Bonjour à tous! Voici la suite!

Shaniice : Hello toi! MDR, ta review m'a bien fait rire, surtout ton commentaire sur Alec au fond de la piscine! Le pauvre, il n'est pas très apprécié en ce moment quand je lis toutes les reviews et je ne pense pas que ce chapitre aidera. Hâte de lire ce que tu en as pensé ;) à bientôt!

Chelestra : Coucou toi! Oui la rencontre entre Camille, Alec et Rafael risque d'être intérressante, je te laisse découvrir ça dans ce chapitre ;) Ne t'en fais pas pour Magnus, il est gentil et amoureux mais pas idiot comme tu le verras ;) merci pour ta jolie review! À bientôt!

Natty Caro : Coucou! Je pense que ce nouveau chapitre te fera passer par pas mal d'émotions! Hâte de lire ce que tu en as pensé et ne t'en fait pas trop pour Alec, il n'est pas à ce point idiot normalement lol

Margaux : Hey coucou toi et bienvenue! Je me suis éclatée à lire tes reviews! J'adore comment tu vis la fiction, c'est vraiment appréciable. MDR le commentaire d'Alec qui ne s'est pas brossé les dents après avoir vomi! J'y ai pensé aussi en écrivant cette partie XD! Un grand merci à toi d'apprécier mon travail! Alors, je m'excuse d'avance mais je pense bien qu'Alec continuera à t'agacer dans ce nouveau chapitre! Hâte de lire ton retour ;)

Newmoon3012 : Hello toi! Voici le nouveau chapitre, qui est plus long que les autres! Tu découvriras peu à peu si Camille à réellement changé ;) Une chose est certaine, entre elle et Alec, les choses ne vont pas se passer sereinement, surtout que ce dernier est remonté comme une pendule en ce moment! Merci pour ta review! à bientôt!

Orlya : Coucou toi! Merci pour ta review! Oui Alec ne pourra pas fuir bien longtemps et concernant David, il est entrain de jouer à un jeu dangereux mais trouve en lui ce dont il a besoin en ce moment. Ça peut être difficile à comprendre, je l'admets mais Alec passe par des sentiments complexes, c'est un peu comme la crise d'ado ou de la quarantaine, il ressent le besoin de faire les choses pour lui après toutes ces années où au final, il n'a pas réellement pensé à lui. Alors oui , le timing est très très mauvais mais faisons lui confiance, il se reprendra!

Merci encore de votre soutien !

Chapitre 18 – Faire face.

PDV Alec

C'était forcément une blague ! Et de très de mauvais goût ! Il fallait que l'on tombe sur eux précisément aujourd'hui ! Non pas qu'un autre jour aurait fait l'affaire, mais là, j'étais seul avec Aria et Côme, sans Magnus pour me tenir la main et m'aider à affronter l'horrible situation qui allait suivre. C'était mauvais...très mauvais. Mon cœur battait furieusement dans ma poitrine et mes mains commençaient à trembler légèrement. Mon instinct me dictait de fuir car je ne voulais pas craquer devant les enfants et surtout pas devant ma fille. Je sentais que mes nerfs n'allaient pas résister à cette rencontre mais malheureusement, mes jambes refusaient de bouger. J'observais Camille de loin qui m'observait elle aussi. Elle m'observait moi, elle observait Aria, elle observait nos mains qui se tenaient toujours, son regard semblait stoïque...impénétrable... sauf pour moi. Je la connaissais que trop bien, je connaissais cet air qu'elle arborait en cet instant, celui qui essayait de dissimuler ses réelles émotions, celui qui essayait de ne rien laisser transparaitre mais qui derrière, abritait un torrent de haine. Quelque part j'en fus soulagé, j'avais vu juste, elle n'avait pas du tout changé ou du moins, peut-être que si, mais vis-à-vis de moi, son ressentiment existait toujours et c'était jouissif car j'allais pouvoir continuer à la détester moi aussi librement et peut-être même pouvoir lui faire payer pour ses crimes une bonne fois pour toute. Cette dernière pensée me pris par surprise, il semblerait que j'étais réellement motivé par la vengeance désormais. Si elle n'était pas réapparue dans nos vies, probablement que jamais cette idée ne m'aurait traversé l'esprit mais la réalité était autre, elle était de retour, en chair, en os et en esprit. Il n'y avait plus d'excuse, mon heure était venue et comme l'avait dit David, il était temps que je me choisisse moi.

Tandis que mes pensées se bousculaient, les descendants de la mafia Italienne parcoururent la distance qui nous séparait puis nous rejoignirent. Aria me lâcha aussitôt la main puis se précipita dans les bras de sa mère. Un coup de poignard, voilà ce qu'elle venait de m'infliger mais je pouvais l'endurer, après tout, j'avais vécu bien pire et cela grâce à sa cinglée de mère.

— Quelle surprise Lightwood ! s'exclama Santiago en me faisant un grand sourire narquois, je suis extrêmement ravi de te voir, tu nous as manqué au dîner de hier soir, osa-t-il me dire.

Aria était toujours en pleine embrassade, à croire qu'elle et sa mère ne s'étaient pas quittées i peine quoi ? Quinze ou seize ridicules petites heures ? Les voir ainsi me révulsait et animait encore plus ma colère. Camille Milano ne méritait pas une once de l'amour que ma fille innocente lui portait. Je rapportai mon attention sur Rafael.

— Santiago...quelle surprise en effet... et c'est Lightwood-Bane, après 9 ans, ton cerveau aurait déjà dû imprimer, répliquai-je.

Faisant fi de ma remarque, il éclata de rire puis salua Aria. Camille resta en retrait, faisant mine de m'ignorer.

— Et toi, tu dois être Côme, devina-t-il, en s'adressant à ce dernier.

Je fronçai légèrement les sourcils. Magnus leur avait probablement parler de lui hier soir...

— Oui...Côme, se présenta-t-il en lui tendant formellement la main.

— Cose dell'altro mondo (c'est incroyable)! Tu te présentes comme un homme ! s'étonna-t-il en lui serrant la main à son tour avant d'enchainer. La ravissante jeune femme juste derrière moi s'appelle Camille, c'est la mère d'Aria.

Je levai les yeux au ciel. Non mais sérieux, à quoi jouait-il avec ces présentations ? Camille s'approcha, puis salua Côme chaleureusement. Enfin, elle me jeta un regard. L'instant d'après un malaise pesant s'installa entre nous. Camille me fixait autant que je la fixais, nous étions comme dans un duel de regard où l'enjeu était de taille...et cet enjeu était la dignité, dignité qu'elle avait déjà suffisamment piétinée par le passé. Santiago se décida à intervenir.

— Hmmm écoutez, je pense que compte tenu de la situation, il serait préférable que nous fassions notre possible afin de tous bien nous entendre. Cette Principessa en vaut bien la peine, fit-il en faisant un clin d'œil à Aria. Elle lui fit un grand sourire en retour ce qui m'agaça encore plus.

Bien nous entendre ? Et puis quoi encore ? Devons tous une belle et grande famille d'hypocrites tant qu'à faire ! Plutôt crever !

Camille amorça un pas dans ma direction, j'eus aussitôt un mouvement de recul qui n'échappa à personne.

— Alec..., commença-t-elle.

Rien que de l'entendre prononcer mon prénom me donnait envie de gerber, des images sordides me revinrent en mémoire. Une ruelle sombre, des individus masqués et moi agonisant, suppliant à la mort de m'emporter. Je n'avais aucune envie d'écouter le petit discours de faux-cul qu'elle s'apprêtait à donner, néanmoins, j'étais aussi très curieux de voir le niveau de son audace et cela devant Aria...sa fille qu'elle disait soi-disant chérir plus que tout alors qu'elle avait failli la tuer à plusieurs reprises et kidnappée...

— Rafael a raison, continua-t-elle, en prenant la main de ce dernier. Laissons le passé derrière-nous pour le bien d'Aria et concentrons-nous sur son bonheur.

Je riais jaune. Bonheur avait-elle dit ?!

Un petit sourire mauvais se dessina sur mon visage.

— C'est précisément à son bonheur que je pense. Et avec toi dans sa vie, il ne pourra y avoir que tristesse, déception et malheur, lâchai-je d'un ton glacial.

Camille en resta coi. Rafael, arqua un sourcil. Je ne savais pas trop à quelle réaction ils s'attendaient de ma part mais visiblement, je les avais surpris.

Oui, je n'étais plus le petit Alec qui se laissait marcher sur les pieds aussi aisément. Ce temps-là était révolu !

Camille me dévisagea un instant, un éclat de colère traversa brièvement son regard mais elle reprit rapidement contenance.

— Alec, je sais que je ne suis pas parfaite mais que tu l'acceptes ou pas, elle a besoin de moi. Je suis sa mère et tu n'y changeras rien, me répondit Camille en passant un bras protecteur autour des épaules d'Aria.

Foutaise, pensai-je.

— Si elle avait eu le choix, elle ne t'aurait certainement pas choisi comme mère, crachai-je.

— Ça suffit Lightwood ! intervient Rafael. Que crois-tu faire ? En agissant ainsi, tu es celui qui fait souffrir Aria.

— Ma fille sait pertinemment que tout ce que je fais pour elle et cela depuis sa naissance contrairement à d'autres, est pour son bien ! Vous êtes tous là à parler de son bonheur mais que savez-vous d'elle ? Où étiez-vous quand elle est née ? Hein Camille, où étais-tu quand ta fille née ? Quand elle est restée des semaines en néonatologie, branchée à des appareils, luttant pour survivre à cause de toi et de ton incapacité à prendre soin d'elle pendant la grossesse ? À cause de toutes tes conneries dont une overdose ! Où étais-tu mère indigne ?! criai-je de colère.

J'étais excédé et voyais rouge. Regarder Camille nous offrir ce spectacle d'innocence et de Sainte-Marie me donnait envie de lui sauter à la gorge !

— Papa...s'il te plait...arrête, me supplia ma fille d'une petite voix.

Certaines personnes commençaient à s'intéresser à nous car le ton était monté. Je ne tenais pas à me donner en spectacle mais je ne pouvais pas non plus rester là, à regarder ces deux-là se comporter en bons samaritains. Ce spectacle me rendait encore plus nauséeux que les shooters de la veille. Les yeux d'Aria commencèrent à briller, des larmes se formèrent puis lentement glissèrent sur ses joues. Je réalisai tout à coup ce que je venais de faire et de dire. Je soupirai longuement afin de me calmer. Ça me tuait de l'admettre mais Santiago avait raison, j'étais celui qui la faisait souffrir en ce moment alors que la seule que je visais était Camille mais je compris qu'elles étaient irréversiblement liées et que peu importe la façon dont j'attaquerai Camille, fatalement, Aria en pâtirait. Je me rapprochai de ma fille puis la serrai dans mes bras, obligeant Camille à la lâcher au passage.

— Ma Princesse, je suis navré. Je ne devrais pas me comporter ainsi, pardonne-moi, la suppliai-je. Je me suis laissé emporter...

Elle continua à sangloter un instant dans mes bras avant de se calmer.

— J'espère que tu es fier de toi... recommença Rafael.

— Ça suffit je pense, intervient Côme qui avait été silencieux jusqu'à maintenant.

— Non mais je rêve ! Pourquoi est-ce moi que tu sermonnes alors que c'est Lightwood qui fait pleurer Aria ? demanda un Rafael, piqué au vif.

— Parce que c'est vous qui en rajoutez actuellement puis vous n'êtes pas si innocent dans cette histoire, lui répondit-il sans se démonter.

Je souriai intérieurement. Bien envoyé...

— Aria, mon cœur, si tu le souhaites, on peut aller faire un tour toutes les deux, je te reconduirais ensuite, lui proposa effrontément Camille.

J'écarquillai de grands yeux et m'apprêtais à montrer mon désaccord, quant ma fille me devança.

— Pas aujourd'hui Maman. Pour être honnête, j'ai juste envie de rentrer à la maison...

Notre après-midi était gâché, Aria était triste désormais et par ma faute. Une pointe de culpabilité pointa le bout de son nez, me rappelant ainsi qu'agir égoïstement et se faire passer en premier, n'était vraiment pas une chose évidente à réaliser surtout si ceux que j'aimais étaient blessés dans le processus.

Dix-minutes plus tard nous étions en route pour chez nous mais l'ambiance était morose. Côme avait enfilé ses écouteurs et s'était visiblement endormi, quant à Aria, perdu dans ses pensées, elle regardait le paysage défilé par la fenêtre.

— À quelle heure Papa rentre-t-il ? me demanda-t-elle, tout à coup.

— Il sera là aux alentours de 20h, lui répondis-je.

— D'accord, dit-elle avant de se murer de nouveau dans le silence.

Je n'étais pas idiot, elle souhaitait se confier à Magnus mais pas à moi. Après la scène que j'avais provoqué et les choses horribles que j'avais dites, j'aurai probablement réagi de cette manière moi aussi, surtout qu'Aria ne connaissait pas la vérité au sujet de Camille, elle ne pouvait définitivement pas me comprendre. Je brulais d'envie de tout lui raconter à un point inimaginable. Faire en sorte qu'Aria déteste sa mère était la meilleure façon de me rendre justice après toutes ces années, je souhaitais briser définitivement Camille et j'en avais les moyens.

Une fois à la maison, je préparai du pop-corn, des crêpes et des chips puis nous fis des plateaux télé.

— Je sais que l'après-midi a pris une tournure inattendue pas très agréable mais tentons de ne pas gâcher la fin de la journée. On peut toujours regarder un film tous les trois et regardez, je me suis déjà chargé des snacks ! leur fis-je avec entrain.

— Je suis partant ! répondit Côme en commençant aussitôt à manger les pop-corn.

Je regardai ma fille avec des yeux suppliants.

— D'accord, faisons ça, accepta-t-elle sans grand enthousiasme.

Bon, c'était déjà bien qu'elle accepte, je ne devais pas être trop exigeant surtout qu'en ce moment, elle ne devait pas être trop fan de moi après mon comportement au centre commercial, en même temps, je n'avais rien dit de faux ou de choquant...enfin je crois. Les mots étaient sortis sans que je ne puisse les arrêter. Aria savait qu'elle était née prématurément et que parmi toutes les personnes qui étaient présentes à ce moment-là pour elle, il n'y avait aucunement sa mère. Bien sûr, elle ne savait pas que cette dernière l'avait lâchement abandonnée puis j'ai parlé de l'overdose...oui, bon, elle n'était pas non plus informée de ça. Plus je repensais à cette période, plus j'étais hors de moi. La souffrance et la détresse de Magnus, ses inquiétudes, ses angoisses, c'est grâce à moi qu'il a pu les surmonter, moi et bien entendu, nos familles et amis. Camille et Rafael n'étaient pas là eux, ils ont provoqué le chaos et ont quitté le navire, alors pour quelles raisons devrais-je me sentir coupable de leur avoir balancé leurs quatre vérités ? Ils l'avaient mérité et pour être honnête, ça m'avait fait un bien fou d'avoir pu laisser sortir ce que je pense haut et fort. Ça aurait été parfait si Aria n'avait pas été présente car je continuais de lui faire du mal, j'en avais conscience mais la vérité était que je ne savais pas comment l'épargner sans avoir à épargner aussi sa mère...c'était un véritable merdier dans ma tête. Qu'est-ce que j'aurai donné pour que Camille ne soit pas sa mère !

— Alec ? m'interpella Côme, le bol de pop-corn vide entre les mains.

J'écarquillai les yeux.

— Vous les avez déjà terminés ! fis-je ahuris.

— Surtout Côme, il ne les mange pas, il les engloutit, commenta Aria en se servant une crêpe.

Côme regarda le bol vide avec un air d'excuse. J'éclatai de rire.

— Ça va mon grand, ce n'est rien. Magnus nous fait la même systématiquement.

— Ça c'est vrai, Papa aussi les engloutit, plaisanta Aria.

Enfin un sourire ! pensai-je ravi.

J'étais heureux que l'incident du centre commercial ne nous ait pas ruiné totalement notre moment. Après le film, on décida qu'il n'était pas trop tard pour se détendre au bord de la piscine. L'avantage de l'été était ses journées à rallonge, il était déjà 18h30 mais on se croyait en plein après-midi. J'en profitai que Côme soit dans l'eau, enfin, plutôt allongé de tout son long sur son matelas gonflable en forme de part de pizza, pour discuter un peu avec ma fille et surtout m'excuser...encore.

— Pouvons-nous parler ? lui demandai-je prudemment.

Elle pivota la tête vers moi.

— Si c'est de ce qu'il s'est passé avec maman, je n'en ai pas vraiment envie.

Bon, ben ça avait le mérite d'être clair...

— Donc, tu m'en veux, conclus-je. Je ne suis pas surpris.

— Tu admets donc avoir mal agis, me dit-elle en me transperçant de ses yeux de chat.

J'avais vraiment l'impression d'être face à Magnus, à quelques différences près...

— Je sais que j'aurai dû gérer la situation de façon un peu plus diplomatique et prendre un peu plus en compte tes sentiments.

— Tant pis, je sais que tu hais ma mère, ce n'est pas comme s'il y avait vraiment de quoi être surpris au final.

Je ne savais pas trop comment prendre cette remarque...

— Oui, je la déteste et excuse-moi mais c'est complètement réciproque.

— Ce n'est pas ce que j'ai vu. Oncle Rafael et elle ont même essayé de...

— Ont essayé de quoi ? m'emportai-je d'un coup. De me tendre un rameau d'olivier empoisonné ? Aria, je t'en supplie, ouvre les yeux...

— Mais que j'ouvre les yeux sur quoi ?! Ça commence à me fatiguer toutes vos histoires ! La seule chose que je désirais était de connaitre ma mère en paix et tu es entrain de tout gâcher ! J'ai essayé de te comprendre et oui, je sais qu'il y a une part de l'histoire que je ne connais pas. Papa m'a dit que c'était à maman de m'en parler.

J'eus une petite interjection de dédain.

— Si ton père pense réellement que ta mère sera honnêtement envers toi, c'est qu'il croit encore aux comptes de fées !

— D'accord mais qu'est ce qui m'assure que tu le seras plus qu'elle ? Tu l'as déteste tellement ! Comment être sûre que tu ne fais pas en sorte de l'accabler plus qu'il ne le faut !

Choqué par ce qu'elle venait de dire, je pris une minute à réagir. Elle me pensait donc capable d'une telle manipulation pour arriver à mes fins ? Après toutes ces années où j'ai été présente pour elle, où j'ai contribué à son éducation, ou j'ai veillé à lui inculquer des valeurs, elle en était réduite à avoir cette image-là de moi et tout ça pour quoi ? Prendre la défense de Camille ! D'accord, Aria n'était qu'une enfant de 10 ans techniquement, mais de par son intelligence, je savais pertinemment qu'elle raisonnait avec maturité et que les mots qu'elle prononçaient n'étaient jamais choisis à la légère. Je réalisai avec effroi, qu'encore une fois, Camille Milano avait une longueur d'avance sur moi alors que je pensais que ces dix dernières années d'amour m'auraient donné un peu plus de crédit dans le cœur de ma fille.

J'accusai le coup en silence.

— Je...pardonne-moi. Les mots ont dépassé ma pensée Daddy, je sais que tu ne ferais jamais ça, s'excusa-t-elle, après une minute.

Je soupirai longuement.

— Laisse tomber, n'en parlons plus.

— Ce n'était pas une réaction très mâture de ma part mais je m'en moquais, dans l'immédiat, l'enfant en moi était vexé comme un pou !

— Je t'avais dit que je ne souhaitais pas aborder le sujet, me rappela-t-elle en me regardant d'un petit air désolé.

Traduction : tant pis pour ma poire.

— Et bien je suis heureux que nous l'ayons fait malgré tout. Je connais le fond de ta pensée maintenant, dis-je en me levant.

Je commençais à avoir mal à la tête et avais besoin de m'isoler un peu. Je me dirigeais dans la suite parentale d'où je pouvais tout de même continuer à surveiller les enfants car elle donnait sur la terrasse et la piscine. Je m'allongeai sur le lit en soupirant, j'étais épuisé de tout ça, de toutes ces tensions, de ma relation avec ma fille qui se détériorait de jour en jour, épuisé de m'expliquer, de me justifier, de m'excuser, d'être incompris. Je vivais un véritable enfer et Camille n'était de retour que depuis 2 jours.

PDV Magnus

Après la conduite d'Alec d'hier soir, je n'étais pas de très bonne humeur. Toute la journée j'avais lutté afin de mettre de côté mes pensées sombres et me concentrer sur le travail, ce que j'avais plutôt brillamment réussi jusqu'à ce qu'un message de Rafael vienne ruiner tous mes efforts il y a une heure.

Assis à la cafétéria, je ruminais. On jouissait vraiment de mal chance en ce moment, je n'arrivais pas à croire qu'ils s'étaient tous rencontrés au centre commercial cet après-midi ! Selon Rafael, Alec aurait été désobligeant faisant pleurer au passage notre fille en attaquant verbalement Camille. Premièrement, je connaissais très bien Rafael et savais que je devais prendre ce qu'il racontait avec un certain recule cependant, je devais aussi admettre qu'Alec n'était plus lui-même ces derniers temps et par conséquent, je n'étais plus trop sûr de son innocence. Il s'agissait de Camille après tout, la rencontrer ainsi après toutes ces années a dû être un choc pour lui et un véritable calvaire.

Je soupirai longuement en me frottant l'arrêt du nez. Je terminais mon service dans quarante minutes, je devais tenir bon et laisser mes problèmes personnels de côté.

— Dure journée Sayang ? me questionna ma mère en s'installant à mes côtés.

Elle avait deux cafés à la main je fronçai les sourcils.

— Je te retourne la question Maman, lui fis-je en pointant les cafés du doigt.

Elle rigola.

— Il y en a un pour Victor, il ne va pas tarder, m'expliqua-t-elle. Alors, que t'arrive-t-il, tu as l'air de porter le poids du monde sur tes épaules.

— C'est Alec, commençai-je en soupirant. J'ai la sensation que la situation m'échappe avec lui, tu ne devineras jamais la nuit que j'ai eu...

Ma mère me regarda d'un air intrigué. Victor fit son apparition.

— Quelle journée ! s'exclama-t-il en s'affalant sur une des chaises. On n'a pas arrêté aux urgences...

Il nous dévisagea une minute.

— Tout va bien ? Vous faites des têtes étranges, nous dit-il en prenant une gorgée de son café.

— En fait, c'est parfait que vous soyez-là tous les deux, j'ai besoin de me confier, me lançai-je.

Victor haussa les sourcils.

— Nous t'écoutons, m'encouragea ma mère.

— Je vais être bref. Comme vous le savez Camille à rencontrer Aria hier soir...tout s'est relativement bien passé. Aria était aux anges et je dois admettre que Camille s'est très bien comportée bref le souci c'est Alec. Premièrement, il a refusé de nous accompagner au dîner, ce que je peux comprendre mais qu'a-t-il fait à la place ? Il est sorti de son côté puis est rentré à la maison à 3h du matin complètement ivre ! m'emportai-je. J'ai dû lui donner un bain et lui tenir les cheveux pendant qu'il vomissait comme dans les films !

Victor éclata de rire alors que la situation n'était absolument pas drôle. Ma mère, quant à elle me regardait avec un air désolé.

— Ce n'est pas marrant Vic ! le disputai-je.

— Excuse-moi mon ami, je sais je sais...s'excusa-t-il en continuant à rire néanmoins.

— Alec passe par une phase compliquée avec le retour de Camille, me dit ma mère.

— Je sais bien Maman mais doit-il se comporter de manière aussi irresponsable ? Aller se saouler avec un de ses étudiants ?!

Victor arrêta de rire instantanément, ma mère fronça les sourcils.

— Répète-moi ça ! s'exclama mon ami.

— Un certain David qui lui aurait dit qu'il serait TOR-RIDE ! Je te jure que si je tombe sur ce mec !

— D'accord Mon Amour, on se calme, commença ma mère en posant une main réconfortante sur la mienne. Analysons la situation. Tu dis que mon beau-fils si parfait a passé la soirée à boire avec l'un de ses étudiants et que ce dernier le drague en plus ? Tu es certain de parler d'Alec ? Ça ne lui ressemble pas...

— J'avoue que c'est difficile à croire en effet, commenta Victor.

— Ouais, ben, je ne le reconnais plus trop en ce moment. Même envers notre fille il agit parfois étrangement. Il peut se montrer froid et distant...et pour couronner le tout, Camille et Rafael sont tombés sur lui et les enfants au centre commercial cet après-midi...j'ai reçu un joli message de Raf m'en informant, ironisai-je.

Victor manqua de s'étrangler en avalant son café. Ma mère secoua la tête, dépitée.

— Quelle malchance, soupira-t-elle.

— Exactement, soupirai-je à mon tour.

— Comment cette rencontre s'est-elle terminée ? s'enquit Victor.

— Selon Rafael, Alec aurait attaqué Camille verbalement. Aria aurait fini en pleurs...

— Les choses ne se sont peut-être pas déroulées ainsi à cent pour cent. Tu devrais d'abord en discuter avec Alec avant de croire Rafael, me conseilla ma mère.

— Je suis d'accord. Même si Alec se comporte étrangement en ce moment, tu dois continuer de lui faire confiance et lui accorder le bénéfice du doute. Il le mérite.

— Oui, je sais que vous avez raison, d'ailleurs il n'était pas dans mes intentions de croire Rafael aveuglément. J'ai confiance en Alec, je discuterai de cet incident avec lui en rentrant c'est juste que...

Je marquai une pause afin de bien choisir mes mots.

— C'est juste que j'ai la sensation que cette fois, toute cette situation due au retour de Camille ne sera pas si évidente à gérer...moi qui pensait pouvoir être le socle qui garderait ma famille unie, je n'en suis plus si sûr car je sens Alec s'éloigner de plus en plus et ça me démoralise car il agit toujours ainsi. Quand les chosent deviennent compliquées, il se dérobe. Puis il y a autre chose, cette fois il ne s'agit pas juste de prendre parti entre Alec et Camille comme dans le passé, si c'était le cas ce serait simple, il s'agit surtout d'être du côté d'Aria ou de celui d'Alec. La vérité est que si un jour je me retrouve confronté à faire un choix drastique...que vais-je faire ? Vous ne pouvez pas savoir à quel point c'est un crève-cœur pour moi de penser ça, d'imaginer devoir en arriver là, choisir entre ma fille, ma chair, mon sang et l'homme de ma vie, mon âme-sœur, mon époux...au fond, si je dois être complètement honnête, je choisirai probablement ma fille, quel parent ne le ferait pas ? Mais le prix à payer serait désastreux...

Des larmes me montèrent aux yeux. Ça faisait longtemps que je n'avais pas craqué mais en ce moment, la charge qui pesait sur mes épaules et que j'étais le seul à porter était trop lourde, je la sentais m'oppresser de plus en plus, me coupant le souffle, réduisant mes efforts à néant. J'avais besoin d'Alec, de son soutien. Je n'avais pas besoin qu'il accepte le retour de Camille ou le fait qu'Aria puisse nouer des liens avec elle, j'avais juste besoin de sentir que nous faisions encore un, que nos cœurs continuaient de battre à l'unisson. J'avais besoin de sentir que rien ne nous serait insurmontable comme par le passé sauf que je ne ressentais plus rien de tout ça. Je ne savais pas ce qu'il avait en tête car il ne se confiait plus à moi, il s'était renfermé sur lui-même comme s'il n'avait plus confiance en moi depuis que j'avais accepté de soutenir Aria dans sa décision.

Ma mère se leva puis vint me serrer dans ses bras, elle me caressa les cheveux comme quand j'étais petit et ce geste m'apaisa un peu. J'avais 28 ans et pourtant, j'avais toujours autant besoin de ma mère, de ses conseils, de son affection. La présence d'une mère était trop importante dans la vie d'un enfant, il en avait besoin pour se construire. Ce n'était pas à moi de juger si oui ou non Camille sera une bonne mère pour Aria, mon unique rôle était de veiller sur elle et de l'accompagner dans ses choix, ce que je m'efforçais de faire. Évidemment que j'aurai souhaité qu'elle ne veuille pas la rencontrer mais encore une fois, la décision de m'incombait pas, je n'avais pas le droit de la priver de ça pour satisfaire mes propres besoins. Souvent, les parents oublient qu'ils ne mettent pas un enfant au monde pour eux, ce sont des individus à part entière et notre rôle est de les guider afin qu'ils se développent et se construisent au mieux. Alec pense qu'Aria regrettera d'avoir fait entrer sa mère dans sa vie, il a peut-être raison, mais ce n'était pas à lui d'en décider. Aria prendra les décisions qui s'imposent d'elle-même, je n'en doutais pas, surtout quand elle découvrira toute la vérité. Ce moment arrivera, c'est certain, je souhaitais juste qu'Alec soit un peu plus patient et laisse les choses se faire sans interférer.

Un peu plus tard, en arrivant enfin à la maison, je fus surpris du calme qui y régnait. Dans le séjour, il n'y avait personne alors qu'il n'était que 21h10. Une tornade à la tête brune dévala tout à coup les escaliers en courant puis vint se jeter dans mes bras.

— Waouh, quel accueil ! Bonsoir Ma Princesse, lui dis-je en l'attrapant au vol.

— Tu m'as manqué Papa, me dit-elle en se blottissant contre moi.

Ma fille et moi avions l'habitude de nous faire des câlins mais là, mon instinct de père me disait que dernière cet élan d'affection soudain, il y avait anguille sous roche, surtout que j'étais informé de ce qu'il s'était passé dans l'après-midi.

— Où est Côme ? lui demandai-je.

— Entrain de jouer à Fortnite en ligne avec Drew. Tu sais, j'ai parfois l'impression que Drew n'est plus mon meilleur ami mais plutôt le sien, confessa-t-elle.

Oh oh...voilà encore un problème que j'allais devoir régler. Aria se trompait légèrement, ce qui était en train de naître en ces deux-là, n'était pas une simple question d'amitié. Je n'en étais pas sûr moi-même et ne désirais pas faire de conclusion hâtive mais les différentes discussions que j'avais eu avec Côme dernièrement au sujet de Drew, me laissait entrevoir certaines choses comme les prémices d'une certaine attirance. Il ne s'en rendait pas compte je pense et Drew non plus, ils n'avaient que 12 et 13 ans après tout. À cet âge, il n'y avait pas encore réellement de représentation sexuelle de cette attirance mais il fallait admettre que de nos jours, les jeunes murissaient plus rapidement grâce ou à cause de la télévision et d'internet. Ils étaient très informés et ces informations contribuaient à leur développement précoce. La mère de Côme étant toujours dans le coma, je me devais d'être très attentif à lui et à son développement, c'était à moi d'endosser ce rôle désormais et si mes doutes s'avéraient fondés, ce n'était peut-être pas plus mal qu'il soit ici, avec Alec et moi. Le processus d'acceptation de son identité sexuelle est un long cheminement qui peut être une source de souffrance, surtout à l'adolescence.

— Qu'est-ce qui te fait ressentir ça ? demandai-je néanmoins à ma fille.

— Un tout. Ils se parlent tout le temps au téléphone, puis il n'y a pas un jour où Côme ne mentionne pas son prénom...c'est Drew par ci, Drew par là.

— Un peu comme Aaron et toi, intervient l'intéressé que je n'avais pas entendu arriver.

— C'est faux ! s'insurgea ma fille, un peu trop rapidement.

Côme vint me faire une accolade. Notre façon de nous saluer avait aussi évolué, le tchek amical avait été remplacé par une marque d'affection plus intime et personnel comme de celle qui pouvait exister entre un père et son fils. Il en était de même avec Alec et honnêtement, j'en étais fier car cela signifiait qu'il se sentait vraiment à l'aise avec nous.

— Où est Alec ? leur demandai-je, ne le voyant toujours pas apparaître.

Aria et Côme échangèrent un regard.

— Dans son bureau, me répondit Côme.

— Depuis une bonne heure, compléta Aria.

— Je vois. Avez-vous dîné ?

— Oui, Daddy a commandé Thaï. Il t'a aussi pris ton plat préféré... Papa, cet après-midi, il s'est passé...quelque chose, commença Aria avec hésitation.

— Je sais. Vous êtes tombés sur Camille et Rafael, la devançai-je.

— Ah, Daddy te l'a déjà dit, conclut-elle.

Si seulement ! pensai-je. J'aurai dû l'apprendre de lui en effet. Avant, il n'aurait jamais gardé une telle chose pour lui, son réflexe aurait été de m'en informer aussitôt car son confident c'était moi. Comment avait-on pu en arriver là ?

— Voilà ce que je vous propose. Je vais le voir un instant, pendant ce temps pouvez-vous remonter ? Je sais que nous devons discuter de ce qu'il s'est passé au centre commercial, je viendrai vous voir juste après. D'accord ?

Ma fille n'avait aucune envie d'obéir, elle était inquiète, je le lisais sur son visage.

— D'accord, on monte, obtempéra Côme en entrainant une Aria réticente derrière lui.

Je les regardais monter en me disant que c'était une vraie bénédiction d'avoir Côme avec nous. Je me dirigeai aussitôt dans le bureau d'Alec, la porte était fermée, je frappai puis entrai sans attendre de réponse. Il était en pleine conversation téléphonique. J'attendis patiemment en me demandant néanmoins avec qui il discutait.

« Je dois te laisser, on en reparlera plus tard », l'entendis-je dire, avant de raccrocher.

— Qui c'était ? lui demandai-je, aussitôt.

— Pas de « bonsoir mon ange et ta journée ? » psalmodia-t-il.

— Alec, l'avertis-je.

Je n'étais absolument pas d'humeur.

— Écoute, je sais que j'ai mal agis hier soir, je le reconnais, mais ce n'est pas une raison pour me donner ce traitement froid et distant. Déjà ton mot de ce matin puis là...

— D'accord, dans ce cas, puis-je te donner ce traitement froid et distant pour reprendre tes mots, pour une autre raison ?

— Une autre raison ? Qu'entends-tu part là ? feignit-il.

— Il ne s'est rien passé aujourd'hui ?

Il me dévisagea quelques secondes sans réagir. Finalement, il se leva du fauteuil d'où il était assis puis contourna le bureau réduisant un peu la distance qui nous séparait.

— Visiblement tu en es déjà informé.

— Oui et ça me met hors de moi de l'avoir été par Rafael ! Pourquoi ne m'as-tu rien dit ? l'accusai-je.

— Je pensais t'en parler ce soir, se justifia-t-il.

Lui laisser le bénéfice du doute...lui laisser le bénéfice du doute, me répétai-je intérieurement.

— Très bien, raconte-moi dans ce cas, lui demandai-je, plus calmement.

— Ah quoi bon ? Tu le sais déjà, me répondit-il, légèrement sur la défensive.

— Je veux l'entendre de toi, insistai-je, d'une voix calme mais ferme.

Il soupira.

— J'ai un peu perdu le contrôle de mes mots en tombant sur Santiago et ton ex. Ils ont essayé de se faire passer pour des saints devant les enfants, me donnant à moi, des leçons sur ce qui serait mieux pour notre fille, me parlant de son bonheur et de ce qui serait bénéfique pour elle, en l'occurrence, une mère présente, ça m'a mis hors de moi, j'ai explosé, fin de l'histoire.

— Alec, qu'as-tu dit ex-ac-te-ment ? lui demandai-je, en perdant peu à peu patience.

Je n'arrivais pas à croire que je devais lui soutirer les vers du nez alors que si je prenais le temps d'écouter sa version, c'était justement afin de pouvoir être juste et impartiale envers lui. Nous n'étions plus dans un rapport d'adulte à adulte mais plutôt d'adulte à enfant, l'enfant étant évidemment Alec et son attitude immature qui n'était jamais bien loin. C'était complètement frustrant et agaçant.

Il soupira de nouveau.

— Si j'avais su que je devais te faire un rapport complet, j'aurai pris le temps de m'enregistrer, me répondit-il avec condescendance.

Je fermai les yeux, puis inspira profondément. Alec était en train de m'agacer au plus haut point, jamais je n'avais ressenti ça envers lui, son attitude, sa posture, sa façon de me répondre, tout était complètement différents.

— Je pense que tu ne réalises pas quel point je suis en train de perdre patience. Pour hier soir déjà, j'ai pris sur moi afin de ne pas porter de jugement, afin de te comprendre car je sais que tu passes par des moments difficiles à cause de moi, à cause de notre fille, je sais que nos choix actuels te causent un grand désarroi, crois-moi, je ne suis ni aveugle, ni insensible. Je sais ce par quoi tu es passé, ce que Camille t'a fait vivre, j'étais présent et j'ai souffert avec toi je te rappelle, alors j'ai essayé d'être conciliant et de me remettre en question, quand bien même tu es sorti te saouler avec un autre mec, un de tes étudiants qui plus est ! Je te rappelle également que tu es enseignant et que cette attitude n'est pas digne de toi ! Tu es aussi un homme marié et père de famille ! Tu as des responsabilités dont tu ne peux pas te détourner ! l'accablai-je en haussant de plus en plus le ton.

— Je suis aussi un être humain ! s'emporta-t-il à son tour. J'ai des sentiments ! Et j'en ai marre qu'ils se fassent piétiner !

— Je suis aussi un être humain Alexander ! J'ai aussi des sentiments, que soit dit en passant, tu es entrain d'ignorer royalement, tout comme ceux de ta fille ! Que crois-tu qu'elle ressente en ce moment ? En te voyant lui tourner le dos, en te voyant lui faire du mal ? C'est la deuxième fois que tu l'as fait pleurer en moins de trois jours ! Peu importe ce par quoi tu es en train de passer, c'est une chose que je ne peux pas tolérer ! Tu es sensé être un adulte et un parent responsable, comment peux-tu agir de la sorte ? Ne te rends-tu pas compte que tu ne feras que la pousser à désirer encore plus fort la présence de sa mère dans nos vies ? Crois-tu que tu nous rendes service en te comportant ainsi ? Crois-tu que TU te rendes service ? Il serait temps de grandir bon sang ! m'énervai-je.

Cette fois il n'y avait pas de retour, les mots avaient été prononcés. Toute la frustration que je retenais depuis des semaines s'échappait de moi avec force et détermination. Je ne désirais pas le blesser mais juste le faire réagir, je voulais qu'il prenne conscience que son attitude actuelle était destructrice aussi bien pour lui que pour notre famille.

— Alec resta silencieux un instant, son regard était indescriptible.

— Jamais je n'ai souhaité blesser Aria intentionnellement, celle que je visais, c'était Camille, dit-il à voix basse. Je ne suis pas une mauvaise personne avec de mauvaises intentions, je suis une personne à qui il est arrivé de mauvaises choses et pour lesquelles je n'ai jamais pu avoir justice.

Sa dernière phrase me surpris.

— Justice ? C'est donc de ce qu'il s'agit ? Je ne comprends pas, je me souviens t'avoir proposé d'entamer les procédures quand Camille a quitté l'hôpital psychiatrique et que m'as-tu répondu ? Que la page était tournée, que tu ne souhaitais pas remuer le passé et revivre toute cette souffrance.

— C'est parce qu'elle était loin de nous et que je pensais ne plus jamais la revoir. Aujourd'hui c'est différent...

— Alec, que désires-tu vraiment ? Je suis dérouté.

— Quelle disparaisse enfin ! s'emporta-t-il de nouveau. Quelle souffre autant que moi j'ai souffert ! Je veux qu'elle paye pour les horreurs qu'elle a faites et la meilleure façon d'y arriver est qu'Aria finisse par la détester !

Je soupirai. Encore cette rengaine...

— Alec, même si je comprends parfaitement tes motivations, je suis désolé, il est hors de question que l'on se serve de notre fille, je te l'ai déjà dit. C'est un souhait complètement égoïste.

— Oui ça l'est ! Et alors ? Quel mal y a-t-il à être un peu égoïste pour une fois ? Je vous ai donné toute ma vie ! J'ai tout sacrifié pour toi ! Pour Aria ! Pour notre famille ! Et aujourd'hui, l'unique chose que je te demande, tu me la refuses !

Choqué, je le regardais comme si je regardais un parfait étranger. Il avait son apparence, ses magnifiques yeux bleus océans qui faisaient battre mon cœur, ses lèvres rosées et sa peau laiteuse mais je ne pouvais pas croire que ces propos monstrueux étaient réellement sortis de la bouche de mon homme, de mon âme sœur et meilleur ami, de celui qui m'avait demandé de l'épouser, deux fois, de celui qui m'avait promis d'aimer et de chérir Aria comme sa propre fille, de celui qui m'avait promis qu'on serait toujours une famille unis, de celui, qui même en lui donnant la possibilité de fuir loin de cette vie difficile qui nous attendait, m'avait juré préférer mourir plutôt que de vivre sans moi, sans notre amour, sans notre fille. Aujourd'hui, il parlait de sacrifices. C'est donc tout ce que ma fille et moi représentions pour lui depuis bientôt dix ans ? Des sacrifices ? Mon cœur et mon âme se brisaient, j'étais anéanti mais refusais d'y croire. Ce n'était pas possible qu'il le pense vraiment, il cherchait à me faire du mal, c'est tout. Il était blessé et projetait sa souffrance sur moi pour apaiser sa propre douleur.

— Il serait préférable qu'on en reste là pour ce soir, les mots ont largement dépassé nos pensées, lui dis-je d'une voix blanche, tant j'étais encore secoué.

— Je sais que c'est difficile à entendre mais même si je t'aime et que j'aime notre fille, je pense chacun des mots que je viens de prononcer, c'est ce que je ressens et je ne peux pas le nier plus longtemps. Évidemment, toutes les décisions que j'ai prises ces dernières années n'ont pas été prises sous la contrainte, tu ne m'as obligé à rien, je les ai prises par amour et uniquement par amour. Peut-être que justement, cet amour si exceptionnel que je ressens pour toi m'a privé de mon libre arbitre trop longtemps. Aujourd'hui, je ressens le besoin de penser à moi et uniquement à moi. Je me sens mal dans ma peau, dans notre quotidien. Ma relation avec Aria est devenue compliquée, la nôtre également. Le retour de Camille dans nos vies est une chose que je ne peux pas surmonter. Je ne peux pas imaginer notre vie, avec elle présente aux anniversaires d'Aria, où à tout autre évènement important qui surviendra tout au long de sa vie. Cette femme a tout de même tenté de me tuer, pour t'avoir toi ! Par jalousie ! Je suis désolé, c'est trop me demander, je ne pourrai jamais surmonter ça, me dit-il en me regardant droit dans les yeux.

Cette fois, je sentais que le sol se dérobait sous mes pieds. Je me déplaçai jusqu'au fauteuil le plus proche puis m'assis lentement.

Je pense chacun des mots que j'ai prononcés, je ne pourrai jamais surmonter ça, c'est trop me demander...

J'entendais ces phrases raisonner encore et encore dans ma tête comme dans un cauchemar. Il y avait quelque chose dans le regard d'Alec, de la détermination. Il n'était pas inquiet à l'idée de détruire notre mariage, de me perdre, de nous perdre, Aria et moi. C'était soit je me ralliais à lui ou soit je le laissais partir, peu importe la décision, c'était à moi de faire ce choix car le sien était déjà fait, il s'était choisi lui.

— Je vais sortir prendre l'air, j'ai besoin de réfléchir, me dit-il.

Réfléchir ? Il me semble qu'il avait déjà longuement réfléchis à toute cette situation. J'étais le seul idiot à penser qu'il y avait encore l'espoir que l'on puisse rester unis malgré tout.

Il attendit un moment avant de s'en aller, comme s'il espérait une quelconque réaction de ma part après la bombe qu'il venait de lâcher. Dans ma tête, c'était la confusion la plus totale. Quelque chose était étrange. Du jour au lendemain Alec s'était complètement métamorphosé. Il parlait de justice, de sacrifice, il prônait l'égotisme et l'individualisme. Il était blessant, condescendant, méconnaissable. Est-ce réellement le retour de Camille qui avait provoqué un tel changement chez lui ? Pourtant, même par le passé, jamais il ne s'était comporté ainsi alors qu'il aurait eu, un million de bonnes raisons de le faire. Jamais il n'aurait ne serait-ce qu'osé penser me quitter. Qu'est-ce qui avait changé ? Ses sentiments ? Il ne m'aimait peut-être plus...ou du moins plus aussi fort qu'avant. Je sais qu'à cause du travail et des études, je n'ai pas été très présent ces dernières années mais je ne pense pas l'avoir jamais négligé. J'ai toujours fait en sorte de faire de lui et d'Aria mes priorités. Je n'ai développé aucune relation sociale extra professionnelle avec mes confrères et consœurs toutes ces années car je me faisais un devoir de rentrer à la maison dès que je terminais mes services afin de le retrouver lui et ma fille. Qu'avais-je mal fait ? Où avais-je échoué pour qu'aujourd'hui notre amour ne suffise plus même à vaincre Camille, alors que ça avait toujours été le cas ? Le pire était que Camille n'avait rien fait cette fois, pas de manipulations, pas de plans machiavéliques pour nous séparer Alec et moi et pourtant, ce qu'elle avait toujours voulu était en train de se produire sans qu'elle n'ait à lever le petit doigt...quelle ironie du sort...je ne comprenais pas, j'étais pommé.

Un vibrement de téléphone se fit entendre, machinalement, je sortis mon téléphone et constatai que je n'avais reçu aucune notification. Mon regard tomba sur le bureau où le téléphone d'Alec était resté.

Il a oublié son téléphone, constatai-je sans y apporter plus d'intérêt.

Soudainement, je réalisai que je ne savais toujours pas avec qui il était en communication à mon arrivée. À cet instant, une idée — très mauvaise — me traversa l'esprit. J'avais besoin de réponse, peut-être que certaines étaient inaccessibles mais une se trouvait là, juste sous mon nez. Me levant de mon siège, je passai derrière le bureau puis pris le téléphone. Hésitant, je me demandais si c'était la bonne chose à faire. Jamais je n'aurai pensé en arriver là un jour, fouiner dans le téléphone d'Alec. Je détestais vraiment ce genre de méthodes, je trouvais ça pathétique comme moi en cet instant, mais la vérité était que j'étais désespéré. Je pris une profonde inspiration puis me convainquant que je faisais tout ça pour de bonnes raisons, je déverrouillai son téléphone.

Fin du chapitre.