Bonjour à tous! J'espère que la rentrée s'est bien passée de votre côté ;) Voici la suite!

Sauvir : Coucou toi et bienvenue! Je suis très heureuse que tu aies apprécié mes fictions, ça me fait extrêmement plaisir! J'espère que la suite te plaira tout autant ;) Merci pour ta review ^^

Shaniice : Coucou ma fidèle lectrice! J'espère que tu as passé de bonnes vacances ;). Je suis d'accord, il est temps que le bonheur revienne dans cette petite famille, ne t'en fait pas ce sera le cas mais il y aura encore des moments difficiles à venir. De toutes les façons, tu t'en doutes, avec Camille encore dans les parages, plus le secret que garde Alec vis à vis de David, il y aura forcément encore des problèmes lol. Dans les premières fictions, les conflits entre Alec et Magnus étaient réglés en moins de deux mais cette fois, je voulais me mettre un peu au défit et mettre également leur amour au défit en compliquant un peu leur relation sans pour autant la rendre détestable. Après tout, dans un couple, il y a toujours des défis à relever mais une fois fait, on devient plus fort! C'est ce que j'espère pour nos deux tourtereaux. Merci pour ta review, à bientôt ^^

Natty Caro : Coucou toi! Je suis d'accord, Alec joue avec le feu. Il veut le beurre et l'argent du beurre mais à tout vouloir on risque de tout perdre, espérons que ce ne sera pas son cas. Merci pour ta review, à bientôt!

Amurapeli: Coucou toi! Je comprends parfaitement que ma fiction puisse te mettre dans un tel état de frustration lol. J'ai bien aimé quand tu as écrit "qu'un parent ne peut pas penser comme ça". C'est la vérité et d'ailleurs, encore une fois, ça montre la différence entre Magnus qui agit réellement comme un père, qui est prêt à tous les sacrifices pour sa fille et Alec, qui en dépit de toute sa bonne volonté, à encore du mal à embrasser complètement ce rôle pour des raisons plus ou moins évidentes. Raisons qui ne justifient rien car, la pauvre Aria n'a pas a en payer les frais mais les choses ne sont pas noires ou blanches, surtout pour Alec. Il y a beaucoup de gris, de sentiments complexes, de blessures encore ouvertes. Même si ces actions sont critiquables, je trouve qu'il reste sincère dans sa façon d'agir compte tenu de son passé. Camille n'est pas n'importe qui, elle est celle qui a bien failli le tuer, celle qui lui a infligé le plus de souffrance physique et émotionnelle de toute sa vie et Aria, bien qu'innocente, reste la fille de Camille. Il a été très fort Alec, de l'accepter par Amour pour Magnus d'une part mais aussi très fort d'avoir réussi à dépasser son ressentiment et développer un réel amour père-fille envers elle, car oui il aime sa fille et son époux même si en ce moment, il déconne un peu lol. Honnêtement, tout le monde n'en est pas capable et je pense que Magnus reste patient avec lui car il a quand même conscience des sacrifices d'Alec d'une part et d'autre part, il sait qu'Alec avait toujours été exemplaire jusqu'à maintenant. Quoiqu'il en soit merci pour ta review très interessante, j'aime beaucoup te lire! À bientôt!

Bonne lecture à tous!

Chapitre 21 – Faire ses adieux.

PDV Magnus,

Une semaine s'était écoulée depuis la petite escapade d'Alec au bar. Je remarquai qu'il faisait de son mieux afin de renouer sa relation avec notre fille. Il était de nouveau attentionné, à l'écoute, investit, tout semblait redevenir progressivement à la normale, même les rendez-vous d'Aria avec sa mère ne semblaient plus trop lui poser de problème...ou du moins il faisait en sorte de prendre sur lui et de le cacher. La rentrée approchait aussi à grand pas signalant la fin de l'été et surtout l'anniversaire de notre fille dans 3 semaines. Alec souhaitait organiser un grand évènement avec toute la famille et tous nos amis surtout qu'Izzy et Simon étaient officiellement de retour avec notre petit Enzo. L'agence immobilière avait été très efficace. Grâce à elle, mon beau-frère et ma belle-sœur avaient pu trouver une maison dans le même quartier résidentiel que nous, d'ailleurs ils étaient en ce moment même en plein emménagement aidés par Alec et les enfants. Comme d'habitude, moi j'étais à l'hôpital mais ne m'en plaignait pas, c'était la profession que j'avais choisi et honnêtement, je m'épanouissais pleinement dedans malgré les difficultés.

Assis en salle de repos, j'en profitai pour avancer sur la rédaction de ma thèse de fin d'études quand mon téléphone se mit à vibrer dans la poche de ma blouse. Je le sortis rapidement et vis qu'il s'agissait de Victor.

— Salut mon ami ! Tu tombes bien, j'aurai une ou deux questions à te poser sur le sujet de ma thèse, l'enchainai-je, directement.

— Magnus... me répondit-t-il la voix grave.

Son ton m'interpella, quelque chose clochait.

— Que se passe-t-il ?

— Magnus, c'est la mère de Drew, elle est sortie du coma.

Stupéfait, j'en restai coi quelques secondes. C'était une bonne nouvelle mais le ton grave de Victor me disait que la situation n'était pas ce qu'elle paraissait.

— Malheureusement, ses signes vitaux ne sont pas bons, son cœur bat de plus en plus faiblement, et à cause de toutes les interventions qu'elle a déjà subie pour soigner sa malformation cardiaque, on ne peut plus se permettre de l'opérer. De plus que son été actuel ne le permet pas. On pensait que le coma l'aiderait à se rétablir mais les résultats ne sont pas ceux escomptés. Magnus, il ne lui reste plus beaucoup de temps...je pense que tu devrais appeler Côme.

La voix de Victor se brisa sur cette dernière phrase. Mon cœur s'accéléra. Comment allais-je annoncer cette terrible nouvelle à Côme ? Lui qui reprenait goût à la vie, qui était redevenu optimiste et plus ouvert... il allait être anéanti.

— Je...je l'appelle et j'arrive immédiatement, lui dis-je en raccrochant aussitôt.

Je composai le numéro d'Alec.

— Coucou Bébé ! me salua-t-il chaleureusement.

— Mon Ange... il faut que tu amènes Côme immédiatement à l'hôpital...c'est sa mère...elle...elle est entrain de nous quitter, réussis-je à lui dire.

Un long silence accueilli la nouvelle. J'entendais à l'autre bout du téléphone, des éclats de rire, des voix qui s'exclamaient avec enthousiasme. Je reconnus le rire de Côme. Visiblement le déménagement se passait dans la joie et la bonne humeur mais bientôt la souffrance allait s'abattre dans le cœur de ce petit garçon innocent.

— Mon Cœur ? Toujours là, interpellai-je mon époux.

— Euh oui Bébé...je...mais, comment vais-je lui expliquer ça ?! me demanda-t-il paniqué.

— Amène-le, je me chargerai de le lui annoncer. Bébé dépêche-toi.

— On arrive, me dit-il en raccrochant.

Je refermai mon ordinateur puis pris l'ascenseur jusqu'au service de réanimation. En arrivant à la chambre de la mère de Côme, Victor s'y trouvait. Ce n'était pas la première fois que je voyais un patient en phase terminale mais cette fois, la situation était différente car plus personnelle, je n'étais plus Magnus Bane le chirurgien mais Magnus Bane, proche du patient. Faire ses adieux, était un des moments les plus horribles à vivre mais ce qui me brisa le cœur était de voir qu'il n'y avait personne d'autre que Victor et moi à ses côtés. Sa seule famille était Côme, il n'y avait qu'eux deux en ce monde.

Et s'il n'arrivait pas à temps ? pensai-je avec effroi.

— Daniella, je te présente Magnus, lui expliqua Victor.

Aussitôt ses yeux s'illuminèrent puis s'embrumèrent de larmes. Elle me tendit la main. Je m'avançais doucement puis le lui pris, elle était froide, presque gelée. J'avais la gorge nouée. J'étais venu de nombreuses fois lui rendre visites quand elle était encore dans le coma. Parfois seul, parfois avec Côme. Daniella était si jeune, si belle, la vie avait vraiment été injuste envers elle et ce, dès sa naissance.

— Mer...ci, me dit-elle dans un souffle.

Dans ce simplement mot, je ressentis toute ses émotions ainsi que la profondeur de sa reconnaissance. Elle respirait difficilement. Son cœur n'était plus oxygéné correctement, chaque inspiration devenait une souffrance. Victor avait les larmes aux yeux, il me tendit deux enveloppes. Je fronçai les sourcils.

— Daniella m'a demandé de l'aider pour rédiger ces lettres, il y en a une pour toi et Alec et une pour Côme, m'expliqua-t-il. Ce sont ces dernières volontés.

— Daniella, Côme est en route, vous aurez le temps de lui dire tout ce que vous avez sur le cœur, il sera bientôt là.

Elle secoua la tête.

— C'est...trop...tard, me répondit-elle.

Je regardai Victor avec désarroi. Je ne pouvais pas imaginer un tel scénario. Ça faisait des mois que Côme attendait que sa mère se réveil. Il s'attendait à ce que ça prenne des jours, des semaines, des années mais je suis convaincu qu'il n'avait jamais imaginé la perdre définitivement et aussi rapidement. Je me sentais tellement impuissant.

— Laissez-moi vous montrer quelque chose, lui dis-je en sortant mon téléphone.

J'accédai à mon album intitulé « Été 2021 » puis commençai à faire défiler les photos de Côme immortalisées à différentes occasions. Dans la piscine avec Aria, dans le jardin à jouer au foot avec Drew, dans sa chambre en pleine séances de révision, au piano lors de nos leçons, devant un bol de pop-corn lors de nos moments cinéphile, au centre commercial lors de nos moments shopping. Des moments de vies classiques mais qui j'en étais sûr, étaient si précieux à regarder pour Daniella. Je voulais qu'elle voit son fils sourire et s'amuser, qu'elle sache qu'il avait été tout de même heureux pendant son sommeil. Il y avait aussi de nombreuses photos prises à l'hôpital, quand Côme lui rendait visite.

— Il est venu vous voir toutes les semaines. Il s'asseyait sur ce fauteuil et vous racontait ses journées, vous lisait des histoires, vous coiffait aussi. Quand je lui ai demandé pour quelles raisons il vous recoiffait à chaque fois, il me répondit que vous aimez être bien apprêtée et belle en toutes circonstances. Il disait qu'endormie, vous ressembliez à un ange. Il avait raison.

Daniella pleurait désormais à chaud de larmes. Elle regardait les photos comme des trésors inestimables. Victor faisait de son mieux pour ne pas éclater en sanglots à son tour.

— Vous avez un fils exceptionnel, talentueux, respectueux avec un cœur pur. Je sais que vous l'avez élevé seule, vous pouvez être fière de lui et de vous. Mon époux, ma fille et moi-même, sommes vraiment honorés de l'avoir avec nous. Aria le considère comme son grand-frère, il fait partie de notre famille.

Daniella me prit les deux mains, puis les serra très fort tout en continuant à pleurer. J'avais le cœur en miette. La porte de la chambre s'ouvrit brusquement. Côme entra en trombe puis se jeta dans les bras de sa mère.

— Maman ! Je n'arrivais pas à y croire quand Alec m'a dit que tu t'étais réveillée, je suis si heureux, tu m'as tellement manqué ! lui dit-il en l'étreignant et en pleurant.

— Mon fils...mon fils...répéta-t-elle les yeux ruisselants de larmes.

Victor me regarda avec inquiétude. Je compris. Il fallait qu'on lui dise la vérité.

— Côme, mon grand, commença-t-il. Il y a quelque chose que nous devons te dire.

Il releva la tête, regarda Victor puis me regarda à mon tour. Alec arriva à cet instant ce qui était une bonne chose. Côme allait avoir besoin de nous tous pour affronter ce qui allait suivre.

— Pourquoi faites-vous ces têtes ? Maman est réveillée, c'est une bonne nouvelle ! s'exclama-t-il avant de tourner le regard vers elle. Il l'observa longuement puis lui prit les mains. Il eut un léger sursaut de surprise.

— Tu...tu as les mains si froides. Je vais te les réchauffer, ne t'inquiète pas ! lui dit-il en se mettant à la tâche. Tu vas bientôt pouvoir rejouer au piano alors il faut en prendre soin.

C'était horrible, je n'avais aucune idée de comment nous allions pouvoir lui annoncer que sa mère était en réalité en train de mourir et pourtant il le fallait car les minutes comptaient désormais.

Victor, fit une nouvelle tentative.

— Côme, ta mère s'est réveillée c'est vrai, mais...

— Ne t'inquiète pas maman, tu as l'air épuisée mais ça arrive quand on dort trop. Tu me le disais souvent que si je dormais trop, je serai encore plus fatiguée au réveil. Je vais te coiffer et te faire belle, tu verras, ça ira mieux après quand on rentrera à la maison, continua-t-il sans se soucier de Victor.

— Côme, intervins-je à mon tour.

— As-tu soif ? Tes lèvres sont touches desséchées, je vais te chercher de l'eau, continua-t-il en se levant.

Alec et moi échangeâmes un regard rapide. Il savait. Côme savait ce qu'on s'apprêtait à lui dire et faisait tout pour ne pas l'entendre.

— Mon...fils...intervient Daniella en le retenant. Je ne rentrerai pas à la maison...

— Bien sûr que si ! s'énerva-t-il tout à coup. Il le faut ! Il le faut ! hurla-t-il en éclatant en sanglots. Brusquement, il quitta la chambre en courant.

Daniella n'avait plus l'énergie de parler à cause des larmes et de sa force vitale qui la quittait. Je me précipitais à la poursuite de Côme dans le couloir puis le rattrapa. Je le pris dans mes bras.

— Magnus, je t'en supplie, dis-moi que ce n'est pas ce que crois ! Dis-le-moi ! Dis-le-moi !

Mon cœur était en morceaux mais je me devais d'être fort...pour lui.

— Je suis tellement navré mon grand, je sais que c'est dur et que ce n'est pas ce à quoi tu t'attendais mais...mais ta mère va bientôt nous quitter.

— NON ! NON ! hurla-t-il de nouveau. Elle est réveillée ! Elle est sensée aller mieux !

— C'est ce que nous pensions tous. Côme écoute-moi. Je te jure que je sais à quel point tu souffres en ce moment mais je ne veux pas que tu aies de regrets plus tard. Ta mère est encore là, elle t'attend. Je sais que c'est l'une des choses les plus difficiles que tu auras à accomplir dans ta vie mais tu dois lui faire tes adieux, tu dois la laisser s'en aller l'esprit apaisé. Elle a besoin que tu la rassures, que tu lui promettes que tu iras bien.

— Tu ne peux pas me demander ça... me répondit-il en sanglots. Je n'y arriverai pas. J'ai l'impression de mourir moi aussi !

— Regarde-moi, regarde-moi, lui dis-je en l'obligeant à me faire face. Je sais mon trésor, je sais que c'est très dur mais sois courageux. Je ne te demande pas de cacher ta tristesse, bien au contraire, tu dois l'exprimer. En revanche, tu dois retourner dans cette chambre maintenant et être au côté de ta mère pour l'accompagner dans ces derniers instants.

Côme me regardait en pleurs, l'émotion me submergeait. Je m'étais attaché tellement rapidement à lui, le voir souffrir autant était similaire à voir souffrir ma fille. Si je pouvais le soulager ne serait-ce qu'un peu de sa peine, je le ferai sans hésiter mais malheureusement, il allait devoir affronter ce qui allait suivre seul. Victor, Alec et moi, ne pourrions qu'être de tristes spectateurs.

— Peux-tu...me rendre...un...service s'il te plait, me demanda-t-il entre deux sanglots.

— Tout ce que tu voudras, lui répondis-je aussitôt.

— Peux-tu... me tenir la main ?

La gorge nouée, je pris sa main dans la mienne. Il la serra fermement puis ensemble nous retournâmes à la chambre.

PDV Aria

Cinq jours s'étaient écoulés depuis les funérailles de la mère de Côme. Je ne savais pas comment l'aider, ni comment lui remonter le moral. Il passait son temps dans sa chambre à regarder des photos et écouter de la musique. Je ressentais sa peine mais ne savait pas comment l'en soulager. Soupirant, je descendis à la cuisine où Daddy était en pleine préparation du dîner.

— Papa, ça me rend triste de voir Côme ainsi.

— Je sais ma princesse. Personne ne s'attendait à cette fin tragique. Il aura besoin de temps pour faire son deuil. En attendant nous devons essayer de le soutenir au mieux.

— Mais comment ? Il s'est renfermé sur lui-même, me lamentai-je.

— Hier soir, je l'ai entendu discuter avec ton père, puis ce matin on a discuté un peu aussi. Ne t'en fais pas, on fera en sorte qu'il ne s'isole pas, tout en lui laissant de l'espace nécessaire néanmoins.

— J'ai envie de faire quelque chose pour lui tout de même...

— D'accord. Que dirais-tu de lui préparer des pop-corn au caramel ? Tu pourrais ensuite les lui apporter dans sa chambre et peut-être même lui proposer de regarder un film. Tu sais, parfois, être juste présent physiquement pour l'autre sans forcément parler, apporte du réconfort.

Approuvant l'idée de mon père, je me mis au travail. Après avoir brûlé lamentablement la première sauce au caramel, j'en fis une deuxième que je réussis avec l'aide de Daddy cette fois. Les choses étaient redevenues comme avant entre nous et j'en étais très heureuse. Je continuais à voir ma mère, je passais du temps avec elle et apprenais à la connaitre. Les moments que nous passions ensemble étaient toujours formidables, je les chérissais au même titre que les moments que je passais avec Papa, Daddy et Côme. Quand j'avais réalisé que Côme avait perdu l'unique membre de la famille qui lui restait, je pris encore plus conscience de la chance que j'avais d'avoir deux pères, une mère, des oncles et tantes, des grands-parents et même un cousin. Avoir une famille n'avait pas de prix même si cette dernière n'était pas parfaite. Ma mère n'était pas parfaite et je savais qu'un lourd secret existait de son côté, je ne l'avais pas oublié mais pour le moment, je souhaitais juste profiter d'elle, de sa présence. Le moment venu, je lui demanderai de me raconter son histoire avec Daddy. J'avais encore besoin de m'y préparer.

Je montai à l'étage puis frappai à la porte de la chambre de Côme qui était entre-ouverte.

— Entre, fit-il en m'apercevant.

— Je t'ai apporté du pop-corn au caramel. Je les ai faits moi-même ! lui annonçai-je fièrement.

Il me fit un petit sourire.

— Merci, me dit-il en recommençant à feuilleter son album photo.

Je restai debout là, le plateau à a la main, sans trop savoir quoi faire. Côme leva la tête vers moi puis me dévisagea une minute. Il referma l'album puis se leva.

— Ça te dit de regarder un film ? me proposa-t-il en me débarrassant du plateau.

— Avec joie ! lui répondis-je aux anges.

— D'accord, descendons au salon.

Son téléphone se mit à sonner au même moment sur son bureau. Il ne décrocha pas.

— Pourquoi ne réponds-tu pas ? le questionnai-je, surprise. C'était Drew non ?

— Comment sais-tu ça ? fit-il intrigué.

— C'est la sonnerie que tu lui as attribuée.

— Comment es-tu au courant de ça ? me demanda-t-il encore plus surpris.

— Je suis observatrice, fis-je en haussant les épaules. Mais que cela ne t'empêche pas de répondre à ma question. Vous vous êtes disputés ?

Il soupira.

— Non mais...je ne sais pas, depuis le décès de ma mère, c'est un peu bizarre entre nous.

— Bizarre comment ? Ça avait l'air d'aller pourtant lors de la réception. Vous vous êtes même éclipsé à un moment.

Côme écarquilla les yeux.

— Mais tu es au courant de tout toi !

— Ben quand je vois mon meilleur ami et mon frère disparaitre en même temps...

Côme me regarda intensément en m'entendant le qualifier de « frère ». Ce n'était pas la première fois mais j'imaginais qu'aujourd'hui, ce mot avait un sens plus profond...

— Bref n'en parlons plus. Je le rappellerai plus tard. On va le regarder ce film ?

— Ok, fis-je, ne voulant pas insister.

Après le film nous passâmes à table, papa était rentré entre temps. Ça faisait du bien de dîner tous ensemble. Dans quinze jours c'était la rentrée mais avant de retrouver les bancs de l'école j'avais envie d'inviter tous mes amis à la maison et de faire la fête, sauf que je ne savais pas si ce n'était pas déplacé compte tenu de ce que traversait Côme actuellement. Mon anniversaire approchait aussi à grand pas. Être née le 2 septembre, en pleine rentrée scolaire, était un peu contraignant.

— Comment te sens-tu mon grand ? lui demanda mon père.

— Ça va...ça m'a fait du bien de discuter avec toi hier soir puis Alec m'a aussi conseillé d'écrire dans un journal mes émotions, c'est un exercice qui m'apaise.

Mes pères et lui s'étaient encore plus rapprochés depuis les derniers évènements. Je n'en étais pas jalouse au contraire, j'étais heureuse de partager l'amour de mes pères avec lui, il en avait besoin.

— On est là pour toi, lui dit Daddy avec un sourire réconfortant.

— Merci...merci à vous trois. Je sais que je suis un peu distant et moins joyeux en ce moment mais...

— Ça ne fait que cinq jours, c'est normal, le rassura mon père. L'essentiel est que tu ailles un peu mieux chaque jour. Fais-le à ton rythme sans te soucier de quoique ce soit d'autres.

L'ambiance était vraiment morose et triste, nous amuser nous ferait du bien puis aiderait Côme à retrouver un peu de sa joie de vivre. Je décidai de soumettre ma demande.

— Euh c'est bientôt la rentrée... je me disais qu'on pourrait peut-être inviter le groupe pour une journée ou peut-être même une soirée. Entre le déménagement, ma punition puis ma mère, je ne les ai pas beaucoup vu de tout l'été. Qu'en pensez-vous ? leur demandai-je pleine d'espoir.

— Tout...tout le groupe ? me questionna aussitôt Côme avec hésitation.

— Oui. Ce serait l'occasion de régler certaines choses...fis-je évasive.

Je savais qu'il avait compris que je faisais allusion à Drew. Daddy nous dévisagea tour à tour.

— Que cachez-vous tous les deux ? nous questionna-t-il.

Mon père lui, avait un petit sourire en coin.

— C'est une bonne idée, je suis d'accord. Tu peux les inviter, trancha-t-il.

Côme écarquilla les yeux.

— Magnus ! s'insurgea-t-il

Ce dernier éclata de rire. Visiblement il était au courant de plus de chose que Daddy et moi.

— Daddy, je pense bien que la vraie question à poser est que nous cachent-ils tous les deux ? fis-je en pointant du doigt Côme et mon père.

— Tu as raison ma princesse.

— Ce n'est rien, intervient Côme gêné, en commençant à débarrasser.

Il partit à toute vitesse dans la cuisine. Mon père avait toujours son petit sourire mystérieux.

— Il vous en parlera quand il sera prêt, expliqua-t-il simplement. Cependant, c'est également bientôt ton anniversaire, ne préfères-tu pas organiser une seule fête à ce moment-là ?

Je réfléchis une minute.

— Je ne préfère pas, j'aimerai que l'on en profite tant que nous sommes toujours en vacances d'été. À la rentrée, ça aura une saveur différente puis pour mon anniversaire, il y aura toute la famille aussi, là, j'aimerai bien faire un truc juste avec la bande.

— Comme ma princesse voudra ! consentit mon père. Mon cœur, je te laisse te charger des préparatifs ? demanda-t-il à Daddy.

— Comme mon prince voudra ! rigola-t-il.

Ça faisait du bien de les voir comme ça, comme avant. Complices et amoureux. Une heure plus tard tout le monde était réuni devant un Disney. J'étais vraiment heureuse de ce moment tous ensemble. Il ne semblait ne plus y avoir de tensions, il faut dire que les derniers évènements nous avait permis de nous recentrer sur le plus important c'est-à-dire notre famille. On avait dû être soudés pour soutenir Côme et lui fournir le réconfort et la chaleur d'un vrai foyer. De mon côté, je ne parlais pas de maman devant Daddy, c'était mon choix. Au début c'était compliqué de ne rien partager de cet aspect de ma vie avec lui mais au final c'était la meilleure des décisions car ainsi on ne se faisait pas souffrir mutuellement, moi en lui jetant mon bonheur au visage et lui son indifférence. On avait eu une discussion à cœur ouvert à ce sujet. On s'était promis de respecter les choix de l'un et de l'autre. Je lui avais aussi promis que quand je serai prête, je demanderai à maman de me dire toute la vérité sur son passé et que je confirmerai avec lui et papa la véracité de tout ce qu'elle me dira. En échange il avait accepté de m'accorder du temps. Des compromis et des promesses, c'était notre recette pour une meilleure communication et j'étais très heureuse de voir que ça portait ses fruits.

PDV Alec

Assis à mon bureau, je mettais de l'ordre dans mes dossiers mais mon esprit vagabondait. Deux semaines s'étaient écoulées depuis le baiser avec David et je n'avais toujours pas trouvé le moment de le dire à Magnus. Entre nous tout allait pour le mieux et j'hésitais vraiment à lui en parler mais en même temps, je savais que c'était mal de garder ce genre de secret. Je n'avais pas revu David non plus entre temps mais on avait discuté par messages, il attendait toujours mon feu vert pour monter le dossier qui ferait tomber Camille sauf que j'avais promis à Aria que je la laisserai faire à son rythme. C'était le bordel dans ma tête. J'avais aussi remarqué que David me faisait du rentre-dedans désormais. Il s'amusait même à décrire notre baiser comme on le ferait dans de vieux romans. Je ne relevais pas le plus souvent mais ce n'était clairement pas la bonne chose à faire...je devais avoir une discussion avec lui et mettre un terme à tout ça. Je devais rester concentrer sur ma famille. Les enfants ne le savaient pas encore mais avant sa mort, Daniella nous avait rédigé une lettre dans laquelle elle nous demandait d'adopter Côme. Évidemment, Magnus et moi nous étions questionnés sur son futur mais décider de l'adopter, nous en avions jamais parlés. Aujourd'hui, ce souhait était l'une des dernières volontés de sa mère et nous nous sommes promis d'aller jusqu'au bout, peu importe les difficultés.

Décidé, je pris mon téléphone puis rédigeai un message pour David.

— Bonjour David, es-tu disponible ? Pouvons-nous nous rencontrer au bar ?

Il me répondit dans la minute.

— Bonjour Alec, tu en as mis du temps à me le proposer ! Je suis libre maintenant.

C'était le moment, Magnus était au travail, Côme et Aria étaient chez Simon et Izzy, je devais les récupérer un peu plus tard pour aller faire les courses en vue de leur party de demain avec leurs amis.

J'attrapai mes clés puis me mis en route, j'allais tout régler aujourd'hui avec David, lui dire qu'on laissait tout tomber. Honnêtement c'était extrêmement difficile pour moi de lâcher prise sur ça, je détestais toujours autant Camille et souhaitais qu'elle dégage mais le prix à payer en face était gros, je devais me montrer responsable et ne pas prendre risques désormais. On devait plus que jamais être une famille exemplaire pour pouvoir adopter Côme d'une part mais aussi il y avait la promesse que j'avais faite à Aria. Je me devais de l'honorer.

J'arrivai au bar en un temps record, David était déjà là et avait commandé.

— Je t'ai pris un Monaco, me dit-il en me tendant mon verre avec un grand sourire.

Il était toujours le même, sourire charmeur, yeux pétillants, look propre sur lui-même mais étrangement je me sentais différent à ses côtés tout à coup.

— Je te remercie. Alors, es-tu prêt pour cette nouvelle année, lui demandai-je histoire de ne pas entrer trop brusquement dans le vif du sujet.

Biensûr, prêt et confiant. Qui plus est, j'aurai le meilleur des professeurs de littérature, me dit-il en me faisant un clin d'œil ce qui me mit un peu mal à l'aise.

Je m'éclaircis la gorge.

— David, ce qui s'est passé entre nous n'aurait jamais dû se produire. Je ne te reproche rien, je suis plus âgé que toi, je suis également ton professeur, j'en prends toute la responsabilité...

— Wow wow wow, doucement Alec, qu'est-ce que tu me chantes là ? Je suis un adulte, je suis majeur et je suis responsable de mes actions. C'est moi qui t'ai embrassé qui plus est et c'est sans regret. Tu n'imagines pas ce que ce baiser a représenté pour moi, tout ce qu'il a éveillé en moi. C'est la toute première fois que j'ai ressenti l'envie de poser mes lèvres sur celles de quelqu'un d'autre, que j'ai ressenti du désir et je sais que ça t'a plu.

— David, là n'est pas la question...

— Dis-le que m'embrasser t'a fait ressentir des choses.

Je soupirai.

— Tu veux la vérité ?

— Évidemment. De toutes les façons, j'étais là, tu ne me convaincras pas que tu n'as pas aimé ça.

— C'est vrai, j'ai apprécié. Mais après réflexion, j'ai compris que ce n'était pas le baiser en lui-même que j'avais apprécié mais plus ce sentiment de liberté qu'il m'a procuré sur le moment, ce sentiment de faire ce que je veux sans penser au reste mais David...il n'y avait rien de sexuel, pas de désir, je ne ressens pas ces choses-là pour toi.

David me dévisagea une longue minute puis il rigola.

— Tu as failli m'avoir tu sais. Tu mens plutôt bien.

— Quoi ? m'offusquai-je.

— On s'est caressé Alec, ce n'était pas un baiser enfantin, c'était un baiser passionné. J'ai même eu une érection et tu l'as senti.

J'étais de plus en plus mal à l'aise contrairement à lui visiblement.

— David, je ne te mens pas. Je sais que tu as ressenti toutes ces choses et qu'en plus c'était la première fois pour toi mais de mon côté, il n'y avait aucun désir.

— Pourquoi ne pas m'avoir repoussé alors ? Pourquoi m'avoir rendu mon baiser et accepté mes caresses ?

— Je te l'ai dit, c'était une erreur. J'étais fragile émotionnellement et perdu, j'avais besoin de me prouver que j'existais, que j'étais libre, j'étais aussi curieux de gouter un peu à l'interdit mais le soir, quand je suis rentré chez moi, quand j'ai vu Magnus, j'ai su que lui seul avait cet effet sur moi, lui seul pouvait animer ce feu, ce désir en moi. David, je suis amoureux de mon mari.

— L'amour, l'amour ! Je ne t'ai pas demandé de tomber amoureux de moi Alec ! Je te parle de sensations, de l'attirance de la chair...

— Pour ma part, je ne fais pas de distinction. Je ne suis pas du style à éprouver du désir pour une personne envers qui je n'ai pas de sentiments amoureux. C'est l'amour que j'éprouve pour Magnus qui rend les choses aussi merveilleuses et parfaites entre nous.

— Laisse-moi rire. Merveilleuse et parfaite ? Tu étais malheureux comme les pierres ! Prisonnier de votre soi-disant amour ! C'est ça la vérité.

— C'est ce que je pensais mais c'était faux. Je suis le seul fautif. J'ai créé cette barrière psychologique et émotionnelle et me suis enfermé dedans. Je n'ai pas su voir à quel point le bonheur était juste là, sous mon nez, trop aveuglé par mon désir de vengeance. J'ai fait de la merde, j'ai fait du mal à ma famille, à ma fille, à Magnus alors qu'il est si parfait.

— La perfection n'existe pas, me cracha-t-il avec dédain.

— Lui il l'est et je l'aime. Entre nous David, il n'y aura plus rien et je veux aussi que tu oublies mon histoire avec Camille, je vais régler les choses à ma manière et en famille. Tu m'as énormément soutenu pendant cette période difficile, je le sais et t'en remercie du fond du cœur mais les choses doivent s'arrêter là désormais.

— Donc si je comprends bien, tu décides de quand ça commence et de quand ça s'arrête ?

— Je n'ai rien commencé du tout ! C'est tout de même toi qui m'a invité en premier à la lecture de roman.

— Et tu as accepté.

— Oui mais tu ne m'avais pas tout dit. Tu t'es bien gardé de me dire que je te plaisais déjà depuis des mois !

— Alec ne fait pas le naïf, je te draguais ouvertement, les signaux étaient plus que transparents.

— Pas pour moi mais ça, c'est l'histoire de ma vie. Bref quoiqu'il en soit, on peut rester amis mais ce sera tout. Je veux que tu arrêtes tes allusions, la drague et tout le reste.

— Ça va être difficile...

— Comment ça ?

— Tu as ouvert la boite de pandore et tu souhaites la refermer comme ça ?

— David...

— Ton cher et tendre est-il au courant pour notre baiser ?

Son regard était étrange en me posant cette question. Je me sentis en danger.

— Bien sur...je lui ai tout dit, mentis-je.

— Et comment l'a-t-il pris ?

— Pourquoi ces questions ? m'inquiétai-je.

Juste de la curiosité.

— D'accord. Écoute, je dois y aller, j'emmène les enfants faire des courses, ils s'organisent une piscine party demain.

— Quel père de famille model fais-tu ! s'exclama-t-il.

Je perçus une pointe de sarcasmes et d'amertume. Je décidai de ne pas relever son commentaire.

— J'y vais. Prends soin de toi David et je suis vraiment désolé pour tout. On se reverra à la faculté.

— Très bien. Au revoir Mr Lightwood-Bane.

Nouvelle pointe de sarcasme. J'avais dit tout ce que j'avais à dire mais j'avais la sensation que le message n'était pas bien passé au niveau de David, ou qu'il s'en foutait. Sa réaction était bizarre. Je n'étais pas serein en quittant le bar. Il fallait que je dise tout à Magnus, j'avais vraiment une étrange sensation. J'allais attendre la fête des enfants de demain et lui dirais après. C'était la bonne chose à faire, j'aurai du le lui avouer tout de suite et regrettais d'avoir laissé passer autant de temps mais bon, il était inutile d'avoir des regrets maintenant, il fallait juste que j'aille de l'avant et assume mon erreur en espérant que cette confession ne créera pas un désastre.

Fin.