Coucou tout le monde ^_^ ! Voici le chapitre suivant.
Shaniice : Coucou toi! Merci pour ta magnifique review sur le chapitre précédent! Je suis heureuse d'avoir pu te toucher en te faisant ressentir les émotions d'Aria, c'était mon objectif de pouvoir décrire au mieux ce moment important de sa vie afin de le partager avec vous mes chers lecteurs et chères lectrices surtout ;). Lol oui, Camille deviendrait presque sympathique. Alors, je suis ravie que tu ne détestes pas David pour le moment. Hâte de voir si ton opinion sur lui changera hihi! Merci encore et à bientôt!
Orlya : Hello toi! Un grand merci pour ta dernière review que j'ai énormément pris plaisir à lire ;) J'ai bien rigolé aussi quand tu m'as précisé que tu avais laissé en plan ce que tu faisais! Merci! Ça me touche vraiment et m'honore aussi alors merci mille fois. Je partage ton avis, Alec est dans un état émotionnel qui ne rassure pas vraiment, il est pommé en ce moment. Il me tarde de savoir ce que tu penseras de ce nouveau chapitre, je n'en dis pas plus! à bientôt!
Natty Caro : Coucou toi! Merci pour ta dernière review qui m'a bien fait sourire car je m'excuse d'avance mais notre couple Malec n'est pas encore sorti de la tempête qui se prépare, en revanche ne t'en fais pas trop pour la fin, elle n'est pas encore écrite mais l'amour gagnera toujours dans la fiction ;) à bientôt!
Bonne lecture à tous!
Chapitre 16 – Il était une fois, une nuit.
PDV Alec
Installé à notre table en compagnie de David, j'essayais de me concentrer sur la lecture des Hauts de Hurlevent d'Emily BRONTË. Ce classique de la littérature du XIXe siècle était indétrônable, je le connaissais par cœur évidemment. Une histoire d'amour et de vengeance dans un paysage sauvage de l'Angleterre avec cette célèbre phrase de Catherine connue de tous : « De quoi que soient faites nos âmes, la sienne et la mienne sont pareilles ». Catherine et Heathcliff un amour impossible et malheureux mais si puissant et magnifique. Ce chef d'œuvre décortique l'âme humaine et nous plonge avec passion dans la psychologie d'un homme amoureux, torturé par le chagrin, animé par la colère et la haine. Ces sentiments, je les comprenais que trop bien en ce moment...chagrin, colère, haine.
J'étais peiné à cause de l'accusation de ma fille de ce matin. Avais-je été si désobligeant envers elle ? Tout au plus préoccupé c'est vrai mais de là à la faire pleurer...je ne comprenais pas, jamais je ne l'aurai blessée intentionnellement. J'étais en colère à cause de ma dispute avec mon époux. Sa façon de me demander des explications avait été juste été insupportable, à croire que j'avais été jugé coupable avant même de pouvoir me défendre ! Quant à la haine, elle n'était animée que par une seule personne : Camille MILANO. Il y a quelques jours, Magnus m'avait demandé de les accompagner au dîner de ce soir pour le soutenir lui et aussi être présent pour Aria. Il m'avait dit que ma place était à leur côté et il n'avait pas tort mais j'avais tout simplement refusé, ça avait été plus fort que moi. À ce moment-là, j'avais réalisé que l'amour pourtant si fort que je ressentais pour ma famille ne faisait pas le poids face à la haine que j'éprouvais toujours pour Camille. Les années avaient passé mais j'en étais toujours au même point et ça en était pathétique. Pourquoi ressentais-je ça ? Moi qui désirais tant tourner la page. Était-ce parce que j'estimais au final n'avoir jamais pu obtenir justice pour tout le mal qu'elle m'avait infligé ? Avais-je soif de vengeance aujourd'hui alors que ça n'avait jamais vraiment été dans mon tempérament ? Au fond, je pense que je ressentais surtout un sentiment d'injustice plus que je vengeance. Oui, je trouvais injuste qu'elle ait une seconde chance avec Aria après toutes les horreurs qu'elle avait commises, injuste qu'elle revienne dans nos vies, injuste que Magnus ait accepté, injuste qu'Aria ait envie de la connaitre, injuste que ma famille ne me choisisse pas moi...
—nSi la lecture vous ennuie, nous pouvons aller ailleurs, me proposa David qui me regardait en ce moment avec une légère inquiétude.
Je pris une minute à comprendre ce qu'il me disait tant j'avais été absorbé par mes sombres pensées. Tout ce que je voyais était ses yeux couleurs noisette qui m'observaient, le pli d'inquiétude qui s'était formé entre ses sourcils, la petite moue que faisait sa bouche. Je n'y avais jamais prêté attention mais David était plutôt mignon en fait, il faisait partie de ces mecs intellos adeptes du style polos et mocassins, pas du tout mon genre mais il dégageait indéniablement un certain charme et un certain charisme.
— Alec ? Vous-allez bien ? me demanda-t-il de nouveau.
Je repris contenance.
— Excuse-moi David, j'avais l'esprit ailleurs.
— Hmm oui, je l'avais remarqué. Si vous souhaitez vous en allez...
— Pas du tout, je t'assure que j'apprécie cette soirée, c'est juste que j'ai pas mal de chose en tête en ce moment.
— Je comprends. Si vous désirez en parler, sachez que je sais être de bonne écoute et de bons conseils.
Je souris.
— Et si on commençait par laisser de côté les formalités ? Je ne suis pas ton professeur ce soir mais disons plutôt un ami avec qui tu es sorti boire un verre et écouter une lecture de roman. Peux-tu arrêter de me vouvoyer ?
Il souria à son tour.
— C'est tout à fait dans mes cordes ! accepta-t-il.
— Parfait. Ça te dit de commander des shooters ? Peut-être qu'après je te dévoilerai une partie de ces pensées qui me perturbent.
— Je ne te pensais pas capable de boire plus que le Monaco que tu as commandé il y a une heure de ça et que tu n'as toujours pas terminé soit dit en passant, se moqua-t-il gentiment.
—En temps normal je ne le serai pas effectivement ! rigolai-je. Disons que ce soir est exceptionnel.
— Est-ce moi qui rend cette soirée si exceptionnelle ? me questionna-t-il en me faisant un clin d'œil.
Je pensai aussitôt à Magnus en le voyant faire. Je me demandais comment se passait les choses de son côté. Nous n'avions pas l'habitude de sortir l'un sans l'autre, ce soir était vraiment une soirée particulière et j'espérais que ce ne serait que ça, une exception dans nos habitudes.
— Entre autres chose...répondis-je distraitement à David. Ça fait un moment que n'ai pas fait ça, sortir entre potes, sans mon époux, ça me fait étrange.
— Étant donné que tu as abordé le sujet, je dois admettre que je suis très curieux. Combien de temps êtes-vous mariés tous les deux ?
— Ça fera 9 ans cette année.
David écarquilla les yeux, il était surpris. Je le vis avalé une gorgé de son verre de vin blanc en réfléchissant.
— Je me demande ce qui peut bien pousser au mariage à dix-huit ans, commenta-t-il franchement perplexe.
— L'amour, lui répondis-je en haussant les épaules.
— Oh mais bien sûr ! Que suis-je bête ! plaisanta-t-il.
— Je sais que ma réponse est clichée mais c'est la pure vérité. Je suis tombé amoureux de Magnus alors que je n'étais encore qu'un adolescent et dès cet instant, j'ai su qu'il serait l'homme de ma vie. Les années et certaines choses que l'on a vécu n'ont fait que le confirmer. Pourquoi attendre quand on sait que l'on a trouvé la bonne personne ? Je ne m'imaginais pas vivre sans lui, il était mon Heathcliff, mon Darcy, mon Roméo. Je le voulais rien qu'à moi et je désirais faire de lui mien. L'âge importait peu à cet instant-là, seul être lié à l'amour de ma vie pour toujours avait de l'importance.
David resta silencieux mais me regardait étrangement, je me demandais à quoi il pensait.
— Excuse-moi, je suis un peu passionné quand je parle de lui...
— En effet tu l'es et honnêtement je trouve ça...
Il ne termina pas sa phrase.
— Laisse-moi deviner. Pour un jeune homme comme toi qui se demande pour quelles raisons l'on peu se marier à 18 ans, j'imagine que tu trouves tout ça un peu grotesque.
David me fit un petit sourire en coin.
— Tu te fourvoies car j'allais dire que je trouvais tout ça plutôt...torride. Je t'ai trouvé très torride à l'instant en t'entendant parler de tes sentiments. Pour être honnête, je ne suis pas familier à tout ça, je n'ai jamais été amoureux...
C'était à mon tour d'être surpris, même si mon cerveau avait déjà un peu court-circuité en l'entendant dire qu'il m'avait trouvé torride...
— Pas de béguin de collège ni d'amourette au lycée ? le questionnai-je.
— Non. Jamais personne n'a éveillé mon intérêt.
— D'accord mais ça fait deux ans que tu es à l'université maintenant. Ne me dis pas que personne ne t'a tapé dans l'œil ! le charriai-je.
— Il n'y avait personne en effet, du moins jusqu'à peu...me confessa-t-il.
— J'imagine que ça doit te faire étrange de découvrir tous ces sentiments maintenant. Je sais aussi que ça peut être déstabilisant alors si tu as besoin de conseil ou si tu souhaites tout simplement en discuter, je suis là.
David soupira puis pris une nouvelle gorgée de son verre.
— On verra...bon, je vais commander les shooters, je reviens, m'informa-t-il en se levant aussitôt.
Mince, avais-je été trop intrusif ? Ou l'avais-je mis mal à l'aise ?
Je terminai mon Monaco — qui n'avait plus trop de goût, — en attendant le retour de David. La lecture des Hauts de Hurlevent avait pris fin et progressivement, l'ambiance s'était transformée. Un DJ avait pris possession de la scène et commençait à mixer. David revint à notre table avec un plateau plein à craquer de verre à shooters qui n'attendaient qu'à être descendus.
— Ça te dit qu'on se déplace vers les banquettes du fond ? À cause de la musique on ne pourra bientôt plus s'entendre.
— Ça marche lui dis-je en le débarrassant du plateau. Attrape nos affaires !
Quelques instants plus tard, nous étions installés un peu plus au clame puis sans perdre de temps, David attaqua les shooters.
— C'est toi qui a choisi l'assortiment ? lui demandai-je
— Non c'est le barman, je ne m'y connais pas vraiment en mélange, en revanche, je suis assez doué pour les boire, rigola-t-il.
— Celui que tu viens de prendre s'appelle Washington Apple. C'est un mélange de whiskey canadien, de liqueur de pomme et de jus de Cranberry, lui expliquai-je avec fierté.
— Tu viens de l'inventer n'est-ce pas ? fit-il sceptique.
— Absolument pas ! J'ai des compétences en la matière. Faisons un test. Bois celui-là. Je te dis ce qu'il y a dedans et toi, tu me dis si tu retrouves les saveurs, lui proposai-je en lui tendant un shooter de couleur brun clair.
Il me le prit des mains puis attendit.
— Je t'écoute Mr je suis devin...
Je rigolai.
— Baileys, liqueur Amaretto et liqueur de café, lui dis-je.
Il huma le verre puis l'avala cul sec. Peu à peu une petite moue se dessinait sur son visage tandis que j'essayais de ne pas éclater de rire devant son air dépité.
— Alors ? le narguai-je.
— Tu m'as dit que tu n'en buvais pas habituellement ! m'accusa-t-il.
— Voyons David, tu me déçois. Est-ce vraiment la seule façon de s'y connaître ?
— Ben la plus rapide en tout cas, argumenta-t-il en haussant les épaules.
Je rigolai de nouveau.
— Pour tout te dire, mon beau-père possède une boîte de nuit et pendant nos étés quand nous étions au lycée, ça lui arrivait de nous enseigner la mixologie, à moi et à mes amis. D'ailleurs, il m'est arrivé une ou deux fois de travailler au bar.
— Je comprends mieux. Ton beau-père. Le père de ton cher et tendre ?
— Exactement.
— En tout cas, il était très bon ce shooter, j'ai adoré. Comment s'appelle-t-il ? me demanda-t-il en prenant un autre verre.
— Orgasme.
Il manqua de s'étrangler ce qui me fit éclater de rire.
— Ah ah très drôle, railla-t-il en essuyant un filet d'alcool qui avait coulé sur son menton.
— Je te promets que c'est le nom ! me défendis-je, toujours hilare.
David m'observa un moment puis un sourire nostalgique apparut sur son visage.
— Qu'il y a-t-il ? lui demandai-je.
— C'est juste que je me disais que je ne t'avais jamais encore vu ainsi. Enjoué, taquin et insouciant. Tu as toujours ton masque impassible de professeur habituellement. Ne te m'éprend pas, comme professeur je te trouve génial tu le sais mais j'aime aussi cette facette de toi.
Je pris un verre, le descendis cul sec puis enchaina avec un second.
— À vrai dire, ça faisait longtemps que je ne m'étais pas senti comme ça également et honnêtement, ça me fait un bien immense...tu n'imagines même pas.
— Dans ce cas, continuons à boire, et faisons-en sorte d'oublier tous nos soucis ce soir !
—Oh, parce que toi aussi tu en as ?
— Oui, et un de taille...tu n'imagines même pas.
— C'est à cause de la personne dont tu es en train de tomber amoureux ? devinai-je.
— Comment...comment le sais-tu ? s'étonna-t-il.
— Une intuition. Le premier amour n'est jamais simple, j'en sais quelque chose.
— Toi ? Vraiment ? Mais tu as épousé ton premier amour à 18 ans ! En quoi les choses ont-elles bien pu être difficiles ?
Je soupirai lourdement.
— C'est une très longue histoire, je te préviens.
David me tendit un autre shooter, puis en prit un pour lui.
— Nous avons la nuit devant-nous, me dit-il en entrechoquant nos verres.
— Dans ce cas, à la nôtre ! lui répondis-je en me laissant enivrer par l'ivresse de l'alcool et de la nuit de liberté qui s'offrait à moi.
PDV Magnus
Je consultai l'heure sur ma montre déjà 21h55. Demain je commençais mon service à 6h30 et avais envie de rentrer à la maison sauf qu'Aria ne semblait pas pressée de quitter sa chère mère.
Camille...Camille...Camille.
Honnêtement, elle était méconnaissable ou du moins, elle était redevenue elle-même, la Camille dont j'étais tombé amoureux à l'époque, la Camille stable, sociable, pétillante et pleine d'humour. Il y avait aussi une chose qu'elle semblait accepter dorénavant et c'était sa sensibilité. Il ne semblait plus y avoir de barrière ou de masque de protection, elle semblait ne plus avoir peur de se mettre totalement à nu. La voir fondre en larmes dans les bras d'Aria avait été une scène choquante et en même temps — il fallait l'admettre— touchante.
Quant à moi, je ressentais des émotions, disons...complexes. Déjà, revoir Camille après toutes ces années étaient douloureux car évidemment, sa présence faisait remonter des souvenirs que je souhaiterais oublier. L'agression d'Alec, le kidnapping d'Aria. Tous ces souvenirs nourrissaient mon enfer personnel, sans parler de toutes les conneries qu'elle avait faites durant la grossesse me générant stresse, angoisse, colère, désarroi et j'en passe. Ce dîner était une torture que j'endurais uniquement pour ma fille. Pour elle j'accepterai tout, je ferai fasse aux pires souffrances si cela me permettait de la voir sourire et ce moment, elle souriait. Voir son bonheur me remplissait de joie...c'était dur, très dur mais ça en valait la peine, elle en valait la peine. Parfois, j'avais l'impression de devenir fou à force de ressentir toutes ces émotions contradictoires. Je ne savais pas quoi faire et pour couronner le tout, Alec et moi nous étions disputés ce matin et depuis, à part son message me prévenant qu'il rentrera tard, je n'avais eu aucune nouvelle. C'était la première fois qu'il sortait de son côté et honnêtement, je me sentais abandonné par lui et cela, au pire moment. Alors oui, je savais que la situation était horriblement difficile pour lui à accepter, je le comprenais tellement ! Si seulement il savait à quel point je le comprenais mais je ne m'attendais pas à ce qu'il se défile au final. Je pensais qu'on serait unis et qu'on affronterait ça ensemble mais il en avait décidé autrement et cela, je l'avais compris dès l'instant où il avait refusé de nous accompagner ce soir. J'ai toujours été son roc mais ce soir j'avais besoin qu'il soit aussi le mien, car pour moi aussi les choses étaient difficiles et j'avais la sensation qu'il s'en moquait royalement, j'avais la sensation qu'il était le seul à souffrir, le seul à subir, le seul à se sentir incompris et c'était injuste.
— Dis-le si on t'ennuie Amigo, me taquina Rafael.
— Oh excuse-moi... tu m'as posé une question ?
— Je te demandais si t'accepterait qu'on se revoie demain soir, rien que tous les deux, histoire de rattraper le temps perdu.
— Oh, eh bien, je ne peux pas te le promettre. Je termine mon service à 21h30 puis Aria et Côme sont en vacances alors, j'aimerais qu'on puisse passer du temps en famille avec eux.
— Qui est Côme ? me questionna aussitôt Camille.
Je pris une gorgée de mon verre de vin. C'était la première fois de la soirée qu'elle s'adressait directement à moi et honnêtement, je n'avais aucune envie de lui parler ou de lui fournir des explications.
— Il est super ! intervient ma fille. Côme est un peu un grand-frère pour moi. En fait, Daddy et Papa ont accepté qu'il vive avec nous un certain temps car sa mère se retrouve dans le coma suite à un accident de voiture... c'est l'unique famille qui lui reste.
— Toujours l'âme d'un samaritain à ce que je vois, commenta Rafael.
— Disons que je l'ai fait pour rendre service à un ami dans un premier temps mais il est vrai que ce gamin est super et avait besoin d'être entouré. Au final, il apporte beaucoup à notre famille. C'est comme s'il avait toujours été parmi nous. Aria et lui se chamaillent comme de véritable frères et sœurs, rigolai-je en caressant les cheveux de ma fille.
Celle-ci étouffa un bâillement. Ce signe fut accueilli par moi comme le messie.
— Je pense que nous allons rentrer, il se fait tard puis Aria a eu une grosse journée aujourd'hui.
— Il est vrai que je suis fatiguée, me confirma-t-elle en appuyant sa tête contre mon épaule.
Je vis Rafael prendre la main de Camille dans la sienne puis y déposer un léger baiser. Il était toujours autant amoureux d'elle, ça crevait les yeux mais du côté de Camille, j'avoue que j'avais du mal à savoir si c'était réciproque. J'espérais que oui, pour Rafael évidemment.
— Quand pouvons-nous nous revoir Maman ? demanda néanmoins ma fille.
Elle était épuisée mais ne perdait pas le Nord.
— Eh bien, quand tu le souhaites ma chérie, lui répondit-elle. Je suis revenue uniquement pour toi alors je t'accorderai tout le temps que tu voudras.
Aria était aux anges. Camille savait exactement quoi lui dire.
— Papa, c'est possible demain ou après-demain ?
Je ne souhaitais pas lui refuser catégoriquement mais en même temps, on devait prendre le temps d'organiser les choses et surtout ne pas se précipiter.
— Ma princesse, on s'organisera. N'oublie pas que tu as les cours d'été...
Bon, un peu plat comme excuse.
— Tu la fais travailler même pendant les vacances ! s'exclama Rafael.
Je levai les yeux au ciel.
— Et alors ? lui répondis-je.
Je sentais le regard de Camille posé sur moi, elle n'avait pas intérêt à faire le moindre commentaire sur ma façon d'éduquer notre fille. Rafael adorait me taquiner donc j'acceptais ses remarques mais Camille c'était autre chose.
— C'est plutôt une bonne chose oncle Rafael, me défendit ma fille. Puis j'y suis habituée, Daddy et Papa m'en donnent chaque été. J'entre au collège à la rentrée, ces cours sont d'autant plus importants.
Je vis Camille attraper son verre de vin, prête à boire mais s'arrêter à mi-chemin.
— Attends, le collège ? s'étonna-t-elle. Tu devrais passer en classe de CM2 si mes calculs sont exacts.
— Elle saute une classe, annonçai-je pour couper court aux interrogations inutiles.
C'était vraiment défoncer une porte ouverte. Comme si la réponse n'était pas suffisamment évidente...
— Bien, nous allons rentrer maintenant, il se fait tard. On s'organisera pour la prochaine rencontre, je vous contacterai.
Je tenais à rappeler — à Camille surtout, que c'était moi qui déciderai de quand, où et comment elle reverra Aria. Il était hors de question qu'elle pense avoir ce droit. Même si elle semblait avoir changé, je devais continuer à la tester et à l'avoir à l'œil. Je ne lui faisais pas confiance.
Vingt minutes plus tard nous quittâmes enfin le restaurant et nous mîmes en route pour la maison.
— Alors heureuse ? demandai-je à ma fille pour la forme.
Son bonheur était palpable.
— Extrêmement. J'ai imaginé ce moment un millier de fois, j'en ai rêvé et ça y est mon rêve s'est réalisé. C'est encore un peu irréel, je dois prendre le temps de réaliser mais je suis heureuse d'avoir rencontré Maman, d'avoir pu la voir, lui parler, la toucher. Elle est très belle, j'adore son accent italien et j'ai réalisé que j'avais sa bouche ! Toi et moi nous nous ressemblons énormément alors je me suis toujours demandé si j'avais pris quelque chose d'elle.
— Ça ne te plait pas de ressembler à ton père si séduisant ? plaisantai-je.
— Bien sûr que si ! Mais...enfin tu me comprends, explique-t-elle à demi-mot et en baillant.
— Nous avons encore un peu de route, tu peux t'assoupir si tu le souhaites, je te réveillerai.
— Non, je peux tenir. Je ne veux pas te laisser seul. Il est tard et je sais que toi aussi tu es fatiguée, ça peut être dangereux.
— Je vois que tu as bien retenu tes cours des bonnes conduites à adopter sur la route. Merci mon ange mais ne t'en fais pas, ton père est très résistant.
— Oui, je le sais. Euh...Papa, ce soir...est-ce que revoir maman t'a fait souffrir ? me questionna-t-elle tout à coup.
Sa question me prit totalement au dépourvu.
— Pourquoi me demandes-tu cela ? Avais-je l'air d'aller mal ?
— Eh bien, pas vraiment mais j'ai remarqué que tu l'as ignoré toute la soirée.
— Et moi qui pensais avoir été discret, marmonnai-je.
— Ce n'était pas dérangeant ou autre, je l'ai juste remarqué mais il est vrai que je me pose encore plus de questions. C'est vrai, maman est tellement super, je me demande ce qu'il a pu se produire dans le passé pour qu'aujourd'hui, Daddy et toi la détestez...
— Ma princesse, ta mère a eu une période sombre psychologiquement, d'où son internement tu le sais ça. La Camille de ce soir m'a rappelé nos débuts...ces moments où j'étais heureux et amoureux d'elle mais il y aussi une autre réalité et celle-ci, je ne peux pas l'oublier.
— Mais si c'était à cause de la maladie, pourquoi ne pas lui pardonner aujourd'hui alors qu'elle est guérie ? Ne trouvas-tu pas ça injuste de nourrir de la rancœur envers quelqu'un qui a commis des erreurs alors qu'elle n'était pas dans son état normal ?
Je soupirai légèrement. Il était bien trop tard à mon goût pour une conversation aussi grave.
— Écoute, il est normal que tu poses des questions et que tu défendes ta mère mais l'histoire tu ne l'as connait pas. Alors oui, il est vrai que Camille a eu des problèmes psychiatriques mais je peux t'assurer que certaines de ses actions du passé ont été menées alors qu'elle était en pleine possession de ses facultés. Ces actions-là ont été animées par autre chose que la folie ou la démence.
— Quel en était le moteur alors ?
— La jalousie...
— La jalousie ? Mais de qui était-elle jalouse ?
Je regrettai aussitôt d'en avoir trop dit.
— Mon Amour, s'il te plait ! Je t'en ai déjà dit plus qu'il n'en faut.
— Mais Papa allez ! Pourquoi ne pas tout me raconter ? Daddy et toi en faites tout un mystère ce qui ne fait qu'accroitre ma curiosité.
— Déjà, si ça ne tenait qu'à ton Daddy, crois-moi, il t'aurait déjà tout raconté et en détails mais je ne le veux pas. C'est pour ton bien. Tu sais, quand on aime quelqu'un comme toi tu aimes ta mère, quand on a une certaine image de cette personne et que l'on vient à apprendre qu'au final, cette personne n'est pas si parfaite et a pu commettre certaines actions immorales, ce brusque retour à la réalité est très difficile.
— Alors, tu préfères me laisser vivre dans mon monde d'illusion ?
— Non. Je veux que tu connaisses la vérité mais je veux aussi qu'elle te soit révélée par l'auteur des faits. Imaginons un scénario inverse. Imaginons que tout le monde autour de toi te dit que moi, ton père que tu aimes tant, ait commis certains actes immoraux dans le passé. Imaginons que quelqu'un en qui tu as confiance comme par exemple oncle Victor ou ta tante Clary, se propose de tout te révéler à mon sujet. Quelle serait ta première réaction ?
— Je refuserais d'écouter ! répondit-elle sans hésitation.
— D'accord ce serait ta réaction primaire, celle animée par la colère et le déni mais une fois calmée et après y avoir réfléchis, qu'aurais-tu fait ?
— Hmmm, je serai probablement venu t'en parler car si ce que l'on raconte est vrai, je pense que je préférerai l'entendre de toi plutôt que d'une autre personne.
— Exactement. Qui révèle la vérité peut paraitre sans importance car pour beaucoup, seule la faire éclater au grand jour compte, et ce peu importe la manière mais c'est faux. Il y a une façon de révéler les choses, surtout celles qui peuvent blesser et cette façon est importante dans le processus d'acceptation. Si c'est trop brutal, les répercussions seront forcément terribles pour celui qui est concerné par cette vérité. Je ne dis pas qu'au moment venu, ta mère aura forcément la bonne méthode pour te raconter son passé mais rien que le fait d'apprendre ces choses-là d'elle, sera un traumatisme en moins pour toi.
— D'accord, je comprends Papa. Merci d'avoir pris le temps de m'expliquer tout ça.
— De rien Mon cœur.
Je n'avais pas craqué en lui dévoilant tout et étais fier de moi. C'était la bonne décision. Évidemment, Alec avait raison. Si on dévoilait la vérité à Aria nous-mêmes, probablement qu'elle détesterait sa mère et refuserait de la revoir, au final, on aurait réussi à éjecter Camille définitivement de nos vies mais à quel prix ? Ma fille serait anéantie et d'autre part, je suis sûr qu'elle nous en voudrait. Aujourd'hui, elle comprend que notre désir n'est pas de lui cacher la vérité mais de la protéger. Elle comprend aussi que cette lourde tâche revient à Camille et pas à Alec et moi. Je me sentais rassuré, cette conversation fut bénéfique finalement.
On arriva à la maison et à ma grande surprise, mon homme n'était toujours pas rentré. Il était déjà 23h45 et aucun message...
— Et Daddy ? me demanda Aria. Je voulais m'excuser pour ce matin...
— Les excuses seront pour demain Mon ange. Tu seras probablement endormi quand il rentrera.
— Tout ira bien entre vous n'est-ce pas ? s'inquiéta-t-elle.
— Mais bien sur que oui, ce n'était qu'un petit désaccord ce matin. Tu sais bien que ton père et moi sommes rarement en conflits, tout ira bien. Allez, douche puis au lit, je viens te border dans un instant.
— D'accord. Merci pour aujourd'hui Papa, je t'aime fort.
— Je t'aime aussi ma princesse, lui dis-je en la serrant dans mes bras. Je t'aime, très très fort.
Elle monta se préparer pour la nuit. Je sortis mon téléphone et le consultai. Toujours pas de nouvelles. La vérité est que je n'étais pas si détendu que ça. La dernière fois qu'Alec avait agi ainsi, c'était quand il avait eu du mal à s'adapter à sa nouvelle vie avec Aria et moi. Il avait fui la maison en passant son temps avec les membres du club LGBTQ+ du campus. En compagnie de qui était-il ce soir ? Que faisait-il ? Une lecture de roman ne durait tout de même pas toute la nuit ? Il me rendait fou !
Soupirant de frustration, je me décidai à lui écrire.
De Magnus : Aria et moi venons de rentrer. Tout va bien ? Quand rentres-tu à la maison ? Tu nous manques.
Je l'envoyai puis attendis. Au bout de dix minutes voyant que je n'avais toujours pas de réponse, je me décidai à l'appeler. Il ne décrocha pas.
Tant pis, je vais le laisser respirer, il en a surement besoin, pensai-je en déposant mon téléphone.
Son absence et son silence me faisait mal à en crever mais je le comprenais, il le fallait de toutes les façons. Résigné, je montais border ma fille puis à mon tour, filai sous la douche. Une fois dans le lit, j'essayai de trouver le sommeil, qui de toute évidence, ne s'annonçait pas du tout réparateur.
Fin du chapitre.
