Aria puis de la conduire à ses leçons de piano ou autres activités. Dorénavant, je risquais d'avoir plus de temps libre...peut-être devrais-je commencer à me trouver des occupations et sympathiser un peu plus avec mes collègues et quelques étudiants. Après-tout, ma vie tournait essentiellement autour de Magnus et d'Aria, ce serait une bonne chose pour moi d'avoir mon propre cercle...je n'en avais pas spécialement envie mais quelque chose me disait que ça me ferait du bien.

— C'est d'accord pour moi. Que dis-tu de ce vendredi ? lui proposai-je aussitôt.

Pile le jour de l'arrivée de Camille. Il est certain qu'elle rencontrera Aria et Magnus dans la soirée, je ferai mieux d'être occupé ailleurs. Quant à Côme, il était prévu qu'il passe la soirée chez Victor avec Drew.

— Parfait pour moi ! Vous verrez, vous allez adorer l'endroit, me dit David avec enthousiasme.

Un sourire sincère se dessina sur mon visage, sa bonne humeur était communicative, j'étais impatient d'être à vendredi tout à coup et d'échapper un peu à mon quotidien morose.

Fin du chapitre.